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Culture : cinéma

Le Cas Richard Jewell de Clint Eastwood

Le Cas Richard Jewell de Clint Eastwood

De Bruno De Seguins Pazzis :

Atlanta dans l’Etat de Géorgie en 1996. Richard Jewell fait partie de l’équipe chargée de la sécurité des Jeux olympiques d’été. Il est l’un des premiers à découvrir la présence d’une bombe et sauve ainsi plusieurs vies en donnant l’alerte. Mais le héros va bientôt se retrouver suspecté de terrorisme par le FBI. Richard devient alors l’homme le plus détesté du pays…

Avec : Paul Walter Hauser (Richard Jewell), Sam Rockwell (Watson Bryant), Kathy Bates (Barbara “Bobi” Jewell), Jon Hamm (Tom Shaw), Olivia Wilde (Kathy Scruggs), Ian Gomez (l’agent fédéral Dan Bennett), Wayne Duvall (l’examinateur du polygraphe), Dylan Kussman (Bruce Hughes), Mike Pniewski (Brandon Hamm), Nina Arianda (Nadya), Dexter Tillis (un policier), Niko Nicotera (Dave Dutchess), David Shae (Ron Martz), Deja Dee (Alice Hawthorne), Bill Clinton (Lui-même), Alan Heckner (Bill Miller). Scénario : Billy Ray, d’après un article de Marie Brenner pour Vanity Fair et le livre  «The Suspect » de Kent Alexander et Kevin Salwen. Directeur de la photographie : Yves Bélanger. Musique : Arturo Sandoval.

Récompenses : Meilleure actrice dans un second rôle pour Kathy Bates et Meilleur espoir pour Paul Walter Hauser aux National Board of Review Awards (2019), Film de l’année aux AFI Awards (2019).

Vérité et Justice…

Pour son 38ème long métrage depuis 1971, Clint Eastwood aurait voulu coller au plus près de l’actualité politico-médiatique, il n’aurait pas fait mieux ! Pourtant, l’histoire de Richard Jewell et de l’attentat aux Jeux Olympiques d’Atlanta de 1996 qu’il transpose à l’écran, est une histoire qui date de presque un demi-siècle.  Et c’est à partir d’un article paru en février 1997 dans le magazine Vanity Fair, intitulé « American Tragedy: The Ballad of Richard Jewell » signé par Marie Brenner, une journaliste et écrivain américaine d’investigation, mais aussi du livre écrit par Kent Alexander et Kevin Salwen « The Suspect », que le scénariste Billy Ray (Capitaine Phillips de Paul Greengrass en 2013) en écrit l’adaptation pour le cinéma. Oui, cette histoire vieille de près d’un demi-siècle est d’une actualité confondante, au moins au regard de l’actualité politico-médiatique française. En effet, au travers d’une reconstitution minutieuse, Clint Eastwood jette un regard critique, d’une part sur le rôle néfaste des medias qui peuvent démolir une existence sans le moindre scrupule et ce dans le seul but d’augmenter le tirage d’un journal ou l’audimat d’une radio ou du chaine de télévision, d’autre part sur les méthodes peu orthodoxes des services du FBI, des méthodes pas vraiment à leur honneur, en tous les cas dans ce « cas » Richard Jewell. Cependant, il ne s’agit pas d’un film politique. Clint Eastwood n’est pas Constantin Costa-Gavras et on ne s’en plaindra pas !

Du patriotisme…

Il aime son pays, les Etats-Unis, mais il aime plus que tout la vérité et la justice et pour lui, dire la vérité et rétablir la justice en mettant en évidences les faiblesses de certaines institutions est un service à rendre au pays et une preuve de son patriotisme, si toutefois il avait besoin d’en donner une, car à vrai dire, sa filmographie est une preuve à elle toute seule. Clint Eastwood aime cette Amérique profonde, ces gens simples, honnêtes, humbles, respectueux de l’autorité et des institutions et le regard qu’il pose à cette occasion sur Richard Jewell, comme sur des personnages plus secondaires comme sa mère, Barbara Jewell et l’avocat de Richard Jewell, est un regard qui est un mélange d’admiration et de compassion.  Pour autant, il ne condamne pas définitivement ceux qui ont commis des fautes car il est convaincu que l’Amérique et les Américains sont capables de commettre des erreurs, mais capables aussi de les reconnaître et de se réformer. C’est le sens des larmes que verse Kathy Scruggs, la journaliste de l’Atlanta Journal-Constitution prête à tout pour un obtenir un « scoop », même à faire le commerce de ses faveurs (*), ou celui du geste de Dann Bennet, l’agent du FBI, qui vient remettre en mains propres à Richard Jewell le document l’innocentant ou qui également plus tôt dans l’intrigue renvoie dans ses murs Kathy Scruggs qui revient à la charge avec ses faveurs…

Le style Eastwood, son efficacité…

Pour le fonds, c’est à peu près tout, mais c’est largement suffisant pour faire un bon Clint Eastwood car ceci est mis en scène de manière classique mais très efficace, souple la plupart du temps et nerveuse juste lorsqu’il convient. Il réussit particulièrement sa mise en scène dans les séquences les moins spectaculaires (Les interrogatoires au FBI, les séquences dans la maison familiale). La distribution des rôles est exceptionnelle avec ce Paul Walter Hauser quasiment inconnu jusqu’ici (neuf films inconnus en France et BlacKkKlansman : J’ai infiltré le Ku Klux Klan de Spike Lee  en 2018), dont la ressemblance avec le vrai Richard Jewell est étonnante mais, qui bien au-delà de celle-ci, réussit une composition « bluffante » de l’américain moyen. Il ne faut pas occulter les interprétations de Sam Rockwell (Three Billboards : Les Panneaux de la vengeance de Martin McDonagh en 2017, Vice d’Adam McKay en 2018), très subtil dans l’attitude hésitante puis convaincue de l’avocat Watson Bryant,  également Olivia Wilde (Cowboys et Envahisseurs de Jon Favreau en 2011, Rush de Ron Howard en 2013), ambitieuse et provocatrice, aussi désirable que détestable dans le rôle de Kathy Scruggs et qui fait terriblement penser à certaines journalistes du PAF (Paysage Audiovisuelle Français)… Kathy Bates louangée par la critique excelle en mère très protectrice dans un rôle toutefois plus facile. Mais surtout, la complète réussite de la transposition de ce faits divers réside dans le fait que, bien qu’il connaisse la fin de l’histoire avant d’entrer dans la salle et une fois que la séquence de l’attentat est évacuée dans la toute première partie du film, le spectateur reste « scotché » à son siège pendant plus d’une heure trente, et ceci en raison d’un savant dosage que le réalisateur distille pour faire monter au maximum la tension et l’empathie envers ce modeste héros durant les 88 jours qui séparent l’attentat de l’abandon des poursuites par le FBI. A 90 ans, chapeau l’artiste ! Du très bon Clint Eastwood.

Bruno de Seguins Pazzis

(*) Vérité et justice obligent également à relater qu’une polémique est née du fait de l’Atlanta Journal-Constitution dont la journaliste Kathy Scruggs décédée en 2011, avait joué un rôle décisif à l’époque en ayant « rapidement » établi que Richard Jewell était considéré comme suspect par le FBI. Dans une courte séquence qui se déroule dans un bar, la journaliste est montrée en train de proposer une relation sexuelle à l’agent fédéral Dan Benett, ceci en échange de l’information sur le nom de la personne suspectée par le FBI. En novembre 2019, lors de la sortie du film aux Etats-Unis, L’Atlanta Journal-Constitution a clairement opposé un démenti sur ce fait précis, les collègues de l’époque de Kathy Scruggs en ont fait autant. Kevin Riley, le rédacteur en chef du quotidien a déclaré : «(…) Le portrait de notre reporter est choquant, faux et a été inventé par Hollywood (…) Le film commet exactement le péché dont il accuse les médias: il invente des faits de toutes pièces. » Pour être complet, du côté du FBI, aucune déclaration n’a été faite concernant l’acceptation ou non du « marché » qui lui aurait été proposé par Kathy Scruggs. Impossible donc de conclure sur cette polémique.

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