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L'Eglise : Vie de l'Eglise

Le cardinal Newman bientôt canonisé

Le cardinal Newman bientôt canonisé
Le pape a tenu ce matin un « consistoire ordinaire public » pour la canonisation de cinq bienheureux, dont le cardinal Newman. En février, Rome avait reconnu un miracle attribué au bienheureux cardinal Newman.

Ils seront inscrits au registre des saints le 13 octobre.

Suite à la béatification de John Henry Newman, le 19 septembre 2010, Benoît XVI disait que cet événement avait davantage mis en lumière

« un intellectuel de grande envergure, un éminent écrivain et poète, un sage homme de Dieu, dont la pensée a illuminé de nombreuses consciences et exerce encore aujourd’hui une fascination extraordinaire ».

John Henry Newman est né à Londres le 21 février 1801, dans une famille appartenant à la communauté anglicane. Il est l’aîné de 6 enfants. La lecture de la Bible y occupe une place centrale.

Suite aux guerres napoléoniennes, la banque où travaille son père, dans la « City », doit fermer ses portes. La famille est contrainte de déménager dans une petite ville et s’adapte à la situation financière désormais précaire. Quelques mois plus tard, John Henry tombe malade et il est autorisé à passer l’été en convalescence à l’école. C’est alors que Newman fait une expérience spirituelle qui le marquera pour toujours et qu’il appellera sa « première conversion » :

« Quand j’eux quinze ans, un grand changement se fit dans ma pensée. Je subis les influences d’un credo défini, mon esprit reçut l’empreinte du dogme, et cette empreinte, grâce à Dieu, ne s’est jamais effacée ni obscurcie […]. Je crus que la conversion intérieure dont j’étais conscient… continuerait dans la vie future, et que j’étais prédestiné à la gloire éternelle […] [cette conversion] m’isola des objets qui m’entouraient, elle me confirma dans la défiance que j’avais touchant la réalité des phénomènes matériels ; et elle concentra toute ma pensée sur deux êtres – et deux êtres seulement– absolus et s’imposant avec une évidence lumineuse, moi-même et mon Créateur ».

Newman s’inscrit en 1816 à Trinity, l’un des collèges d’Oxford, université anglicane et principal séminaire du pays. Il devient, en 1822, enseignant et agrégé du plus réputé des collèges d’Oxford alors, Oriel. Il y devient diacre en 1824, et prêtre un an plus tard. Fait exceptionnel dans l’anglicanisme : il considère son ordination comme la consécration de toute sa vie dans le célibat, ce à quoi il aspirait depuis sa « première conversion ». Devenir « ministre de l’Église » pour lui signifie détenir « le pouvoir infini de guider sur le chemin étroit de la vie, à la place du Christ ». Au lendemain de son ordination diaconale, il note dans son journal intime :

« Je porte la responsabilité des âmes jusqu’au jour de ma mort ».

De 1826 à 1832, il exerce la charge de « tuteur », que la plupart prenaient alors à la légère. Lui, au contraire, va s’efforcer de renouveler ce mode d’enseignement car il estime nécessaire de s’occuper, non seulement du progrès intellectuel des étudiants, mais aussi de leurs progrès moral et spirituel. Suite à un désaccord avec le nouveau président du collège concernant la nature de cette fonction, il se voit confier de moins en moins d’étudiants. Il profite de ce temps libre pour se consacrer à la prédication à Sainte-Marie, la paroisse universitaire dont il est nommé curé dès 1828, et pour poursuivre avec passion son étude des Pères de l’Église, que presque plus personne ne lit alors… Son premier ouvrage, publié en 1832 et intitulé Les Ariens du 4e siècle, porte sur l’hérésie arienne combattue en particulier par saint Athanase, au temps des conciles de Nicée et de Constantinople, et fait de Newman l’un des meilleurs connaisseurs de l’Église primitive. Il confiera plus tard que les Pères ont contribué à renouveler sa pensée en profondeur et ont fait de lui un catholique.

En 1833, Newman et ses amis entreprennent de s’opposer aux ingérences de l’État dans la vie ecclésiale et d’enraciner de nouveau leur Église dans une Tradition « apostolique ». C’est la naissance du « Mouvement d’Oxford » ou « Mouvement tractarien » : pour diffuser leur pensée, les jeunes universitaires rédigent des « tracts », des pamphlets polémiques pouvant faire jusqu’à 70 pages. Ce mouvement de renouveau vise avant tout la redécouverte des sacrements, de la liturgie et de la vie de prière. C’est à Saint Mary the Virgin qu’il prêche la plupart des 600 sermons que nous possédons de sa période anglicane, et dont il publie le tiers environ. Cette prédication attire les étudiants et les enseignants de l’université, mais on vient même de beaucoup plus loin pour l’écouter, au point qu’il devient le prédicateur le plus écouté et lu du pays. Les 15 sermons les plus connus, publiés sous le titre de Sermons universitaires d’Oxford, sont à mettre à part. Il s’agit plutôt de conférences prononcées entre 1826 et 1843. Ces discours traitent principalement du rapport entre la foi et la raison.

À partir de l’enseignement des Pères et des théologiens anglicans du XVIIe siècle, Newman essaie d’élaborer une théologie anglicane qui serait une voie intermédiaire, une Via Media, entre le protestantisme et le catholicisme, deux corruptions à ses yeux. Il continue à réfléchir au sens de la proposition du Credo : « Je crois en l’Église, une, sainte, catholique et apostolique ». Qu’est-ce qui unit l’Église d’Angleterre aux deux autres Églises (catholique et orthodoxe) à qui il reconnaît une certaine légitimité (sur leurs territoires respectifs) ? De là naît sa théorie des « branches ». Quant à la sainteté, il écrit dans une lettre :

« Il faut que je vois [en Rome] plus de sainteté que je n’en vois à présent. […] [Si les catholiques] veulent convertir l’Angleterre, qu’ils aillent pieds nus dans nos villes manufacturières, qu’ils prêchent au peuple, comme saint François Xavier, qu’ils se fassent lapider et piétiner –et j’admettrai qu’ils puissent faire ce que nous ne pouvons pas faire, j’avouerai qu’ils sont meilleurs que nous […]. C’est cela être des catholiques. […] La foi et la sainteté sont irrésistibles ».

Dans le « Tract 90 » (le dernier), il répond à des membres du Mouvement réformateur se demandant s’il est compatible d’adhérer à la fois à la doctrine catholique et aux « Trente-neuf Articles » (la profession de foi anglicane). Il y propose une interprétation suivant le sens qu’en donne l’Église catholique. Ce tract, condamné par nombre d’évêques anglicans, met fin à la série. Alors qu’il entreprend une traduction annotée de Traités de saint Athanase, il constate un parallèle entre ariens/semi-ariens d’une part, protestants/anglicans d’autre part ; enfin, il est le témoin de l’émiettement de sa « théorie des branches » lorsqu’est établi à Jérusalem un évêché commun à la Prusse et à l’Angleterre, soit aux protestants et aux anglicans :

« Ainsi, au moment précis où les évêques anglicans dirigeaient leurs censures contre moi, parce que j’avais tenté un rapprochement avec l’Église catholique, sans toutefois aller au-delà des limites que je croyais permises par les formulaires anglicans, ces mêmes évêques fraternisaient, par leurs actes ou par leur consentement tacite, avec les Congrégations protestantes ».

Newman en vient à douter sérieusement de la fidélité de l’Église anglicane à l’Église des premiers siècles, son modèle de référence. Il lui semble peu à peu que c’est l’Église catholique romaine –objet de haine de la part de la majorité des Anglais à l’époque– qui est le véritable continuateur de ce qu’il appelle « l’Église des Apôtres ». Il se demande quelle Église rejoindraient les Pères, s’ils revenaient de nos jours sur terre :

« Imaginez que saint Athanase, ou saint Ambroise, reviennent soudain à la vie. Peut-il y avoir le moindre doute sur l’Église qu’ils reconnaîtraient comme la leur ? Tout le monde conviendra que ces Pères, quelles que pussent être leurs opinions personnelles, ou même, si l’on veut, leurs protestations, se trouveraient beaucoup plus chez eux en compagnie d’hommes comme saint Bernard ou saint Ignace de Loyola, ou du prêtre dans la solitude de son presbytère, ou d’une communauté de sœurs de la charité, ou de la foule illettrée à genoux devant l’autel, qu’auprès des docteurs ou des membres d’aucune autre confession. […] [L’esprit de cette Église est] celui qui se rapproche le plus, sinon tout à fait, du sentiment religieux, de l’ethos comme nous disons, de l’Église primitive… ».

Fin 1841, il quitte Oxford et se retire à Littlemore pour y mener, avec quelques compagnons, une vie semi monastique, faite d’étude, de prière et d’ascèse. Il s’atèle à son Essai sur le développement de la doctrine chrétienne dans le but de trancher la question suivante : les pratiques et croyances catholiques (l’invocation de la Vierge Marie et des saints, le purgatoire, le sacrifice de la messe, l’infaillibilité du pape) sont-elles des corruptions ajoutées par l’Église catholique, comme le lui reprochent les protestants et les anglicans, ou sont-elles les développements légitimes d’éléments présents dès les débuts du christianisme ? Il détermine 7 critères ou « notes » permettant de distinguer entre un faux et un vrai développement et de prévenir la décadence :

« Il n’y a pas corruption si l’idée conserve un seul et même type, les mêmes principes, la même organisation ; si ses commencements font pressentir les phases subséquentes, et que ses formes plus récentes protègent et conservent les plus anciennes ; si elle a un pouvoir d’assimilation et de reviviscence, et garde du début à la fin une vigoureuse activité ».

Il montre ainsi que tout développement authentique allie changement et continuité, nouveauté et fidélité. Il illustre ce principe par sa propre vie en passant sur l’autre rive, ou selon ses termes, en « rentrant au port après une violente tempête ». Il considère en effet sa conversion au catholicisme non comme une rupture mais comme une continuité et le prolongement logique de sa quête de vérité. Newman achève son Essai par le Nunc dimittis.

Le 9 octobre 1845, il est reçu dans l’Église catholique par le P. Dominique Barberi, religieux passionniste italien aujourd’hui béatifié. Les conséquences personnelles de cette décision vont être terribles. Il perd définitivement son poste à Oxford, ainsi que les revenus et autres avantages considérables attachés à ce statut ; la plupart de ses amis l’abandonnent ; il est même rejeté par sa famille. Avec son ami Ambrose Saint John, Newman part à Rome pour y étudier la doctrine catholique et recevoir les Ordres. Il y fait la connaissance du milieu catholique et y découvre, entre autres Congrégations, l’Oratoire de saint Philippe Néri, communauté qu’il décide de fonder à son retour (début 1848), près de Birmingham, avec des amis qui ont eux aussi rejoint la communion catholique romaine. Il fondera plus tard une école, avec le souci de l’éducation des jeunes catholiques.

Il fonde une université catholique à Dublin, entreprend une nouvelle traduction de la Bible en anglais et prend la direction d’une revue catholique devenue trop libérale aux yeux de l’épiscopat.

En 1879, le pape Léon XIII le fait cardinal. Dans son discours, Newman reconnaît avoir lutté toute sa vie contre le « libéralisme », ce que nous appelons aujourd’hui « relativisme » : le fait de réduire la religion à une affaire d’opinions, sans valeur ni vérité objective. Il choisit pour devise « Cor ad cor loquitur », « Le cœur parle au cœur », qu’il emprunte à saint François de Sales.

Newman meurt le 11 août 1890, aimé et admiré de l’immense majorité des anglais, toutes confessions confondues.

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3 commentaires

  1. “Imaginez que saint Athanase, ou saint Ambroise, reviennent soudain à la vie. Peut-il y avoir le moindre doute sur l’Église qu’ils reconnaîtraient comme la leur ?”
    Imaginons que le cardinal Newman revienne soudain à la vie et s’aperçoive de la présence de la statue de Luther au sein du Vatican ? …

  2. Oui ça lui ferait un choc, Collapsus, mais il n empêche que la sa réflexion était très pertinente, je mettrai les errements actuels de nombre de nos clercs sur le relativisme qu’ il condamnait. L Église doit être une et universelle donc catholique sinon elle n est pas.

  3. Catholique n’a pas un sens prrmier de ” géographiquement universel “, mais la ” plénitude du tout “, cad de la catholicité de la Foi, de son Apostolicité, reçu ds le Dépôt de la Foi commune aux Pères de l’Eglise Indivise.
    La théorie , très dangereuse, du développement théologique, de l’Église Romaine amène Celle-ci, et les siecles passés le démontrent assez bien, à relativiser la doctrine des Pères, tant grecs que latins. Bergoglio fini par opposé le dogme et l’Evangile: ceci est typique des dérives romaines; on le voit très bien entre la liturgie et la pratique. Il ne peut y avoir dichotomie et opposé ds le Mystère de l’Eglise comme le suppose Bergoglio. Grande est la confusion qui est la vertu aimée de Babel.
    Pensez ou croire que la situation actuelle ne serait qu’une plaie ecclesiale des XIX/XX° serait faux.
    Tout ce magma confus et qui aboutit maintenant à la confusion est né , à des racines profondes , dès la fin du 1° millénaire, notamment avec la séparation d’avec l’Eglise d’Orient. Séparation que Rome ne pourra colmater ou guérir en continunant de flirter dangereusement avec la théologie protestante, dont le rituel de Paul VI est une expression plus que probante, bien qu’en disent les mauvais défenseurs de Sancrosanctum Liturgicum”.
    La théorie du développement en matière théologique fut une grave erreur qui conduit à “l’Apostasie immanente “. Pour progresser il faut savoir renoncer et reconnaître la faillite. Les Clés sont à l’Eglise du Xt et non pas au culte de la personnalité de Simon fut il Pierre. Le Xt a loué à la Foi de l’Apôtre , suite à la proclamation de la divinitè du Xt.
    Le ” arrière Satan” s’adresse à Simon qui résonne. Aujourd’hui ….depuis des siècles Rome agit comme Simon et non comme Pierre et débouche ds un cul- de sac. Et plutôt de faire retour à sa vocation kénotique de Premier parmi les égaux” Pierre continu de jouer les malins. Et ne sert en rien l’Unité. Le relativisme théologique ne peut donner la plénitude de la Foi et donc ne peut assurer le Salut in Xto.
    La Fidélité aux Pères ! Voilà le dynamisme que l’on dénomme la Tradition.
    Sans aucun doute Newman fut de ces grands chercheurs et saint.

    Il en va du renouveau spirituel de l’ Europe occidentale, à la suite des Sts Hiérarques, martyrs etc… de l’Eglise Une Sainte Catholique et Apostolique.

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