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Bioéthique

Le bébé conçu avec l’ADN de 3 parents repose le problème des bébés-éprouvettes

Pour empêcher la transmission de certaines maladies rares, l’Angleterre vient de se prononcer en faveur d’une technique qui permet la conception d’un bébé à partir de trois ADN différents. Pierre-Olivier Arduin, directeur de la commission bioéthique de l’Observatoire sociopolitique du diocèse de Fréjus-Toulon, explique à Famille chrétienne :

Images-2"Il existe des maladies génétiques humaines qui sont transmises via l’ADN inclus dans de petits organites présents dans toutes nos cellules, les mitochondries. Pour éviter la transmission de cet ADN mitochondrial de la mère à l’enfant, la FIV dite « à 3 parents » utilise l’ovule d’une donneuse qui a des mitochondries saines. L’ovule est préalablement débarrassé de son noyau dans lequel on intègre le patrimoine génétique d’un second ovule, prélevé chez la future mère, sans les mitochondries malades. On obtient donc un ovule avec de l’ADN issu de deux femmes : 99% de la future mère et 1% de l’ADN mitochondrial de la donneuse. La cellule qui en résulte est ensuite fécondée avec le spermatozoïde du père : il s’agit donc bien d’un embryon conçu avec l’ADN de trois parents.

[…] Mais, pour moi, il s’agit avant tout d’une étape dans la logique d’instrumentalisation et d’eugénisme déjà en germe dans la Fécondation in Vitro (FIV). La grande transgression date de la fin des années 70 avec la naissance de Louise Brown, en Angleterre justement, le premier bébé-éprouvette dans l’espèce humaine. Robert Edwards qui a mis au point la technique chez l’homme en 1978 l’avait annoncé sans le moindre état d’âme : « Nous avons le droit d’éviter la naissance d’enfants porteurs de maladies et je suis favorable à l’usage de ce qui pourrait conférer de meilleures aptitudes aux embryons fécondés et cultivés in vitro. Il ne devrait pas y avoir de limite à ces recherches… ». La FIV établit un rapport de domination entre sujets producteurs – les porteurs du projet parental et les médecins – et l’objet produit, l’enfant à naître. A partir du moment où l’embryon est livré à la puissance biotechnique, aucun argument ne peut s’opposer à la fuite en avant : diagnostic préimplantatoire, vitrification des ovules, bébé-médicament, conception d’embryons avec des gamètes étrangers et maintenant FIV à trois parents.

Pourrait-elle être autorisée en France ?

Cette logique de fabrication d’enfant exempt de maladie, on l’oublie, est déjà implicitement inscrite dans notre loi de bioéthique. Avec le diagnostic préimplantatoire, bien sûr, qui permet de fabriquer en série des embryons pour éliminer ceux qui porteraient un gène défectueux. Mais également avec le don d’ovule qui est non seulement autorisé pour les femmes infertiles, mais aussi en cas de susceptibilité de transmission par la mère d’une maladie génétique. C’est exactement l’indication avancée par le Parlement britannique pour autoriser la FIV à trois parents. Cette transgression correspond donc à l’esprit qui est déjà à l’œuvre dans notre propre législation. Qui s’opposera à ce qu’elle soit validée prochainement en France ? […]

Rassurez-nous, cette technique restera réservée à quelques cas rares ?

Hélas, toutes ces techniques s’accordent parfaitement avec l’idéologie transhumaniste. Elles peaufinent le raffinement eugénique en attendant de créer un être humain sans défaut. Ce droit de regard sur l’embryon conçu est un risque majeur de nos sociétés. La norme pourrait même être une reproduction artificielle pour tous. Quand le très honorable Collège national des gynécologues et obstétriciens réclame la légalisation de l’« autoconservation sociétale des ovules » pour toutes les Françaises à l’instar des firmes californiennes du transhumanisme comme Google, on peut craindre que les fécondations in vitro deviennent dans le futur le mode normalisé de fabrication de la vie humaine. […] 

Je suis inquiet car l’opinion publique semble prête à tout. Même au sein de l’Eglise, chez certains catholiques, l’enseignement du Magistère est parfois mal accepté. Il y a un vrai travail de formation à faire, d’éclairage des consciences dans nos milieux. Il y a un vrai défi éducatif à relever avec les établissements scolaires catholiques où l’éthique doit être enseignée dans le respect de la loi naturelle et des directives du Magistère. J’espère également beaucoup en la formation d’une nouvelle génération de jeunes médecins et sages-femmes qui seront des avocats résolus du début de la vie humaine. Collectivement, pasteurs et laïcs, nous devons réfléchir à la création d’une Université libre en France exclusivement dédiée à la formation des professionnels de santé qui soit en mesure de leur offrir un cursus rigoureux sur le plan académique et conforme aux enseignements de l’Eglise. L’université catholique du Sacré-Cœur en Italie, qui dépend du Saint-Siège, pourrait nous apporter une expertise sur ce dossier. Je crois que ce serait un beau et grand projet pour l’Eglise de France. Aujourd’hui, les catholiques sont quasiment contraints de se censurer et d’éviter les études d’obstétrique pour ne pas avoir à blesser leur conscience. Cette situation n’est plus acceptable. Le renouveau pourrait venir de personnalités respectées par leur science et courageuses quant à leurs convictions, capables de faire entendre leur voix sur les sujets de société et de bâtir une nouvelle culture de vie dans des lieux où la vie humaine serait accueillie, protégée et accompagnée. Nous avons besoin de nouveaux professeurs Lejeune !"

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