Laurent Wauquiez : Simone Weil comprend que la plus grande des violences consiste à cesser de transmettre

Extraits d'un entretien intéressant donné Par Laurent Wauquiez au Point, sur ses goûts littéraires : 

Unknown-16"Êtes-vous plutôt littérature de droite ou littérature de gauche ?

Le dépit de grandes intelligences de gauche devant les talents de droite m'a toujours amusé. Admirateur de son ami Pierre Boutang, George Steiner a poussé un cri du cœur contre « cette injustice kafkaïenne : pourquoi Dieu a-t-il donné autant de talent à la droite ? » François Mauriac en venait aussi douloureusement au même constat : « Hélas, le talent est de droite. » Pour ma part, lorsque je lis Charles Péguy, je ne me pose pas la question de savoir s'il était plus socialiste que nationaliste, de gauche ou de droite. C'est salutaire pour la liberté de l'esprit : « Il y a quelque chose de pire que d'avoir une mauvaise pensée. C'est d'avoir une pensée toute faite. »

Quel livre relisez-vous régulièrement ?

L'Enracinement de Simone Weil. Ce livre est une boussole, une inspiration. Définitivement. Alors que la philosophe rejoint le général de Gaulle, elle comprend qu'il faudra poser sur les ruines du monde les fondations d'une renaissance spirituelle et se lance dans le « prélude à une déclaration des devoirs envers l'être humain ». Simone Weil comprend que la plus grande des violences consiste à ôter leur histoire, leurs racines, leur mémoire aux générations à venir, à cesser de transmettre. Elle a eu l'intuition que l'époque contemporaine nécessiterait plus qu'aucune autre de défendre l'enracinement contre un progrès sans âme et sans chair. C'est pour moi le combat fondateur. […]

Céline ou Proust ?

Céline. Je chéris son humour féroce, son style étincelant, sa façon de voir là où plus personne ne voit. J'en sais les détours obscurs. Mais Céline pose l'énigme terrible de la noirceur. […]"

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