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France : Société / Valeurs chrétiennes : Education

L’APEL au banc des accusés

"La présidence de l'Apel, méconnaissant le vœu de ses adhérents, est devenue l'alliée de Najat Vallaud-Belkacem" : une tribune en forme de coup de gueule de François-Xavier Bellamy dans le FigaroVox.

"L'enseignement privé va bien: c'est ce qui ressort du dernier congrès de l'Apel (Association de parents de l'enseignement libre), qui s'est conclu ce dimanche dans une ambiance d'optimisme quasi unanime. Tout semble servir le secteur privé sous contrat, à commencer par l'effondrement de l'enseignement public. L'échec manifeste des dernières réformes scolaires constitue la principale clé de l'attractivité des établissements privés, qui se gardent soigneusement d'appliquer toutes les mesures que l'État impose à leurs voisins du public. Les collèges et lycées privés «loi Debré» ont ainsi été à l'abri de la calamiteuse réforme des rythmes scolaires. En outre, leur liberté de recrutement constitue, dans bien des territoires, une échappatoire au piège de la carte scolaire. L'apparente santé du privé est donc pour l'essentiel la conséquence de la descente aux enfers que subit l'enseignement public.

Or cette situation devient un scandale si, non contents de bénéficier de cet état de fait, les représentants du privé encouragent ces mêmes réformes qui minent l'enseignement public, pour trouver ensuite dans leur autonomie les moyens d'en amortir chez eux les effets dévastateurs. La réforme du collège et des programmes a eu, on le sait, peu de partisans enthousiastes. La quasi-totalité des syndicats enseignants, de nombreux intellectuels de premier plan, comme beaucoup de parents d'élèves, s'y sont opposés ; le Conseil supérieur de l'éducation lui-même a rejeté la réforme des programmes. Mais, paradoxalement,l'enseignement privé a donné de la voix pour soutenir le ministère de l'Éducation nationale, et plutôt sur le mode de l'enthousiasme spontané que du soutien argumenté. L'Apel a déclaré «accueillir avec beaucoup d'espoir la volonté de la ministre de réformer le collège» (sic)- et pour fonder tant d'espoir, s'est contentée d'un lien sur son site Internet renvoyant à l'argumentaire du gouvernement. Curieuse position que celle des représentants de l'école libre, qu'avait sauvée la mobilisation historique de 1984. Pour une telle liberté, que ne nous ôte-t-on tout à fait la peine de penser, aurait dit Tocqueville… Alors que la contestation gagnait plusieurs villes, la présidente de l'Apel a décidé, en guise de concession aux parents mécontents de ce soutien, de créer, cela ne s'invente pas, des «comités de suivi» de la réforme du collège.[…]

Mais si l'école libre suit toujours le ministère de l'Éducation nationale, il le suit de loin. À la rentrée prochaine, de nombreux établissements privés proposeront aux familles toutes les options que la réforme du collège a supprimées dans le public avec la bénédiction de l'Apel. L'incohérence n'est pas d'offrir le meilleur enseignement, mais de le garder pour soi après avoir encouragé sa destruction pour les autres. Les classes bilangues? Le latin et le grec? Ils seront proposés en option, c'est-à-dire de façon payante et en dehors du contrôle de l'État. La baisse des dotations horaires attribuées par le ministère? On trouvera toujours une solution pour la compenser sur fonds propres s'il le faut. Et naturellement, les nouveaux dispositifs pédagogiques, comme les fameux «enseignements pratiques interdisciplinaires», seront adaptés pour se conformer à la vigilance des parents, soucieux de l'acquisition des savoirs fondamentaux par leurs enfants, et capables de les accompagner pour cela – y compris financièrement, en recourant au business en pleine croissance des cours supplémentaires.

Certes, dans des secteurs paupérisés, bien des établissements privés sous contrat accueillent des jeunes de tous les milieux. Eux subiront le désastre, comme les écoles publiques. Mais dans les secteurs urbains, combien de collèges privés trouveront dans les réformes de Najat Vallaud-Belkacem l'occasion de capter pour de bon toutes les familles un peu aisées, prêtes à payer pour éviter à leur enfant un naufrage qui condamne définitivement les élèves du public – auxquels on retire tout ce qui pouvait constituer des chances de survie scolaire? Qui va tirer profit d'une réforme qui supprime les derniers moyens d'attractivité pour les collèges publics? L'enseignement privé – celui-là même qui l'a soutenue. […]

C'est un scandale pour tout citoyen ; c'est aussi un scandale pour tout chrétien, car l'idéal de l'enseignement catholique est de toute évidence profondément dévoyé lorsqu'il multiplie les propositions commerciales pour faire un marché de tout l'héritage dont il a lui-même encouragé la déconstruction. Les élèves issus d'un enseignement public en ruines, à l'exception de quelques sanctuaires intouchables, semblent désormais définitivement empêchés de vaincre leur relégation scolaire, culturelle, sociale, à cause d'une réforme imposée au nom de «l'égalité» par un gouvernement de gauche, avec le soutien de l'enseignement privé (où beaucoup de ministres socialistes inscrivent d'ailleurs leurs enfants), parce qu'il consolide comme jamais son monopole en matière de reproduction des «élites».

C'est de l'avenir de la société qu'il s'agit – et aussi de l'avenir de l'enseignement libre, car l'hypocrisie risque de devenir intenable.[…]

Il est urgent aussi que l'enseignement privé se ressaisisse: derrière l'autosatisfaction de façade, il y a le versant intérieur de ce scandale démocratique – l'incroyable monopole statutaire d'une association de parents qui se protège de sa base derrière ses statuts, et prend position au nom des millions de familles qui la financent à grands frais sans même les avoir consultées. Personne n'est dupe de cette supercherie. Puisque le renouvellement n'est pas possible de l'intérieur, l'espoir vient des périphéries – par exemple de la fondation d'une nouvelle association de parents d'élèves authentiquement attachés au sens pédagogique de la transmission, ou du développement des écoles «Espérance Banlieues» qui, retrouvant l'inspiration et l'audace perdues par les administrations jumelles du public et du privé, remettent une liberté pédagogique authentique au service des plus déshérités."

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