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Valeurs chrétiennes : Education

L’affaire St Jean de Passy est une bataille importante dans la guerre qui se mène dans l’enseignement catholique depuis la loi Debré

L’affaire St Jean de Passy est une bataille importante dans la guerre qui se mène dans l’enseignement catholique depuis la loi Debré

Philippe Nemo, qui dirige l’Ecole professorale de Paris, revient sur l’éviction du directeur de Saint-Jean de Passy dans Valeurs Actuelles. Extrait :

[…] M. Clément a été renvoyé pour des raisons que personne ne comprend, et dans des formes particulièrement expéditives. Or, tout le monde sait aujourd’hui que les motifs invoqués pour ce licenciement ne sont que des prétextes. Les « erreurs managériales » qu’on lui reproche sont soit inexistantes, soit vénielles, et la sanction est démesurée. S’il a été limogé, c’est parce qu’on voulait le limoger de toute façon. Pour quelles raisons ? On peut légitimement penser que c’est une opération menée par les adversaires de la liberté scolaire, et en ce sens, derrière des apparences de simple remaniement administratif, une opération essentiellement politique.

Il y a en effet dans l’enseignement catholique, ou plus précisément dans sa bureaucratie, des personnes qui rêvent de faire de l’enseignement catholique un « petit mammouth » ressemblant le plus possible au grand, dans l’idée, peut-être, de rendre possible à terme son intégration à un grand service public unifié. Pour cela, ils ont besoin d’aligner strictement les écoles catholiques sur les options pédagogiques de l’Éducation nationale. Pour ces bureaucrates, il est donc désastreux que certaines écoles catholiques usent de leur autonomie pour développer des projets pédagogiques différents, « clivants » (comme ils disent) ou, suprême invective, « élitistes ». Surtout lorsque ces projets mettent l’accent sur l’excellence académique, c’est-à-dire sur l’étude méthodique des savoirs au rebours du tout-pédagogisme dont l’Éducation nationale actuelle a fait le choix. […]

L’étrange affaire St Jean de Passy n’est donc pas un banal incident managérial sur lequel on pourrait tourner la page. C’est une bataille importante dans la guerre théologico-politique de longue haleine qui se mène dans l’enseignement catholique français depuis la loi Debré. Elle a valeur de test national. […]

Et sur son blog, Pierre de Laubier commente les nouveaux statuts de l’association Saint-Jean de Passy, adoptés le 7 mars 2018, lesquels constituent

une opération de mainmise de la part de la direction diocésaine. […]

Ces statuts ne commencent pas par un exposé des motifs, qui serait pourtant utile pour nous éclairer sur la nécessité de réformer ceux qui donnaient satisfaction depuis 1957.

Ils commencent par une profession de foi dans le système administratif de l’enseignement sous contrat (art. 3) : « L’association… a pour objet la création et la gestion de tous établissements catholiques d’enseignement et d’éducation, reconnus comme tels par l’autorité diocésaine. » La dernière phrase a son importance, car cette reconnaissance n’appartient pas à une vague « autorité diocésaine », mais en propre à l’évêque.

Les membres fondateurs (car il s’agit moins d’une modification de statuts que d’une refondation) sont l’union des anciens élèves, l’autorité diocésaine, représentée par son directeur diocésain (dont on ne sait pas trop s’il est là en tant que représentant de l’évêque ou comme président de l’U.P.E.L.) et l’association des parents d’élèves (art. 5). « Membres de droit du conseil d’administration », ils y ont chacundeux sièges.

Les membres « adhérents » sont« agréés » par le conseil d’administration selon des critères superflus puisque la décision est « discrétionnaire ». Par contre, ils jouissent du droit de « démissionner à tout moment », s’ils n’ont pas été exclus pour « infraction réelle et sérieuse aux présents statuts », « désintérêt manifeste », ou « notamment toute action, prise de position ou comportement incompatible avec les intérêts des établissements », ce qui se traduit par : « Notamment tout et n’importe quoi. »

Les adhérents, nommés et révoqués à discrétion, prennent part à une cérémonie honorifique appelée « assemblée générale » (art. 8), où les plateaux de petits fours feront oublier à cette réunion mondaine son caractère de vulgaire chambre d’enregistrement. Les membres fondateurs disposent en effet d’un matelas de 1907 voix (837 pour les anciens élèves, 752 pour l’autorité diocésaine et 318 pour les parents d’élèves) ; les simples adhérents, d’une voix chacun. A noter : les voix cumulées de la direction diocésaine et de l’Apel dépassent assez (mais pas trop) celle des anciens élèves.

Le conseil compte quinze membre au plus (art. 11), six de droit (anciens élèves, direction diocésaine, parents d’élèves) disposant de 90 voix en tout, et neuf autres (ou moins) disposant de deux voix chacun, soit 18 au plus.

Pour l’élection du trésorier et du secrétaire, « le président propose un ou plusieurs autres candidats jusqu’à trouver un consensus » (art. 14), ce qui ne doit pas être difficile : deux membres fondateurs réunissant 60 voix contre 48, les 18 voix des simples adhérents ne seraient pas assez nombreuses, même unanimes, pour donner la majorité à un membre fondateur contre les deux autres. Ce qui fait des anciens élèves des figurants, car un désaccord entre la direction diocésaine et l’Apel serait une configuration stellaire encore jamais observée.

Voici le moment clef (art. 15) : « Le président signe le contrat du chef d’établissement après que celui-ci a reçu sa lettre de mission de l’autorité de tutelle », qui n’est autre que la direction diocésaine. Autrement dit, le directeur est nommé par le directeur diocésain. Voilà qui évitera à l’avenir qu’un M. Clément ne soit nommé en lieu et place de M. Canteneur lui-même, comme ce fut le cas en 2016.

Mais ce n’est pas tout. « Le président recrute, nomme, licencie et assure la gestion et le pouvoir disciplinaire du personnel de l’association et peut déléguer ce pouvoir à un administrateur ou à un salarié. » On apprend donc ici que M. Clément ne recrutait et ne licenciait que par délégation de M. Moreau, qui pouvait la lui retirer et ainsi éviter facilement les fameuses « pratique managériales dysfonctionnelles », si tel avait été le but réel de l’opération. […]

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