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L'Eglise : Foi

La théodicée et la question du mal [Addendum]

La théodicée et la question du mal [Addendum]

De Bernard Mitjavile :

La réalité du mal sous toutes ses formes a été un problème central depuis les premiers siècles du christianisme, objet d’étude de ce que l’on appelle la théodicée, terme utilisé par Leibniz. A la question comment un Dieu tout puissant et omniscient peut-il accepter le mal on a apporté diverses réponses plus ou moins satisfaisantes de St Augustin jusqu’à aujourd’hui en passant par Leibniz. Mais peut-être que le problème a simplement été souvent mal posée en partant d’affirmations sur Dieu, comme son omniscience et sa toute puissance qui ne sont pas vraiment fondées sur les textes bibliques.

Le Credo des catholiques et de nombreuses autres dénominations chrétiennes affirme dès le début que le Dieu créateur de l’univers est « tout puissant » et on enseigne au catéchisme qu’il est omniscient, omnipotent et omniprésent ce qui amène assez tôt les enfants à poser des questions quelque peu embarrassantes sur le mal à leur professeur de catéchisme, du genre comment un Dieu qui sait tout et peut tout a pu laisser le mal se développer. Ce dernier, pour clore les débats, a parfois une réponse assez simple, il s’agit d’un « mystère » dépassant leur compréhension, mystère qu’il s’agit d’approfondir lors de leur croissance dans la foi. Cette réponse laisse en général un sentiment de frustration et d’insatisfaction chez les jeunes élèves.

La question du mal loin de se simplifier, est devenue plus compliquée au fil des siècles quand des théologiens de premier plan comme St Thomas d’Aquin se sont efforcé de réaliser une synthèse entre la philosophie grecque, en particulier Aristote, et la théologie chrétienne et ainsi construire un merveilleux édifice intellectuel qui avait néanmoins certains points faibles.

Pour Aristote, Dieu était la cause première, le premier moteur par qui tout était mu et qui ne pouvait être mu ou affecté par sa création.

Quand à Platon, son idée du bien absolu se situe complètement au-delà des vicissitudes de ce monde qui selon le mythe de la caverne, n’est qu’un monde d’apparence dans lequel les idées pures ne sont qu’imparfaitement reflétées. 

Ces approches philosophiques nourriront l’idée de « l’impassibilité » de Dieu montrant selon Thomas d’Aquin la négation de toute dépendance ontologique de Dieu à notre égard, concept qui a été utilisé pour développer des conceptions compliquées comme l’idée que Jésus souffrait à la crucifixion dans sa chair mais pas dans sa divinité.

Mais ainsi on s’éloigne du Dieu biblique que Jésus dépeint clairement comme un père aimant qui cherche ses enfants perdus (l’enfant prodigue, le bon pasteur) et qui souffre de leur éloignement et non un premier moteur impassible.

Il faudra attendre le 20ème siècle pour que des théologiens remettent en question ces idées.

Le plus complet d’entre eux, Jürgen Moltmann, protestant, professeur pendant plus de 40 ans à l’université de Tübingen, auteur de la théologie de l’espoir, explique clairement dans son livre « le Dieu crucifié » que dire que Dieu ne souffre pas signifie qu’il n’aime pas. Si Dieu n’est pas « leidensfähig » (capable de souffrance), explique t-il dans un langage simple, il n’est pas « liebensfähig » (capable d’amour) car l’amour s’accompagne du risque de la souffrance s’il est rejeté.

En aimant l’homme, nous dit Moltmann, Dieu a pris le risque d’être rejeté par l’homme et donc de souffrir et c’est ce qui s’est passé dès l’origine avec l’histoire de la chute. D’une certaine façon, Dieu a limité sa toute puissance par la création de l’homme en tant partenaire libre et co-créateur.

Moltmann critique les théologiens du Moyen Age qui en voulant faire de brillants systèmes théologiques se sont selon lui éloignés du Dieu de la Bible.

Par ses conceptions, Moltmann, un ancien soldat de la Wehrmacht qui s’est intéressé au christianisme et à la théologie parce qu’il avait du temps à perdre dans un camp de prisonniers de guerre en Angleterre, fait un retour aux sources, revenant à un Dieu riche en émotions, souffrance, colère, joie, tristesse et s’éloignant d’une conception de Dieu qui doit plus à Platon et Aristote qu’aux prophètes et à Jésus.

Ses vues sont partagées du côté catholique par le théologien et prêtre suisse, Maurice Zundel ou le moine allemand Anselme Grün.

En France le philosophe catholique Jacques Maritain avait déjà écrit que Dieu souffre plus que l’homme car étant plus sensible à la déchéance de l’homme par rapport à son idéal pour lui, il souffre avec lui et plus que lui. « Si les gens savaient que Dieu souffre avec nous et bien plus que nous, alors beaucoup de choses changeraient sur terre » écrit-il dans un texte sur l’innocence de Dieu après la deuxième guerre mondiale.

Dans les milieux chrétiens, en particulier charismatiques s’est répandue la compréhension d’un Dieu vulnérable en se basant entre autres sur la recommandation utilisée par Paul dans la lettre aux Ephésiens de « Ne pas attrister le Saint Esprit.. » (Eph. 4.30). .

Mais cette compréhension trouve toujours une certaine opposition chez des théologiens ou membres du clergé, ainsi Hans Küng, le théologien catholique suisse, n’était pas sensible aux arguments de Moltmann en faveur d’un Dieu souffrant.

Plus traditionnellement, cette vue semble chez certains contredire l’idée de la toute puissance de Dieu et on réserve souvent chez les catholiques cette souffrance compassionnelle à Marie ou aux saints.

Pourtant, cette compréhension permet de répondre correctement aux questions des enfants du catéchisme car comme l’a montré Moltmann, elle permet de résoudre le dilemme de la Théodicée, « comment un Dieu tout puissant et tout amour peut-il accepter le mal et la souffrance de l’homme ? » par cette réponse profonde, « Dieu n’a pas voulu ni prévu le mal mais a seulement prévu sa possibilité comme l’indique l’avertissement à Adam et Eve cité dans la Genèse « si vous en mangez, vous mourrez ». Il est avec les hommes et souffre avec eux tout au long de l’histoire et ne les regarde pas à distance comme des objets d’expérimentation. »

Moltmann reprend une expression du pasteur Dietrich Boenhoffer exécuté par ordre personnel d’Hitler en 1945, « Ce n’est pas l’acte religieux qui fait le chrétien, mais sa participation à la souffrance de Dieu dans la vie du monde » (extrait de « Résistance et Soumission »). Il explique que Dieu « mitleidet », « souffre avec » l’homme sur terre.

Ainsi face à ceux qui argumentent que l’on ne peut croire en un Dieu aimant et tout puissant après la Shoah, sa réponse est que Dieu était avec les prisonniers des camps jusque dans les chambres à gaz, souffrait avec eux. Il retrouve dans cette approche les intuitions d’Etty Hillsum, la jeune juive hollandaise qui a découvert la présence et la beauté de Dieu dans le monde concentrationnaire.

Bien sûr, il faut choisir, on ne peut avoir à la fois un Dieu omnipotent, omniscient, connaissant tout du passé et du futur et en même temps tout amour.

Soit on a un Dieu tout puissant et pas tout amour ou un Dieu aimant et à cause de cela vulnérable et donc pas tout puissant, un Dieu qui a limité son pouvoir face à la liberté humaine et qui ne sait comment l’homme va réagir à son appel.

On peut se demander si ces dogmes sur l’omnipotence et l’omniscience correspondent vraiment au Dieu révélé dans la Bible.

Ainsi le Dieu de la Bible, lors de la création, « vit tout ce qu’il avait fait et voici : cela était très bon » (Genèse 1 :31). Si dès la création, il avait envisagé tous les malheurs à venir de l’humanité et eu la certitude de la venue de ces malheurs, il aurait peut-être hésité avant de qualifier cela de très bon.

Les Ecritures montrent un homme qui est souvent imprédictible pour Dieu, le déçoit. Dans le 1er livre de Samuel (1 Samuel 15-11), le prophète Samuel se mettant à la place de Dieu nous dit « je regrette d’avoir fait Saul roi », à la suite de la désobéissance du premier roi des juifs.

De même Dieu, par la bouche de Moïse avant sa mort, dit au peuple élu que s’il (le peuple juif) fait le bien, il sera béni, s’il ne le fait pas, il rencontrera toutes sortes de malheurs. Comment dire plus clairement que tout n’est pas joué à l’avance, que tout n’est pas connu ou écrit à l’avance.

Par la bouche des prophètes, Isaïe et Osée en particulier, Dieu se compare à un amant délaissé par une femme infidèle, cela non plus ne correspond pas vraiment à une certaine idée de la toute puissance de Dieu.

Certains diront qu’il s’agit d’anthropomorphismes, d’une vision humaine de Dieu mais sur quoi se basent-ils pour critiquer ces textes ?

En effet, quelle est la source la plus fiable : des spéculations de théologiens cherchant à faire une brillante synthèse entre la foi des premiers chrétiens et les grands philosophes grecs ou les textes bibliques dans toute leur fraîcheur ?

Finalement, peut-être qu’une bonne théologie est une théologie qui répond simplement aux questions des enfants.

Addendum : on me signale cet article de Paul Clavier, responsable du département de Philosophie de l’Université de Lorraine, paru dans La Nef, sur le même sujet, mais pas avec la même approche. Extrait :

[…] Dieu fragile, impuissant, désormais incapable d’assurer l’entretien et la réparation de sa création ? L’idée a pu séduire. Après avoir rendu Dieu responsable des pires maux, on a entrepris de l’exonérer de toute responsabilité en la matière. Dieu aurait pris sa retraite : voilà qui pourrait expliquer bien des choses. Par exemple, que la création soit abandonnée à elle-même, que les catastrophes ravagent la planète, que les méchants ne soient plus comme jadis frappés par le châtiment divin, et que des millions d’innocents subissent un sort épouvantable sans que le Ciel intervienne. Dans Le Concept de Dieu après Auschwitz (1984), Hans Jonas affirmait que « Dieu n’est pas intervenu, non pas parce qu’il ne voulait pas, mais parce qu’il ne pouvait pas ». Il ne s’agit pas d’un renoncement temporaire à exercer sa toute-puissance, mais d’un abandon irréversible de prérogative. Cette renonciation est, selon Jonas, le prix à payer pour octroyer la liberté à l’homme : « Dans le simple fait de permettre à la liberté humaine d’exister, il y a un renoncement à la puissance divine. » Bref, il s’agirait d’un départ en retraite inéluctable, rationnellement nécessaire : « Pour que le monde soit, Dieu a dû renoncer à son propre être ; il s’est dévêtu de sa divinité. »

UN PIÈTRE ALIBI

Le départ en retraite anticipée de Dieu, volontaire ou non, voilà qui expliquerait bien des choses. Et pourtant… Première difficulté : supposons que l’univers et l’homme n’existent pas par eux-mêmes. Dieu crée l’univers et l’homme. Puis il se retire. L’univers et l’homme peuvent-ils se mettre à exister par eux-mêmes ? Peuvent-ils cesser de devoir l’existence au créateur ? Question métaphysique : une réalité qui, à l’instant de sa création, n’existait pas par elle-même, peut-elle acquérir une totale indépendance existentielle ? « La créature sans le créateur s’évanouit », rappelle le dernier concile.

Deuxième difficulté, plus considérable. Même si Dieu était contraint de se retirer pour laisser la place à la liberté et au monde, il n’en resterait pas moins que c’est Lui qui a enclenché le processus. Et alors, ou bien Il savait qu’en créant un monde d’hommes libres, Il faisait courir le monde à sa perte. Il était donc responsable des conséquences. Ou bien Il a manqué de visibilité, et alors c’est un apprenti-sorcier qui fait de nous des cobayes d’une expérience qui tourne au jeu de massacre. L’idée d’un Dieu qui prend sa retraite n’est donc pas une si bonne idée. En tout cas, c’est un mauvais alibi.

UN MONDE SANS MAL ?

L’énigme reste entière. Si l’alibi de l’impuissance de Dieu n’est pas recevable, pourquoi Dieu ne supprime-t-il pas d’un coup de baguette magique maladies, violences, cruauté, guerres, catastrophes ? C’est peut-être un préjugé humain. Si nous avions le pouvoir d’éradiquer toute forme de mal ou de malheur, nous ferions disparaître toute douleur physique… Problème : ma main, posée sur une plaque de cuisson incandescente, pourrait être brûlée sans que je m’en rende compte. Ah non ! car nous supprimerions également toute destruction des tissus organiques et toute maladie. Très bien : on me pousse dans l’escalier ? Même pas mal ! On me tire dessus : je suis indemne ! Pas mal, en effet, mais que reste-t-il de la valeur de nos vies ? Où sera la joie de soigner et de guérir, quel sera le bonheur de jouir de la santé ? Si, dès cette vie, je suis physiquement et psychologiquement invulnérable, plus rien ne peut m’atteindre. Songeons même à l’inconvénient d’une existence terrestre immortelle. Un rendez-vous manqué, une dispute, une crise ? Aucune importance : nous avons tout le temps de faire connaissance ou de nous raccommoder.

Imaginons maintenant que nous fassions disparaître toute méchanceté et toute cruauté. Quel soulagement ! Sans doute, mais que reste-t-il de la liberté et de la responsabilité humaines ? Nous voilà tous automatiquement empêchés de faire autre chose que le bien. Ne devenons-nous pas des marionnettes irresponsables ? On me verse du cyanure : ça me fait l’effet d’une aspirine. Certes, dans notre monde où la malveillance n’est que rarement neutralisée, l’ampleur des crimes et des génocides est inacceptable. Le prix à payer paraît décidément trop lourd. C’est vrai, mais alors à partir de quel seuil faudrait-il mettre un frein à l’agressivité égoïste des hommes inhumains ?

Bref, en réfléchissant un peu, on s’aperçoit qu’un monde de personnes vraiment libres et responsables a un coût : c’est de permettre une certaine dose de mal. Ce qui est certain, c’est que Dieu, s’il existe, n’exerce pas sa toute-puissance comme nous serions tentés de le faire, en cassant la gueule à nos ennemis et en pulvérisant tout obstacle à notre sacro-saint confort.

L’ULTIME MYSTÈRE

Il reste, à l’évidence, un mystère : celui du mal naturel. Dieu a non seulement donné l’existence au monde, mais il maintient ce monde en vie. Il le conserve en garantissant le fonctionnement de ses lois. Dès lors, Dieu n’est-il pas en définitive le seul et unique responsable de tous les événements qui surviennent ? En principe, tout est sous son contrôle : depuis la moindre bactérie jusqu’au plus terrible séisme. Certes, la présence de certains maux dans la création est salutaire : il s’agit des maux prophylactiques, qui nous préviennent d’un danger (comme la sensation de brûlure citée plus haut nous avertit de la combustion possible). Mais pour une douleur qui joue le rôle de signal, combien de souffrances interminables, d’épreuves insensées, de calvaires indéfiniment prolongés…

Alors pourquoi Dieu ne modifie-t-il pas les principes de la physique du globe pour éviter les tsunamis ou les lois de la biologie pour enrayer les pandémies ? Qui oserait affirmer que les catastrophes naturelles constituent des avertissements salutaires pour les habitants de notre planète ? Par exemple que la Grande Peste ou le VIH sont des incitations pédagogiques à l’hygiène alimentaire ou sexuelle ? C’est pourquoi certains théologiens estiment que la création tout entière est le lieu d’un combat entre Dieu et des anges déchus (des démons). Le livre de la Sagesse dit dans ce sens : « Dieu n’a pas fait la mort, c’est par la jalousie du démon que la mort est entrée dans le monde. » L’idée serait que la liberté de ces anges désobéissants a été jugée préférable à un contrôle totalitaire de la création, et que certaines catastrophes inacceptables résultent d’un désordre semé dans la création par un esprit jaloux ! De même que le mal commis par les humains est la rançon amère de la liberté qui leur est octroyée, les catastrophes naturelles pourront être les symptômes d’une révolte dans la création. Cette proposition théologique ne supprime pas notre responsabilité (la complicité avec les forces du mal). Au moins nous encourage-t-elle à chercher le secours ailleurs que dans nos seules ressources humaines. L’orgueil humain face au mal consiste principalement dans la prétention de l’éradiquer par nos seuls moyens.

Addendum 2 : pour répondre simplement aux enfants, rien de mieux que l’abrégé du CEC (n° 57-58) :

57. Si Dieu est tout-puissant et providence, pourquoi alors le mal existe-t-il?

Seul l’ensemble de la foi chrétienne peut donner réponse à cette question, à la fois douloureuse et mystérieuse. En aucune manière, Dieu n’est la cause du mal, ni directement, ni indirectement. Il éclaire le mystère du mal par son Fils Jésus Christ, mort et ressuscité pour vaincre le grand mal moral qu’est le péché des hommes, racine des autres maux.

58. Pourquoi Dieu permet-il le mal?

La foi nous donne la certitude que Dieu ne permettrait pas le mal s’il ne faisait pas sortir le bien du mal lui-même. Cela, Dieu l’a déjà merveilleusement accompli dans la mort et la résurrection du Christ. En effet, du mal moral le plus grand, la mort de son Fils, il a tiré les plus grands biens, la glorification du Christ et notre rédemption.

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24 commentaires

  1. la chute ne manque pas de sel… philo appliquée aux enfants !
    finalement, le libre arbitre est au centre de ce dilemme, au centre de notre foi, car, si nous sommes prédestiné, si tout est écrit, que choisissons-nous ? et quel est l’intérêt de suivre les prescriptions chrétiennes, loin de l’égoïsme ambiant ; on y retrouve un peu de Pascal, aussi, même si le choix est “intéressé”
    nous touchons là l’essentiel de la théologie, non ?

  2. Je crois que Dieu est à la fois tout puissant et tout amour.
    Il a tout créé à partir du néant.
    Il a créé l’homme à son image, c’est à dire avec la possibilité réelle que l’entité homme l’aime ou le refuse, au delà de tous les conditionnements biologiques, sociaux, historiques … qu’on peut imaginer.
    Le mal vient de la liberté laissée par Dieu à la créature à son image, lorsque cette créature s’éloigne de lui. Et il en souffre.

    Il a aussi créé les lois mathématiques.
    Il a créé le temps et l’espace … Mystère insondable pour nous qui sommes insérés dans ces dimensions, et n’imaginons pas ce qui peut exister en dehors d’elles …
    Il est comme à l’extérieur d’une bulle représentant l’espace-temps, et voit toutes les générations humaines passées présentes et futures, le bien et le mal que font librement ses créatures libres, …
    Et Il en souffre lorsqu’elles font le mal.

  3. Étonnant ce billet qui vient nier la toute-puissance de Dieu, soit disant parce que cette toute-puissance ne se conjugue pas bien avec l’idée qu’on se fait de l’amour de Dieu (souvent réduit à ce qu’on sait de l’amour humain d’ailleurs).
    Pourtant, si la Bible nous enseigne bien une chose, c’est que nous seulement Dieu est créateur, et que rien ne lui est impossible (Luc 1:37). Et que Dieu mettra au Jour dernier un terme au mal, justement parce qu’Il est tout-puissant. Autrement, que vaut un dieu impuissant face au mal ? Comment pourrait-il nous sauver si ce dieu – qui ne semble être qu’une idole psycho-affective dont le rôle serait de nous consoler (bien piètre consolation qu’un dieu impuissant !) – ne peut rien faire face au mal ?

    Oui, le mal est un mystère. Et des auteurs comme C.S. Lewis (dans son livre Le problème de la souffrance), ont su y apporté quelque lumière sans amputer Dieu de ses attributs.

    Quant à la souffrance de Dieu, là encore ce qui est écrit est encore plus douteux, voire choquant. On a l’impression que des efforts gigantesques sont faits pour ramener Dieu à notre petit niveau, et à notre petite compréhension.

    Mon avis est que non seulement ce genre de propos sont contraires à la foi catholiques, mais en fait qu’ils détruisent la foi. Car je ne pense pas qu’intuitivement, nous voulions un dieu impuissant, pleurant avec nous mais incapable d’y changer quoique ce soit. Il me semble que le coeur humain a exactement besoin de ce que la foi catholique authentique propose : un Dieu qui “maître des temps et de l’Histoire”, dans la main de qui toute chose repose, et qui peut nous sauver. Mais un Dieu aussi dont les pensées ne sont pas celles des hommes (Isaïe 55, 8), et dont les voies peuvent être mystérieuses. Mais tout concourt au bien de celui qui aime Dieu (Romains 8:28), justement du fait de son amour pour nous ET de sa toute-puissance. Encore faut-il avoir la foi.

  4. Cela me fait du mal de lire sur le “Salon beige” (qui devrait être un garant d’orthodoxie) des propos aussi nettement hérétiques.
    Je ne sais pas qui est ce Bernard Mitjavile (peut-être devrais-je consulter Google ? – en tout cas, si c’est sa photo qui illustre l’article, cela manque un peu d’humilité !) mais je ne comprends pas comment on peut le laisser ainsi contester les dogmes.
    Refuser les dogmes, n’est-ce pas être hérétique ?

    Je ne comprends pas non plus qu’il puisse écrire une phrase aussi insensée que celle-ci :

    “Bien sûr, il faut choisir, on ne peut avoir à la fois un Dieu omnipotent, omniscient, connaissant tout du passé et du futur et en même temps tout amour.”

    Ah bon ? Choisir ?
    Et pourquoi donc faudrait-il choisir ?
    Il faut au contraire garder TOUTE la vérité chrétienne, sans en éliminer une partie sous prétexte que notre petite intelligence humaine a du mal à tout concilier !
    Vouloir CHOISIR une partie de la Révélation, c’est justement, là encore, le propre des hérétiques !

    Quant à se croire beaucoup plus intelligent que saint Thomas d’Aquin, et aller chercher des “théologiens” protestants pour le contester, c’est le propre des modernistes.

    Bernard Mitjavile devrait, lui aussi, travailler à redevenir humble comme un petit enfant, et relire le catéchisme (celui de saint Pie X, par exemple) qui explique clairement que Dieu est tout-puissant.
    Il pourra compléter avec saint Thomas et Garrigou-Lagrange.
    Mais j’imagine qu’il se croit beaucoup plus malin et beaucoup plus avancé que saint Pie X, saint Thomas et Garrigou-Lagrange.
    Alors le catéchisme… n’en parlons pas !

  5. Restez avec nous cher Salon Beige. Nous avons vu tant de sites catholiques tomber. Cet homme tient des propos sans doute fort sympathiques pour un diner en ville, du au fait qu’ils ne sont pas catholiques. Il n’a du reste aucun mal a citer un pasteur protestant que nous aurions attendu pour comprendre “l’impassibilité de Dieu” au XXième siècle!!! Le catéchisme de l’Abbé Laguérie sur Youtube lui écourterait les oreilles pourtant. Car une chose est de poster avec des centenaires de livres une autre d’avoir la finesse d’esprit (catholique) d’un Louis Veuillot.
    Bon je vais prier pour ce Monsieur aussi; Le Saint Esprit verra bien ce qu’il peut en tirer. Car au ciel, on ne discute pas l’enseignement de l’Eglise et il est trop tard pour prendre la pose.

  6. Comment le Salon Beige peut-il se faire le diffuseur d’une hérésie flagrante ? Bien Triste
    abbé Daniel Flore+
    un de mes amis théologien- à qui j’ai demandé son avis -a réagi ainsi : ”
    Première réponse, en moins d’une ligne : Si Dieu souffre, nous sommes foutus. C’est d’ailleurs contraire au premier article du Catéchisme de l’Église catholique : Dieu, infiniment parfait et bienheureux en lui-même etc

    Deuxième réponse, un peu plus détaillée :
    Dieu, qui est incapable de pâtir, n’est pas incapable de compatir. (Plusieurs Pères de l’Église.)
    Cette com-passion n’est pas une passion, un pâtir qui assujettirait Dieu à la créature, comme cet auteur le dit stupidement. C’est le “cum” qui est important. “Je suis avec lui dans son épreuve, dit le psaume. Je vais le délivrer le glorifier…” Dieu, dit Maritain, “s’empare victorieusement du mal” (Neuf leçons sur la philosophie morale). Ce “cum”, cet être avec, c’est l’unité intentionnelle que l’amour établit entre l’aimant et l’aimé : le bien de l’aimé “devient” celui de l’aimant et son mal, le mal de l’aimant (“J’ai mal à votre poitrine”, écrit Mme de Sévigné à sa fille.) Dieu nous connaît. Cette compassion, écrit le P. Molinié, n’est rien d’autre que la miséricorde.

    J’ai bien conscience de n’avoir pas “résolu” le mystère. Il s’agit bien plutôt de s’y tenir, et non d’en sortir comme font ces gens. Je ne prétends pas avoir répondu.
    Ces gens-là, après deux millénaires, prétendent avoir enfin trouvé : Dieu n’est pas tout-puissant, ni immuable, ni éternel. Bref il n’est pas Dieu.
    Il leur manque un peu d’humilité, et le sens de l’analogie, qui seul permet de s’approcher quelque peu du mystère.
    C’est dans la dimension de l’intentionnalité, et donc de la relation, que je suggère de mettre en œuvre l’analogie.

    Sur l’intentionnalité voir Maritain, Les Degrés du savoir. J’ajoute que si l’intentionnalité.a une dimension cognitive (celle que Maritain développe), elle a aussi une dimension qui est celle de l’affection, de la volonté, de l’amour. Molinié a étudié cela dans des polycopiés qui ont été édités chez après sa mort, je crois.

    le père Denis Biju-Duval suggère, dans le sillage de Balthasar, que cette mystérieuse passion de Dieu pour sa créature doit être pensée en référence à la relation entre les personnes divines, qui comportent une dimension passive aussi bien qu’active.

    Si comprehenderis non est Deus.” C M

    • Je n’ai nulle part dit que Dieu n’était pas éternel (il ne manquerait plus que cela) ni immuable. J’ai seulement remis en question une idée qui me paraît un peu simpliste de sa toute puissance. Vous dites “Si comprehenderis non est Deus”. A quoi je répondrais “Celui qui cherche trouve” Matt. 7:8 et ” Si quelqu’un d’entre vous manque de sagesse, qu’il la demande à Dieu, qui donne à tous simplement et sans reproche, et elle lui sera donnée” Jacques 1:5

      • Sophisme que cela ! Vous n ebranlerez pas notre foi, ni ne detournez l esprit de St Thomas d Aquin dont la recompense de toute son oeuvre fut celle du remerciement appuyé de NSJC qui lui apparu. Passez donc votre chemin , vous et votre hérésie qui rabaisse Dieu à un homme et à ses limites.

  7. “Mais peut-être que le problème a simplement été souvent mal posée”…
    Parce que c’est le Salon Beige j’ai continué la lecture en dépit de cette première phrase tellement prétentieuse qu’elle en est comique… Et l’article se poursuit sur un ton docte insupportable à coup de “bien sûr” et de fausses évidences simplistes.
    Outre l’hérésie manifeste du propos déjà soulignée par d’autres commentateurs, on peut s’étonner de la superficialité infatuée de cette “analyse” qui prétend d’entrée de jeu balayer d’un revers deux millénaires de débats et distinctions philosophiques…
    Accordons lui au moins de n’être pas le premier à faire fausse route sur ce sujet. Mais si ce Monsieur avait bien lu ses fondamentaux, il saurait peut-être avec Pascal que les hérésies viennent de ce que d’ordinaire on conçoit mal le rapport entre deux vérités opposés, en croyant que l’aveu de l’une enferme l’exclusion de l’autre (cf. vrai homme ET vrai Dieu)… ou avec Saint Thomas, que la coïncidence des contraires est justement l’un des grand critères du surnaturel ou tout simplement avec le Catéchisme (y compris l’édition de 1992 !) que face au mystère du mal la réponse ne se situe pas dans une apparente clarté de raisonnement mais dans l’obscurité de la foi.
    La fin m’a beaucoup amusé : j’explique en effet souvent à mes enfants que le mal est un mystère tel que lorsqu’ils rencontrent quelqu’un qui cherche à l’expliquer, ils doivent se méfier – cette personne raconte très probablement des âneries !
    Bref. C’est de la mauvais soupe, et par ailleurs j’ai vu d’autres articles du même auteur (lus un peu en diagonales) qui m’ont fait le même genre d’effet.
    L’article de Clavier – même si je trouve cela un peu vain quand même – est tout de même d’un autre acabit. Il aurait cependant pu écrire, pour sa dernière phrase : “L’orgueil humain face au mal consiste principalement dans la prétention de l’éradiquer OU DE LE COMPRENDRE par nos seuls moyens.”
    Je conseille au SB de relayer des articles qui aideront davantage ceux qui cherchent des vraies réponses. Sur cette question du mal, le père Dominique Molinié est tout simplement lumineux. (Voir par exemple ces liens référencés ici : http://cahierslibres.fr/2015/03/le-pere-molinie-pour-les-nuls/)

    • Vous citez Pascal à propos des hérésies. Personnellement, je pense que c’est le plus grand penseur catholique de la période classique mais n’oubliez pas que certains de ses ouvrages ont été mis à l’index et qu’il était lui même considéré comme frisant l’hérésie par des milieux catholiques au moment où la répression royale s’abattait sur Port Royal lors des débuts du Jansénisme. Traiter les autres d’hérétiques est assez facile mais la sagesse évangélique nous dit “Ne jugez pas afin que vous ne soyez point jugé” (Matt 7:1)

    • A propos du fait de citer Pascal : la vérité n’a pas de camp, et vous le savez bien puisque vous convoquez des auteurs protestants ! Eux sont techniquement clairement hérétiques.
      “Traiter les autres d’hérétiques” : cette phrase traduit une incompréhension manifeste de ce qu’est la foi catholique. En effet, formuler une proposition contraire à la Foi est formuler une proposition hérétique… et je n’ai rien dit d’autre. Remarquez que cela ne fait pas de vous un hérétique, du moins en bonne philosophie morale.
      Enfin, je ne vous connais pas. Je vois mal comment je pourrais vous juger. En revanche ce que vous avez écrit, je le juge : c’est hérétique et en plus c’est imprécis, bourré de contre-sens, bref, sophistique… et laissant clairement percevoir que vous ne maîtrisez pas réellement le sujet (propos naïfs sur la Bible qui font comme si vos prétendues objections n’étaient pas traitées et retraitées mille fois plus en détail par ces mêmes théologiens qui auraient “mal posé le problème” – par exemple le “bon” de la genèse..). Tout ceci ne serait pas tellement gênant si vous ne prétendiez pas éclairer la lanterne des lecteurs de ce site.
      Allez voir ces références sur Molinié si vous voulez creuser cette question, ou simplement lisez le Catéchisme de l’Eglise Catholique !

  8. la question du mal est infiniment complexe . Je pense cependant que le libre arbitre humain que Dieu a voulu est logiquement incompatible avec une toute puissance de Dieu qui prévoyerait nos moindres actes ( prédestination ); il y a donc une marge d’incertitude, ce qui n’empêche pas Dieu de maîtriser le long terme et l’histoire humaine, au moins dans ses grandes lignes : par exemple , la Shoah a été voulue par les nazis et Dieu a laissé faire pour ne pas contrarier la liberté de l’Homme, fût elle abominable ; on peut remarquer cependant que l’horreur nazie a duré finalement peu de temps grâce à la conjugaison alliés+ URSS. Le communisme est tombé en Russie, même s’il a fallu attendre 70 ans !
    N’oublions pas qu’il y a dans la Bible un “acteur” du mal , l’antique “serpent” jusqu’au “dragon” de l’Apocalypse en passant par le diable tentant J-C au désert ! Ce même “Satan” est déjà potentiellement vaincu par la Croix du Christ, et définitivement à la fin des temps.

    • C’est vrai qu’il ne faut pas oublier le rôle de Satan. D’autre part, je suis d’accord avec vous concernant le nazisme qui a été dépeint pendant des décennies comme l’abomination suprême, particulièrement par des gens qui se montraient beaucoup moins sévère avec le communisme. Le propos attribué à Churchill à la fin de la guerre “on a tué le mauvais cochon” en dit long.

      • je suis bien d’accord que le mal moral est insufflé à l’Homme par Satan, mais je butte sur le mal naturel tsunami, maladies dont Dieu ne peut pas s’exonérer car faisant partie de sa Création.

  9. Le problème du Mal est plus que complexe puisque nous sommes dedans jusqu’au cou, sans méta-niveau autre que la foi pour en juger. Personnellement je ne fais absolument pas confiance à Moltmann pour élucider cette question très délicate.
    Présentons brièvement ce Jürgen MOLTMANN :
    Né en 1926, Théologien protestant allemand, ex Pr. à Tübingen. Moderniste mais cependant enraciné dans la théologie luthérienne. Le plus vendu des théologiens en France au milieu des année 70. Inventeur de la “Théologie de la contradiction”. La contradiction naissant de la confrontation du chrétien à la mort et à la résurrection, et devant le conduire à un engagement politique [ce qui permet de réintroduire la funeste Théologie de la libération !]. Il propose une conception de la Trinité de type “Processus” (Cf. Whitehead), où le Christ n’existe (comme le Fils “adoptif”) qu’a partir de, et pour l’histoire humaine. Cette “Trinité” évolutive et non sereine, semble – par la Croix – confrontée au risque de sa propre histoire tout autant que participante à celle des hommes. Par ailleurs, un véritable Panenthéisme [affirmation que “Tout est en Dieu”] permet d’introduire l’écologie dans la théologie, jusqu’à une forme de zoolâtrie se souciant d’une “théologie du règne animal” ! Moltmann prétend rendre ainsi Dieu moins lointain que ne l’était un prétendu “Créateur” par rapport à sa création. Il essaye d’ailleurs de minimiser Dieu en tant que Créateur, disant que si on le considérait vraiment comme tel, alors il faudrait Le célébrer le jour du chabat [parachèvement de la Création] ! Il rejoint ainsi les théologies opposées à la Toute-puissance de Dieu. Son eschatologie panenthéiste intègre : l’individu, l’histoire, la nature, l’univers “en Dieu”, ou plutôt … et Dieu Lui-même dans son – inachèvement en cours d’achèvement – dans la totalité du “Dieu qui vient” ! [On se rapproche ici des thèses de Whitehad pour qui : “Il est aussi vrai de dire que Dieu crée le Monde, que de dire que le Monde crée Dieu.”!!] Dans un contexte aussi prosaïque rien d’étonnant à ce que pour Moltmann, les “miracles” ne soient que des phénomènes naturels ou des expériences subjectives extatiques.
    Son œuvre reçoit un accueil très chaleureux chez certains catholiques modernistes [comme Marcel Neusch ou le père Maldamé]. Misant sur l’avenir d’une “communauté mondiale écologique” et aussi très œcuménique il en vient à voir d’une façon – que certains apprécient comme vaguement catholique – dans la sacramentalité, une preuve que l’eschatologie concerne essentiellement tant le futur de l’histoire des hommes, que celle de la planète.
    Je ne donnerai qu’une citation de Moltmann qui éclaire sa façon fort prosaïque d’envisager
    les fins dernières à la lumière de l’Histoire récente : (N.B. l’incise sur Feuerbach est mienne.)
    ” [la nouvelle] espérance, en effet, pour parler comme Ludwig Feuerbach [le plus antichrétien des philosophes !], met à la place de l’au-delà qui domine dans le ciel notre tombe, l’au-delà qui la dépasse sur cette terre : le futur historique, le futur de l’humanité. Cette espérance découvre dans la résurrection du Christ, non l’éternité du ciel, mais le futur de cette terre même.” Il y a là comme une reprise d’un refrain bien connu : celui des “lendemains qui chantent”! (Désolé je n’ ai pas noté la page de “Théologie de l’espérance” d’où j’ai tiré cette “envolée” à raz de terre).

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