Bannière Salon Beige

Partager cet article

Europe : le référendum / Europe : politique / France : Politique en France

“La souveraineté, cela ne se divise pas ni ne se partage et, bien sûr, cela ne se limite pas”

c'est Philippe Seguin qui a dit cela en 1992 dans un discours extraordinaire que sort de l'oubli le site des Manants du roi. Cela n'a pas empêché son auteur de poursuivre une carrière auprès de Jacques Chirac puis de Nicolas Sarkozy, grands pourfendeurs de la France au profit d'une Europe qu'il décrivait pourtant fort bien avec ces mots restés lettre morte :

"En outre, c'est une faute politique lourde que de refuser de donner à un engagement aussi grave la sacralisation dont il a besoin. Et ne changerait rien' l'affaire la manœuvre qui consisterait, ultérieurement, à ne faire ratifier par le peuple que ce que le Parlement aurait déjà décidé,

Non, foin d'arguties ! Il me faut dire avec beaucoup d'autres, au nom de beaucoup d'autres, qu'il est bien temps de saisir notre peuple de la question européenne. Car voilà maintenant trente-cinq ans que le traité de Rome a été signé et que d'Acte unique en règlements, de règlement en directives, de directives en jurisprudence, la construction européenne se fait sans les peuples, qu'elle se fait en catimini, dans le secret des cabinets, dans la pénombre des commissions, dans le clair-obscur des cours de justice.

Voilà trente-cinq ans que toute une oligarchie d'experts, de juges, de fonctionnaires, de gouvernants prend, au nom des peuples, sans en avoir reçu mandat des décisions dont une formidable conspiration du silence dissimule les enjeux et minimise lei conséquences. Que l'on m'entende bien : je ne viens ici donner de leçon à personne ; mais que l'on veuille bien, en retour, respecter ma propre démarche ! Je me serais d'ailleurs bien passé d'être là. Il eût mieux valu, à l'évidence, que des voix plus fortes que la mienne engagent le combat.

Elles ne l'ont pas souhaité, je me garderai de les juger. Je me contente de faire et d'assumer un autre choix. Ce n'est pas si facile.

A la décharge des absents, je reconnais bien volontiers que le conformisme ambiant, pour ne pas dire le véritable terrorisme intellectuel qui règne aujourd'hui, disqualifie par avance quiconque n'adhère pas à la nouvelle croyance, et l'expose littéralement à l'invective. Qui veut se démarquer du culte fédéral est aussitôt tenu par les faiseurs d'opinion (…) au mieux pour un contempteur de la modernité, un nostalgique ou un primaire, au pire pour un nationaliste for­cené tout prêt à renvoyer l'Europe aux vieux démons qui ont si souvent fait son malheur.

Mais il est des moments où ce qui est en cause est tellement important que tout doit s'effacer. Et je ne parle pas ici au nom d'une France contre l'autre, car dès lors qu'il s'agit de la France, de la République et de la démocratie, il ne peut plus être question de la droite et de la gauche, l'enjeu, au. delà des partis, des clivages les plus naturels, des oppositions les plus légitimes, des querelles les plus anciennes, n'est rien de moins que notre communauté de destin. Et cette communauté de destin est gravement mise en péril par les accords, alors que ceux-ci ne sont ni la condition de la prospérité, ni la condition de la paix, Dans le monde tel qu'il est, l'idéal comme le réalisme commandaient de faire prévaloir une tout autre conception de l'Europe, voilà ce que je voudrais maintenant développer devant vous.

Monsieur le président, madame, messieurs les ministres, mes chers collègues, que l'on ne s'y trompe pas la logique du processus de l'engrenage économique et politique mis au point à Maastricht est celle d'un fédéralisme au rabais fonda­mentalement anti-démocratique, faussement libéral et résolument technocratique, L'Europe qu'on nous propose n'est ni libre, ni juste, ni efficace. Elle enterre la conception de la souveraineté nationale et les grands principes issus de la Révolution : 1992 est littéralement l'anti-1789. Beau cadeau d'anniversaire que lui font, pour ses 200 ans, les pharisiens de cette République qu'ils encensent dans leurs discours et risquent de ruiner par leurs actes!

Je sais bien que l'on veut à tout prix minimiser les enjeux et nous faire croire que nous ne cédons rien d'essentiel en ce qui concerne notre indépendance! Il est de bon ton, aujourd'hui, de disserter à l'infini sur la signification même du concept de souveraineté, de le décomposer en menus morceaux, d'affirmer qu'il admet de multiples exceptions, que la souveraineté monétaire, ce n'est pas du tout la même chose que l'identité collective, laquelle ne courrait aucun risque. Ou encore que l'impôt, la défense, les affaires étrangères, au fond, ne jouent qu'un rôle relatif dans l'exercice de la souve­raineté,

Toutes ces arguties n'ont en réalité qu'un but : vider de sa signification ce mot gênant pour qu'il n'en soit plus question dans le débat.

La méthode est habile. En présentant chaque abandon parcellaire comme n'étant pas en soi décisif, on peut se permettre d'abandonner un à un les attributs de la souveraineté sans jamais convenir qu'on vise à la détruire dans son ensemble.

Le procédé n'est pas nouveau. Il y a 2500 ans déjà, de demi-longueur en demi-longueur, Achille se rapprochait en courant de la tortue de Zénon sans jamais la rattraper.., Seu­lement, ce n'est là que paradoxe. Dans la réalité, Achille gagne bel et bien la course ; de même, à force de renonce­ments, aussi ténu que soit chacun d'eux, on va bel et bien finir par vider la souveraineté de son contenu. Car il s'agit là d'une notion globale, indivisible comme un nombre premier. On est souverain ou on ne l'est pas ! Mais on ne l'est jamais à demi. Par essence, la souveraineté est un absolu qui exclut toute idée de subordination et de compromission. Un peuple souverain n'a de comptes à rendre à personne et n'a, vis-à-vis des autres, que les devoirs et les obligations qu'il choisit librement de s'Imposer à lui-même.

Souvenez-vous du cri de Chateaubriand à la tribune de la Chambre, en 1816 : «  Si l'Europe civilisée voulait m'imposer la charte, j'irais vivre à Constantinople. »

La souveraineté, cela ne se divise pas ni ne se partage et, bien sûr, cela ne se limite pas".

Partager cet article

5 commentaires

  1. Belles paroles en effet.
    Je m’en souviens d’ailleurs, C’était sur la plage de l’Almanare au mois de juillet 1992, la fureur douce des médias et des ténors pour nous faire voter oui au prochain référendum battait son plein, alors que j’achevais de dévorer le roman de l’Energie Nationale de Maurice Barrès.
    Il y avait une bataille feutrée dans l’air : le grand Jacques donnait à penser qu’il n’allait pas appeler à voter OUI, il le couinait. Et puis à ses oreilles, sont aussi venus couiner le Jacques de Bruxelles et puis les petites phrases de Tonton. Souvenez-vous chers liseurs.

  2. je reprends :
    Il fallait à tout prix empêcher le NON de l’emporter, empêcher Le Front et accessoirement le MPF de taper dans le mil.
    ALors on a fait donner de la voix au banc et à l’arrière banc des serviteur de la machine, mais les jeux étaient faits, comme aujourd’hui Lisbonne… Et hier Troyes!
    Quel contraste entre ces romans de Barrès qui nous charmaient et ces beaux discours qui sonnaient dans le vide.
    Jean-Marie Le Pen et, dans une moindre mesure Philippe de Villiers, furent les seuls à dire la vérité sur cette affaire de Maestricht et ses conséquences considérablement ravageuses.
    La France ne devait en aucun cas déroger…pour ne pas décrocher de l’Allemagne, la CEE était morte.

  3. La logique fausse de ce discours est qu’il semble exalter l’indépendance nationale, alors qu’il s’appuie sur 1789 pour rejeter l’eurofédéralisme européen, qui n’est que l’application par Bruxelles du jacobinisme étatique et napoléonien imposé au peuple français lors de la Révolution.
    Les catholiques sociaux, les libéraux économiques, tel Bastiat, et même certains socialistes, ont vu dès la première moitié du XIX ème la contradiction entre la devise républicaine et la confiscation de toutes les libertés naturelles des corps sociaux par l’Etat jacobin.
    Bruxelles ne fait que reprendre le même dessein : après que l’Etat français ait réussi à faire imploser tous les cadres géographiques, historiques, culturels linguistiques, démographiques et sociaux du peuple français, l’eurofédéralisme, selon les mêmes principes, veut dissoudre les états. Qaund on croit que l’Etat incarne la Nation à la place de la société, selon la théorie de la volonté générale rousseauiste, il n’est pas difficile de passer à l’étape géographique supérieure.
    Ce n’est pas par 1789 qu’il fallait combattre le Maastricht de 1992, c’était par la revendication, impensable et impossible pour un énarque étatique comme Seguin, des libertés naturelles et légitimes des corps sociaux, qui date des catholiques sociaux, et que la Doctrine Sociale de l’Eglise a approfondie et justifiée depuis le siècle dernier.
    On mesure dans ce texte faussement patriotique, mais qui ne prononce pas une seule fois le mot Patrie, comment le souverainisme a échoué à convaincre le peuple français durablement : il fallait lier la question des libertés nationales à celles des libertés civiles, selon la DSE. Combattre le socialisme jacobin au nom des libertés des corps sociaux : famille, régions, provinces, professions, métiers, etc…..
    Sarkozy a promis une rupture pour restaurer ces libertés, il a séduit de ce fait. C’était un mensonge typiquement gaulliste, tout comme le souverainisme de P. Seguin, vite couché devant l’Etat jacobin et ses perspectives de carrière.

  4. Je pense que ce discours avait été ecrit par un certain Paul-Marie Couteaux, non ?
    Il faudrait le lui demander.

  5. “cela ne se limite pas”
    Les anglo saxons doivent bien rire !
    Pour faire preuve d’influence et tout simplement défendre son indépendance il faudrait encore en avoir les moyens.
    Nous n’avons ni la volonté, ni les moyens, ni (malgré les reportages de TF1 sur les “forces spéciales”) les personnels (ni les militaires, ni les juristes,…),…..
    A l’inverse des anglais et américains :
    The Kremlin-backed chief of Russia’s turbulent Chechnya region said his forces were fighting U.S. and British intelligence services who want to split the country apart, according to an interview published on Thursday.
    Former rebel-turned-Moscow-ally Ramzan Kadyrov said in comments to Zavtra newspaper reprinted on his official website that he had seen the U.S. driving licence of a CIA operative who was killed in a security operation he led.
    http://uk.reuters.com/article/idUKTRE58N5O420090924?feedType=RSS&feedName=topNews

Publier une réponse

Nous utilisons des cookies pour vous offrir la meilleure expérience en ligne. En acceptant, vous acceptez l'utilisation de cookies conformément à notre politique de confidentialité des cookies.

Paramètres de confidentialité sauvegardés !
Paramètres de confidentialité

Lorsque vous visitez un site Web, il peut stocker ou récupérer des informations sur votre navigateur, principalement sous la forme de cookies. Contrôlez vos services de cookies personnels ici.


Le Salon Beige a choisi de n'afficher uniquement de la publicité à des sites partenaires !

Refuser tous les services
Accepter tous les services