La multiplication des divorces, une forme de polygamie

Le Cardinal André Vingt-Trois a été interrogé dans La Vie. Extraits :

"Dans le programme du candidat socialiste figure la légalisation de l’euthanasie et du mariage homosexuel, ce qui entre en choc frontal avec le magistère catholique. Qu’en dites-vous ?

L’euthanasie ou l’union homosexuelle entrent en choc frontal, pas seulement avec le magistère ­catholique, mais aussi avec une conception générale de l’existence humaine. Sur ces sujets, le magistère catholique fait valoir une longue tradition de sagesse. Nous ne défendons pas des bastions propres, des idées dont nous aurions l’exclusivité. Nous appelons nos contemporains à se poser les questions fondamentales pour leur avenir, et à réaliser que tout n’est pas bon pour l’homme et ne contribue pas au bien commun.

Cela oblige-t-il les catholiques à ne pas voter pour François Hollande ?

Nous n’entrerons jamais dans une forme de prédétermination confessionnelle des votes. Les évêques de France ont établi un texte en vue des élections, qu’ils ont publié en octobre dernier. Ils y donnent les éléments nécessaires au discernement. Les électeurs sont responsables de leur vote en conscience. Par ailleurs, ces projets ne sont pas l’exclusivité du parti socialiste. D’autres partis sont concernés, chacun peut le voir. […]

La laïcité n’est-elle pas invoquée pour museler les acteurs des religions, dès qu’ils s’expriment de façon critique ?

Ce qui me paraît malsain, c’est le procédé qui consiste à récuser les questions ou les débats en discréditant les interlocuteurs pour des raisons religieuses ou morales. Certains sont pour la démocratie mais voudraient que les idées de leurs interlocuteurs correspondent à leurs points de vue. Mais alors, ce n’est plus la démocratie. Autre exemple, l’expression artistique. On peut produire n’importe quoi sans que personne ne bronche, au nom de la liberté de création… Et, au nom de cette même liberté de création, ceux qui, professant des croyances bien définies, critiquent ces productions se trouvent censurés ! Il ne faut pas que la laïcité se fasse au prix de l’interdiction faite aux religions d’exprimer ce qu’elles croient, sous réserve du respect de l’ordre public, naturellement. […]

Où est le progrès ? En matière sociétale, ne sommes-nous pas dans une phase de régression sur beaucoup de sujets ? Prenons l’exemple du couple. Est-ce que nous n’étions pas arrivés à un véritable progrès, notamment grâce au christianisme, par rapport à ce qui se vivait dans des temps reculés ? N’est-il pas meilleur que les gens se marient librement plutôt que sous la contrainte ? La monogamie n’est-elle pas un progrès par rapport à la polygamie antique ? Or, la multiplication des divorces et l’éclatement des familles ne sont-ils pas une forme de polygamie qui ne dit pas son nom ? Ils nous ramènent pratiquement à des temps où l’éducation reposait sur la mère seule. On connaît bien les conséquences malheureuses de cette situation pour les enfants (difficultés scolaires, adaptation sociale, etc.), mais on ne veut pas le reconnaître. […]"