La mafia rose va-t-elle remporter une victoire au sein de l’Eglise ?

De Christian Daisug dans Présent :

"Il y a plusieurs semaines maintenant qu’a éclaté le plus gros scandale homosexuel de l’histoire récente de l’Eglise : le cardinal Theodore McCarrick, 88 ans, personnage incontournable de l’institution ecclésiale, ex-archevêque de Washington et à ce titre l’un des dirigeants les plus influents de l’Eglise américaine, a été pendant plus de cinquante ans un prédateur sexuel. Il a abusé à partir de 1971, peu après son ordination, de jeunes garçons de son entourage, des enfants de chœur, des dizaines, peut-être des centaines de séminaristes et de jeunes prêtres.

Une vague d’horreur et de consternation traverse actuellement des millions de fidèles. Comment l’odieux a-t-il pu cheminer si longtemps ? Comment le cynisme a-t-il pu parvenir sans encombre au sommet de la hiérarchie vaticane ? McCarrick a démissionné le 20 juin dernier du collège des cardinaux. […]

Qu’un scandale oblige un cardinal à s’effacer constitue déjà une affaire exceptionnelle comme l’histoire en a peu connue. Mais l’essentiel n’est pas là. L’ahurissant et le gravissime se situent autant dans l’enchevêtrement constant de silence, d’hypocrisie et de compromissions que dans le verrouillage subtil d’une vérité que beaucoup, par leur fonction, avaient pu connaître. […]

Combien d’évêques savaient-ils ? Sans doute, plusieurs dizaines. […] Tout évoque une mafia : l’activisme, la solidarité, le noyautage. Et par-dessus tout, le silence. Mais pas un silence ordinaire qui ressemble à une simple discrétion. Le silence de la mafia est absolu, féroce, implacable. Celui de la mafia rose dans l’Eglise est de même nature : celui qui parle voit sa carrière brisée, son rôle éteint, son nom disparaître à jamais. Sans explication, sans raison apparente. McCarrick a bénéficié de ce genre de garde rapprochée.

Pour en savoir plus, on pourrait peut-être interroger officiellement le cardinal Kevin Farrell. A Rome, cet Irlando-Américain a actuellement la charge des laïcs, de la famille et de la vie, mais de 2001 à 2006, il fut le bras droit de McCarrick à l’archevêché de Washington. On lui a arraché quelques mots : il ne sait rien, ne se souvient de rien. Un détail sur le personnage. Le cardinal Farrell a vigoureusement défendu le Père James Martin, un jésuite qui bataille pour éliminer du catéchisme la condamnation de l’homosexualité comme désordre intrinsèque. Que va faire le pape François ? Inciter le clergé américain à nommer la énième commission sur la pédophilie ? D’aucuns pensent que Rome va lanterner jusqu’à la mort de McCarrick pour enterrer définitivement cette affaire."

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