La liberté religieuse n’est pas négociable

L'affaire Baby loup ne cesse pas de faire couler de l'encre. Cette tribune de Joël Sprung est intéressante, faisant partie des rares qui creusent profondément la question. Elle tente de démontrer le glissement d'une séparation entre l'Eglise et l'Etat, à l'opposition générée par ce dernier au point de vouloir aujourd'hui entraver toute action de l'Eglise et de ses membres à commencer par les parents et leurs devoirs d'éducation, celle-ci devant devenir un devoir régalien, incompatible bien sûr avec toute influence religieuse. Et ces restrictions doivent s'appliquer sur le territoire de la "république athée" à toute velléité religieuse.

"L’annulation par la cour de cassation, le 19 mars, du licenciement d’une femme voilée travaillant pour la crèche associative Baby Loup, a beaucoup ému la classe politique. Les critiques quant à un « recul de la laïcité » ont été immédiates et bruyantes, et à droite comme à gauche, on souhaite profiter de l’occasion pour légiférer à nouveau sur la laïcité, dans l’esprit d’une plus grande restriction de l’expression religieuse. Dans un consensus rare, la classe politique semble donc bien décidée à faire de la laïcité une arme contre la liberté.

Certains responsables religieux ont fait part de leur inquiétude quant à cette mobilisation politique, et à raison. La réalité, c’est que cette intention affichée rejoint une idée déjà largement répandue, une définition populaire de la laïcité, qui la présente comme la restriction de l’expression religieuse à la seule sphère privée ; entendant implicitement par là, le domicile familial et les lieux confessionnels. Pourtant la laïcité garantit dans son principe même le respect de la liberté religieuse, tout en posant celui de séparation de l’Eglise (et avec elle de toutes les organisations religieuses) et de l’Etat.

C’est suivant ce principe de séparation qu’ont été définies les règles concernant la neutralité des fonctionnaires de la République. Mais ce principe pose déjà question. On se souvient avec quelle virulence le Pape Pie X s’était élevé contre cette séparation dans l’encyclique Vehementer Nos qu’il adressa au peuple français en 1906 : une injure faite à Dieu, à son Eglise ; une atteinte à la liberté de l’Eglise, et à la liberté des fidèles de pratiquer leur culte. La condamnation fut suffisamment forte, sans qu’il soit même besoin d’y ajouter la trahison par la France du traité concordataire et la nationalisation des propriétés de l’Eglise. Si la relation entre le Saint Siège et la République Française s’est apaisée avec le temps (parler du retour d’une certaine concorde serait toutefois trop ambigu), nous serions bien en peine de faire mentir la prophétie de Pie X sur les restrictions à venir de la liberté religieuse, que la loi de 1905 contenait déjà en germe, tout en prétendant la défendre".

Et de conclure : 

"pour tous ceux, chrétiens, juifs ou musulmans, qui refuseront de se convertir à l’athéisme et continueront de vivre en France, l’appartenance à leur communauté religieuse prendra toujours plus d’intensité à mesure que la république cherchera à cloisonner ce qui est si cher à leur conscience et à leur vie. Et la république athée aura alors à affronter un communautarisme qu’elle aura délibérément suscité".

11 réflexions au sujet de « La liberté religieuse n’est pas négociable »

  1. Ergo

    A une foi inébranlable, au nombre et à l’acceptation du martyr, rien ne peut résister. Comme l’a prédit Pie XII: “Une réaction se déclenchera qui rétablira l’odre naturel, mais cela se fera sans douceur.”

  2. G

    Pour une fois que la justice laïque défendait la liberté religieuse ! Certes, toutes les religions en bénéficient, islam compris.
    Mais avec une évolution de cette loi prônée par les hommes politiques, y compris de droite,imaginez qu’on interdise toute représentation religieuse dans les églises qui sont aussi des lieux publics !
    C’est encore le franc-maçonnerie qui en sera le principal bénéficiaire de cette loi restrictive de la liberté religieuse… avec la droite antiislamique jouant les idiots de service.

  3. Clément

    Ce que beaucoup ne voient pas c’est que les réactions sont doubles: celles de la gauche qui veut la restriction de LA liberté religieuse, et celles de la majorité du pays qui ne veut pas de l’islam en France.
    Cette ambigüité sépare les catholiques en deux. C’est regrettable.

  4. C.B.

    “Empêcher (…) de respecter les prescriptions de son culte, est une atteinte à sa liberté, et par là une atteinte à la dignité humaine.”
    Or nous l’acceptons depuis longtemps, en admettant que l’exercice de notre droit au sacrement de mariage (où les ministres de ce sacrement sont -exclusivement- les deux futurs époux) soit subordonné à un prétendu “mariage civil”.
    « Les parents vont vouloir créer des crèches et des écoles confessionnelles ». Outre “créer son école”, il est sans doute grand temps de se préoccuper de “se déclarer comme assistante maternelle”, en ayant fait soigneusement une étude des textes législatifs et une étude de marché de manière à ne pas se mettre en position d’être accusé de refus de prestation de service (désolée, je ne peux pas prendre un enfant de plus, je suis agréée pour quatre et j’en ai déjà quatre).

  5. HS

    Le problème est de savoir si tous les signes religieux sont à mettre sur le même plan en France, surtout le “voile” qui est loin d’être un pur et pacifique signe religieux en toute circonstance; en particulier quand il s’agit de braver un règlement privé…Et la liberté de l’entreprise, qu’en fait-on?

  6. Charles

    Un Etat laïque, une nation aux fondements gréco-romains et catholiques, une population de souche essentiellement d’origine celtique, germanique, latine.
    Ceci posé, on règle beaucoup de problèmes.
    Les nouveaux arrivants s’adaptent ou retournent chez eux.

  7. laurent petit

    Ceux qui ont peur de la destruction de la religion de Saint.jpgerre par l’islam n’ont pas la foi chevillée au corps. Pour moi, l’islam vient comme le fouet de Dieu comme punition collective de l’occident, et éliminera l’athéisme combattant. Comme c’est la première fois que l’Islam conquiert par des méthodes pacifiques, et dans des pays éduqués et chrétiens depuis 1500 ans, il y a fort à parier que nombre des musulmans se convertiront au christianisme. Si nous ne les convertissons pas, c’est que nous ne croyons pas assez à noter Dieu. Dieu n’abandonne jamais son peuple.

Laisser un commentaire