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Bioéthique / L'Eglise : Foi

La GPA, Abraham et Ismaël

La GPA, Abraham et Ismaël

Petite leçon biblique dans La Nef, de Victoire De Jaeghere, l’une des rédactrices du manuel de la Fondation Jérôme Lejeune sur la GPA, à propos des partisans de la vente d’enfants, qui s’appuient sur une lecture partielle de la Bible pour justifier la légalisation de la GPA :

[…] La naissance d’Ismaël est pourtant l’image éclatante de l’échec de la GPA puisque la servante, Agar, choisit de garder l’enfant de sa grossesse et que la femme, Sarah, se sent méprisée par celle qui, en enfantant, devient participante de la promesse de Dieu à son peuple en attente du Messie. Les conditions étaient pourtant réunies pour la création d’une famille heureuse selon les normes de notre temps : désir d’enfant, projet parental, mère de substitution à portée de main, souffrance du couple sans héritier, bonheur à venir de l’enfant qui pourrait vivre à la fois avec sa porteuse et sa mère d’intention… Mais un grain de sable s’introduit dans le rouage. Agar s’enorgueillit de porter un enfant, et Sarah, humiliée par la maternité de son esclave, la maltraite jusqu’à ce qu’elle s’enfuie dans le désert. Les bonnes intentions ne tiennent plus lorsque les désirs tout-puissants sont contrariés. Si la porteuse devient un obstacle, elle doit être éliminée. Et tant pis pour le fruit de la conception : le « produit » est défectueux, on en fera un autre plus disponible à l’achat.

Il est particulièrement choquant de constater que l’on veut légitimer la GPA comme un échange de bons procédés. Une femme pauvre donne ce qu’elle a, un enfant, à un couple qui lui donne en retour ce dont elle a besoin : de l’argent. Et l’on se félicite de cette trouvaille moderne qui permet de mondialiser ce contrat. Et l’on oublie que cet accord gagnant-gagnant a une victime silencieuse : l’enfant vendu. En séparant le nouveau-né de sa mère pour le remettre à un couple qui l’a commandé, le contrat de GPA exerce au sens strictement juridique du terme une réduction en esclavage de l’enfant sur lequel l’adulte exerce un attribut du droit de propriété. Le fait que la pratique puisse remonter au temps d’Abraham ne sera jamais une justification suffisante pour légitimer cette infamie. Le pauvre Ismaël ne fut d’ailleurs pas épargné. Après l’arrivée d’Isaac, Sarah insista pour les chasser définitivement lui et sa mère, afin qu’il ne puisse hériter avec son fils. Les deux frères ne le sont que tant que l’avenir n’est pas en jeu.

La GPA est peut-être une pratique qui remonte aux premiers siècles de l’histoire humaine. Mais elle diffère en ceci des traditions, que son ancienneté ne l’a justement jamais établie. L’histoire à laquelle on se réfère avec contentement pour enraciner cette action est justement celle d’un échec cuisant, qui d’une servante fait une esclave bafouée, d’une femme un tyran, d’un père un démissionnaire, d’un fils un orphelin et de deux frères deux étrangers.

La GPA d’Abraham nous apprend en réalité que la consommation de l’autre n’est pas justifiée par la plus pure des intentions, qu’elle soit participation à la promesse divine ou seul désir d’avoir un enfant. Elle nous apprend que la maternité ne peut être éclatée. La femme qui a porté et mis au monde un enfant en est la mère, sinon par le désir, au moins par droit de naissance qui est le premier et le moins réfutable de tous les droits. Elle nous apprend enfin que l’enfant n’est pas un dû mais un don.

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