Bannière Salon Beige

Partager cet article

France : L'Islam en France / France : Laïcité à la française / France : Politique en France / France : Société

La France n’est pas la République

Intéressant propos de Paul-François Paoli, interrogé par Jean-Baptiste d'Albaret, rédacteur en chef de Politique Magazine.

Qu’est-ce que la république des bons sentiments et en quoi serait-elle de gauche ? Il y aurait donc une république de gauche et une république de droite ?

A mes yeux, en effet, deux visions de la République se superposent parfois dans nos discours. La première s’est incarnée dans la philosophie politique de la Ve République : elle exprime une certaine idée de l’état dont la fonction est de déterminer le bien commun de la nation, puis de le mettre en œuvre. Tâche ô combien complexe et qui suppose que les partis et les groupes sociaux s’inclinent à un moment donné devant un principe d’intérêt général, principe qui n’est pas la synthèse ou la juxtaposition des intérêts particuliers mais relève d’un choix politique qui peut brider ou frustrer telle catégorie. Dans cet esprit, la République est un principe de décision.

Cette vision est incompatible avec celle en vogue aujourd’hui à gauche, mais aussi chez certains libéraux, pour qui la République est avant tout un ensemble de principes humanitaires qu’il faut rendre compatibles avec les lois du marché ou avec divers mouvements sociétaux. C’est cette république que j’appelle la « République des bons sentiments ». Laquelle, d’une certaine manière, ne relève plus de l’ordre politique mais de l’incantation morale ou sentimentale. Ainsi nous exhorte-t-on à accepter le fait accompli de l’immigration massive. Pour les libéraux, les affaires économiques et les bons sentiments vont ensemble ; pour Aubry ou Mélenchon, nous avons pour devoir d’accueillir les déshérités. Les desiderata des Français deviennent, dans ce cadre, subsidiaires.

A l’encontre d’un certain discours convenu, notamment chez les hommes politiques, vous distinguez la France et la République. En quoi cette distinction vous semble-t-elle nécessaire et même indispensable ?

Ces deux mots expriment tout simplement des ordres de réalité distincts. La France désigne un ensemble de réalités d’ordre géographique et historique, civilisationnel aussi, et elle peut également désigner une population : les Français. La République désigne des institutions et des valeurs. Ces deux réalités ne se confondent pas ! Vous pouvez être anarchiste ou royaliste et vous sentir Français à votre manière, ou encore vous définir comme républicain avant tout. A gauche notamment, on le voit chez certains militants du Grand Orient de France : les valeurs de la République – liberté, égalité, fraternité –, transcendent le fait d’être ou de ne pas être français. Ces valeurs relèvent de l’universel, lequel prime par principe sur le particulier.

Justement, la polysémie parfois contradictoire de ce mot ne condamne-t-elle pas « la République » à n’exister qu’à travers des « valeurs » indéfinies et finalement introuvables ?

Certes. D’une certaine manière, les Français sont pris aux piège de principes qu’ils ont érigés en dogmes impérissables et qu’ils ne sont même pas en mesure de définir. La notion ronflante de fraternité, notamment, est aussi vague qu’ambiguë. On ne sait pas dans quelle mesure elle est, ou non, impérative, ni à qui elle s’adresse : aux Français ou à l’humanité en général ? De fait, elle relève moins de la politique que de l’invocation humanitaire. Mais, d’une part, cette philanthropie a été démentie par le xxe siècle et ses hécatombes. Et, d’autre part, on peut se demander à quel titre les Français seraient voués à se sentir les « frères » de l’humanité alors qu’ils ont déjà tant de mal à se supporter les uns les autres…

Quand est-ce arrivé durant notre histoire ? En 1793, lors des massacres de Vendée ? En 1871, durant la répression des Communards ? La seule fois où la France a été un tant soit peu fraternelle, c’est durant l’Union sacrée contre l’Allemagne en 1914."

Partager cet article

7 commentaires

  1. J’ avais raison! !!
    Fallait élire Président de la France! !!

  2. Je veux bien que “liberté, égalité, fraternité” soit la devise de la France, d’autres ont pour devise “Dieu et mon droit” ou “l’union fait la force”.
    Mais dire que liberté, égalité, fraternité sont les valeurs de la république (éventuellement avec un R majuscule), ça n’a aucun sens: en Grande-Bretagne ou en Belgique, qui ne sont pas des républiques, la liberté, légalité et la fraternité sont aussi des valeurs.
    Et curieusement, “les” valeurs de la république (toujours éventuellement avec un R majuscule) constituent une liste variable: on y trouve parfois en plus la laïcité, parfois la solidarité au détriment de la fraternité.
    Bref, tout ça fait un peu amateur!

  3. “La seule fois où la France a été un tant soit peu fraternelle, c’est durant l’Union sacrée contre l’Allemagne en 1914.”
    Cette soit-disant union sacrée durant la grande guerre est un mythe. La gauche sectaire et anticléricale a continué durant toute la guerre sa politique discriminatoire envers les chrétiens. la loi sur les orphelins de 1917 où l’assemblée refuse que l’état autorise le catéchisme aux orphelins baptisés, la loi sur le drapeau (interdire les emblèmes mais ne réprimer que le Cœur Sacré du Christ), la tentative d’interdire le port du cœur sacré aux soldats (même sous l’uniforme) et même l’interdiction par Painlevé de la consécration des soldats au Sacré Cœur, les accusations permanentes que les religieux et prêtres seraient des “planqués” (démenti par le grand livre d’or du clergé qui prouvait l’inverse), etc…
    La vraie union sacrée s’est réalisée après la guerre contre les politiciens de gauche car la population française n’acceptait plus la discrimination systématique des catholiques par l’état : “eux aussi ont donné leurs enfants pour la France”…

  4. Je trouve la république française sacrément gonflée de prétendre qu’elle inventa un bien beau jour – pour toute l’humanité alléluia! – les droits de l’homme quand, pas plus tard que le lendemain, elle tannait sans vergogne de la peau humaine française aux Ponts de Cé.

  5. On ne peut croire en des pseudo valeurs jamais définies.
    Les valeurs de la république, tout le monde les cherche, personne ne les trouve.
    Ridicule et pathétique.

  6. « La seule fois où la France a été un tant soit peu fraternelle »
    Pas la France : la république…
    La France a été de nombreuses fois fraternelles avant 1789… mais il est vrai qu’une seule fois après (sauf si on évoque la « fraternité » maçonnique bien sûr 🙂 )

  7. Servir la France, oui, servir la république, c est autre chose… Étonnant que le serment que font les militaires à servir leur pays n ait pas encore été modifié afin qu ils s engagent à servir. la république et ses idéaux pervertis.

Publier une réponse

Nous utilisons des cookies pour vous offrir la meilleure expérience en ligne. En acceptant, vous acceptez l'utilisation de cookies conformément à notre politique de confidentialité des cookies.

Privacy Settings saved!
Paramètres de confidentialité

Lorsque vous visitez un site Web, il peut stocker ou récupérer des informations sur votre navigateur, principalement sous la forme de cookies. Contrôlez vos services de cookies personnels ici.


Le Salon Beige a choisi de n'afficher uniquement de la publicité à des sites partenaires !

Refuser tous les services
Accepter tous les services