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La finance, cette inconnue

De Guy Millière dans Les 4 Vérités :

"Les positions politiques et économiques des divers partis français semblent éloignées les unes des autres. Si on les regarde de près, on note, cependant, d’étranges similitudes. […] Une quasi-unanimité semble exister sur un point : la finance est une activité dangereuse, qu’il faut endiguer, circonscrire, limiter. Elle peut même, du Front de gauche au Front national, être considérée comme diabolique, et comme menant les économies à leur perte en en soustrayant des capitaux qui seraient plus utiles ailleurs. Une situation difficile implique qu’on prenne des boucs émissaires et qu’on déverse sur eux bile et imprécations. Et la finance est le bouc émissaire idéal : elle est une activité mystérieuse, complexe, où des gens gagnent de l’argent avec de l’argent et peuvent, dit-on, par des décisions arbitraires, imposer leurs diktats à des entreprises et à des pays entiers. Ces gens, qui plus est, n’ont pas de patrie et sont donc des « agents de la mondialisation néo-libérale » (version Front de gauche) ou du « mondialisme » (version Front national).

Il importe, en ces conditions et face aux imprécations, de rappeler quelques aspects utiles : la finance repose sur la spéculation, qui est une activité intellectuelle essentielle, puisqu’elle est au coeur même de la philosophie. La spéculation consiste à évaluer, à soupeser les potentialités et les probabilités, à équilibrer certitudes et incertitudes. Or, la finance fait exactement cela : elle évalue, soupèse, équilibre, raisonne en termes de potentialités et probabilités, certitudes et incertitudes. Elle s’est particulièrement développée ces dernières années parce que nous sommes dans une ère de mondialisation accélérée et de dématérialisation de la monnaie, de la valeur et des flux financiers, grâce à internet. Elle est plus que jamais, comme l’a écrit Frederic Mishkin, que je cite dans mon livre « La septième dimension », le « cerveau de l’économie ». Les financiers peuvent se tromper, cela arrive, mais les erreurs graves qui leur sont souvent attribuées viennent en général des gouvernements et des banques centrales. C’est ce qui s’est passé au cours des années qui ont conduit à la crise de 2007-2008, dont nous ne sommes pas pleinement sortis. Le « cerveau de l’économie », pour faire ce qu’il fait, traite des informations et, si les informations sont faussées, il fonctionne mal : les « subprimes » américains ont été un facteur grave de dysfonctionnement. Ce qui doit être écarté, ce n’est pas la finance, mais les interventions des gouvernements et des banques centrales qui, en jouant artificiellement sur les taux d’intérêt, ou en obligeant des banques à adopter des comportements qu’elles n’adopteraient pas sans cela, faussent les informations, ce qui a des conséquences en chaîne.

Sans la finance, pas d’optimisation des risques et des investissements, pas d’évaluation des politiques économiques et de la pertinence des investissements, et le risque dès lors démultiplié que nous soyons tous beaucoup plus pauvres. Cela, aucun parti politique français ne le dit, bien sûr. Quand la France sortira-telle des archaïsmes mentaux venus d’une ère révolue ? Pas dans l’immédiat, je le crains."

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14 commentaires

  1. Désolé de jouer les pisse-froid, même si tout cela est fort bien argumenté: quand on est chrétien, on ne fait pas de l’argent avec de l’argent. L’argent est le fruit du travail, ou le cas échéant, d’un don ou héritage. A force de compromis avec l’esprit du monde, on passe son temps dans le mensonge, et on sait qui en est le père…

  2. on ne peut plus entendre ce discours en 2013, alors que la paupérisation de là France est en marche en raison d’une mondialisation rêvée par la Finance.Que le finance soit utile, oui, qu’il ne faille pas la diaboliser, oui, qu’il faille encadrer intelligement les pratiques est nécessaire aussi.
    Comparer spéculation intellectuelle et financière est véritablement diabolique. Il y a des hommes qui souffrent en raison de la spéculation financière. Les 3 derniers papes sont très clairs sur le sujet.

  3. A l’heure de la simplification extrême de la sémantique, finance = finance. Ca ne sert à rien de parler des heures pour distinguer la finance qui permet d’emprunter à une banque pour faire avancer une PME, et celle liée à la mondialisation, déconnectée de toute réalité économique et qui aurait dû, à mon sens, provoquer beaucoup plus de faillites encore pour être remise en cause sérieusement.

  4. L’erreur de Guy Millière, comme de tant d’autres penseurs libéraux, est de penser qu’il existe un “marché en soi” qui serait naturellement juste et équitable si ses lois naturelles n’étaient pas entravées par le dirigisme étatique et l’interventionnisme des banques centrales. Cette conception fausse d’un marché comme justice immanente de l’économie libre, qui serait naturellement bon parce que conforme aux lois de la Nature non corrompue par la réglementation de la société civile, est l’idée centrale sur laquelle repose les conceptions de l’économie de marché qui ont exposées depuis les physiocrates jusqu’à nos jours. L’ennui est que ce fameux marché libre naturellement bon n’a jamais existé autrement que dans les théories tendant à modéliser les échanges économiques entre nations sur la base d’un commerce équitable en fonction des avantages comparatifs des partenaires commerciaux qui seraient mutuellement gagnants dans un marché libéré des entraves étatiques et corporatistes. Toutes les tentatives de libéralisation des échanges sans mesures de sauvegarde se sont avérées désastreuses pour les nations dont les producteurs n’étaient pas en mesure de résister à la libre concurrence des produits étrangers venant déranger des chasses-gardées qui avaient au moins l’avantage d’entretenir la subsistance de populations entières. Les puissances libérales qui ont échafaudé ce genre de théorie ont la plupart du temps pratiqué le protectionnisme pour elles-mêmes et le libre échange pour leurs concurrents, à commencer par le Royaume-Uni via à vis de ses concurrents asiatiques au XIXème siècle. Il faut être particulièrement naïf pour croire que la finance internationale retournerait à l’équilibre naturel des marchés sans l’intervention des banques centrales, alors même que ce sont les banques qui ont justement oeuvré pour l’instauration de règles du marché qui leur assurent une domination totale dans la fixation du prix des actifs échangés. Guy Millière semble tout ignorer de l’histoire financière des Etats-Unis qui est marquée par une lutte constante des banques pour prendre le contrôle de la création monétaire qui aurait dû rester l’apanage de l’Etat. Partout les financiers ont oeuvré pour s’assurer le contrôle de la création et de la circulation monétaire au moyen justement de la création de banques centrales et l’instauration de réglementations qui leur assurent une totale domination des marchés, au prétexte justement qu’il est nécessaire de réguler les marchés, alors que cette régulation ne sert qu’à légitimer la perpétuation de la dictature financière. Que celle-ci se cache derrière des lois naturelles de fixation des prix ne change rien au fait que les groupes bancaires internationaux (Rotschild, Warbug, JP Morgan Chase, BNP-Paribasetc) sont guidées par un appétit de domination totale sur l’économie et la société dont la gestion leur a été abandonnée au prétexte que seul le marché libre pouvait permettre à la finance de remplir son rôle de financement juste de l’économie. C’est un sophisme pur dont les conséquences sont proprement désastreuses, à commencer par le discrédit jeter sur le libéralisme économique tout entier caricaturé par le libéralisme financier qui n’est en fin de compte que le bras armé du socialisme étique, dont il assure le contrôle total de l’économie par l’intermédiaire des banques qui maîtisent les flux financiers.

  5. Mettre sur le même plan la spéculation philosophique et la spéculation financière relève du calembour dont Victor Hugo disait qu’il est la ” fiente de l’esprit “. C’est la finalité qui les oppose. La première cherche la vérité. La seconde s’en moque éperdument puisqu’elle l’a déjà trouvée : et c’est le profit ( mon profit, pas le vôtre ). Quant à rejeter la responsabilité des difficultés que nous connaissons sur les gouvernements, elle est bien bonne. Comme si les gouvernements dans nos démocraties actuelles n’étaient pas les créatures de nos financiers ! Assez consternant de lire de semblables âneries dans les 4 Vérités.

  6. Les pays, les sociétés, sont construits et avancent par le travail, l’éducation, l’instruction. Ce type de discours, bien que bien construit, ne passe plus.

  7. discours liberal typique de defense du marché et de la finance, de manière fort maladroite et au forceps. Nicolas Jaisson nous livre sur le sujet une analyse très fine.
    Ecrire ” la finance repose sur la spéculation, qui est une activité intellectuelle essentielle, puisqu’elle est au coeur même de la philosophie”, c’est risible et même ridicule. Le raccourci est osé, mais tombr a plat, car on peut le retourner contre son auteur : la speculation est une reflexion intellectuelle sur l’abstrait. La speculation financière est effectivement une abstraction qui l’a met en opposition avec l’economie reelle.

  8. La première naïveté des libéraux idéologues est d’imaginer – car c’est bien imaginaire – un monde où les agents de l’économie privée seraient tous à tout moment avides de mener leur business sans les “interventions” de l’Etat, alors qu’ils sont, comme vous et moi, des “libéraux” très pratiques et très cohérents : s’ils peuvent gagner à ce que l’agent politique agisse en leur faveur, ils seront les premiers à le solliciter, quand ce n’est pas le manipuler.
    La puissance américaine contemporaine illustre à l’envi ce paradigme. Big business et big government (armé de son big stick) avancent en gros main dans la main depuis le temps mister Th. Roosevelt.
    Alors, je sais bien, les plus conséquents de nos libéraux en arrivent à réclamer qu’il n’y ait plus du tout d’Etat, ce cet Etat dont le parasitisme vient tout perturber. Ce sont les libertariens. Ces étranges sectateurs de la liberté absolue ne peuvent éviter de réclamer… une interdiction, dont on se demande d’ailleurs quelle autorité pourrait être le garant.

  9. Guy Millière ferait mieux de relire cet article :
    http://effondrements.wordpress.com/2013/11/23/la-haute-trahison-de-lelite-francaise-ou-loi-du-3-janvier-1973/
    il est peut être moins habilement écrit mais bien plus réaliste !

  10. Je suis reconnaissant aux contributeurs qui fournissent un article bien argumenté, fût-il long. Mais pourraient-ils faire des paragraphes, aller à la ligne… bref, aérer leur texte?
    Aussi intéressants que soient leurs écrits, ceux-ci en deviennent indigestes et il serait dommage de ne pas en prendre connaissance parce que le temps manque ou que la fatigue est là.

  11. Quand on ne prends pas en compte la réalité cachée de la finance on ne peut rien comprendre
    Tout a commencé en 1913 ,des banquiers privés se sont réunis sur l’ile de Jekill aux usa et ont fondé la réserve fédérale américaine ( F E D ),qui en fait n’a rien de réserve,rien de fédéral et rien d’américain ,puisque l’émission de $ est réalisée par moins de dix banquiers privés
    1971 suppression de la convertibilité du $ en or ; “” la FED “” avait émis tellement plus de papier monnaie qu’il y avait d’or que ça commençait à poser des problèmes graves
    1972 les banques avaient prêté tellement plus d’argent qu’elles n’en possédaient qu’il leur a fallu réagir en se réunissant à Bâle pour réguler les pratiques devenues maffieuses .Elles ont adopté le ratio de solvabilité de 8% qui en clair leur a permis de prêter 12,5 fois le montant de leurs fonds propres (8X12,5 = 100 )
    1973 loi Pompidou interdisant à l’état d’emprunter à sa banque nationale mais d’emprunter aux banques privées
    1974 puisque les banques privées pouvaient prêter plus d’argent qu’elles n’en possédaient et que les banques nationales n’avaient plus le droit de prêter aux états,
    on commença un peu partout à voter des budgets en déficit ,comblés par l’emprunt
    Tout cet argent fictif crée à partir de rien (ex nihilo) on nous demande de le rembourser avec nos richesses réelles ; c’est le plus grand holdup de tous les temps
    Une banque comme DEXIA ,avec 8 milliards de fonds propres elle en a prêté 500, soit un ratio de solvabilité de 1,6 % ,dexia a donc prêté 62,5 fois le montant de ses fonds propres, crédit agricole n’est pas loin derrière
    Pour obliger les banques à récupérer tout l’argent fictif qu’elles ont prêté la commission de Bâle a stipulé que cet argent fictif passerait en pertes réelles dans les bilans des banques si celles ci ne pouvaient récupérer le capital prêté
    Résultat pratique pour DEXIA ,1,6% de prêts non récupérés et il n’y a plus de capital propre
    Pour faire plus de profits les banques ont bidouillé leurs comptas pour prêter toujours plus

  12. GIGI
    Bon rappel, sans oublier les vidéos d’Etienne Chouard ( arnaque des impôts , par exemple )

  13. La finance vertueuse cela n’existe pas !
    Et d’ailleurs le Père Noël non plus M.Guy Millière désolé de vous décevoir.
    Au temps des Pharaons, les financiers, on les gavait à l’or en le leur coulant dans la bouche…

  14. “Alors que les gains d’un petit nombre s’accroissent exponentiellement, ceux de la majorité se situent d’une façon toujours plus éloignée du bien-être de cette heureuse minorité. Ce déséquilibre procède d’idéologies qui défendent l’autonomie absolue des marchés et la spéculation financière. Par conséquent, ils nient le droit de contrôle des États chargés de veiller à la préservation du bien commun. Une nouvelle tyrannie invisible s’instaure, parfois virtuelle, qui impose ses lois et ses règles, de façon unilatérale et implacable. De plus, la dette et ses intérêts éloignent les pays des possibilités praticables par leur économie et les citoyens de leur pouvoir d’achat réel. S’ajoutent à tout cela une corruption ramifiée et une évasion fiscale égoïste qui ont atteint des dimensions mondiales. L’appétit du pouvoir et de l’avoir ne connaît pas de limites. Dans ce système, qui tend à tout phagocyter dans le but d’accroître les bénéfices, tout ce qui est fragile, comme l’environnement, reste sans défense par rapport aux intérêts du marché divinisé, transformés en règle absolue. ” Pape François Evangelii Gaudium

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