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France : Politique en France

La famille est un sujet structurant du discours politique

Guillaume Bernard, maître de conférence à l'Institut catholique d'études supérieures, écrit dans Le Figaro :

"Le retour de Nicolas Sarkozy dans l'arène politique et la nécessité de se différencier de ses concurrents vont le contraindre à prendre position sur un certain nombre de sujets essentiels à l'avenir de la France comme le multiculturalisme et l'immigration, le libéralisme et la construction européenne ou encore la famille. Celle-ci occupe, en effet, une place centrale dans l'ordre social. Il s'agit d'une question architectonique: elle soulève, à l'évidence, des enjeux en matière de mœurs et de bioéthique. Mais elle concerne également la démographie, l'éducation, la solidarité intergénérationnelle, etc. Dépassant très largement les questions de couple et de sexualité, la famille est un sujet structurant du discours politique. La manière dont elle est juridiquement et fiscalement traitée manifeste l'état d'une civilisation, sa capacité à perdurer et sa volonté de peser.

Nicolas Sarkozy a affiché l'ambition de réunir toute sa «famille politique» autrement dit, au-delà voire au-dessus de l'UMP, le centre et la droite modérée. Or, sur la famille comme sur bon nombre d'autres sujets, elle est doctrinalement divisée et, ce, de manière profonde. […] Aussi, Nicolas Sarkozy pourra-t-il se contenter de déclarations ambivalentes, de formules fermes voire provocatrices («on a humilié la famille») mais sans engagement explicite pour l'abrogation de la loi Taubira permettant le mariage de personnes de même sexe et l'adoption d'enfants par ces couples? A vouloir plaire à tout le monde pour essayer de rassembler le plus largement possible, il risque de ne satisfaire personne.

Il est plus que probable que ce sera le cas des catholiques qui non seulement composent l'essentiel des opposants à la loi Taubira mais sont aussi l'incarnation de ces classes populaires et moyennes provinciales qui subissent de plein fouet la triple insécurité (physique et matérielle, économique et sociale, identitaire et morale) qui frappe la France. Il est certain que, du point de vue numérique, les catholiques pratiquants ne font pas, à eux seuls (et de loin), la majorité à l'élection présidentielle. Ils sont toutefois une force indispensable à la constitution d'une majorité, en particulier à droite. Or, les politiques considèrent que leur incontestable tropisme à droite fait d'eux un électorat captif qu'il n'est pas nécessaire de satisfaire pour obtenir ses suffrages. Pour affirmer son influence, cet électorat devra faire progresser son caractère flottant (phénomène se développant depuis quelques élections et se traduisant par sa radicalisation). A défaut de cela, il est certain qu'il sera toujours ignoré voire méprisé même s'il réussit des mobilisations de masse.

Cela dit, ce serait une erreur de réduire le mouvement de «la manif pour tous», au sens large, à une démarche religieuse ; il est éminemment politique: il est l'une des incarnations du mouvement dextrogyre qui, depuis la chute du régime soviétique, voit les idées de droite se réveiller, progresser et reconquérir du terrain doctrinal (ce qui conduit à repousser le libéralisme de droite vers la gauche) et électoral (droite «décomplexée», progression du FN). Ayant à l'évidence choisi d'abandonner la «ligne Buisson» (qui lui permettait de se prémunir à droite), Nicolas Sarkozy ne semble pas en avoir pris la mesure. A moins que, persuadé que le candidat de droite sera présent au second tour de la prochaine présidentielle et que le PS en sera, comme en 2002, éliminé, il ne veuille (par confort?) gagner l'élection au centre. Dans ces conditions, il est logique qu'il soit prêt à abandonner sur sa droite un espace politique qui ne manquera cependant pas d'être occupé. […]"

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