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L'Eglise : Vie de l'Eglise

La doctrine sociale de l’Eglise face à la propriété privée, le covid, l’écologisme, la décroissance, le mondialisme

La doctrine sociale de l’Eglise face à la propriété privée, le covid, l’écologisme, la décroissance, le mondialisme

Samedi 17 octobre se déroulait en Italie, sous l’égide de l’Observatoire International Cardinal Van Thuan un symposium sur la Doctrine Sociale de l’Eglise, au cours duquel Mgr Giampaolo Crepaldi, archevêque de Trieste et président du même Observatoire, a abordé des sujets d’une grande actualité, aussi variés que la propriété privée, le covid, l’écologisme politique, la décroissance, le mondialisme, – un choix qui résonne forcément comme un réponse à Fratelli Tutti. Extraits significatifs traduits par Benoît-et-moi :

(…) Il ne fait aucun doute que la pandémie actuelle de Covid-19 a eu et aura des répercussions importantes sur l’économie. Dans les informations sur le marasme qui nous parviennent à cet égard, deux éléments peuvent être considérés comme certains. Le premier est que l’impact sur l’économie réelle des entreprises et des ménages sera très lourd. À l’heure actuelle, les effets sont freinés par des mesures artificielles, mais cela ne peut pas durer longtemps. Le second est qu’il existe de nombreux centres de pouvoir politique et financier qui entendent utiliser la pandémie pour réorganiser l’économie mondiale d’une manière qui ne peut nous laisser sereins. L’économie est donc actuellement en proie aux idéologies et la pandémie elle-même est gérée de manière idéologique. (…)

L’économie dépend du système moral de référence. Jean-Paul II nous a appris qu’un effondrement économique n’a jamais seulement des causes économiques. Il y a un esprit d’entreprise humain qui précède l’esprit d’entreprise économique, comme nous le rappelle Caritas in Veritate. L’économie dépend des idéologies quand elle oublie cela; la doctrine sociale de l’Église la sauve des idéologies quand elle le lui rappelle.

Dans cette situation, elle [la doctrine sociale de l’Eglise] n’a guère été utilisée et proposée. Le salut a souvent été réduit à la santé et on a fait coïncider le bien commun avec l’application des restrictions ordonnées par le gouvernement. Ainsi, l’économie a été abandonnée aux idéologies. (…)

PROPRIÉTÉ PRIVÉE

Parmi les principes fondamentaux de la Doctrine sociale de l’Église figure le droit naturel à la propriété privée (…). En prévoyant sa déformation éventuelle, Léon XIII avait suggéré que les biens soient considérés comme propres en ce qui concerne la possession, mais comme communs en ce qui concerne leur utilisation. Cette distinction est d’ordre moral et est propre à la personne et à sa créativité. En outre, elle doit être réalisée dans le respect de l’ordre social, par exemple, en passant d’abord par la famille et les organismes intermédiaires. En revanche, lorsque l’usage social de la propriété est imposé du haut d’un système politique centraliste, lorsqu’on pense le mettre en œuvre au moyen d’un système fiscal injuste, voire d’un système de vol, lorsqu’un système bureaucratique est mis en place pour ce faire et que son but est de sa propre préservation, et peut-être même son amplification, alors le principe du droit à la propriété privée est recouvert par l’idéologie. (…) Il [le droit à la propriété privée] est même présente dans le Décalogue ; c’est un élément de la loi naturelle et révélée.

Je fais ces remarques non pas pour célébrer l’exaspération individualiste de la propriété privée, mais parce que j’ai l’impression que la gestion idéologique actuelle de la pandémie vise à réduire ce principe par deux voies apparemment opposées mais désormais combinées. La première est la renaissance du centralisme étatique. La faiblesse de la population, l’alarme sociale souvent induite et l’isolement alimentent un besoin de protection qui offre à l’étatisme un espace inattendu. (…) L’autre voie, apparemment différente, est l’impulsion que la pandémie a donnée à la « société ouverte ». Cela signifie une plus grande unification mondiale, la création de pouvoirs supranationaux forts, un métissage culturel post-religieux, une « obéissance » universelle dans nos modes de vie, l’acceptation d’une hiérarchie de valeurs produite artificiellement. (…)

LE MONDE

La doctrine sociale de l’Église a toujours enseigné le principe de l’unité de la race humaine. Une unité d’origine et de destin. Ce principe ne doit cependant pas être confondu avec les principales propositions mondialistes qui se font jour aujourd’hui. Nous ne devrions pas tolérer de malentendus sur cette question. Si nous poursuivons les idéologies qui prévalent aujourd’hui, nous finirons par contribuer à des solutions erronées et douloureuses. Nous ne pouvons pas non plus nous contenter d’une écoute nominaliste des propositions culturelles actuelles. Le mot « fraternité » prend aujourd’hui de nombreuses significations dont nous devons tenir compte dans toute leur diversité.

Pour la Doctrine sociale de l’Église, la fraternité (fraternità) ou fraternité (fratellanza) humaine se fonde sur deux niveaux. Le premier est d’ordre naturel : nous sommes frères parce que nous sommes tous des hommes, nous sommes égaux en dignité, nous foulons le même sol, nous vivons ensemble non pas pour des raisons de fait mais pour la vocation. Ce niveau naturel nous donne également les règles de notre fraternité, c’est-à-dire la loi naturelle et la loi morale naturelle, qui permettent à la fraternité ontologique de devenir également une fraternité morale. Le Décalogue est une loi de fraternité et de fraternité humaine. En fait, il est valide sous toutes les latitudes.

L’autre plan est le plan surnaturel : nous sommes frères parce que nous sommes enfants de Dieu, enfants d’un seul Père. Le plan naturel est le plan d’une fraternité civique et éthique, le plan surnaturel est le plan d’une fraternité religieuse et salvatrice. Les deux plans sont en continuité l’un avec l’autre, car la nature se réfère au Créateur et le surnaturel au Sauveur, qui sont le même Dieu. Il ne me semble pas qu’il existe d’autres types de fraternité dignes de ce nom que ces deux-là.

(…) Lorsque, par contre, le concept de fraternité est déformé pour des raisons imputables à l’économie, alors l’économie est également déformée. Il me semble que c’est la situation dans l’Union européenne, où il y avait une certaine idée de la fraternité qui aurait dû animer l’économie, mais c’est finalement la nouvelle économie qui a demandé et obtenu un nouveau (faux) concept de fraternité. Du cadre culturel de l’Union européenne ont disparu à la fois le fondement naturel de la fraternité, puisque les Cours européennes et le Parlement européen ne se réfèrent plus au droit naturel, et le véritable fondement transcendant, qui ne peut être remplacé par une référence générique aux religions, quelles qu’elles soient.

ÉCOLOGISME

(…) L’écologisme actuel, s’il est appliqué selon des idéologies qui semblent le dominer, produit des injustices et affecte les pauvres. On dépense plus de ressources pour les chiens que pour les enfants, pour la recherche sur la salubrité de l’air que pour la défense de la vie, pour apprendre aux nouvelles générations à respecter l’environnement plutôt que pour avoir des enfants. Dans Caritas in Veritate, Benoît XVI a mis en évidence avec beaucoup de clarté cette distorsion fondamentale de notre culture, qui détourne l’économie de ses véritables objectifs. Des sommes énormes sont dépensées pour défendre la nature plus que pour défendre l’homme. On voit ici opérer l’idéologie d’une nature déshumanisée, mais à ce stade, ce n’est qu’un tas de pierres. Pensons, par exemple, aux prédictions récurrentes sur l’épuisement des ressources énergétiques. Elles négligent les ressources humaines, comme si tout était entre les mains de la matière et rien entre les mains de l’intelligence humaine.

Le principal dommage économique produit par l’idéologie écologiste consiste à induire une réduction du taux de natalité. Si nous réglons l’économie sur la consommation individuelle et surtout hédoniste, une société sans enfants, sans famille, composée d’individus asexués ou polyvalents qui travaillent pour consommer et consomment pour travailler est certainement attractive pour des opérateurs économiques sans scrupules. Mais si nous regardons l’économie réelle, nous voyons que s’il n’y a pas de famille et si les enfants ne naissent pas, le système en général ne fonctionne pas.

L’ANTIFAMILISME ET L’ANTINATALISME

L’idéologie antifamiliste et antinataliste est aujourd’hui parmi les plus pernicieuses. Jean-Paul II avait bien souligné l’importance économique fondamentale de la famille qui est une école de travail, une raison d’épargner, un amortisseur social en cas de crise, un capital social, une éducation aux vertus civiques, une transmission des connaissances et des compétences entre les générations. Le manque de nouveau-nés entraîne un manque de vision de l’avenir de la part d’une société vieillissante, des coûts improductifs, une dépendance vis-à-vis des institutions politiques, une stagnation de la créativité au travail. L’idéologie antifamiliste et antinataliste veut changer l’économie, mais le but est de créer une société antifamiliste et antinataliste dans les valeurs diffusées. Son but est de nier la famille et la vie. Et qu’on y prenne garde, non seulement de nier la famille et la vie naturelles, mais de nier la Sainte Famille et la vie surnaturelle. (…)

Nous pensons que la question de Dieu n’a rien à voir avec cela et au contraire elle est centrale. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la doctrine sociale de l’Église s’y intéresse. Si la question de Dieu était accessoire et marginale et si les choses pouvaient bien se passer même sans Lui, la Doctrine sociale de l’Église serait utile mais pas indispensable, comme nous le pensons au contraire. Une vision idéologique de la vie, de la famille, de la nature, de l’économie n’est pas neutre par rapport aux conséquences religieuses. (…)

LA DÉCROISSANCE ÉCONOMIQUE

Tout cela est à la base d’une autre idéologie qui est aujourd’hui très répandue, l’idéologie de la décroissance économique. (…) Elle ne signifie pas la simple prudence économique, mais indique un blocage du progrès et de la production de richesses, comme si le fait d’être tous plus pauvres était en soi une garantie de justice et de paix. En ce sens, la décroissance a toutes les caractéristiques de l’utopie, outre celles de l’idéologie. Les différents millénarismes et paupérismes hérétiques que nous avons connus au cours de l’histoire ont exprimé le même concept. Mais l’Eglise les a toujours contestés et l’activité des moines a toujours pensé à humaniser la nature plutôt qu’à naturaliser l’homme. Pour ce faire, ils ont été poussés non seulement par l’amour de la nature, non seulement par l’amour de l’homme, mais surtout par l’amour de Dieu.

Les utopies ont toujours causé de grandes souffrances à l’humanité. L’utopie de la décroissance fait sienne l’utopie égalitariste, qui entend la dignité commune de l’humanité comme une identité existentielle. Il est vrai que tous les hommes sont égaux en dignité essentielle. Toutefois, cela ne signifie pas qu’ils sont égaux en termes de dignité morale, ni qu’ils sont égaux en termes de conditions de vie. Lorsque les diversités ne sont pas causées par l’injustice, elles représentent une valeur pour la société dans son ensemble, car tous les hommes n’ont pas les mêmes talents et ne sont pas tous capables du même engagement. Lorsque le centralisme politique et économique prévaut, on risque de comprendre l’égalité comme un aplatissement garanti par le système. Plus ou moins toutes les formes d’aide publique que nous avons connues au cours des dernières décennies ont commis cette erreur. L’idéologie égalitariste commet ensuite une autre erreur d’approche : elle pense que les inégalités sociales provoquent des inégalités morales, alors que c’est le contraire qui est vrai. Ce n’est pas la pauvreté qui produit l’immoralité, mais l’immoralité qui produit la pauvreté. (…)

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