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L'Eglise : Foi

La doctrine de l’indissolubilité du mariage est non négociable

Mgr Müller, préfet de la
Congrégation pour la doctrine de la foi, publie dans l'Osservatore Romano une réflexion sur le problème des divorcés remariés. Cet article répond aux orientations (ou aux tentatives d'orientation)
données par le diocèse de Fribourg-en-Brisgau
, en Allemagne, ouvrant
sous condition l’accès aux sacrements aux personnes divorcées remariées, et qui avaient réjoui les milieux progressistes. Extraits de l'article de Mgr Müller :

"La discussion concernant la problématique des fidèles qui ont contracté un
nouveau lien civil après un divorce n’est pas nouvelle et a toujours été suivie
avec un grand sérieux par l’Église dans l’intention d’aider les personnes
concernées. En effet, le mariage est un sacrement qui touche de manière
particulièrement profonde la réalité personnelle, sociale et historique de
l’homme
. En raison du nombre croissant de personnes concernées dans les pays
d’antique tradition chrétienne,
il s’agit d’un problème pastoral de grande portée. Aujourd’hui, des personnes
tout à fait croyantes se demandent sérieusement : l’Église ne peut-elle pas
permettre aux fidèles divorcés remariés d’accéder, sous certaines conditions,
aux sacrements ? L’Église a-t-elle les mains liées à jamais en cette matière ?
Les théologiens ont-ils vraiment déjà dégagé toutes les implications et les
conséquences relatives à cet égard ?

Ces questions doivent être discutées en accord avec la doctrine catholique
sur le mariage.
Une pastorale responsable présuppose une théologie qui s’en
remet tout entière et librement à Dieu « dans un complet hommage d’intelligence
et de volonté à Dieu qui révèle et dans un assentiment volontaire à la
révélation qu’il fait » (Concile Vatican II, Constitution dogmatique Dei
Verbum
, n. 5). Pour rendre compréhensible l’enseignement authentique de
l’Église, nous devons procéder à partir de la Parole de Dieu qui est contenue
dans l’Écriture Sainte, exposée dans la Tradition de l’Église et interprétée
normativement par le Magistère
.  […]

Le texte, aujourd’hui encore fondamental, de l’Exhortation apostolique
Familiaris consortio, publiée par Jean-Paul II le 22 novembre 1981 à la
suite du synode des évêques sur la famille chrétienne dans le monde
contemporain, confirme avec insistance l’enseignement dogmatique de l’Église sur
le mariage. Du point de vue pastoral, l’Exhortation post-synodale se soucie
aussi des fidèles remariés civilement, mais qui sont encore liés par un mariage
ecclésiastiquement valide. Le Pape fait
preuve d’un haut degré de sollicitude et d’attention. […]

La Lettre de la Congrégation pour la doctrine de la foi concernant la
réception de la Communion eucharistique de la part des fidèles divorcés remariés
du 14 septembre 1994 confirme que la pratique de l’Église en ce domaine « ne
peut être changée sur la base des différentes situations »
(n. 5). Il est en
outre spécifié que les croyants concernés ne doivent pas s’approcher de la
sainte Communion sur la base du jugement de leur conscience
 : « Si ce fidèle
jugeait possible de le faire, les pasteurs et les confesseurs auraient […] le
grave devoir de l’avertir qu’un tel jugement de conscience est en opposition
patente avec la doctrine de l’Église » (n. 6). Lorsqu’il existe des doutes quant
à la validité d’un mariage ayant échoué, ceux-ci doivent être vérifiés par les
tribunaux compétents en matière matrimoniale (cf. n. 9). […]

Dans l’Exhortation post-synodale Sacramentum caritatis du 22 février
2007, Benoît XVI […] en vient à parler de la situation des fidèles
divorcés remariés au n. 29, où il la qualifie de « problème pastoral épineux et
complexe ». Benoît XVI réaffirme « la pratique de l’Église, fondée sur la Sainte
Écriture (cf. Mc 10, 2-12), de ne pas admettre aux sacrements les divorcés
remariés », mais il conjure presque les pasteurs d’âmes à consacrer une
« attention spéciale » aux personnes concernées
, « désirant qu’elles
développent, autant que possible, un style de vie chrétien, par la participation
à la Messe, mais sans recevoir la Communion, par l’écoute de la Parole de Dieu,
par l’adoration eucharistique et la prière, par la participation à la vie de la
communauté, par le dialogue confiant avec un prêtre ou un guide spirituel, par
le dévouement à la charité vécue et les œuvres de pénitence, par l’engagement
dans l’éducation de leurs enfants ». En cas de doute quant à la validité de la
communauté de vie matrimoniale qui s’est brisée, celui-ci doit être examiné avec
attention par les tribunaux compétents en matière matrimoniale.

La mentalité contemporaine se place largement en opposition à la
compréhension chrétienne du mariage, notamment par rapport à son indissolubilité
ou à l’ouverture à la vie. Étant donné que beaucoup de chrétiens sont influencés
par cette mentalité, les mariages sont probablement plus souvent invalides de
nos jours qu’ils ne l’étaient par le passé, parce que manque la volonté de se
marier selon le sens de la doctrine matrimoniale catholique et que la
socialisation dans le contexte vivant de foi est trop réduite
. C’est pourquoi
une vérification de la validité du mariage est importante et peut conduire à une
solution de problèmes. Là où il n’est pas possible de constater une nullité du
mariage, l’absolution et la Communion eucharistique présupposent, selon la
pratique éprouvée de l’Église, une vie commune « comme amis, comme frère et
sœur »
. Les bénédictions de liens irréguliers sont à éviter « dans tous les cas
[…] pour que ne surgissent pas chez les fidèles des confusions autour de la
valeur du mariage». La bénédiction (bene-dictio : approbation de la
part de Dieu) d’une relation qui s’oppose à la volonté divine est une
contradiction en soi. […]

La doctrine de l’indissolubilité du mariage se heurte souvent à
l’incompréhension dans un milieu sécularisé. […] D’autre part, l’idéal de la fidélité entre un homme et une femme, fondé sur
l’ordre de la création, n’a rien perdu de son attrait, comme le révèlent des
enquêtes récentes parmi les jeunes. La plupart d’entre eux aspirent à une
relation stable et durable, en tant qu’elle correspond aussi à la nature
spirituelle et morale de l’homme. En outre, il faut rappeler la valeur
anthropologique du mariage indissoluble
 : celui-ci soustrait les conjoints à
l’arbitraire et à la tyrannie des sentiments et des états d’âme ; il les aide à
traverser les difficultés personnelles et à surmonter les expériences
douloureuses ; il protège surtout les enfants, qui pâtissent le plus de la
rupture des mariages.


L’amour est plus que le sentiment et l’instinct ; dans son essence il est
dévouement
. Dans l’amour conjugal, deux personnes se disent l’une à l’autre
consciemment et volontairement : seulement toi – et toi pour toujours. À la
parole du Seigneur : « Ce que Dieu a uni… » correspond la promesse du couple :
« Je te prends pour époux… je te prends pour épouse… Je veux t’aimer, te
respecter et t’honorer tant que je vis, jusqu’à ce que la mort nous sépare ». Le
prêtre bénit l’alliance que les conjoints ont conclue entre eux devant Dieu.
Quiconque a des doutes sur le fait que le lien matrimonial possède une qualité
ontologique, voudra se laisser instruire par la Parole de Dieu : « Le Créateur,
dès l’origine, les fit homme et femme, et a dit : Ainsi donc l’homme quittera
son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et les deux ne feront qu’une
seule chair. Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair » (Mt 19, 4-6).

Pour les chrétiens vaut le fait que le mariage entre baptisés, qui sont
incorporés dans le Corps du Christ, possède un caractère sacramentel et
représente par là une réalité surnaturelle. Un problème pastoral sérieux
consiste dans le fait que certains, aujourd’hui, jugent le mariage exclusivement
selon des critères mondains et pragmatiques. Celui qui pense selon « l’esprit du
monde » (1 Co 2, 12) ne peut pas comprendre le caractère sacramentel du mariage
.
Au manque de compréhension croissant à propos de la sainteté du mariage,
l’Église ne peut pas répondre par une adaptation pragmatique à ce qui apparaît
inévitable, mais seulement en ayant confiance dans « l’Esprit qui vient de Dieu,
pour connaître les dons gracieux que Dieu nous a faits » (1 Co 2, 12). Le
mariage sacramentel est un témoignage de la puissance de la grâce qui transforme
l’homme et prépare toute l’Église pour la cité sainte, la nouvelle Jérusalem,
l’Église, prête « comme une épouse parée pour son époux » (Ap 21, 2). L’Évangile
de la sainteté du mariage doit être annoncé avec une audace prophétique
. Un
prophète fatigué cherche dans l’adaptation à l’esprit du temps son propre salut,
mais pas le salut du monde en Jésus Christ. […]

Assurément, il existe des situations – tout pasteur d’âme le sait – dans
lesquelles la coexistence matrimoniale devient pratiquement impossible à cause
de graves motifs, comme par exemple en cas de violences physiques ou psychiques.
Dans ces situations douloureuses, l’Église a toujours permis que les conjoints
se séparent et ne vivent plus ensemble. Il faut toutefois considérer que lien
conjugal d’un mariage valide perdure devant Dieu et que chacune des parties
n’est pas libre de contracter un nouveau mariage tant que l’autre conjoint est
en vie.
Les pasteurs d’âmes et les communautés chrétiennes doivent s’engager
pour promouvoir des chemins de réconciliation également dans ces cas ou, quand
cela n’est pas possible, aider les personnes concernées à affronter dans la foi
leur situation difficile.


On propose toujours à nouveau que la décision de s’approcher ou non de la
Communion eucharistique devrait être laissée à la conscience personnelle des
divorcés remariés. Cet argument, qui se fonde sur un concept problématique de
« conscience »
, a déjà été repoussé dans la Lettre de la Congrégation pour la
doctrine de la foi de 1994. Assurément, dans chaque célébration de la Messe les
fidèles sont tenus de s’examiner dans leur conscience s’il est possible de
recevoir la Communion, ce à quoi s’oppose toujours un péché grave non confessé.

Ils ont donc l’obligation de former leur conscience et de l’orienter selon la
vérité ; ce faisant, ils obéissent également au magistère de l’Église, qui les
aide « à ne pas dévier de la vérité sur le bien de l’homme, mais, surtout dans
les questions les plus difficiles, à atteindre sûrement la vérité et à demeurer
en elle » (Jean-Paul II, Lettre encyclique Veritatis splendor, n. 64). […]

Une proposition supplémentaire en faveur de l’admission des divorcés remariés
aux sacrements consiste à invoquer l’argument de la miséricorde. Étant donné que
Jésus lui-même s’est solidarisé avec les personnes qui souffrent en leur donnant
son amour miséricordieux, la miséricorde serait un signe spécial d’une
sequela authentique. Cela est vrai, mais c’est un argument insuffisant
en matière théologico-sacramentaire, parce que tout l’ordre sacramentel est une
œuvre de la divine miséricorde et ne peut pas être révoqué en faisant appel à
cette même miséricorde
. À travers ce qui est objectivement un faux appel à la
miséricorde, on court de plus le risque d’une banalisation de l’image de Dieu,
selon laquelle Dieu ne pourrait rien faire d’autre que pardonner. Au mystère de
Dieu appartiennent, outre la miséricorde, également sa sainteté et sa justice.
Si l’on occulte ces attributs de Dieu et que l’on ne prend pas au sérieux la
réalité du péché, on ne peut finalement pas non plus communiquer sa miséricorde
aux hommes. Jésus a rencontré la femme adultère avec une grande compassion, mais
il lui a aussi dit : « Va, ne pèche plus »
(Jn 8, 11). La miséricorde de Dieu
n’est pas une dispense des commandements de Dieu et des instructions de
l’Église
. Elle accorde plutôt la force de la grâce pour leur accomplissement,
pour se relever après la chute et pour une vie de perfection à l’image du Père
céleste. […]"

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