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L'Eglise : Foi

La culture de l’indépendance est l’une des tares de la société postmoderne

La culture de l’indépendance est l’une des tares de la société postmoderne

De l’abbé Givrec dans Présent :

[…] Dans l’ordre naturel, on observe que plus l’enfant grandit, plus il lui faut apprendre à se détacher jusqu’à marcher seul et devenir autonome. Les familles, les écoles et tous ceux qui ont charge d’âmes y travaillent dans le domaine qui leur est propre. Une éducation bien faite n’a de sens que dans celui de retirer progressivement derrière l’être aimé le tuteur que l’on avait placé, tant pour accompagner droitement sa croissance que pour le protéger des tortuosités du monde. La tenue de son âme appartient à cette même veine. Dom Marmion a cette définition exquise de la direction spirituelle : « elle n’existe que pour apprendre au dirigé à s’en passer ».

Dans l’ordre de la grâce cependant la dynamique est, osons le dire, inverse. Plus l’enfant de Dieu grandit, plus il comprend qu’il ne pourra jamais se suffire, qu’il lui faut marcher avec Dieu et chanter sa dépendance. Devenir adulte aux yeux de Dieu ne consiste pas à devenir un affranchi. La culture de l’indépendance est l’une des tares de la société postmoderne et porte en elle le germe de l’orgueil et de la présomption. Grandir dans la Foi, ce n’est pas multiplier les prouesses en tout genre, c’est mesurer sa petitesse en toute situation. Et même : c’est apprendre à l’aimer. « S’il faut se glorifier, c’est de ma faiblesse que je me glorifierai. »

L’essentiel de cette vie ne réside donc pas seulement dans l’imitation des œuvres matérielles ou apostoliques accomplies par Jésus, mais aussi, et dans le même temps, dans une vie vécue au jour le jour dans un esprit de filiation et de révérence aimante qui maintient dans l’humilité et l’obéissance. Cette disposition souple et confiante de l’âme représente la clef d’une communion d’amour avec Dieu, le secret d’une relation vraie vécue en plénitude, à l’image de celle vécue par le Christ à chaque instant de sa vie : « J’ai gardé les commandements de mon Père et je demeure en son amour. »

Cet esprit d’enfance est tout à la fois dépendance et capacité. Dépendance d’amour acceptée avec reconnaissance mais aussi capacité du cœur à se laisser aimer. Il permet de comprendre avec perméabilité ce Sauveur qui se fait enfant et qui veut notre bien, Il se propose de nous diriger sur un chemin simple et ordinaire qui mène tout droit vers Dieu. La désillusion contemporaine à l’endroit du Ciel s’exprime douloureusement dans l’incapacité de certains à croire en un amour supérieur et tout-puissant. Quand les adultes croient impossible la rémission de leurs fautes parce que leur tableau serait trop chargé, les enfants, eux, se laissent aimer candidement et, pourvu qu’ils soient entourés d’un amour tant paternel que maternel, rien ne saurait les pousser au désespoir du pardon. La désespérance n’est pas un péché de leur âge. Ce qui les fait grandir, c’est l’amour qu’ils reçoivent. Le vrai moteur de la croissance des enfants, c’est la certitude absolue qui les habite d’être aimés. Heureux sont-ils.

Certains pourraient croire que la voie d’enfance nous infantiliserait spirituellement. Nous aurions tort de nous méprendre : l’abandon à Dieu ne signifie pas démettre notre volonté de son jugement, tout comme la confiance n’est pas synonyme d’un providentialisme nonchalant. Dans cette « petite voie », tout est une question de docilité, d’équilibre mais aussi d’audace. Elle nous rappelle avec exigence que, pour accéder au Ciel et se rapprocher de Dieu, il ne s’agit pas tant de rester enfant, encore moins de le faire, mais bien de le devenir.

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