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L'Eglise : Benoît XVI

La culture d’aujourd’hui se caractérise par un individualisme utilitariste et un économisme technocratique

L'Assemblée
plénière du Conseil Pontifical Justice et Paix, présidé par
le cardinal Turkson, se tient en ce moment à Rome. Le thème de la réflexion est celui d'une
autorité globale, déjà évoqué dans l'encyclique de Jean XXIII "Pacem in terris" et dont il avait été question aussi dans Caritas in Veritate, soulevant une certaine perplexité, car il avait été mal compris (voir ici, iciici et ici). Dans son discours, traduit par Benoît-et-moi, le pape fait une mise au point. Extraits :

"La
doctrine sociale, telle que l'a enseignée le Bienheureux Pape Jean-Paul
II, est une partie intégrante de la mission évangélisatrice de l'Église

(cf. Enc. Centesimus Annus, 54), et à plus forte raison elle doit être
considérée comme importante pour la nouvelle évangélisation. En
accueillant Jésus-Christ et son Evangile, non seulement dans sa vie
personnelle, mais aussi dans les relations sociales, nous devenons
porteurs d'une vision de l'homme, de sa dignité, de sa liberté et
relationnalité, qui est marquée par la transcendance, à la fois
horizontalement et verticalement.

De l'anthropologie intégrale, qui
dérive de la Révélation et de l'exercice de la raison naturelle,
dépendent le fondement et la signification des droits et des devoirs de
l'homme,
comme nous l'a rappelé le bienheureux Jean XXIII justement dans
Pacem in Terris
(cf. n. 9). Les droits et devoirs, en effet, n'ont pas comme unique et
exclusif fondement la conscience sociale des peuples, mais dépendent
principalement de la loi morale naturelle inscrite par Dieu dans la
conscience de chaque personne
, et donc finalement de la vérité sur
l'homme et la société.

Bien que la défense des droits ait
fait de grands progrès à notre époque, la culture d'aujourd'hui se
caractérise, entre autres, par un individualisme utilitariste et un
économisme technocratique, qui tendent à dévaloriser la personne
.
Celle-ci est conçue comme un être «fluide», sans consistance permanente.
Bien qu'il soit immergé dans un réseau infini de relations et de
communications, l'homme d'aujourd'hui apparaît paradoxalement souvent
comme un être isolé, car indifférent à la relation constitutive de son
être, qui est la racine de toutes les autres relations, celle avec Dieu. L'homme
d'aujourd'hui, est considéré dans une 'clé' essentiellement biologique,
ou comme «capital humain», «ressource», élément d'un engrenage
productif et financier qui le dépasse.

Si, d'un côté, on
continue à proclamer la dignité de la personne, de l'autre, de nouvelles
idéologies – comme celle, hédoniste et égoïst(iqu)e des droits sexuels
et reproductifs ou celle d'un capitalisme financier non réglementé qui
règne sur la politique et déconstruit l'économie réelle
– contribuent à
considérer le salarié et son travail comme des biens «mineurs» et à
saper les fondements naturels de la société, en particulier la famille.
En fait, l'être humain, constitutivement transcendant par rapport à
d'autres êtres et biens terrestres, jouit d'une vraie primauté qui le
place comme responsable pour lui-même et la création. Concrètement,
pour le christianisme, le travail est un bien fondamental pour l'homme,
en vue de sa personnalisation, de sa socialisation, de la formation
d'une famille, de la contribution au bien commun et à la paix.
Pour
cette raison, l'objectif de l'accès à l'emploi pour tous est toujours
une priorité, même en période de récession économique (cf. Caritas in veritate , 32).

D'une
nouvelle évangélisation de la société peuvent dériver un nouvel
humanisme et un engagement cultuel et projectuel renouvelé. Elle aide à
détrôner les idoles modernes, à remplacer l'individualisme, le
consumérisme matérialiste et la technocratie, par une culture de
fraternité et de gratuité, d'amour solidaire. Jésus-Christ a résumé et
accompli les préceptes dans un commandement nouveau: «Comme je vous ai
aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres» ( Jn 13:34). Là
est le secret de toute vie sociale pleinement humaine et pacifique,
ainsi que le renouvellement de la politique et des institutions
nationales et mondiales. Le bienheureux Pape Jean XXIII a motivé
l'engagement pour la construction d'une communauté mondiale, avec une
autorité correspondante, justement à partir de l'amour, et précisément
de l'amour pour le bien commun de la famille humaine
. Ainsi nous lisons dans l'encyclique Pacem in Terris:
«Il y a une relation intrinsèque entre les contenus historiques du bien
commun d'une part, et la configuration des Pouvoirs publics de l'autre.
Autrement dit, l'ordre moral, de même qu'il exige l'autorité publique
dans la société pour la mise en œuvre du bien commun, exige également
que l'autorité à cet effet soit efficace
» (n. 71).

L'Église n'a
certes pas la tâche de suggérer, en termes politiques et juridiques, la
configuration concrète d'un tel ordre international, mais elle offre à
ceux qui en ont la responsabilité ces principes de réflexion, critères
de jugement et orientations pratiques qui peuvent en assurer le cadre
anthropologique et éthique autour du bien commun (cf. Caritas in veritate , 67). Dans
la réflexion, cependant, il faut garder à l'esprit que l'on ne doit pas
imaginer un super-pouvoir, concentré dans les mains de quelques-uns,
qui dominerait tous les peuples, exploitant les plus faibles, mais que
toute autorité doit être comprise d'abord comme une force morale, une
faculté d'influencer selon la raison
(cf. Pacem in Terris , 27), c'est à dire comme une autorité associée, limitée dans sa compétence et par le droit.

Je
remercie le Conseil pontifical Justice et Paix, parce que, de concert
avec d'autres institutions pontificales, il a entrepris d'étudier les
lignes directrices que j'ai offertes dans Caritas in Veritate. Et
cela, aussi bien à travers les réflexions pour une réforme du système
monétaire et financier international,
que par la Plénière de ces
jours-ci, et le Séminaire international sur l'encyclique Pacem in Terris de l'année prochaine. […]"

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