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Pays : Arménie

La Congrégation des Sœurs Arméniennes de l’Immaculée Conception au service de la jeunesse

La Congrégation des Sœurs Arméniennes de l’Immaculée Conception au service de la jeunesse

Partie 3/3 de la série sur l’Eglise Arménienne Catholique, réalisée par Antoine Bordier :

Elles sont moins d’une centaine dans le monde, mais elles sont présentes dans une dizaine de pays. Ici, en Arménie, avec leurs bienfaiteurs de la diaspora, elles font un travail formidable auprès des populations les plus fragiles, les enfants pauvres, les orphelins, et, les jeunes filles. Leur vocation : l’éducation de la jeunesse. Reportage sur une congrégation méconnue qui insuffle la vie à la jeunesse avec ses deux poumons : celui de Marie et de Marthe.

Non loin de l’Archevêché de l’Eglise Arménienne Catholique, qui se situe dans le quartier de Kanaker, dans le nord d’Erevan, la capitale, se trouve le Centre de Jeunesse Annie Bezikian, du nom de leur bienfaitrice. C’est un foyer qui accueille, exclusivement, des jeunes filles âgées de plus de 18 ans. Ce sont les sœurs qui en ont la charge. Tout de blanc vêtu, le foyer héberge, actuellement, 23 jeunes filles. Parmi elles, il y a des orphelines. A la suite de la guerre contre l’Azerbaïdjan, pour défendre les terres ancestrales du Haut-Karabakh, et, la République auto-proclamée Artsakh, envahie par les troupes azerbaïdjanaises, certaines familles n’ont pas revu leur père. « Il est mort sur le front ou porté disparu », explique sœur Haguinta Mouradian, qui est de passage. Elle parle le français couramment et, vit à Tashir, près de la frontière avec la Georgie. Elle est la troisième d’une famille libanaise de 6 enfants. Elle a un frère évêque, Antoine-Mikaël, qui est le pasteur de l’Eglise Arménienne Catholique des USA et du Canada. Elle n’hésite pas à parler de sa vocation : « J’ai eu la vocation a 7 ans, toute petite ». Comme elle le raconte, elle se revoit dans la petite école du Liban, tenue par des religieuses, à Achrafieh, un quartier nord-est de Beyrouth. « Les sœurs étaient dans la chapelle, à la Messe, et, j’en vois une dans la cour. Le frottement de son grand chapelet contre son habit religieux m’a totalement bouleversé. A ce moment-là, j’ai été remplie de la présence de l’Esprit Saint. » Plus tard, elle rentre dans la Congrégation et prend le nom de Haguinta.

« Je suis très proche de la petite voyante de Fatima, Jacinthe. D’ailleurs, ici à Kanaker, nous honorons Notre-Dame de Fatima, son message est d’actualité. »

Fondée à Constantinople (Istanbul)

Le 5 juin 1847, la Congrégation des Sœurs Arméniennes Catholiques de l’Immaculée Conception est créée. Son fondateur est le Patriarche de l’Eglise Arménienne Catholique, Antoine-Bédros IX Hasounian. Leur vocation est de se dévouer à la vie monastique et apostolique, par l’éducation des jeunes filles arméniennes, en particulier les orphelines et les pauvres. Elles ont pour objectif d’enseigner et d’instruire l’âme et l’esprit des jeunes filles, par les valeurs chrétiennes, humaines et nationales. « Notre fondateur était cardinal, explique la sœur. Aujourd’hui nous avons deux cardinaux dans l’Eglise. » La congrégation est fondée à Constantinople. Constantinople ? Le nom de cette ville ne fait-elle pas rêver ? Dans la Bible, elle n’est pas citée. Mais, elle apparaît plus tard dans l’histoire de l’Eglise. Après Rome, Constantinople est la seconde capitale de l’empire romain. Le 11 mai 330, « la nouvelle Rome » était « consacrée ». Plus qu’une capitale politique et économique, Constantinople devint rapidement une capitale religieuse. Avec la conversion du peuple Arménien à la Chrétienté en 301, c’est tout naturellement que le siège du Patriarcat d’Orient fut établi à Constantinople. Aujourd’hui, il se situe au Liban près de Beyrouth. Au 15è siècle, Constantinople est devenue Istanbul. Celle que l’on appelait la « nouvelle Rome », la « reine des cités », la ville la plus peuplée du monde chrétien, est tombée sous l’assaut des armées ottomanes de Mehmed II. Ce-dernier fit repeupler Constantinople (Istanbul) en accueillant des chrétiens. Cette histoire, très résumée, explique la naissance et la présence, toujours actuelle, de la Congrégation en Turquie. « Nous sommes aussi présentes au Caire, en Amérique, au Liban, en Syrie, en France, en Iran, en Georgie, et en Arménie », explique la sœur.

En Arménie, au chevet de son peuple

La congrégation arrive en Arménie après l’Indépendance, la chute de l’ex-URSS, en 1992. Lors du tremblement de terre à Spitak, en 1988, les sœurs étaient, déjà, sur le terrain pour aider les familles meurtries. « Notre première présence est dans le village d’Arevig, dans le nord du pays, près de Gyumri. Nous sommes arrivées en 1992. Nous y avons vécu l’expérience de la pauvreté, tant matérielle, que morale et spirituelle, après 70 ans de communisme. » Puis, les bienfaiteurs de la diaspora sont entrés en action. Ils font partie du même corps et ont mis leurs moyens au service de cette noble cause : l’éducation et la sainteté de la jeunesse. « A Tashir, nous nous occupons d’une quarantaine d’enfants. Nous sommes aidés pour cela par la Fondation Alliance Arménienne. A Kanaker, nos 23 jeunes filles ne paient rien. Elles sont hébergées, logées, nourries, gratuitement. Nous avons plusieurs bienfaiteurs, comme Annie Bezikian, Marie Koulaksezian, ou Aram Djabourian. Grâce à nos bienfaiteurs, nous avons des gymnases, des écoles, un service social. Nous accueillons des pauvres et des orphelins. Nous pouvons, aussi, offrir un temps de repos dans notre lieu de vacances. Avant la pandémie, nous permettions à plus de mille jeunes défavorisés de venir en vacances à Dzaghgatsor, près du lac Sevan, dans l’ouest du pays. » A Gyumri, nous nous occupons d’une trentaine d’enfants. Ils ont de 6-7 ans à 18 ans. Dans les centres, les enfants et les jeunes filles reçoivent en plus de leur formation scolaire et universitaire, une éducation religieuse, culturelle, artistique et humaine. C’est ainsi, qu’il y a une quinzaine d’années a été lancé le Chœur Notre-Dame d’Arménie, sous l’impulsion de sœur Arousiag Sajonian, qui est devenue la Supérieure de la congrégation en 2017 (lire notre interview). Celle que l’on appelle « la nouvelle mère Teresa » est née en Syrie en 1945. Le tremblement de terre de 1988 à Spitak l’a bouleversé. Depuis, elle n’a cessé de développer les projets d’aide aux enfants défavorisés et aux orphelins. A Gyumri, toujours, elle a fondé un lycée professionnel qui forme chaque année une quarantaine de jeunes en électricité, en informatique ou en cuisine. Récemment, l’un de leurs enfants, Robert, « est mort pendant son service militaire, à 18 ans, sur le front de l’Artsakh », raconte sœur Hagunta visiblement émue.

« Il faut que l’on soit prête »

A Kanaker, dans le Centre Annie Bezikian, outre les chambres, il y a une grande chapelle, et, un salon de réception. Les lieux sont spacieux et modernes. Une journée type chez les sœurs commence avec le lever à 7h00. Puis, une heure d’adoration. « Sans l’adoration notre vocation serait vaine, et, nos activités creuses, vides. Nous avons, ensuite, les laudes. Et, puis nos activités quotidiennes peuvent commencer. » Le centre qui a été inauguré en 2015, par les autorités civiles, religieuses, et, les bienfaiteurs, fêtera ses 3 ans en mars prochain. Il est dirigé par sœur Tatev. Presque à l’unisson, les sœurs expriment le sens de leur vocation et de leur apostolat : « Il faut que l’on soit prête. Avec nos faiblesses, et, notre humanité, nous essayons de marcher vers la sainteté. Avec la grâce de Dieu, nous emmenons toute cette jeunesse sur ce chemin. » Tous les week-ends, les sœurs passent un temps privilégié avec les jeunes filles, prises le reste de la semaine par leurs études. Ces-dernières sont brillantes. Elles quittent le centre quand elles peuvent voler de leurs propres ailes. L’entretien se termine. On parle de la France, de ses besoins, de l’aide…Avant de rentrer dans sa communauté à Tashir, elle est ravie de dire que ses parents ont terminé leur vie en France. « Ils s’appelaient Thérèse et Sarkis, glisse-t-elle comme pour leur rendre hommage. Ils habitaient en France depuis 1979. » Elle repart, pressée, avec sœur Tatev. Un taxi, une lada, les attend. Avant de refermer la porte, elle exprime son besoin : « Dites aux français que nous avons besoin de médicaments, et, de vêtements chauds. » Elle précise : « de l’Advil et du Doliprane ». Enfin, elle lance cette invitation : « Venez à Tashir ! » Pourquoi pas…

Texte et photos réalisés par notre envoyé spécial Antoine BORDIER

Si vous voulez aider la Congrégation des Sœurs Arméniennes de l’Immaculée Conception, et, leurs jeunes, contactez Sœur Haguinta Mouradian, par mail : [email protected]

Site internet : Notre-Dame D’Arménie – “LAISSEZ VENIR À MOI LES PETITS ENFANTS”.   Marc 10:14 (olarmenia.org)

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