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France : Politique en France

Jean-Marie Le Pen et la démocratie confisquée

Jean-Marie Le Pen et la démocratie confisquée

De Bernard Mitjavile pour les lecteurs du Salon beige :

Quand on entend régulièrement parler aux nouvelles de guet-apens contre des policiers organisé par des « jeunes » dans un « quartier sensible » ou une zone de non-droit, de pompiers attaqués dans leur travail et de bien d’autres « faits divers » inquiétant pour la cohésion nationale, on en vient à se demander comment on en est arrivé là.

Pour y répondre, une petite réflexion historico-politique avec en particulier le traitement politique et médiatique du FN et de son leader historique, objet de cet article, paraît nécessaire.

Pendant une bonne vingtaine d’années, tout journaliste zélé et politiquement correct lors d’une interview de JM Le Pen, lui posait tôt ou tard (en général plutôt tôt que tard) la question fatidique « ne regrettez-vous pas l’affaire du point de détail » ou une phrase du même genre. Le Pen qui n’était pas du genre à se repentir en public, répondait maladroitement et le tour était joué, plus la peine de discuter sur le fond de ses idées sur l’immigration, l’insécurité, la politique internationale ou le terrorisme et autres sujets pour lesquels, sans être un inconditionnel du leader du FN, on peut dire avec du recul qu’il voyait avant la plupart des politiques de son temps les différentes menaces qui pesaient sur la France.

On peut se demander d’où venait cette rage consistant à ramener un leader politique, son programme, ses idées et ce pendant des décennies à une phrase de travers alors que bien d’autres politiques traînaient toutes sortes de casseroles et faisaient des déclarations ou promesses irresponsables qui étaient rapidement oubliées. Et ceci pour quel résultat ? Le Pen a perdu dans cette histoire ses possibilités d’être élu président mais, plus important que la carrière politique de Le Pen, c’est le libre débat d’idées et le fonctionnement démocratique en France qui ont été affectés par cette mise au ban de la classe politique du leader du FN.

Le paroxysme de cette manipulation de l’opinion aura été sans doute atteint lors de la présidentielle de 2002 quand Le Pen s’est retrouvé au deuxième tour face à Chirac. Dans l’entre deux tours, on est allé jusqu’à faire manifester des enfants des écoles. Bien sûr les lycéens et étudiants, les syndicats, des autorités religieuses catholiques, protestantes, musulmanes et juives et toutes sortes d’associations avec les grands médias ont tous appelé d’un seul chœur à défendre la République contre le danger d’un fascisme ou coup d’Etat fantasmé, Le Pen n’ayant jamais manifesté au cours de sa longue carrière politique l’intention de se lancer dans un coup d’Etat.

Pendant dix jours, les cortèges ne vont cesser d’augmenter. Le 24 avril, 60 000 personnes défilent dans les rues des grandes villes, 250 000 le lendemain, le jeudi 25 avril. Le 27 avril, 200 000 manifestants sont rassemblés dans les grandes villes. Le 1er mai, entre 1,3 et 2 millions de personnes protestent dans toute la France contre le Front national, dont 400 000 (900 000 selon les organisateurs) rien qu’à Paris. Renforçant cette impression de déni de démocratie, Chirac refusa tout simplement de débattre contrairement à ses prédécesseurs avec son opposant entre les deux tours. Sur ce point, on peut dire qu’il y a eu progrès, Macron ayant accepté le débat avec Marine Le Pen même si ce débat n’a pas tourné à l’avantage de la dernière qui a étalé son ignorance en matière économique.

Suite à cette série de manifestations, Chirac devait gagner avec un score de plus de 82% des voix, un score à rendre jaloux des dictateurs africains, mais la démocratie en France n’en sortait pas grandie. Tous ces manifestants pensaient défendre la démocratie alors qu’ils donnaient le spectacle clair d’une manipulation sur une grande échelle de l’opinion publique.

Posons-nous la question : quelle est la raison profonde de cette forme d’inquisition permanente à l’égard de Le Pen de la part des journalistes mainstream ou politiquement corrects ? Son antisémitisme ? Pas vraiment, peu avant « l’affaire du détail », Le Pen avait rencontré des responsables du Congrès Juif Mondial à New-York et n’avait pas du tout donné à ses responsables l’impression d’être un antisémite viscéral lors de cette réunion. Ainsi il avait fait une impression favorable auprès de Sir Alfred Sherman, alors conseiller spécial de Margaret Thatcher, alors premier ministre britannique, qui vint à Paris suite à l’affaire du détail pour essayer d’atténuer les effets de la déclaration de Le Pen en lui préparant une déclaration publique dans laquelle il exprimerait ses regrets, déclaration que Le Pen refusera finalement d’utiliser pour diverses raisons après une longue discussion. Bien sûr Shermann trouvait qu’en tant qu’homme politique, Le Pen avait fait une grosse bourde avec cette déclaration mais qu’elle ne méritait pas qu’il soit définitivement étiqueté comme antisémite.

Pouvait-on qualifier le leader du FN d’antisémite suite à cette déclaration au Grand Jury RTL-Le Monde le 13 septembre 1987 ou manifestait-elle plus simplement une maladresse d’un leader politique énervé qu’on lui pose des questions sur la seconde guerre mondiale au lieu de l’état de la France actuel ? On lui demande à brûle pourpoint alors que la présidentielle se rapproche et qu’il a de bonnes chances, si les chambres à gaz ont existé et il répond « je ne dis pas qu’elles n’ont pas existé » et continue maladroitement quelque peu agacé par une nouvelle question d’un journaliste « Je n’ai pas étudié spécialement la question (propos rappelant ceux d’Etienne Chouard des Gilets jaunes lors d’un interview par Le Média), mais je crois que c’est un point de détail de l’histoire de la Deuxième Guerre mondiale ».

Si lors de la conférence de Wannsee, quand les responsables nazis ont mis au point les mesures à prendre pour réaliser la « solution finale », ils n’avaient pas disposé du gaz Zyklon B découvert auparavant, on aurait utilisé d’autres moyens pour l’élimination en masse des juifs d’Europe centrale et des Tsiganes en plus de la sous-alimentation, des mauvais traitements dans les camps et les commandos spéciaux sur le front de l’Est. L’essentiel pour les dirigeants nazis était de réaliser la solution finale et non les moyens utilisés, c’était la volonté génocidaire des nazis et le génocide des juifs et tsiganes lui-même que le Pen n’a pas niés.

Auparavant de Gaulle avait fait des déclarations sur les juifs « peuple sûr de lui et dominateur » et surtout s’était opposé à la politique d’Israël après la guerre des six jours. Cela lui avait valu un dessin par Tim dans l’Express et quelques critiques sans aller plus loin.

On pourrait ajouter que Mitterrand, ancien haut fonctionnaire du régime de Vichy ayant reçu la Francisque des mains du Maréchal Pétain, ami de René Bousquet, le responsable de la rafle du Vel d’hiv., ancien militant d’extrême droite avant la guerre, traînait des dossiers sensiblement plus sérieux que Le Pen concernant l’antisémitisme. Or jamais, en dehors de Pierre Péan pour écrire un livre, un journaliste ne s’est permis de l’interviewer en lui demandant s’il regrettait son amitié pour Bousquet ou autres questions du même type. Pourquoi ce deux poids, deux mesures ? En fait, il ne s’agissait pas de combattre les racines de l’antisémitisme, comme avec SOS racisme, il ne s’agissait pas de lutter contre les racines du racisme mais d’utiliser ces thèmes politiquement contre des adversaires.

Aussi pour bien comprendre pourquoi les médias ont donné un tel écho à la déclaration de Le Pen, lui collant définitivement une étiquette d’antisémite provocateur, il faut regarder le paysage politique français quelques années après l’élection de F. Mitterrand. Mitterrand avait été élu en 1981 sur un ambitieux programme de gauche avec un slogan « changer la vie » qui ne visait à rien moins qu’à « rompre avec le capitalisme » par le moyen de nationalisations, de lois sociétales et autres. Assez rapidement, après l’enthousiasme des premiers mois et les premières lois qui devaient creuser durablement les déficits comme la retraite à 60 ans on en est revenu. Les Français ont eu droit à « l’austérité » de Jacques Delors, la désindexation des salaires par rapport à l’inflation, une mesure que n’avait jamais osé prendre Giscard, et autres mesure qui montraient que si la vie avait changé pour certains, les membres de ce que l’on appelait la gauche caviar, pour la majorité avec l’augmentation du chômage et la stagnation des salaires, ce n’était pas évident.

Mitterrand, en perte de vitesse dans les sondages, avait eu alors l’idée remarquable de remplacer sa rhétorique anticapitaliste à bout de souffle par une rhétorique antiraciste pour éviter l’effondrement du parti socialiste. On vit la création de SOS racisme, organisation qui eut droit à la bienveillance de toutes les bonnes fées de la gauche, parrainée par des personnalités médiatico-politiques avec pas mal d’entregent comme BHL et Julien Dray, recevant des fonds publics importants pour ses concerts et autres activités. Dans ce cadre, Le Pen qui annonçait haut et fort avant tous les autres hommes politiques les menaces que représentaient l’immigration de masse, le terrorisme et proposait des mesures fortes (l’arrêt des « pompes aspirantes ») devenait l’ennemi idéal. Il suffisait de le faire passer comme un antisémite dangereux pour la démocratie et de dénoncer tout accord d’hommes politiques de droite avec son parti comme une faute morale grave contre « les valeurs de la République » pour, avec ce nouveau bouc émissaire, donner un nouveau souffle à la gauche.

On en fit un interdit pseudo-moral repris par la grande majorité des journalistes et les « autorités morales et religieuses ». Ainsi un homme politique pouvait avoir donné dans toutes sortes de combines, détournements d’argent, surfactures (par exemple avec Urba Gracco pour le PS) ou autres lors de campagnes électorales, tout passait sauf le crime de négocier avec le FN lors d’élections pour les présidences de région ou autres. Aussitôt les leaders de la droite, Chirac ou ses successeurs, envoyaient un oukase à l’homme politique tenté par ce rapprochement, même s’il s’agissait de quelqu’un de relativement honnête par rapport au milieu politique comme ce fut le cas de Charles Millon en 1998 lors des régionales.

La manœuvre consistant à empêcher la formation d’un rassemblement à droite de politiques du RPR de Chirac comme Charles Pasqua, conscients des défis posés par l’immigration et du Front National, rassemblement nécessaire pour avoir un soutien public assez large permettant de proposer une véritable alternative à la politique de Mitterrand en la matière, a parfaitement fonctionné. Même sur le plan économique, le FN d’alors et la droite étaient plus compatibles qu’aujourd’hui, Le Pen défendant des idées libérales ce qui permettait d’envisager une plate-forme commune. Cette manœuvre a permis à la gauche de prendre une position d’hégémonie dans les domaines de la sécurité, de l’immigration et de la justice avec entre autres le Mur des cons du Syndicat de la magistrature, position qu’elle gardera de Mitterrand à au moins Hollande et d’avoir des partis de droite dits « républicains » qui allaient dans les années à venir défendre des politiques de gauche dans ces mêmes domaines.

On peut dire que ces événements appartiennent au passé, mais est-ce si sûr ? A. Malraux après d’autres a expliqué que « ceux qui ne connaissent pas leur passé sont condamnés à le revivre ». Avons-nous vraiment compris ce qui était en jeu lors des manifestations contre Le Pen dans l’entre deux tours de 2002 ? Sinon les mêmes manipulations avec un emballage un peu différent pourront donner les mêmes fruits aujourd’hui.

Le Salon Beige est visité chaque jour par plusieurs dizaines de milliers personnes qui veulent participer au combat contre la culture de mort et pour la dignité de l’homme.

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Guillaume de Thieulloy
Directeur du Salon Beige

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