Jean-Frédéric Poisson : “Je suis un protecteur de droite et Aurore Bergé est une libérale de gauche”

Jean-Frédéric Poisson répond à Famille Chrétienne. Extraits :

Jean-frederic-poissonComment expliquez-vous un tel raz-de-marée en faveur des candidats d’Emmanuel Macron dans les bastions traditionnels de la droite, y compris dans votre circonscription ?

Il y a de nombreux facteurs. Tout d’abord, c’est la queue de comète des terribles sanctions qui ont frappé la droite : elle s’est montrée incapable de répondre aux attentes des Français (…). Le discrédit de François Fillon est encore très diffus. Dans la cohorte des abstentionnistes, il y a probablement beaucoup d’électeurs de droite (…) Enfin, ce vote bénéficie du trouble suscité par des figures de droite, comme Alain Juppé et Jean-Pierre Raffarin, qui apportent un soutien à peine masqué à Emmanuel Macron.

Quels sont les enjeux de l’élection législative dans la 10e circonscription des Yvelines ? Au-delà de la personne de votre concurrente, que représentent Aurore Bergé et les idées qu’elle porte ?

D’une certaine manière, le résultat eût été le même, que ce soit Aurore Bergé ou n’importe quel candidat. Edwy Plenel l’a très bien résumé : « un âne aurait l’étiquette En Marche, il aurait été élu » ! Nombre de ces candidats sont des individus venus de nulle part, qui ne connaissent pas les territoires où ils se présentent, et qui se permettent tout, sans aucune sorte de limite. Ils n’en représentent pas moins le projet d’Emmanuel Macron, qui nous ramène au libéralisme du XIXe siècle ! Nous le connaissons : c’est l’alliance de l’ordre policier sécuritaire, avec un musellement de la presse, et de la dérégulation économique, de la casse sociale. Ce sont les fondements même du libéralisme. J’y suis viscéralement opposé ! Je suis un « protecteur » de droite, et Aurore Bergé est une libérale de gauche (…)

Les estimations donnent une majorité écrasante à l’Assemblée en faveur de La République en marche (LREM). À quoi ressemblerait une gouvernance d’Emmanuel Macron dotée d’un si puissant levier, sans contre-pouvoir parlementaire ?

C’est très simple à décrire ! Cette formation ultra-majoritaire sera muselée : les futurs députés ont eux-mêmes renoncé à leur liberté de vote en signant une charte dans laquelle ils s’engagent à approuver les textes importants du quinquennat… Il faut savoir que plus il y a de députés dans une majorité, moins on les écoute. Avec 400 députés, comme cela est annoncé, il peut bien y en avoir 200 qui s’abstiennent, mais il en demeure toujours 200 pour voter comme le gouvernement le demande (…). J’ajoute qu’une Assemblée nationale acquise à Emmanuel Macron nous ferait quasiment entrer dans un régime de parti unique (…)

Nombre de vos collègues de l’Entente parlementaire pour la famille (Philippe Gosselin, Marc Le Fur, Valérie Boyer…) sont en difficulté. La disparition des conservateurs est-elle actée dans l’hémicycle ?

Aucun de nous ne prendra sa retraite ! Il y aura d’autres étapes à jouer, et ce n’est pas à l’Assemblée nationale que se rejouera la refondation future. L’enjeu est de rendre audible notre message : le conservatisme n’est pas une forme de réaction ou de tristesse ; il considère que certaines choses fonctionnent bien comme elles sont ! Il porte également une exigence de vérité, qui se heurte au relativisme intellectuel contemporain. Ce discours portant des messages exigeants a du mal à passer, car il est à contre-courant de la pensée dominante. Pourtant, c’est cette ligne protectrice et exigeante qui défend le mieux les plus fragiles. Les Français ne voient pas la contradiction dans les termes mêmes du projet d’Emmanuel Macron : le commerce devient la valeur de référence, tout en prétendant protéger les plus faibles. C’est antinomique (…)

Emmanuel Macron veut faire de nous un pays anglo-saxon de plus dans la mondialisation. Mais il n’y arrivera pas, car les Français, fondamentalement, ne sont pas libéraux. On peut être en faveur de l’entreprise et de la liberté individuelle sans être libéral. La question réelle est celle-ci : doit-on protéger les personnes du commerce, ou mettre le commerce en priorité ? Au traditionnel clivage gauche-droite, qui perdurera à cause de ses racines philosophiques, se substitue aujourd’hui celui des protecteurs, de gauche comme de droite, contre les libéraux de gauche et de droite. S’il est légitime de rassembler ces derniers, alors il faut rassembler les protecteurs. C’est la véritable refondation de demain qu’il faut mener (…)

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