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L'Eglise : L'Eglise en France

«J’attends la Résurrection des morts et la vie du monde à venir »

Lors du Pèlerinage des familles en la basilique Sainte-Anne-D’auray le 5 octobre, Mgr Centène a prononcé l'homélie suivante :

"L’Evangile de ce 27ème dimanche du temps ordinaire nous invite à nous tourner vers le jour où « le Maitre de la Vigne viendra», à nous tourner vers la fin de notre credo, la fin dans les deux sens du terme, – c’est-à-dire d’une part vers les derniers articles « je crois à la Résurrection de la chair et à la vie éternelle », – mais aussi la fin au sens de finalité. La fin, c’est-à-dire le but de notre foi qui réside dans la communion bienheureuse avec Dieu, la contemplation éternelle de Dieu, la participation à la vie trinitaire, l’union définitive de nos personnes avec le Dieu qui nous sauve, union dont le mariage est la préparation et dont la virginité pour le Royaume est n’annonce prophétique.

Ainsi, dans notre démarche de pèlerinage centré sur la théologie du corps, après avoir contemplé l’homme dans le dessein de Dieu et l’homme historique, l’homme au risque de l’histoire, confronté aux périls de l’existence, nous sommes maintenant invités à contempler l’homme eschatologique. L’homme dans la Résurrection, l’homme arrivé au terme de l’histoire, l’homme opérant son retour au créateur, c’est une invitation à revisiter la foi de l’Eglise, ce qu’elle nous enseigne sur les fins dernières de l’homme. Le symbole des Apôtres nous fait dire : « je crois en la Résurrection de la chair et en la vie éternelle », le symbole de Nicée : « j’attends la Résurrection des morts et la vie du monde à venir ».

« J’attends » : nous avons souvent une conception passive de l’attente. Attendre nous parait souvent lié à la patience. On attend quelque chose qui ne dépend pas de nous, qui arrivera ou pas, qui sera bon ou mauvais, qui est désirable ou non. Nous attendons souvent avec un certain fatalisme alors que l’étymologie du mot devrait nous suggérer exactement le contraire. Attendre, c’est être tendu vers ! Toutes les fibres de notre être sont tendues vers les biens à venir, vers la réalisation de la promesse, vers la finalité pour laquelle nous avons été créés, vers notre pâques, vers la pleine réalisation en nos vies de ce qui s’est passé dans la vie du Christ, lui qui est, « parmi les morts, le premier ressuscité». Le christianisme ne professe pas exclusivement la foi en l’immortalité de l’âme. Pour cela la foi chrétienne n’est pas indispensable, une saine philosophie suffit.

Le propre du christianisme est d’affirmer la foi en la Résurrection. La religion chrétienne, contrairement à ce que l’on a parfois pensé, n’est pas la religion du mépris du corps, au contraire, elle réhabilite le corps en lui promettant une transfiguration basée sur le Baptême et l’Eucharistie. Elle fait du corps l’instrument indispensable de notre sanctification. Ceci est toujours nouveau, surtout dans une culture qui est mal à l’aise avec le corps. Tantôt on l’exalte, comme s’il était nécessairement candidat à des performances de beauté et de force, tantôt on le traite comme s’il était objet de consommation livré à la logique du désir avec une séparation tragique entre les coeurs et les corps. Les uns et les autres fonctionnent chacun de leur côté, chacun dans leur sphère, les coeurs d’une façon désincarnée, les corps d’une façon exclusivement matérielle, la gestation pour autrui n’étant qu’un avatar supplémentaire de cette tendance. Mais cette dissociation qui peut paraitre à certains comme libératrice est en réalité destructrice. On ne peut vivre indéfiniment cet écartèlement.

L’homme créé corps et âme est appelé à retrouver l’unité dans la vie éternelle. La Résurrection n’est pas l’immortalité qui nous ferait vivre éternellement avec nos blessures, ce serait vite insupportable. Elle n’est donc pas une simple réanimation comme le fut la Résurrection de Lazare, mais un état de vie humaine radicalement nouveau et radicalement différent de celui que nous connaissons actuellement, une manière nouvelle pour l’âme d’animer le corps de façon beaucoup plus harmonieuse, plus parfaite, une unité de la personne corps et âme fondée sur l’intimité de la vie trinitaire où tout est don, don parfait.

Créé pour Dieu, créé à l’image de Dieu, l’homme est créé pour le don, ce don que les trois personnes de la Sainte-Trinité vivent de façon parfaite, ne vivant que l’une pour l’autre. C’est ce que Jean-Paul II appelait la dimension sponsale de l’homme. Parce que nous attentons la Résurrection, parce que nous sommes tendus de toutes les fibres de notre être vers la réalisation des promesses de Dieu, vers l’accomplissement de l’appel qu’il nous adresse en nous créant, toute notre vie, dont la plénitude rendra l’image que nous sommes parfaitement adéquate à son modèle, est apprentissage de ce don et nos vocations spécifiques nous préparent à sa réalisation parfaite dans le mystère de la Résurrection. Le célibat consacré en est l’annonce prophétique, la réalisation effective dès cette vie, avec toutes les incompréhensions, liées à toute annonce prophétiques. Relisons la vie des prophètes de de l’Ancien Testament ! Le mariage pour sa part est l’expression humaine la plus complète qui nous prépare au don total et la Résurrection apparait comme la transfiguration de la parole échangée, comme l’élévation au niveau supérieur de l’engagement pris, comme exaltation définitive du don réalisé. Le Résurrection n’est donc pas la négation de la valeur du mariage, mais au contraire le plein accomplissement de ce qu’il signifie. Pendant cette messe, demandons au Seigneur qu’il nous donne la grâce de la fidélité à notre vocation, pour que les apprentissages de cette vie s’accomplissent pleinement et se réalisent de façon définitive dans l’éternité bienheureuse à laquelle nous sommes appelés."

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