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France : Politique en France

Il ne peut y avoir de véritables mobilisations sans une analyse de la résistance absolue qu’oppose la culture moderne à la foi

Dans L'Homme Nouveau, le Père Laurent-Marie Pocquet du Haut-Jussé apporte une critique à l'ouvrage de l'abbé Pierre-Hervé Grosjean Catholiques, engageons-nous ! Extrait :

FIC114813HAB40"Régulièrement, suite à un évènement qui a provoqué une mobilisation importante des catholiques, spécialement des jeunes, on nous annonce le retour au-devant de la scène d’une nouvelle génération de croyants, en passe de faire aboutir enfin dans notre société sécularisée les valeurs chrétiennes. Il y a seize ans, l’année des JMJ de Rome et du grand jubilé, Matthieu Grimpret nous annonçait « la Révolution de Dieu » et l’émergence d’une jeunesse chrétienne à la fois identitaire et pas coincée… Suite au mouvement de la « Manif pour tous », il revient cette fois à l’abbé Pierre-Hervé Grosjean de battre le rappel sous forme d’une sympathique voire nécessaire injonction : Catholiques, engageons-nous !.

Si on peut remercier l’auteur, qui est aussi un pasteur et un éducateur, de rappeler quelques vérités premières, si on lui accorde bien volontiers qu’il n’a pas voulu faire un livre de spécialiste, on n’en reste pas moins un peu sur sa faim. C’est évidemment un exercice difficile tant la question de la présence du chrétien dans un monde sécularisé a provoqué depuis un siècle la publication de dizaines de milliers de pages et suscité de multiples et féroces débats. L’auteur invite donc ses lecteurs à éviter un double écueil : la tentation de la dilution et celle du repli sur soi. Il le fait en appliquant à son sujet ce que Jésus dit de ses disciples dans la prière qu’Il adresse à son Père, la veille de sa Passion («Ilsnesontpasdumonde»et«Ils sont dans le monde, parce que je les ai envoyés »). Enfin il propose quatre lieux d’engagement à réinvestir : l’enseignement, les médias et la culture, la politique et l’Église.

Les réalités éludées

L’enthousiasme, aussi entraînant et communicatif qu’il soit, ne peut faire l’économie d’une analyse lucide de la situation pastorale actuelle. Ainsi, lorsque l’auteur en appelle à la mobilisation à la suite de la « Manif pour tous », il en appelle à une forme d’union sacrée de tous les catholiques. C’est vite oublier combien ce mouvement a fait aussi apparaître les profondes divisions au sein même des catholiques pratiquants, voire du clergé. On peut évidemment le regretter, mais certainement pas faire l’impasse sur une telle réalité.

De même l’auteur pourrait s’interroger sur l’échec constant, malgré quelques réussites temporaires et parcellaires, d’une influence vraiment chrétienne en politique, et ce depuis le pontificat de Léon XIII et la demande faite par ce pape aux catholiques de réinvestir massivement le champ politique et social. Le général De Gaulle déclarait à propos des démocrates-chrétiens réunis à la Libération sous l’étiquette MRP (Mouvement Républicain Populaire) et qui avaient obtenu jusqu’à un tiers de suffrages : « ce sont des enfants de chœur qui ont bu le vin des burettes », ironisant ainsi sur leur manque profond de sens politique malgré leurs bonnes et pieuses intentions. Or il ne peut y avoir de véritables mobilisations qui ne soient précédées d’un sérieux travail d’intelligence de la situation et d’analyse de la résistance absolue qu’oppose la culture moderne ou postmoderne à la foi. Comment expliquer, par exemple, que des hommes politiques dont on sait par ailleurs la foi et l’attachement à l’Église, ne fassent rien pour promouvoir vraiment la culture de la vie ?

Ainsi l’auteur présente ce que pourrait être une correction progressive de la loi Veil (cf. pp. 107-108) par étapes successives d’éducation, de « conscientisation » si l’on peut dire dans le but de rendre le recours à l’avortement inutile. Mais une telle démarche est bien illusoire si l’on considère la dégradation des consciences touchant cette question depuis janvier 1975 en France. Entre les deux guerres et dans l’immédiat après-guerre, le catholicisme a bénéficié d’un renouveau missionnaire impressionnant, y compris en ce qui concerne les vocations religieuses et sacerdotales. Qui oserait dire que la génération qui monte, « qui se lève » pour reprendre la dédicace de l’ouvrage, est mieux armée que les générations précédentes ? Bien entendu Dieu est toujours libre de faire triompher sa grâce à travers de pauvres instruments, et il nous faut prier pour cela, mais nous devons reconnaître aussi que le renouveau printanier annoncé n’est pas (encore) au rendez-vous. Autrement dit, l’auteur est victime de l’illusion qu’il dénonce par ailleurs. […]"

 

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