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France : Politique en France / France : Société

“Il faut toujours redouter que n’arrive le moment où les moyens ne sont plus dignes de la mission”

Très bon éditorial de François d'Orcival dans Valeurs Actuelles qui apportera des éléments à la réflexion que nombre de nos lecteurs mènent à chaque fois que s'allonge la liste de nos morts en Afghanistan :

Afg "Mission sacrée. Il est le chef, c’est son devoir. Le général Irastorza, chef d’état-major de l’armée de terre, avait à nouveau rendez-vous cette semaine, en pleine nuit, dans un triste pavillon de l’aéroport de Roissy, avec la famille d’un chasseur alpin de 19 ans qui venait de tomber, à six mille kilomètres de là, sur une piste afghane.

Le général représentait la famille militaire au moment d’accueillir, dans le recueillement et la douleur, la dépouille du soldat dans son cercueil drapé de tricolore. Le général Irastorza irait ensuite à Bourg-Saint-Maurice, quartier du 7eBCA, pour rendre hommage à son jeune camarade.

Elrick Irastorza est quasiment né militaire. Parvenu à 58 ans au sommet de la hiérarchie, il aura passé cinquante ans de sa vie dans les armées : à 11 ans, il était enfant de troupe (à Autun), avant d’être, à 20 ans, officier de Saint-Cyr et d’y choisir l’infanterie. Infanterie de marine et parachutiste. Il aura porté nos couleurs en Afrique, en Asie, dans le Pacifique. Il a eu les plus beaux commandements. Tout cela pour dire que sa parole porte le poids du métier et celui de l’intimité avec les siens.

Or voici ce qu’il dit, en pensant à nos soldats tués et blessés en Afghanistan et ailleurs : « Les pertes, le chef militaire ne les a jamais acceptées… Mais parce que la mission est sacrée, il doit en accepter le risque après avoir acquis en conscience la certitude de l’avoir réduit au minimum. » Le jour où la mission n’est plus sacrée, le reste s’effondre. Qu’est-ce qui peut justifier le sacrifice de sa vie si la mission n’est plus qu’une tâche parmi d’autres ? C’est ce que rappelle le général, avec tant d’humanité et de chaleur dans le regard : « La mort du soldat au combat n’est pas une mort ordinaire. Tuer au combat pour remplir sa mission n’est pas un acte ordinaire. »

Tuer, être tué, le soldat ne l’accepte qu’au nom d’un ordre qui le dépasse. Le général cite ce propos de l’aumônier général aux armées, Mgr Luc Ravel : « L’armée se différencie des autres forces politiques sécuritaires en ce qu’elle se trouve présente entre les nations ; elle existe pour les différends entre les peuples et c’est pourquoi elle vacille quand le sentiment national se fait hésitant. » Ce que le colonel Michel Goya, grand spécialiste de l’emploi des forces et directeur d’études à l’École militaire, précise par cette formule : « Il reste à déterminer si une société et son armée peuvent espérer vaincre en refusant de reconnaître leurs héros. » Le général Irastorza a observé, au cours des cérémonies d’hommage aux soldats tués, maintenant que toutes les unités de l’armée de terre ont été touchées, combien l’assistance pouvait être différente d’un endroit à l’autre, combien le patriotisme était ardent ici, absent là.

Quelles sont les guerres qui nous attendent ? Le front est partout, on le voit bien : où nos forces sont-elles déployées dès à présent ? En Afrique, au Sahel, à la corne de l’Afrique, au Proche-Orient, en Afghanistan, dans le Pacifique… « Celui d’en face, dit Elrick Irastorza, sera toujours là pour taper où ça fait mal, pour marquer des points militaires, pour atteindre nos opinions par médias interposés, fragiliser nos démocraties. » On continuera de faire la guerre, en épisodes plus ou moins brefs et répétitifs, pour « produire des effets militaires à des fins politiques ». Alors que tout le monde arabe craque, qui peut croire au retour prochain de la stabilité ?

Le général Irastorza a bien dit que le chef militaire acceptait le risque suprême de son métier « après avoir acquis la certitude de l’avoir réduit au minimum » ; c’est là que le chef politique, l’élu, porteur de la légitimité nationale, entre en jeu : non seulement pour expliquer le sens de la mission, pour en convaincre l’opinion, mais aussi pour en fournir les moyens nécessaires. Quand le président de la République dit, sur la base aérienne de Saint-Dizier, en présentant ses voeux aux armées : « Pour l’avenir, j’entends bien que la priorité accordée à la Défense demeure, quelles que soient nos difficultés et la rigueur de nos choix », il est entendu et sa parole porte. La nomination d’un ministre d’État, Alain Juppé, Rue Saint-Dominique, a aussi été interprétée comme un signe fort.

Car il y a une chose que les militaires ne supportent pas, c’est d’avoir à se défendre comme s’ils devaient être des syndicalistes. S’il y a eu une bagarre pour deux compagnies de CRS, les armées ont réduit leurs effectifs en six ans de l’équivalent de 460 escadrons ! « Il nous reste 20 bataillons d’infanterie, 3 de moins que les Suisses », disait l’autre jour le général Irastorza devant les députés du Cercle Stratégia. Il faut toujours redouter que n’arrive le moment où les moyens ne sont plus dignes de la mission".

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4 commentaires

  1. Heureusement qu’à défaut d’équipement nos soldats ont encore du courage : http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/2008/09/personne-nest-p.html
    Quand on envoie des militaires au combat sans protection adéquate, on est criminel par négligence… mais cela n’est pas étonnant dans un pays où aimer son pays, honorer ses soldats est perçu comme désuet. On paie chèrement des rapports bidons, on confie des missions bien rémunérées à des amis quand ils quittent un gouvernement pour ne pas se les aliéner, on subventionne grassement des associations, on se questionne sur la possibilité de financer le culte musulman par la construction de mosquées… mais le plus urgent, ça on ne s’en occupe pas, ce n’est pas intéressant sur le plan électoral.

  2. “le chef politique, l’élu, porteur de la légitimité nationale” – M. d’Orcival parle-t-il vraiment là de Nicolas Sarkozy ?

  3. “La nomination d’un ministre d’État, Alain Juppé, Rue Saint-Dominique, a aussi été interprétée comme un signe fort”…par les naïfs car tout le monde savait bien qu’il s’agissait de Juppé et non du MINDEF. La preuve : Longuet n’est pas ministre d’Etat !

  4. Helas si la mission est sacrée pour celui qui l’exécute, elle ne l’est pas pour celui qui l’ordonne.

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