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L'Eglise : L'Eglise en France

« Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, au Conseil d’Etat, ils seront apaisés. » (Évangile apocryphe)

« Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, au Conseil d’Etat, ils seront apaisés. » (Évangile apocryphe)

De l’abbé Michel Viot :

Dans La Croix de ce mercredi 20 mai, le Père Dominique Greiner écrit un éditorial extrêmement dangereux dont, j’espère pour lui, qu’il n’a pas mesuré toutes les conséquences nuisibles. Suivant les méthodes journalistiques de ce monde, il commence déjà par son titre et les deux tiers de son propos, à venir au secours de la victoire, celle du triomphe en France du droit à la liberté de culte. Car n’en déplaise à certains, cette liberté est chère à une très grande majorité de catholiques, comme à l’ensemble des citoyens français. Elle signifie en réalité pour tous, la liberté de croire ou de ne pas croire, le libre choix entre la pratique religieuse et la non pratique. L’éditorialiste peut donc, sans craindre de perdre des lecteurs, aller dans le sens du vent majoritaire qui souffle aujourd’hui, fidèle d’ailleurs en cela à la tradition commerciale de son journal, qui lors de l’affaire Dreyfus, à partir de 1898, revendiqua le titre de journal « le plus antisémite de France », entraînant la grande majorité des catholiques dans le camps des anti dreyfusards. Ce fut une des causes de la séparation des églises et de l’Etat en 1905.

Se serait-il aujourd’hui assagi en défendant l’Eglise qui le fait pourtant vivre ? Non ! Il présente la liberté de culte comme la simple possibilité d’avoir recours à des rites dont il va chercher la définition chez Saint Exupery, les paroles du renard du Petit Prince ! Quel mépris de fait pour le désarroi et la souffrance spirituelle de très nombreux catholiques. Ils n’étaient pas en manque des actes ordinaires de la vie, encadrés, mais permis. Mais ils étaient beaucoup plus normalement affectés par l’interdiction de participer à la messe, rite de participation à la victoire du Christ sur la mort et réception des arrhes de la Vie éternelle. Et ce au moment précis, où dans le monde ordinaire dans lequel on les confinait, la mort semblait triompher partout, en débordant de ses lieux de prédilection que sont les EHPAD et les hôpitaux, pour se sculpter une image sur les visages humains, surtout quand ceux-ci étaient frappés par le deuil. C’est pourquoi la doctrine du rite, que La Croix ose prêter aux catholiques, est abominablement réductrice parce que doctrinalement fausse. Qu’on en juge par sa conclusion :

« Si les croyants sont impatients de retrouver leurs lieux de culte après un long confinement où les heures et les jours ont pu trop se ressembler, c’est parce qu’ils savent que les rites permettent de se réinscrire dans la vie ordinaire. Pour cela ils doivent être libre de pratiquer. » (p 1).

Comment oser écrire dans un journal qui a « l’estampille » catholique, que c’est pour abriter des rites, qui ne font que réinscrire dans la vie ordinaire, que les fidèles catholiques à la suite de nombreux évêques qui se sont exprimés, ont souhaité la réouverture de leurs églises pour la célébration des messes dont ils avaient besoin pour vivre. Cela signifierait, entre autre, que c’est pour organiser de semblables activités qu’on a construit Notre Dame de Paris, et qu’on va dépenser « un pognon dingue » pour la restaurer ?

Page 2 du même journal, article de Christophe Henning titré « Une décision qui embarrasse les responsables religieux ». Ce titre, au flou aguicheur, est en fait justifié par les quelques lignes de conclusion :

« certains ne cachent pas leur crainte qu’une seconde vague passe par les églises, temples, synagogues, ou mosquées. Cela explique-t-il, pour une part, l’attitude des responsables, musulmans, juifs et protestants ? Ceux-ci n’ont jamais réclamé le retour rapide des célébrations publiques et ne se réjouissaient nullement, lundi soir, qu’il intervienne plus vite. ».

Sans tomber dans un complotisme, aussi contagieux que le covid 19, je ne puis m’empêcher de faire le rapprochement avec ce que l’information nationale avait diffusé la veille ! Hasard peut-être ? Au journal de 20h de TF1, il y avait un reportage sur cette affaire, où un rabbin et un imam expliquaient leur grande prudence en préférant maintenir leur lieu de culte fermé, le tout ayant été précédé par des images montrant un prêtre catholique préparant son église à recevoir des fidèles en respectant des mesures sanitaires strictes. L’action médiatique oblige à constater une belle coordination entre ceux qui, obnubilés par le dialogue interreligieux, devenu le bain de siège du relativisme, poussant toujours à oublier les différences qui existent entre les religions, sans pour autant omettre de rappeler ou suggérer que les chrétiens, et les catholiques en particulier, sont des inconscients et des attardés, assez fous pour risquer la mort de nombreux français, au nom de rites qui ne font, selon La Croix, que les ramener à la vie ordinaire !

On peut donc facilement imaginer la fin du roman noir qu’on est en train de nous raconter : la première vague d’épidémie venait, d’après la propagande officielle, de ces enragés évangéliques ! Dans cette logique, il est clair que la seconde viendra de ces fanatiques de catholiques qui n’hésitent pas à sacrifier de nombreuses vies humaines pour satisfaire leur goût maladif des cérémonies et de l’apparat. Mais l’Etat laïc veille, il saura détecter le lieu exact d’où viendra le redémarrage de l’épidémie ! On lui fournit déjà des indices !

Deux autres réactions sont à relever parce qu’elles montrent clairement à l’Etat, comme à l’opinion publique, qu’il est nécessaire, même en se prétendant laïc de s’intéresser de près aux questions spirituelles, si on veut faire vivre en paix des croyants de différentes religions, tout en respectant leur identité et leur liberté.

Monsieur le Grand Rabbin de France a donc bien eu raison de dire pour sa communauté « La date de reprise, même pour la fête de Chavouot, le 28 mai, n’est pas la question. Le seul enjeu est sanitaire. Notre seule obsession est de ne faire courir aucun risque pour les fidèles ». Et le président du Conseil français du culte musulman, tout en se réjouissant du rétablissement de la liberté de culte, a cru, à juste titre, utile de préciser « Aucun responsable de fédération musulmane ne souhaite une réouverture pour la fin du ramadan, le 24 mai, nous visons tous une reprise très progressive du culte. » (Ces propos sont extraits du Figaro du 20 mai dernier).

Je les cite sans malice aucune, mais par le même souci de vérité que le journal qui a eu l’honnêteté de le faire. Les deux représentants des religions précitées se trouvent dans la logique de leur foi.

Chavouot qui commémore la remise de la Torah à Moïse, peut être célébrée dignement par tout juif qui va prier plus intensément ces jours qui entourent cette fête, méditera la Torah, respectera l’usage des gâteaux spéciaux pour cette célébration, fleurira son appartement, et pourquoi pas sa synagogue, en signe de respect, même si personne ne veut y venir, pour éviter tout risque. Et il est très sage de la part des responsables du culte musulman en France, de maintenir fermées leurs mosquées à la fin du ramadan, car je ne vois pas comment ils auraient pu contenir la foule qui s’y serait immanquablement pressée, en tenant compte des règles sanitaires qui vont présider à la possibilité de reprendre les différents cultes publics en France ! La distanciation sociale par exemple. Je ne doute pas par là de la capacité d’organisateurs des uns et des autres. Et je ne sous-estime pas non plus les difficultés qu’auront les catholiques à célébrer la Pentecôte cette année !

Ce sur quoi je veux insister, car cela concerne le présent et l’avenir, c’est qu’il est grand temps de prendre au sérieux les très grandes différences entre les religions pratiquées en France. Au sein de la religion chrétienne, les besoins des fidèles catholiques sont différents des fidèles protestants, mieux, si j’ose dire, au sein même du catholicisme, ce qu’écrit le Père Dominique Greiner dans La Croix sur la fonction du rite est irrecevable par de nombreux prêtres, dont je suis . Et ceci n’est que la partie visible de l’iceberg. Il est plus que temps de faire cesser de tels malentendus. Car on ne peut pas accuser les pouvoirs publics de porter atteinte à la liberté de culte, si on ne leur précise pas la spécificité de ces cultes et leurs besoins aux différences incontournables.

Les nombreux évêques qui ont exprimé leur déception, et très souvent leur indignation (et La Croix aurait dû le rappeler plus fortement), devant le discours que le Premier Ministre a prononcé à l’Assemblée Nationale pour le déconfinement du 11 mai, tout comme les différents groupes ou associations catholiques qui ont déposé plainte devant le Conseil d’Etat, étaient dans leurs droits et accomplissaient leurs devoirs de catholiques. Ce qui s’est passé à cette occasion doit unir les catholiques et non nourrir la division. Laissons au diable ce triste travail !

Que les juifs et les musulmans ressentent autrement cet épisode judiciaire est tout à fait normal, même si, selon moi, ils devraient prendre plus en compte la question de la liberté religieuse. Attention à ne pas trop diviniser le sanitaire ! Qui sait, si en son nom, on ne viendra pas un jour remettre en question la circoncision et l’abattage rituel ? Cela dit, les juifs et les musulmans n’ont pas de sacrements, ni de prêtres. Leur présence dans un lieu consacré à leur culte est importante, sans être essentielle.

La, grande majorité des protestants français donnent la primauté à la Parole de Dieu prêchée, à la prière, et considèrent leurs sacrements comme des symboles. Les catholiques qui se trouvent dans l’esprit de La Croix leur ressemblent beaucoup.

Il n’en va pas de même pour la grande majorité des catholiques, obéissant au Concile Vatican II, expliqué admirablement par le Catéchisme de l’Eglise Catholique, publié en 1992 sur l’ordre du Saint Pape Jean Paul II. Ces chrétiens ne peuvent pas vivre sans la messe, c’est à dire sans recevoir de bouche le vrai Corps et le vrai Sang du Christ. Et par voie de conséquence, pour ces chrétiens, que j’ai l’honneur de servir comme prêtre, une Église sans prêtre est impensable. Et cette Église, pour pouvoir vivre, doit être libre et, à cet effet, être dirigée par des évêques en communion avec le Pape. La dernière fois qu’on avait interdit les messes publiques en France fut en 1794, la période de la Grande Terreur qui donna à la guillotine le nom éloquent de rasoir national. La pauvre année 2020, qui nous annonçait pourtant les commémorations du 1600ème anniversaire de la naissance de Sainte Geneviève et du 100ème anniversaire de la canonisation de Sainte Jeanne d’Arc, deux femmes aussi héroïques dans la sainteté chrétienne que dans leur amour pour leur pays, cette pauvre année 2020 a pris le relais de 1794, et un virus étranger, très vite naturalisé français, a remplacé la vieille machine de mort. L’avenir dira jusqu’où peuvent aller les rapprochements entre 1794 et 2020. Il est vrai qu’en 1793 on avait coupé la tête du Roi, et qu’en 2019 le cœur de la France, le lieu qui l’a vu naître, a été touché aux deux endroits vitaux symbolisant son ancienne puissance. Le feu de l’incendie a frappé l’édifice spirituel, celui du terrorisme le bâtiment emblème de la sécurité de l’Etat !

Ce que fera ou ne fera pas le pouvoir politique, mais il n’est pas seul en cause, aidera à répondre à bien des questions et provoquera immanquablement des changements. Sur le point très précis que j’ai soulevé de la prise en compte des différences religieuses, je ne lui demande pas de privilégier qui que ce soit, mais simplement d’être lucide sur certaines réalités incontournables concernant les religions pratiquées en France, pour lesquelles il ne disposera jamais des pleins pouvoirs et qu’il lui est impossible d’unifier, y compris par des textes de lois identiques pour chacune d’entre elles.

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