Bannière Salon Beige

Partager cet article

France : Politique en France / France : Société

Français, si vous saviez…

Publiée sur Nouvelles de France, une analyse intéressante de Philippe Simonnot, ex-professeur d’économie du droit à l’Université de Paris-Dauphine, docteur ès sciences économiques et auteur de nombreux ouvrages consacrés à ma monnaie et aux banques. Extraits :

"La France se prépare à des lendemains de fête qui ne chanteront guère. Les finalistes du second tour racontent finalement à peu près la même chose sans convaincre personne. Non, hélas ! l’équilibre des finances publiques de la France ne sera pas rétabli aux dates promises.

Les citoyens ont le pressentiment qu’on leur cache quelque chose et qu’ils découvriront le pot aux roses – un euphémisme – aux lendemains du 6 mai. En fait, ils ont été trompés. Français si vous saviez…

Au départ, en effet, le diagnostic a été mensonger. L’origine de la crise de 2008 était à trouver non dans des « défaillances d’un marché dérégulé », comme l’ont dit et répété les politiques et les médias, mais dans les excès de la Puissance publique. Dès lors, l’État dont on célébrait le « Grand Retour » sur la scène économique (qu’il n’avait en vérité jamais quittée) ne pouvait qu’enfoncer les pays malades dans leur propre maladie. Crise dans la crise, l’agitation au chevet de l’euro a poussé l’interventionnisme étatique, par le truchement de la Banque Centrale Européenne, jusqu’à la caricature et en violation flagrante des Traités – avec la complicité honteuse de « Merkozy ». Le fantôme de Keynes, le célèbre économiste britannique, a de nouveau été sorti de la tombe où l’on croyait l’avoir enfermé.

IcDe deux choses l’une : ou bien les gouvernements prennent des mesures pour réduire le fardeau d’une dette qui n’est pas soutenable quand les taux d’intérêt sont supérieurs au taux de croissance de l’économie, et ces mesures briseront la « relance » annoncée. Ou bien les États poursuivent leur fuite en avant, les taux d’intérêt remonteront, le poids de la dette s’alourdira un peu plus, et la relance sera tout aussi molle. La Grèce a été le premier exemple de cette course à l’abîme. Aujourd’hui, l’Espagne s’engouffre dans cette voie calamiteuse quand elle doit payer pour sa dette des taux d’intérêt qui sont de nouveau en hausse. L’Italie est derechef entraînée par la spirale, et on ne voit pas comment la France pourrait lui échapper. Le « spread » – écart de taux entre les emprunts de Berlin et de Paris – est remonté à son plus haut niveau depuis deux mois. La rumeur d’une nouvelle dégradation de la note de crédit de la France s’est d’ailleurs propagée la semaine dernière, par le biais d’une note de la banque américaine Citigroup (…)

Il s’agit bien d’une spirale infernale. Ce n’est pas la dette en valeur absolue qui compte mais le rapport entre produit national brut et dette, intérêts compris. La capacité de remboursement d’un État n’est rien d’autre que son économie, sa richesse, sa croissance. La spirale infernale commence lorsque, pour rembourser la dette, les gouvernements augmentent les impôts et diminuent les dépenses, ce qui impacte la croissance… (…)

Plus grave, si l’on ose dire, mais ni Hollande ni Sarkozy n’en parlent – pas même une allusion du bout des lèvres -, la crise actuelle est, en fait, l’ultime accès d’une fièvre qui s’est emparé du système monétaire international depuis qu’a été fermée la fenêtre d’or (golden window) le 15 août 1971 par Richard Nixon, alors président des États-Unis. La mémoire des politiciens et des économistes à leur service ou au service des banques qui les paient grassement est si courte qu’on est obligé de leur rappeler que, ce jour-là, le dernier lien qui existait entre le métal jaune et une monnaie (et pas n’importe laquelle puisqu’il s’agissait du dollar) a été rompu (…)

OrSont soupçonnées à juste titre les banques de profiter de ce faux-monnayage généralisé. A l’abri de banques centrales qui jouent le rôle de prêteur en dernier ressort, elles produisent de la monnaie dite fiduciaire, créée ex nihilo. Autrement dit, des titres de propriété sont créés qui ne correspondent à aucune richesse réelle et perçus comme des propriétés alors qu’ils ne sont que des titres en papier. De rien ne peut rien sortir (…)

Evidemment, le premier bénéficiaire de cette fraude est le créateur de la monnaie fiduciaire, c’est-à-dire le banquier lui-même. D’où des privilèges éhontés, dignes de l’Ancien Régime : les institutions proches du pouvoir de l’État comme la haute fonction publique, le Trésor, la banque centrale, l’aristocratie bancaire et les petits malins du trading s’en mettent plein les poches (…)

De cette socialisation des pertes, correspondant à une privatisation de super-profits scandaleux de monopole, le contribuable est invité maintenant à solder les frais. Le peuple a raison de se révolter. Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon sont les vecteurs de cette colère légitime.

La seule manière de sortir de cette gigantesque ornière est de mettre fin au faux monnayage issu de la coucherie incestueuse de la banque et de l’État et de rétablir une monnaie ancrée dans la réalité économique. L’obstacle est seulement politique : les princes qui nous gouvernent aujourd’hui n’y ont pas intérêt".

Partager cet article

7 commentaires

  1. Très bonne analyse en effet à laquelle il conviendrait d’ajouter le diagnostique de la démographie française tout juste suffisante pour le renouvellement de la population , mais bien trop faible pour servir de base naturelle à une croissance soutenue.
    Mais là on touche au tabou ultra protégé par le milieu par des matraquages , avec des renforts de provenance inattendue ,mais assurément pas vraiment catholiques, sur tous les sujets qui touche au respect de la Vie…

  2. En son temps Philippe Seguin avait donné l’alerte alors que la dette française s’elevait à 1200 milliards d’Euros
    N.Sarkozy porte la respnsabilité devant l’Histoire de l’avoir elevée à 1700 Mds. condamnant de ce fait la France à une mort lente.
    Ce crime qui restera toujours impuni occulte tous les autres en ce qu’il vole l’avenir des generations futures.
    Les « crimes » qui ont coûté la vie à Louis XVI etaient de moindre gravité.

  3. Analyse de gauche destinée à exciter le peuple contre les banques. Or les banques exercent un service public. Le prêt par les banques n’est pas fondé sur « rien », mais sur une base inférieure au volume prêté. Tout rentre dans l’ordre avec les remboursements.
    Il semble que la crise actuelle est causée par un excès de liquidités par rapport aux revenus réels. Selon la Note du Conseil pontifical « justice et paix » d’octobre 2011.
    http://www.vatican.va/roman_curia/pontifical_councils/justpeace/documents/rc_pc_justpeace_doc_20111024_nota_fr.html
    Il n’est pas bon de désigner à la vindicte publique une corporation qui n’est certes pas seule responsable de la crise actuelle d’autant plus qu’elle fournit des crédits en proportion de ceux qui sont mis à sa disposition et est étroitement surveillée. De plus elle se verrait reprocher sont égoisme si elle ne mettait pas de crédits à la disposition du public.
    Cette diatribe qui n’omet pas d’agresser l’Ancien Régime est finalement communiste. Comme l’a dit un de vos commentateurs avec profondeur (je le prie de m’excuser de n’avoir pas noté son nom) :
    « Son ralliement [de Marine Le Pen] au discours économique de gauche ne fera finalement que le jeu du parti socialiste au deuxième tour. »
    La méditation de ce document me semble mieux à même de réfléchir, objectivement et sans parti pris, aux causes de la crise :
    http://www.vatican.va/roman_curia/pontifical_councils/justpeace/documents/rc_pc_justpeace_doc_20111024_nota_fr.html

  4. effectivement, nombreux sont les economistes qui en parlent ; la situation actuelle (non seulement de l’Europe) est due au fait d’avoir mis le destin de notre planete entre les mains des grands banquiers (pas besoin de faire un dessin !!), lesquels sont relayes par les grandes institutions internationales qui imposent leurs diktats aux gouvernements… qui imposent leurs diktats aux peuples par les lois, mais aussi par les medias.. on se retrouve avec une belle pyramide, que j’appelle parfois la pieuvre ou la veuve noire… d’ailleurs qu’est-ce le Web si ce n’est une ‘toile d’araignee’ (traduction du mot Web)

  5. Et pourtant les bricoleurs élus députés ou sénateurs, continueront de s’octroyer des augmentations substantielles, avec un sang froid qui leur est propre.

  6. On en saura plus le lendemain du 6 mai car Sarko a fait geler jusqu’à l’élection la plupart des mauvaises nouvelles telles que fermetures d’entreprises, etc. Et autant lui que Hollande ne parlent de la crise qu’au passé !
    Pour Hollande ce sera facile de dire que tout cela est dû au mauvais bilan de la « droite ». Et le pire est que c’est vrai.

  7. @ Denis Merlin
    Cet article ne met pas en cause les baques comme inititarices de cette dérive, mais les états devenus instruments d’une démocratie socialisante, par recherche matérialiste d’une redistribution de masse, la plus rapide et la plus consommatrice possible.
    Las banques ou certains secteurs des banques, et les professions qui s’y rattachent en ont profité, au point que les banquiers et les hauts fonctionnaires des grands ministères sont de plus les me^mes alternativement sur les deux rives de l’Atlantique. Ils deviennent même chefs de gvt, pour sauver non pas les pays qu’ils administrent après la faillite, mais pour perpétuer le système Gréce et Italie, banque centrale européenne).

Publier une réponse