Faut-il se réjouir ou se désespérer que la Croix demeure un signe de contradiction ?

Bonne question d'Eric Letty dans Monde & Vie :

M"Si l’on considère « l’affaire » de la croix de Ploërmel sous un angle simplement politique ou sociologique, on est conduit à déplorer une nouvelle agression contre le christianisme, à laquelle le Conseil d’État, plus haute juridiction administrative de la République laïque, a donné, si j’ose dire, sa bénédiction. Après onze années de conflit, la Fédération morbihannaise de la libre pensée a obtenu, non pas l’enlèvement de la statue du pape Jean-Paul II de la place qui porte son nom, mais l’arasement de la croix qui la surplombe et choque, paraît-il, les pudeurs laïcardes. Soulignons au passage l’effarante erreur commise par les conseillers d’État en dissociant ainsi la statue de la croix, alors que les éléments de l’œuvre ne peuvent être séparés sans l’accord de son auteur, le sculpteur Zurab Tsereteli, qui en garde la propriété intellectuelle. S’il n’y consent pas, il faudra conserver la croix ou retirer aussi la statue – à moins que le lieu où l’ensemble a été érigé ne soit entre-temps privatisé.

Rien de neuf, finalement, sous le soleil blafard de la Révolution. Même s’ils se croient déjà victorieux, les héritiers des Lumières et des « bouffeurs de curés » continuent la guerre déclarée depuis deux cents ans au catholicisme. La libre pensée, ainsi que la Ligue des droits de l’homme qui l’a soutenue dans son offensive contre l’« obscurantisme » ploërmelais, sont des antennes de la franc-maçonnerie toujours à l’ouvrage pour déraciner le christianisme du terreau français auquel il est intimement mêlé depuis l’origine, et la bataille autour de la croix de Jean-Paul II n’est qu’un épisode de celle plus globalement livrée contre les crèches de Noël ou les sonneries des cloches des églises de village. Elle fait écho à la prière à Marianne, pastichant le Notre Père, que prononça au sein du Conseil constitutionnel le plus constamment médiocre des politiciens de la République, Jean-Louis Debré, lorsqu’il présidait cette institution.

Beaucoup de catholiques de bonne foi ne comprennent pas cette inimitié enragée du clan laïciste à l’encontre de Jésus Christ, de son Église et de la civilisation issue du christianisme, alors que l’Évangile appelle bienheureux les artisans de paix et professe l’amour du prochain. C’est le cas, par exemple, du courageux maire de Ploërmel, Patrick Le Diffon, qui déplore à juste titre le conflit noué autour de la statue de Jean-Paul II et renvoie dos à dos les « extrémistes des deux bords ». Or, la réaction de nombreux catholiques – même s’il arrive qu’elle prenne, notamment sur Internet, une forme outrancière – n’est qu’une réponse au fanatisme laïciste et une défense légitime face à des assauts incessants. C’est un autre angle de lecture de cette affaire : une partie non négligeable des chrétiens – sans doute faut-il y voir un effet de la Manif pour tous – est aujourd’hui consciente de sa force lorsqu’elle s’unit pour résister.

Il n’est pas surprenant que les autres religions, en particulier l’islam, ne fassent pas l’objet des mêmes attaques, ni des mêmes rigueurs. L’islam, en effet, n’est pas concerné par cette querelle autour de la Vérité. Par expérience, les prophètes de l’athéisme et les prosélytes de l’anti-religion, la secte des ennemis de Dieu, savent que c’est l’Église qu’ils doivent abattre parce que c’est à elle que Jésus, Notre-Seigneur, a confié les paroles de la vie éternelle. En ce sens, cet acharnement contre elle des laïcistes et de la franc-maçonnerie porte témoignage ; c’est l’hommage du vice à la vertu. 

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