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L'Eglise : Foi

« Faire Église », ou appartenir à l’Église ?

« Faire Église », ou appartenir à l’Église ?

Dans son troisième article sur la communion, Claves précise que la communion ne vient pas d’en bas, des hommes qui feraient des efforts pour s’unifier entre eux : elle vient « d’en haut », de Dieu ; elle n’est pas « à faire », elle est à recevoir : elle est verticale avant d’être horizontale :

[…] « Faire Église ». Cette expression récente véhicule souvent avec elle une fausse conception de la communion – uniquement horizontale – contre laquelle il faut se prémunir. Le risque en effet est de penser que les chrétiens doivent « fabriquer » l’unité de l’Église comme on construit la cohésion d’une entreprise humaine, par exemple en multipliant les « temps forts » ou les « moments de partage », en « inventant » de nouvelles manières d’être ensemble… Cette vision des choses oublie un point majeur : l’Église n’est pas une société humaine, bâtie par des hommes, et dont les principes d’unité et de communion seraient à portée de nos mains. Non, l’Église est un mystère surnaturel, une société fondée par Jésus : et c’est Lui qui fonde et construit son unité, sa communion.

Le pape Léon XIII nous avait pourtant mis en garde : « il faut rechercher non pas de quelle façon l’Église pourrait être une, mais quelle unité a voulu lui donner son Fondateur[2] ». Ainsi, dans la conception chrétienne de l’Église, la communion ne vient pas d’en bas, des hommes qui feraient un effort pour s’unifier humainement : elle vient « d’en haut ». Elle n’est pas « à faire », elle est à recevoir. Elle est verticale avant d’être horizontale.

Car, et c’est là le point essentiel, la communion ecclésiale est avant tout une koinonia[3], c’est à dire tout simplement une amitié des hommes avec Dieu. Koinonia, voilà le mot clé de la communion, celui qui nous vient tout droit des évangiles : « Dieu est fidèle, lui qui vous a appelé à la communion (koinonia) de son Fils » [4]. Au cœur du mystère de l’Église, il y a ce don inouï de Dieu, qui propose à l’homme Sa vie pour entrer dans un « con-vivere », une vie commune et donc une amitié avec Lui ; et cette communion avec Dieu se prolonge en communion des hommes entre eux[5], parce qu’ils sont unis à Dieu.

Autrement dit, la communion ecclésiale ne consiste pas d’abord dans une communion horizontale des hommes entre eux : la communion ecclésiale est une communion des hommes avec Dieu. Une fraternité entre les hommes, un « vivre ou faire ensemble » qui n’a pas pour principe l’union de chaque homme avec Dieu n’est pas une « communion ecclésiale » ; elle est une communion humaine, une amitié naturelle. C’est très beau, l’amitié humaine, il faut en apprécier toute la grandeur et la noblesse : mais l’Église, c’est bien plus beau : c’est une amitié divine rejaillissant entre les hommes.

2 : La communion de l’Église dérive donc de la communion trinitaire

L’Église a toujours enseigné que la communion ecclésiale venait de Dieu. Dans cette ligne, le concile Vatican II, citant saint Cyprien affirme bien que « l’Église universelle apparaît comme un peuple qui tire son unité de l’unité du Père et du Fils et de l’Esprit-Saint[6]) ». C’est tout simplement ce qu’affirmait le Christ à ses Apôtres, au soir du Jeudi saint : « afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et comme je suis en toi, afin qu’eux aussi soient un en nous[7] ». Entrer dans la communion de l’Eglise, c’est entrer dans cette intimité des Trois Personnes Divines qui veulent partager avec nous leur béatitude, leur vie intime… que c’est haut, la communion ! 

Comme nous le disons à la fin de chaque oraison liturgique, cette communion se fait « dans l’unité du saint Esprit » : car c’est lui qui est le sceau du Père et du Fils, le « trait d’union » par l’amour[8].

Mais cette unité de l’Église se fait « par Notre Seigneur Jésus-Christ ». Il faut l’affirmer avec force, à la suite de sainte Jeanne d’Arc : « M’est avis que l’Église et le Christ, c’est tout un ! » C’est le Christ qui est le coeur, « la pierre angulaire », le noyau de l’unité de l’Église, car l’Eglise, c’est « le Christ répandu et communiqué » [9]. Saint Jean l’enseigne très clairement : « Nous vous l’annonçons, afin que vous aussi soyez en communion avec nous. Quant à notre communion, elle est avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ[10]». Tout est là : le Christ, seulement le Christ, tout le Christ : nous sommes ses membres, il est notre tête, il est le principe de notre communion, de notre unité. Pas de communion ecclésiale sans lui, ou hors de lui : telle est notre foi, et il est bon de le rappeler ici.

De cette mise en place un peu abstraite, mais fondamentale, on peut tirer deux conséquences très importantes pour nous.

3 : Première conséquence concrète

Première conséquence concrète : la communion de l’Église surplombe l’espace et le temps. C’est difficile à saisir pour nous, mais si on porte un regard surnaturel sur l’Église, on réalise que sa communion est beaucoup plus vaste qu’on ne le pense  : elle concerne non seulement tous ceux qui sont unis au Christ aujourd’hui à travers le globe, mais aussi tous les hommes unis au Christ à travers le temps, de toutes les époques. Le Christ, alpha et omega, principe et fin, emplit tout l’espace et le temps, et ses bras étendus sur la croix embrasse toutes les périodes de l’histoire.

Être en communion avec l’Église, c’est être en communion avec les apôtres, avec saint Augustin, saint Thomas, le curé d’Ars et sainte Thérèse, c’est embrasser tous les Conciles de l’histoire, c’est recevoir l’enseignement de tous les papes depuis saint Pierre, car le Christ, qui vit éternellement, vit en eux et nous unit aussi à eux : ce sont nos amis, au même titre que les personnes vivants aujourd’hui ! Notre conception de l’Église, parfois bien étriquée, s’élargit ainsi à l’infini : c’est magnifique, et c’est surtout très important pour notre sujet. Suis-je en communion avec les siècles passés, avec l’enseignement de l’Église de tous les temps ? Ce n’est pas du tout secondaire, c’est même essentiel pour être en communion avec l’Église.

La théologie a donné des mots techniques pour désigner ces deux sortes de communions[11]

  1. la communion des chrétiens au même moment du temps s’appelle « communion synchronique » (de syn-chronos, le même temps)
  2. la communion des chrétiens à différents moments du temps s’appelle « communion diachronique » (de dia-chronos, à travers le temps)

On le pressent : cette idée de communion diachronique aura une place majeure dans les réflexions sur la liturgie traditionnelle… mais n’anticipons pas !

4 : Deuxième conséquence concrète

Deuxième conséquence concrète : puisque l’Église, c’est le corps du Christ, la communion ecclésiale sera, comme le Christ, une communion incarnée. C’est à dire que cette communion, principalement spirituelle, est appelée en raison de l’Incarnation à se manifester par des signes visibles : les fameux « signes de communion ». Il ne sont pas facultatifs ! Attention cependant, ici, au double piège :

  1. D’un côté, on ne peut pas réduire la communion aux signes visibles seulement : poser un signe extérieur de communion (comme par exemple, communier à la messe), alors qu’on n’est pas en communion spirituelle avec Dieu par la foi et la charité est un acte grave : un mensonge, car le signe visible doit vraiment manifester la communion invisible.
  2. De l’autre côté, le chrétien ne peut se dispenser des signes visibles de communion que demande l’appartenance à l’Église. Ce serait la tentation protestante, le refus des médiations sensibles. Reste à voir, cependant, quels sont ces signes visibles que l’Église demande nécessairement à tout chrétien…

Nous avons ainsi, au terme de ces développements, le plan des prochains articles.

D’abord, nous regarderons en détail la communion invisible, spirituelle, qui est la communion avec Dieu et les chrétiens par la grâce, la charité et la foi : une communion des vertus théologales.

Et ensuite, nous pourrons enfin étudier en détail les fameux « signes de communion » demandés par l’Eglise, qui sont, dans la doctrine catholique, au nombre de trois :

  1. La profession de la foi (le Credo) ;
  2. La communion hiérarchique (reconnaître concrètement la même autorité visible, celle du pape et des évêques) ;
  3. La communion dans les mêmes sacrements.

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