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Pays : International / Pays : Irak

Face à l’Etat islamique, un enlisement est prévisible

Frédéric Pichon, chercheur associé à l'université de Tours (à ne pas confondre avec l'avocat homonyme), déclare au Figaro :

"[…] La stratégie de Barack Obama est de «détruire» l'Etat Islamique. Mais rien dans l'allocution du Président américain n'a filtré sur l'aspect politique du problème, qui est la clé. En effet, l'Etat Islamique est largement le produit de l'erreur américaine de 2003 qui a consisté à abattre le régime de Saddam Hussein et à liquider l'appareil politico-militaire de l'Irak. Résultat, de nombreux cadres baassistes ont rejoint l'insurrection et forment à présent le noyau dur du commandement militaire de l'Etat Islamique. L'autre erreur a été de laisser faire la marginalisation des populations sunnites par le gouvernement chiite de Maliki: les succès de l'Etat Islamique à Mossoul ou à Tikrit s'expliquent largement par l'accueil enthousiaste que les tribus sunnites lui ont réservé. Enfin, les pays du Golfe au sein de la coalition portent une responsabilité énorme dans le développement du fondamentalisme dans la région. Ils sont à présent mis devant leurs responsabilités. […]

Etant donné le refus poli de la Turquie de participer à la coalition et sans un relais efficace de troupes au sol notamment en Syrie, il me semble difficile d'espérer en finir rapidement avec l'Etat Islamique. Les Etats-Unis n'enverront pas de troupes au sol et il ne faut pas attendre beaucoup des armées arabes engagées dans la coalition. Pour des raisons militaires évidentes mais aussi et surtout pour des raisons politiques, un enlisement est prévisible.

[…] Les dirigeants saoudiens prennent part à une coalition contre l'Etat Islamique alors qu'un sondage récent révèle que près de 90% de la population du Royaume soutient l'organisation terroriste. D'autre part, la défection de la Turquie, qui compte des centaines de kilomètres de frontières communes avec l'Irak et la Syrie, est un camouflet pour les Etats-Unis. […]

Pour ce qui est de la Syrie, les Etats-Unis excluent toute coordination avec le gouvernement de Damas et envisagent de frapper sur le sol syrien. Cela pose deux problèmes: celui de la légalité internationale, ce que la Russie et l'Iran ont immédiatement souligné ; celui de l'efficacité même d'une telle opération. Après trois ans de vaines tentatives, l'Occident n'a pas réussi à identifier sur le terrain des rebelles sûrs qui pourraient servir de relais à une action sur le terrain. Cela ne devrait pas beaucoup changer. Après avoir tout fait pour «abattre» Bachar el Assad en Syrie, sauf de la diplomatie, on voit mal les Occidentaux reprendre le chemin de Damas officiellement. L'erreur initiale a été, dans la foulée de la chute de Khadafi, de braquer la Russie et l'Iran qui pourtant étaient les deux acteurs clés pour parvenir à une solution négociée du conflit syrien. Dans ces conditions, la paix en Syrie reste une hypothèse très lointaine…"

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