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France : L'Islam en France / France : Politique en France

Expulser les fichés S : De quoi parle-t-on exactement?

Les politiques rivalisent en propositions plus ou moins réalisables concernant les fichés S. La palme de l'hypocrisie revient sans doute à Guillaume Peltier qui, dans le même interview, déclare, de manière argumentée et cohérente, qu'il faut "absolument interner les fichés S les plus dangereux" par "obligation de prévention" mais déclare ensuite à propos de Nicolas Sarkozy que "la présomption d'innocence est fondamentale dans notre république".

Alexandre Del Valle apporte des précisions au micro de Boulevard Voltaire à propos de la notion de fiché S :

Depuis l’attentat à Trèbes, la polémique enfle à nouveau sur le sort des fichés S. Qu’est-ce qu’on entend exactement par fiché S ?

Fiché S signifie sûreté de l’État. Ce fichier regroupe surtout des suspects liés à l’islam radical, mais aussi des militants d’extrême gauche, ou de l’ultra droite ou encore des hooligans, ou même des activistes des Black Blocs. Ce sont en fait des radicalisés au sens large. Le nombre des personnes fichées n’est normalement pas communiqué. On sait qu’il y en a aujourd’hui à peu près 20 000 ou un peu moins, dont la moitié concerne des personnes surveillées pour leur appartenance à la mouvance islamiste radicale. »

Quand la classe politique demande que les fichés S soient mis en rétention, cela voudrait dire mettre en prison un bon nombre de gens qui n’ont rien à voir avec l’islamisme radical.

Cela voudrait dire qu’il faudrait mettre en rétention tous les radicalisés dont seulement la moitié sont liés à la mouvance qui fait l’objet du débat. Il faudrait plutôt viser le FSPRT, c’est-à-dire le Fichier de Signalement pour la Prévention de la Radicalisation à caractère terroriste. Ce sont ceux-là qu’il faudrait traiter. Cela concerne 16 000 individus. C’est un peu moins que les 20 000 fiché S. Il faut retenir que le fichier relatif à la sûreté de l’État ratisse très large, de l’ultra droite à l’extrême gauche, y compris certains mouvements écolos radicaux, tandis que le FSPRT concerne uniquement les militants susceptibles d’être classés islamistes, voire terroristes.

Marine Le Pen demande à ce que tous les fichés S soient renvoyés dans leur pays d’origine. Cette mesure est-elle diplomatiquement acceptable ?

C’est assez facile d’expulser des gens fichés S ou inscrits au FSPRT dans la mesure où la loi le permet. La capacité à expulser un étranger alors qu’il présente un danger pour la sûreté de l’État a toujours existé. Même Tarik Ramadan fut interdit de territoire français, alors qu’il n’était pas terroriste, mais juste pour les conférences qu’il faisait. Dans les années 90, la DST l’avait interdit de territoire. On peut a fortiori expulser quelqu’un qui peut passer à l’acte.

Mais il y a aujourd’hui des lobbys politiquement corrects qui empêchent cela. On l’a vu avec la loi assez courageuse du gouvernement, elle a été amendée parce qu’on a pensé que c’était trop répressif. On a parlé de l’indignation des associations. Certains députés très minoritaires l’ont relayé. Résultat, on a un peu adouci la loi. Les hommes politiques, même de la majorité, s’inclinent aujourd’hui trop souvent devant des minorités actives qui n’ont aucun suffrage universel.

Pour appliquer la loi, il faut désormais combattre le politiquement correct. La loi a été criminalisée psychologiquement. La loi a été délégitimée. La chose la plus difficile n’est pas de faire de nouvelles lois, mais d’appliquer les lois existantes."

Par ailleurs, Michel Goya, ancien colonel et expert reconnu, invite ceux qui veulent interner les 16 000 fichés FSPRT à se pencher sur le précédent irlandais et en particulier sur cet article intitulé "Les leçons irlandaises de l’internement préventif" qui donne quelques éléments de réponse :

"(…) C’est peut-être l’opération Demetrius, menée par l’armée britannique en Irlande du Nord entre 1971 et 1975, qui semble le mieux correspondre à ce que certains souhaitent voir mis en place en France (…)

L’opération Demetrius est déclenchée au matin du 9 août 1971 : elle est entièrement menée par la British Army qui reçoit pour ordre d’arrêter 520 suspects nommément désignés par une liste fournie par le service de renseignement (…) Parmi eux, 130 sont des membres avérés de l’IRA, 350 sont des sympathisants et une cinquantaine sont des militants politiques aux profils divers. Au soir du 9 août, seuls 342 des 520 suspects sont effectivement appréhendés. La plupart des membres de l’IRA échappent à l’opération, des fuites dans les services de sécurité les ayant renseignés sur l’imminence du coup de filet (…)

la procédure précisait qu’en cas d’incapacité à identifier le suspect avec certitude, « tous les hommes de plus de 18 ans demeurant à l’adresse indiquée étaient susceptibles d’être arrêtés ». Cette extension des critères permet de porter la population internée à 1 356 personnes en seulement quatre mois ; ce chiffre allait atteindre près de 2000 en décembre 1975 (sur une population totale d’un million et demi d’habitants soit 1,3 ‰), lorsque le gouvernement britannique décide finalement de suspendre sa politique de détention sans procès.

Cette mesure pose rapidement un sérieux problème de surpopulation carcérale, le système pénitentiaire n’ayant pas prévu un afflux aussi rapide de détenus, d’où la création des centres de détention de Long Kesh et Magilligan dans des conditions d’hygiène et de sécurité douteuses. Enfin, la multiplication des mauvais traitements, voire le recours à la torture lors des interrogatoires jette définitivement l’opprobre sur cette mesure préventive aux yeux de l’opinion publique locale et internationale. La célèbre manifestation du 30 janvier 1972 (« Bloody Sunday ») au cours de laquelle 14 militants pour les droits civiques trouvent la mort, visait justement à dénoncer la politique d’internement (…)

Demetrius est demeurée de sombre mémoire pour les catholiques d’Irlande du Nord comme une opération de répression indiscriminée contre leur communauté (…) Mais cette dégradation soudaine de l’image de l’armée a surtout comme conséquence stratégique l’accroissement considérable du soutien à l’IRA dans les milieux catholiques et républicains où la résistance armée gagne en légitimité (…)

Le résultat concret de ce changement dans les perceptions (…) est l’augmentation considérable du nombre de recrues de l’IRA – de quelques centaines à plusieurs milliers selon certaines sources – et surtout du nombre d’attaques violentes – de 1 700 pour l’année 1971 à plus de 10 000 en 1972 (…)

Il va sans dire que les circonstances ayant conduit les autorités britanniques à mettre en œuvre l’internement administratif en Irlande du Nord sont considérablement différentes de celles prévalant aujourd’hui en France (…) Pour autant, ces différences ne nous exemptent pas de tirer quelques leçons de cette expérience. Demetrius montre en effet que l’internement est une arme à double tranchant qui, si elle est mal calibrée, peut se révéler un accélérateur de tensions (…)

Quel serait l’impact si, dans l’éventualité d’une telle politique en France, les autorités décidaient d’inclure non seulement les suspects les plus évidents (sans doute quelques centaines de personnes) mais aussi les 13 000 personnes signalées pour radicalisation qui incluent un grand nombre de salafistes, sans lien évident avec une entreprise terroriste ? Quelle serait alors la réaction des dizaines de milliers de leurs proches, dans un contexte où le sentiment de discrimination a pris des proportions considérables au sein d’une partie de la communauté musulmane ? "

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7 commentaires

  1. Il faut ajouter que la fiche de sûreté a pour cible prioritaire les réseaux conservateurs et royalistes.
    Elle a servi et sert toujours comme arme politique contre ceux en desaccord avec le systeme et ses valeurs.
    Nul doute que les rédacteurs de ce blog y figurent en bonne place, par exemple…
    Réclamer l internement des fiches s pourrait mener à de drôles de surprises…

  2. En ce moment, on entend curieusement, à la radio, les commentateurs minimiser ces fichiers S…De simples fiches de renseignements, sans plus.

  3. Les réactions des proches seront, sans aucun doute, pacifiques : la religion d’amour et de paix…C’est un métier.

  4. Le parallèle de Michel Goya est prodigieusement intéressante.
    Et sa conclusion sous-entendue fait froid dans le dos. Ecrivons-la franchement : l’Etat français ne peut plus faire grand chose, sinon, c’est la guerre civile assurée.

  5. C’est l’islam qu’il faut débarrasser, nous ignorons si un musulman est violent ou non, le mieux c’est le retour au pays, ils ont voulu l’indépendance, qu’ils aillent y habiter.

  6. “La loi a été criminalisée psychologiquement. La loi a été délégitimée.” Non, c’est la liberté de penser, de s’exprimer, de vivre selon notre histoire et nos coutumes qui ont été criminalisées par des lois indignes de la démocratie.

  7. @ lève-toi :
    Malheureusement, si un jour nous avions enfin l’audace de le faire (renvoyer ces gens chez eux), les pays concernés refuseraient de reprendre leurs correligionnaires ! Regardez se qui se passe avec les Comores ! Ils sont trop contents que leurs ressortissants viennent foutre la pagaille chez nous !
    De même, un pays comme l’Algérie se fera un plaisir de refuser le retour de 3 ou 4 millions de gens… rien que pour nous emmerder !
    Il faudra un jour passer par d’autres moyens et d’autres méthodes…

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