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L'Eglise : Foi

Etre, prier et agir pour le règne du Christ

Etre, prier et agir pour le règne du Christ

Homélie de l’abbé Alexis Garnier, aumônier du pèlerinage de Chartres, à l’occasion de l’Université d’Automne de Notre-Dame de Chrétienté le 17  novembre à Paris:

Bien chers amis,

Quoi que vous demandiez dans la prière, croyez que vous le recevrez, et cela vous sera donné[1].

Or que demande, fondamentalement, un chrétien ?

L’avènement du Règne de Dieu.

L’accomplissement de sa volonté… « Sur la terre comme au ciel ». Pourquoi donc ? Et bien, comme le rappelait un des anciens du pélé, la réponse est au commencement… Où Dieu créa le ciel et la terre, c’est à dire les réalités visibles, et invisibles… les spirituelles, et les temporelles… Il est donc normal que tout cela soit comme contenu dans son règne[2]. Il est donc normal que sa volonté s’accomplisse en tout cela.

C’est l’inusable demande de l’inusable Pater ;

Notre Père qui êtes aux cieux,

que votre règne arrive,

que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel.

Mais qu’est-ce que ce Royaume de Dieu, ce règne de Dieu?

Bien sûr, le règne de Dieu désigne d’abord et avant tout le Christ, dans l’Evangile. Ainsi, l’Incarnation est le premier acte d’avènement de ce règne, le retour en gloire et le jugement général en sont l’accomplissement.

Il désigne encore l’Eglise, royaume de Dieu inauguré sur la terre.

Il désigne encore l’âme où le Christ vient étendre son règne par la grâce du baptême et son développement.

Mais il a encore une sphère importante; la royauté sociale de Notre Seigneur.

Il y a un entre deux de ce règne du Christ, entre Incarnation et Parousie, où nous sommes. Quel est son sens profond ?

«Nous avons tous la vocation d’être sauvés[3].

Tout le monde chrétien a la vocation de faire son salut.

Et le reste du monde a la vocation de devenir chrétien[4]».

Est-ce que nous faisons nôtre cette conviction de la petite Jeannette de Péguy, celle du mystère de la Charité ?

A l’entendre, c’est très fort… Trop.

A mesurer le décalage évident entre cet idéal et le réel, on peut penser qu’il s’agit d’une utopie. « De combien il s’en faut ! » Nous ferions aisément nôtres ces premières paroles, provocantes, de la même Jeannette de Péguy ;

« O mon Dieu si on voyait seulement le commencement de votre règne

[…] de combien il s’en faut que votre règne arrive.
[…] de combien il s’en faut que votre règne arrive au royaume de la terre.
[…] de combien il s’en faut que votre volonté soit faite ».

Car oui, notre monde a cessé, en majorité, d’être chrétien.

Il a cessé d’être chrétien dans ses institutions et ses lois, dans son marché, dans sa sphère professionnelle.

Il a encore cessé d’être chrétien en de nombreuses âmes.

La distinction du spirituel et du temporel, leur subordination harmonieuse, la juste autonomie des réalités temporelles, le travail pour les pénétrer d’esprit chrétien, le maintien d’une conformité à la loi naturelle, le respect de la vie, du mariage, de la famille … Tout ce qui a soutenu l’Occident chrétien semble voler en éclat dans une formidable « tenaille à 2 mâchoires » ; celle du laïcisme de combat agressif, avec pour tranchant utime les idéologies de déconstruction-destruction – celle du Dar el Islam conquérant, théocratie dévoyée et violente. Celui qui vous parle rencontre dans son ministère, chaque semaine, des jeunes pris dans l’une ou l’autre de ces mâchoires.

Pourtant le chrétien appelle de tous ses vœux le Règne de Dieu,

non seulement dans la phase triomphante et définitive

que le Christ doit inaugurer à la fin des temps,

mais encore – et il est magnanime de le désirer,

dans les ténèbres de ce bas monde, vallée de larmes,

où gémissent les fils d’Ève[5].

Lucidité, humilité donc, mais aussi magnanimité, au service du règne de Dieu. Voici ce qu’il nous faut demander pour les luttes d’hier, d’aujourd’hui et de demain au service de cette noble cause. Il y a un courage verbal entre soi, ou au contraire un abandon[6] souriant et désespéré des principes qui ne servent pas cette cause.

Et puis, il y a l’effort opiniâtre, en esprit surnaturel, pour promouvoir ou défendre les fondamentaux de ce règne du Christ dans la société, les institutions, les corps intermédiaires… Dans le politique, la famille,  l’école, le loisir et la culture, le scoutisme et les mouvements de jeunesse. « La chrétienté, c’est l’art des recommencements[7]». Cela, c’est intéressant. Soyons-en, chacun pour notre part, à notre place.

D’autre part, au service du règne de Dieu, tout ne se fait pas dans la prière, mais rien de grand, de fécond ne se fait sans la prière. N’oublions pas de poser à nouveau cette cause devant Dieu, dès maintenant à la Messe, et tout à l’heure au Pater, avec les mots mêmes du divin Maître… avant d’y travailler dans un esprit d’unité, de charité et de verité, amen.

 

[1]    St Marc, XI, 22-24. Evangile de la messe du jour.

[2]    « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre » (Genèse, I, 1)- « In dicione tua Domine, universa sunt posita… En votre vouloir, Seigneur, toutes choses sont posées – et aucune ne peut résister à votre volonté – En effet, vous avez créé toutes choses, ciel et terre et tout ce que contient l’ampleur de l’univers. Oui, vous êtes le Seigneur de toute chose » (Esther, IV, 17 – XIII, 9 – X, 11).

[3]    « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la verité. » I Timothé, II, 4.

[4]    Charles PEGUY, Mystère de la Charité.

[5]    Dom GERARD.

[6]   Le refus de la Royauté sociale de Jésus-Christ est-il irréversible? Est-ce l’heure de l’agonie? Devra-t-on, comme le Christ Jésus, répéter dans uni sueur de sang: «Que votre Volonté soit faite et non la mienne? »  Cette prière va-t-elle jeter celui qui la prononce dans une attitude de résignation passive aux traverses et aux contradictions?

En ce cas, ni l’homme de guerre ni l’homme du combat politique ne la pourraient prononcer.

Erreur, profonde erreur. La troisième demande du Pater est, en politique comme en mystique, le suprême recours: non pas subir passivement la volonté de Dieu, mais s’en faire ardemment les instruments, et ne s’en remettre à la Providence que dans l’inéluctable.

[7]    Charles PEGUY.

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