Et si le Brexit était favorable à l’Europe ?

Jean-Frédéric Poisson pense que le Brexit serait une bonne chose :

"Les économistes rivalisent de prévisions catastrophiques. En réalité, les conséquences économiques d'une sortie de l'UE pour le Royaume-Uni sont, à proprement parler, inestimables. On peut bien sûr imaginer des secousses sur les marchés financiers, un relatif appauvrissement de la monnaie britannique sur les marchés des changes, des perturbations sur le marché du travail anglais et une timidité temporaire des investisseurs américains qui se servaient jusqu'ici de Londres comme porte d'entrée des marchés européens. De telles secousses auraient probablement des effets néfastes sur la santé des économies européennes. Mais le Royaume-Uni n'étant pas dans la zone Euro, ces effets s'en trouveront sans doute amoindris. Alors, en vérité, qui est en mesure de chiffrer précisément ces différents éléments ? Personne, évidemment.

En revanche, sur le plan politique, les conséquences seraient clairement visibles et, pour tout dire, fort intéressantes. La faillite de la construction européenne de Maastricht est devenue évidente. Son aboutissement à un modèle économique ouvert à tous vents et un système politique technocratique et hors sol, rejetés par les peuples européens, acte son échec opérationnel. L'indépendance de la banque centrale a largement contribué aux troubles économiques majeurs que connaît notre continent, et la promesse de prospérité qui accompagnait la campagne de 1992 est loin d'avoir été tenue. La crise migratoire que subit l'Europe est insupportable pour les peuples européens désormais partagés entre la générosité et la crainte à l'égard des migrants. Et l'Europe se tait : incapable de fixer une ligne politique claire, elle continue de faire du traité transatlantique son seul horizon, en dépit des résistances croissantes des opinions publiques et des conversions récentes de quelques responsables politiques.

Une réforme en profondeur du projet européen est devenue inévitable. Elle passe nécessairement par la remise à plat des traités signés depuis Maastricht, et peut-être même depuis l'Acte unique de 1986. […]

Le Brexit offre clairement cette possibilité. Si les britanniques décident de quitter l'Union européenne, elle serait contrainte de revoir sa copie et de mettre fin à cette folie fondatrice qui voulait dissoudre les nations dans un ensemble purement commercial. Je crois peu à la capacité des responsables européens à engager dans la configuration actuelle de l'Union ces réformes indispensables. C'est pourquoi je pense que la sortie anglaise obligerait, malgré ses conséquences, les responsables politiques à travailler à ces réformes de fond. Sous la contrainte, certes, mais quelle autre solution ? […]"

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