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France : Politique en France

Est de droite celui qui respecte la loi naturelle et les corps intermédiaires

Benoît-et-moi a traduit un article du journaliste italien Massimo Introvigne, sur la droite et la gauche, à propos de Gianfranco Fini, venu de la droite nationale, et aujourd'hui proche du mondialisme et des idées de gauche. Extraits :

"L 'Apocalypse et l'Ecriture Sainte nous amènent assez près de notre sujet. C'est ici que nous trouvons l'origine des termes «droite» et «gauche». Un commentaire aux Lettres de saint Pierre et à la lettre de Saint Jude explique qu’après l'Ascension:

"le Christ est désormais « à la droite » de Dieu. Pour comprendre cette position, il faut se rappeler la valeur positive de la «droite» dans l'Écriture et dans la civilisation antique et le sens négatif de la gauche. […] [Dans l'Écriture] la droite signifie le côté positif, chanceux, salvifique, divin, tandis que la gauche assume un sens négatif, maudit, satanique; de sorte que le sauvé-béni par Jésus sera placé à droite et à gauche à la malédiction (cf. Matt. 25: 31-46)" […] 

F Ce n'est donc pas un hasard si après la Révolution française, une fois la monarchie restaurée, ceux qui s'opposaient aux principes révolutionnaires sont venus occuper le côté droit des bancs du Parlement et ceux qui acceptaient ces principes, ou du moins ne les condamnaient pas radicalement, la partie gauche, donnant ainsi leur origine aux concepts politiques modernes de «droite» et «gauche». Au début du XIXe siècle, ce que ces mots voulaient signifier était clair. Etait de droite celui qui était opposé aux principes de la Révolution française. Etait de gauche celui qui ne s’y opposait pas.[…] Mais un approfondissement rapide est nécessaire. L'aile droite n’était pas composée de simples nostalgiques de la monarchie telle qu'elle existait avant 1789. Selon l'observation d'un penseur catholique de la génération suivante, René de La Tour du Pin (1834-1924), celui qui est contre la Révolution française n’a pas envie de revenir à 1788, parce qu'il sait que, dans un an, ce sera 1789. La monarchie de 1788 était déjà souffrante des maux de l'absolutisme et du centralisme, auxquels la révolution n'aurait pas remédié, mais qu’elle aurait exaspérés.

L'ordre chrétien de la monarchie traditionnelle – qui est très différente de la monarchie absolue – reconnaissait qu’au-dessus du souverain, il ya une limite constituée par la loi de Dieu et la loi naturelle. Le souverain ne peut adopter de règles qui entrent en conflit avec la loi inscrite par Dieu dans la nature: s’il le fait, il ne s’agit pas de véritables lois et on n’est pas tenus de s'y conformer. S‘il respecte cette limite en haut, le souverain respecte aussi une limite en bas, constituée par les droits non pas du citoyen « abstrait », qui est une invention des Lumières, mais des personnes concrètes réunis dans les communautés et les corps intermédiaires. La science politique formulera par la suite ce respect de la limite en bas comme le principe de subsidiarité et de fédéralisme. Mais il n’y a pas de respect de la limite en bas sans respect de la limite en haut. La droite est donc opposée à tout pouvoir absolu, ab solutus, libéré des limites de la loi naturelle en haut, et donc des limites du respect des droits des individus et des communautés en bas. […] la droite ne se caractérise pas seulement par un moment négatif – le refus de la Révolution française, et le processus de distanciation de la vérité naturelle et chrétienne qui l’a précédée et suivie – mais aussi par un moment positif qui fait référence en haut à la loi naturelle, dont l'auteur est Dieu, et en bas aux droits de la personne, des corps intermédiaires et des communautés locales – d'où le principe de subsidiarité et la préférence fédéraliste – garantis justement par le respect de la loi naturelle. Les formes d'Etat et de gouvernement sont secondaires par rapport à cette définition de la droite, qui est primitive. La démocratie, par exemple, peut respecter la loi naturelle et le principe de subsidiarité, mais – comme l'enseigne la doctrine sociale de l'Eglise, jusqu’à Benoît XVI – ne garantit pas automatiquement ce respect. Si par "Révolution", nous entendons non seulement la Révolution française, mais un processus plus large qui nie la loi naturelle, commencé bien avant 1789 et qui continue jusqu’à nos jours, la géographie de la politique – continue Corrêa de Oliveira dans le passage cité – devient plus claire. «Il y a eu une Révolution. Les hommes aussi se laissent classer selon trois grandes tendances: ceux qui reconnaissent la Révolution – au moins confusément – et s’y opposent: la droite ; ceux qui sont conscients de la Révolution et la portent à son terme, rapidement ou lentement : la gauche ; et ceux qui ne connaissent pas la Révolution en tant que telle, n’en perçoivent que des aspects superficiels et s'efforcent, par la préservation du statu quo de trouver une pacification avec la Révolution: le centre».

[…] Mais bien vite arrive Humpty Dumpty, lequel est précisément quelqu'un qui pense qu'il a le pouvoir «absolu» affranchi de toute limite morale, même sur les mots. Dès l’instant où le mot «droite», pour des raisons qui, nous l’avons vu sont aussi vieilles que la Bible elle-même, évoque des valeurs qui suscitent un certain consensus, y compris électoral, au fur et à mesure que le processus révolutionnaire avance, naissent ce que Corrêa de Oliveira appelle les « fausses droites ». En particulier, au cours du dix-neuvième siècle émerge une première «fausse droite», composée de ceux qui acceptent les principes libéraux dans leur version de 1789 mais rejettent le socialisme. Et la montée du marxisme-léninisme au XXe siècle a créé un deuxième « fausse droite », composée des socialistes qui rejettent le communisme, tout en conservant de nombreux éléments de la pensée socialiste. Et ainsi de suite. Les « fausses droites » sont innombrables, parce que leur horizon se déplace constamment. Ils rejettent la dernière phase, la plus extrême du processus révolutionnaire, mais ils acceptent les phases précédentes. Et ces «droites» sont appelées à juste titre «fausses» parce que, à chaque génération, elles acceptent une partie toujours plus grande des principes de la gauche. […]

Les fascismes sont à leur manière, des «fusionismes» qui cherchent à rassembler des droites différentes: les vrais et les fausses. […] Mais du point de vue de la doctrine le «fusionisme» implique un certain relativisme, une certaine attitude qui fait prévaloir les intérêts électoraux sur les idées. Et dans un climat relativiste, la fausse droite plus homogène au relativisme, inévitablement prévaut sur les autres droites et donne le ton à l'ensemble.

[…]

Il ne s'agit pas, bien sûr, d'affirmer que seul un catholique ou un croyant peut être «de droite» ni d’enrôler la doctrine sociale de l'Eglise au service des choix techniques d'un parti politique, ce qui serait faux et arbitraire. Certes, c’est un fait historique que la droite est née catholique, mais la loi naturelle est accessible à la raison humaine indépendamment de la foi, et donc s’impose à toute personne qui a une raison « droite »: qu’il soit croyant ou incroyant, catholique, Juif ou bouddhiste."

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8 commentaires

  1. Bravo !
    Malheureusement, vous prêchez dans le désert : la foule des « citoyens » est totalement imperméable à ce genre de dialectique… faute de neurone à connecter.

  2. @PK
    Ce dimanche, à 17H00, la foule des “citoyens-lemmings” regarde, entre autres, Rance2, Michel Drucker, invité François Bayrou. Deux spécialistes en congélation des neurones.

  3. Je pense que la distinction entre monarchie absolue et monarchie “traditionnelle” (ou constitutionnelle ?) est une erreur. Le monarque (comme Louis XV) n’est absolu que par ce qu’il est est seul responsable devant Dieu du Bien Commun. Le monarque constitutionnel essaie toujours de refiler le bébé aux autres… LP

  4. La monarchie française, en 1788, “souffrait des maux de l’absolutisme et du centralisme” me paraît une analyse trop rapide, qui se laisse entraîner par des mots probablement incompris. Selon Charles Maurras « Pouvoir absolu signifie exactement pouvoir indépendant ; la monarchie française était absolue dès lors qu’elle ne dépendait d’aucune autre autorité, ni impériale, ni parlementaire, ni populaire » ce qui ne signifiait nullement que le roi pouvait agir selon son bon plaisir.
    Dans l’encyclopédie Larousse la définition de l’absolutisme est d’ailleurs accompagnée de la remarque suivante, qui est significative « l’absolutisme était limité en France par les lois du droit des gens (celles qui garantissent la propriété, les corps et les communautés , les coutumes et les privilèges), par le petit nombre des fonctionnaires royaux et la difficulté des communications ». Par quoi est limité aujourd’hui l’absolutisme républicain ?
    Jean de Viguerie, dans son livre Louis XVI, le roi bienfaisant a d’ailleurs bien montré que la Révolution était surtout le fruit de l’extraordinaire expansion, dans les classes moyennes, dans la noblesse et jusque dans l’entourage du roi, de l’idéologie des Lumières, devenue rapidement révolutionnaire, puis totalitaire, ce que, de république en république, elle a été jusqu’à ce jour. Louis XVI lui-même, élevé dans l’esprit des idées féneloniennes et rousseauistes était plus ou moins incertain de sa légitimité.
    Quant à la centralisation, Pierre Gaxotte a clairement montré, dans le Siècle de Louis XV, que jamais Etat n’a atteint un tel degré de décentralisation que la France des règnes de Louis XV et de Louis XVI. Du haut en bas de l’échelle, le gouvernement était personnel. « Chacun, a écrit Funck-Brentano dans un livre magnifique (1), avait, dans sa place, une liberté d’action dont nous avons perdu jusqu’au sentiment »
    (1° Le Roi Hachette, 1912.

  5. Est un monarque absolu celui qui dispose de l’armée et des finances.
    Nos rois ont toujours mendié auprès des parlements, donc ils n’ont jamais pu être “absolus”.

  6. Miss France ou Miss Nationale, là est la question.

  7. Texte très intéressant, mais contestable à bien des égards. Il comporte une idéalisation de la monarchie française qui n’explique pas comment ce régime ”exemplaire” a chuté aussi lourdement, et dans un délire de terreur civile et anti catholique aussi cruel et aussi massif. Et durable.
    Car la monarchie ”traditionnelle” française avait dérapé vers le refus des lois ”d’en haut” comme de celles ”d’en bas”, depuis François 1er faisant en sorte de contrôler la nomination des évêques, puis LOUIS XIV disposant des revenus des abbayes et évêchés à sa guise, et réitérant son droit de nomination des évêques et du refus d’un contrôle romain, préfigurations de la Constitution Civile du clergé de la Révolution, et ouvrant la voie aux libertins et aux Lumières ; mais également par sa prétention à faire de ses enfants naturels des enfants égaux aux légitimes, ce qui était à la fois contraire à la loi civile, mais aussi aux lois fondamentales du Royaume, son arrogance à détruire le rôle de la noblesse au profit d’un culte rendu à sa personne, dans un cour qui a donné aux élites l’exemple de l’avachissement moral et de l’oisiveté prétentieuse, de la dénatalité et de l’indifférence religieuse.
    Voilà pourquoi la Révolution fut plus un effet qu’une cause, contrairement à ce que la droite française s’est ingénié à se persuader, dans un modèle politique de restauration qui lui a fait perdre 150 ans de combats politiques.
    On ne restaure jamais ce qui a disparu.
    TOCQUEVILLE en ce sens est plus intéressant que de MAISTRE, et le ”Discours de Malines” d’Albert de MUN plus riche de méthode politique que celui de MAURRAS.
    C’était ce qu’avaient compris les ”catholiques sociaux” qui ont été les seuls à influencer la vie moderne de l’après 1789, alors que toutes les tentatives de restauration monarchique ou de régimes autoritaires, ont échoué. Vues d’un regard de morale catholique.La question est plus celle de la société que du régime, pour un catholique conséquent.

  8. Cette analyse et les commentaires (Luc Perrel, Xavier Soleil, PG) sont très intéressants. Oserais-je ajouter qu’on ne gouverne efficacement qu’au nom d’un principe ? C’était je crois la conviction de TALLEYRAND, qui a connu tous les régimes, les a tous abandonnés pour, dit-il, ne pas trahir la France, c’était aussi la ligne de conduite d’un très grand Gouverneur, l’amiral DECOUX, qui a maintenu la souveraineté française en INDOCHINE, malgré la guerre, les Japonais et la distance de la Métropole, (voir sa vie par Jacques DECOUX.)Or le Prince catholique, même quand il défaille, ou défaut, est tout de même un principe. Ne pensez-vous pas ?

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