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Entretien avec l’organisateur du forum Jésus le Messie à Viroflay

Entretien avec l’organisateur du forum Jésus le Messie à Viroflay

Ludovic, responsable du Forum Jésus le Messie “spécial jeunes” qui aura lieu à Viroflay le 29 février prochain, a accepté de répondre aux questions du Salon beige:

 

Vous organisez un forum Jésus le Messie à Viroflay. De quoi s’agit-il?

Les forums Jésus le Messie ont été créés en 2013 à l’initiative de catholiques venus de l’islam. Leur objectif est de sensibiliser et mobiliser les catholiques à la mission auprès des musulmans et à l’amélioration leur accueil au sein de l’Eglise. Une trentaine de forums ont eu lieu depuis dans une quinzaine de diocèses en France. Le forum s’exporte aussi avec des projets en Allemagne et en Autriche. L’originalité du forum de Viroflay est que c’est le premier destiné à un public jeune. Or il faut savoir que la pression islamique sur la jeunesse est très forte en France, à travers les médias (généralement islamophiles), la musique (un ex-salafiste me disait que le rap était un des principaux vecteur de l’islamisation), les programmes scolaires (qui présentent une vision idéalisée de l’islam) et surtout les musulmans eux-mêmes, nombreux et volontiers affirmés dans leur identité musulmane.

Pensez-vous que les catholiques soient suffisamment préparés à présenter leur foi aux musulmans? Et, sinon, comment s’y préparer?

Clairement, hormis quelques rares groupes spécifiques dans les communautés traditionnelles (par exemple les missionnaires de la miséricorde divine), les catholiques sont assez peu préparés à l’annonce auprès des musulmans.

La première raison est à la fois doctrinale et pastorale :

–          d’abord il y a un malentendu au sujet du “dialogue interreligieux”. Il est un moyen pour aller vers l’autre, mais on ne peut le considérer comme une fin en soi qui remplacerait plus ou moins la mission et l’annonce explicite du Salut en Jésus Christ. Comme le dit saint Jean Paul II : le dialogue interreligieux « ne peut pas simplement remplacer l’annonce” (Novo Millennio ineunte, n°56, 2000). Saint Paul VI appelait déjà à un “Dialogue de salut”, expliquant que : “notre mission est annonce de vérités indiscutables et d’un salut nécessaire” (encyclique « Ecclesiam Suam », n°73-79, 1964 pendant le concile Vatican II)

–          ensuite le relativisme qui postule que l’islam serait une voie de salut. Ce relativisme n’est pas loin de suspecter la mission d’être une action d’intolérance.

–          enfin l’Eglise, sous l’influence des médias et de la société civile, ne semble pas avoir inscrit la spécificité de l’apostolat auprès des musulmans parmi ses priorités pastorales.

La deuxième raison est que les catholiques sont souvent mal catéchisés, et donc ont toutes les difficultés à témoigner de leur foi au-delà d’un sentiment personnel ou d’une tradition familiale. Le fidéisme fait des ravages. Il conduit lui aussi à un relativisme pratique, sous l’influence de la société qui ne tolère pas de vérité extérieure à la personne.

Ces constats nous fournissent les solutions pour se préparer :

  • Par la prise de conscience que la Bonne Nouvelle est destinée à tous, et « que cette Eglise en marche sur terre est nécessaire au salut » (Lumen Gentium). Se limiter au dialogue mondain est donc tout simplement de la non-assistance à personne en danger. Et se souvenir que la mission du laïc n’est pas d’être un auxiliaire paroissial mais d’annoncer le Christ à ses contemporains.
  • En se formant sur les bases de la foi chrétienne. Je conseille par exemple de suivre les parcours alpha, les exposés sont pour la plupart des petits bijoux de théologie accessible, sur des thèmes souvent occultés ou mal abordés. Je pense par exemple à ceux sur la vérité du christianisme (apologétique) ou sur le salut qui nous est offert par la mort et la résurrection du Christ. Ce thème du salut est précisément un des thèmes très favorables à aborder avec les musulmans, que l’on pourra aussi bien sûr inviter à ces parcours si l’occasion se présente.
  • Le pape François a dit que « sans le Christ, l’Eglise ne serait qu’une ONG ». Il est urgent que les innombrables et admirables services sociaux que rend l’Eglise soient associés à une annonce explicite. Les cœurs sont ouverts par ces services rendus, pourquoi ne pas leur dire que c’est au nom du Christ que c’est fait ? Je sais que là où c’est fait, les résultats sont étonnants, des baptêmes sont demandés.

L’évangélisation des musulmans en France porte-t-elle déjà des fruits?

L’évangélisation des musulmans est paradoxale. D’un côté, on a une communauté musulmane apparemment très sûre d’elle-même, ayant intériorisé une foi simple très fermée à toute annonce (interdiction de lire la Bible, de se poser des questions sur le Prophète ou le Coran) et qui grandit par la démographie et l’immigration. D’un autre côté, on a une majorité de musulmans, qui ayant rencontré le monde moderne, ont été façonnés par la liberté chrétienne (même si cette liberté est souvent devenue folle, comme le dit Chesterton), se posent des questions sur leur religion, ressentent de manière plus ou moins consciente l’emprisonnement que l’islam constitue pour eux, ou sont perplexes devant les violences sans fin commises au nom de l’islam. Il y a donc, en fait, une attente très forte des musulmans, et les rares qui se sont lancés sont surpris de la richesse des échanges, à condition d’avoir le questionnement adéquat. C’est précisément une des choses que l’on apprend dans les forums, avec des exercices pratiques de mise en situation. Je rappelle aussi que déjà beaucoup de nouveaux baptisés viennent de l’islam, mais ils sont souvent appelés directement par le Christ, qui leur apparaît en songe. Ils seraient bien plus nombreux si chaque chrétien osait parler de foi avec les musulmans qu’il côtoie !

La jeunesse est, d’une certaine façon, un “champ de bataille” : les nihilistes post-modernes veulent la séduire et l’attirer à l’hédonisme ; les islamistes radicaux veulent également la séduire. Que peut-on faire pour transmettre la foi à une génération qui, très souvent, n’a pas eu la chance de recevoir la foi en famille,

Ces deux tendances vont en effet tenter de séduire la jeunesse, mais il ne faut pas oublier qu’elles ont d’abord en commun la négation du Verbe Incarné, ce qui explique qu’elles semblent souvent s’allier de manière opportuniste dans leur combat contre le christianisme. Ceci dit, la chance que nous avons, avec la présence de musulmans dans notre société, c’est que ceux-ci parlent volontiers de Dieu. Ce n’est pas un tabou comme pour la majorité de nos contemporains qui sont post-chrétiens et ont intériorisé la philosophie athée des « Lumières » et du soupçon. La question de Dieu va donc redevenir cruciale pour cette génération, qui n’aura pas vraiment le choix. Soit elle redécouvre les trésors de la pensée et la culture chrétienne, soit elle rejoint un islam séducteur et dominant qui a déjà envahi des pans entiers de notre société et qui est beaucoup plus puissant que l’hédonisme matérialiste par sa forte exaltation de la transcendance, surtout pour des jeunes qui ont soif d’idéal et seront heureux ensuite de trouver la chaleur humaine des communautés. La récente affaire Mila illustre d’ailleurs bien le fait que les nihilistes post-modernes se couchent totalement devant l’islam, alors qu’ils auraient du logiquement défendre bec et ongle cette jeune femme lesbienne victime d’agressions sexuelles verbales et de menaces de mort. Je crois donc, à l’instar de Rod Dreher, que des groupes de chrétiens forts qui assument leur foi seront des phares vers lesquels les jeunes qui refusent le diktat islamique iront. Je crois aussi, comme Jean François Chemain, que ces groupes de chrétiens vont être assez vite renouvelés par les musulmans convertis, qui peuvent puissamment renouveler notre Eglise. Inconsciemment, n’est-ce pas ce que craignent certains chrétiens établis, rétifs à l’idée d’être bousculés par ces nouveaux venus qui sont des passionnés de Dieu ?

Pour en savoir plus:

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3 commentaires

  1. que penser donc de cette lettre aux évêques de france?
    Mgr de Metz-Noblat, évêque de Langres, président du Conseil pour les questions canoniques de la Conférence des Évêques de France, par lettre du 13 décembre 2018, vient d’adresser aux évêques un nouveau formulaire pour les actes de baptême.
    Des formulaires où les mentions de « mère », « père », « fils » ou « fille » disparaissent… Or de nombreux diocèses s’opposent à ces nouveaux formulaires.
    Sur l’acte de baptême, l’état civil du baptisé « fils ou fille de » est reformulé ainsi : « Noms et prénoms des parents ou des autres titulaires de l’autorité parentale », suivis des mentions d’état civil. C’est avec la commission de réformes des actes administratifs de l’Église de France et la commission de pastorale liturgique et sacramentelle qu’a été élaboré ce formulaire « qui paraît le plus approprié à notre époque », selon Mgr de Metz-Noblat.

    le plus approprié à notre époque? la prochaine époque verra donc parent1 et parent2 ?

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