En 1927, en s’appuyant sur le caractère obligatoire de la vaccination, la Cour suprême des Etats-Unis a validé des lois de stérilisation

Le directeur de l'ECLJ, Grégor Puppinck, est interrogé par l'Homme nouveau à propos des vaccinations obligatoires et des refus légitimes à se faire vacciner : 

Une-1643"[…] Selon nous, les objections fondées sur des convictions religieuses mettent en cause la liberté de religion et donc la liberté des personnes qui est soumise au régime général de la liberté religieuse. Alors que les objections qui mettent en cause une conviction morale ne sont pas nécessairement religieuses et mettent en cause la justice de l’acte auquel il est objecté.

Ces objections morales sont importantes, car supposées rationnelles à la différence des objections religieuses, qui ne le sont pas nécessairement. Ainsi, le refus de la transfusion sanguine des Témoins de Jehova est une objection religieuse, non rationnelle, alors que le refus de la vaccination est une objection morale qui se veut fondée sur des arguments rationnels.

Il faut distinguer l’objection religieuse, soumise au régime de la liberté de religion, donc pas forcément absolue, des objections morales qui doivent subir un examen de leur rationalité. Nous disons que les objections de nature morale doivent être absolument respectées lorsque leur fondement moral est plausible. Cela étant, les objections morales sont rares. En général, elles sont déjà reconnues. Par exemple l’objection au fait de tuer. Ce qui concerne le service armé, l’avortement ou l’euthanasie. À chaque fois, il s’agit du refus de tuer. Il y a là un motif moral évident, objectif.

Concernant la vaccination, la question est plus délicate car nous sommes face à un débat scientifique. Ensuite, s’agissant de l’obligation vaccinale, nous avons aussi une opinion, qui s’appuie sur divers éléments distincts de l’objection de conscience. Nous rappelons ainsi à la Cour l’importance des principes du respect de l’intégrité physique et de la volonté des personnes.

Nous avons rappelé également qu’en 1927, aux États-Unis, c’est en s’appuyant sur le caractère obligatoire de la vaccination que la Cour suprême a validé des lois mettant en place des politiques de stérilisation obligatoire des personnes « débiles ». Ainsi, accepter le principe du caractère obligatoire d’un acte « médical » sur toute une population donne à l’État un pouvoir très grand au nom de la santé publique sur le corps des personnes.

En France, trois vaccins sont déjà obligatoires. Si on reconnaît à l’État le pouvoir d’en imposer onze, rien n’empêchera l’État à l’avenir d’imposer d’autres modifications au corps des personnes, au nom de la santé publique. Nous rappelons l’importance de poser une limite au pouvoir de l’État sur le corps des personnes, fut-ce au nom de la santé publique. À l’inverse nous recommandons ce qui a déjà cours dans de nombreux autres État européens, à savoir une approche non contraignante, mais fondée sur l’explication, l’incitation, comme actuellement pour le vaccin contre la grippe. Plus généralement, et c’est là un autre point important, il faut maintenir ferme le principe que les parents sont les premiers responsables de leurs enfants, y compris de leur santé.

Le Premier ministre a annoncé récemment que la France impose désormais onze vaccins obligatoires. Que pourront faire les Français qui refusent cette décision ?

Il faudra voir selon les sanctions encourues. Cela entraînera probablement l’impossibilité de la scolarisation et même de la mise en crèche des enfants. Pour l’instant, il faut rappeler différents principes. Il faut montrer que le modèle promu par la France n’est pas le seul existant en Europe ; qu’il y a d’autres pays où les vaccinations sont simplement recommandées et non obligatoires. Les onze vaccins rendus obligatoires en France constituent presque le maximum en Europe. Nous sommes seulement dépassés par Lettonie, avec douze vaccins. Si le texte est imposé par le gouvernement, il faudra le contester. En attendant, nous devons avoir la décision de la Cour européenne. Dans l’immédiat, il faut donc l’encourager à juger dans le bon sens."

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