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France : Politique en France

Dire d’un adversaire politique qu’il est «fou» ouvre les portes du totalitarisme

Dire d’un adversaire politique qu’il est «fou» ouvre les portes du totalitarisme

Jean-Yves Camus, chercheur associé à l’IRIS et Directeur de l’Observatoire des radicalités politiques (ORAP) à la Fondation Jean Jaurès, est interrogé dans Le Figarovox suite à la décision de justice soumettant Marine Le Pen à un examen psychiatrique, pour avoir publié la photo d’une décapitation de Daech sur Twitter :

Je ne suis pas pénaliste, mais il me semble comprendre que cette décision est conforme à la pratique courante dans le cas où les images sont diffusées via un média accessible aux mineurs. Il n’empêche, Twitter est davantage utilisé par des adultes, dont le discernement leur permet de faire le tri dans ce qu’ils lisent, que par des mineurs. Personne n’oblige d’ailleurs quiconque à lire un message sur ce réseau. Je ne suis pas non plus connu pour être un soutien du RN, mais cette décision me semble déplacée. D’une part parce qu’il ne viendrait à l’esprit de personne de dire que Marine Le Pen n’est pas saine d’esprit. Surtout, je voudrais bien savoir combien d’individus qui partagent, sur les réseaux sociaux, une forme quelconque de soutien idéologique à Daech, sont poursuivis et soumis à une telle expertise. Peu, je le crains.

Vous qui êtes spécialiste de l’extrême-droite, pensez-vous que certains comportements politiques puissent réellement relever du domaine psychiatrique?

Et pourquoi seulement à l’extrême-droite? Je n’ai pour ma part jamais compris qu’on puisse être totalement équilibré et faire l’éloge des Khmers rouges, du «Petit livre rouge» que d’aucuns ont considéré comme leur Bible, ou d’Enver Hoxha! Cela étant, ceux qui ont milité dans ces sphères étaient dotés d’un discernement qui aurait dû leur permettre de s’apercevoir qu’ils se fourvoyaient et ce n’était pas à la Justice de le dire. Partout et toujours, dire d’un adversaire politique qu’il est «fou» ouvre les portes du totalitarisme. Nous n’en sommes heureusement pas là et je suis persuadé que cette expertise, si elle a lieu, conclura que Madame Le Pen a diffusé ces images pour des raisons politiques qui sont contestables, mais en ayant parfaitement conscience de ce qu’elle faisait.

[…]

Cette polémique rappelle étrangement celles de l’an passé sur la santé mentale de Donald Trump. Le débat politique en France est-il en train de «s’américaniser», quitte à céder plus souvent à l’hystérie qu’aux discussions de fond?

C’est exactement cela. Au-delà de l’américanisation, il y a cette exigence de transparence absolue, qui effectivement nous est arrivée d’outre-Atlantique mais qui a cours, en plus du monde anglo-saxon, dans presque tous les pays de culture protestante. La transparence absolue veut que les citoyens sachent tout sur tout ce qui concerne les personnalités publiques, qu’elles soient exemplaires en public comme en privé. Exemplaires par rapport à quoi? Par rapport à une norme qui définit ce qui est «bon», «juste», «vertueux». Normal, quoi. Celui qui n’est pas dans la norme n’est plus un adversaire mais un ennemi. Il peut donc être combattu par tous les moyens, y compris non-politiques.

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3 commentaires

  1. C’est la bonne vieille technique des communistes et leurs affidés : accuser les autres de leurs propres défauts, pour ne pas dires tares…
    MLP va pouvoir se déclarer encore plus victime du système ! Ca va sans doute lui ramener des voix…

    Et si c’était le but recherché ?

  2. Je crois que la question est bien posée. Procéduralement parlant, l’expertise doit obligatoirement être ordonnée pour ce type de procédure. En fait la question n’est pas cette décision normale, mais bien de savoir si les poursuites devaient ou non être ordonnées. ce qui est certain c’est que MLP ne s’y rendra pas, et que cela ne saurait lui être reproché

  3. Si l’application combinée des articles 706-47 et 706-47-1 du code de procédure pénale rend cette expertise obligatoire avant tout jugement au fond, rien n’obligeait, en revanche, à ce qu’elle fût ordonnée au stade de l’information judiciaire; sinon des raisons évidentes de calendrier politique.

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