Diaconesses : le pape fâché contre les médias

Interrogé sur les "diaconesses", le pape rappelle :

«Ce qui est certain c'est que des femmes aidaient l'évêque dans sa mission aux premiers temps de l'Église. Elles l'aidaient pour le baptême des femmes qui se faisait par immersion, pour les onctions avant et après le baptême, et puis, cela fait rire aujourd'hui, elles vérifiaient le fait que des femmes qui venaient se plaindre d'être battues par leurs maris, l'avaient effectivement été, en contrôlant leur corps! À des religieuses qui m'ont demandé si on pouvait réétudier cela aujourd'hui j'ai donc répondu que l'on pouvait le faire à travers une commission. Mais voilà comment la presse l'a traduit le lendemain: «l'Église ouvre les portes aux diaconesses».

Je me suis alors un peu fâché contre les médias car ce n'est pas dire la vérité aux gens! Je suis donc en train de constituer la liste des personnes qui composera cette commission. Beaucoup études ont déjà été menées à ce sujet, il ne sera donc pas difficile de faire la lumière sur ce thème. (…) Le travail de la femme dans l'Eglise est très important. Ce n'est pas tant la fonction de la femme qui est importante dans l'Eglise que la pensée de la femme. La femme pense autrement que l'homme et on ne peut prendre une décision sans entendre les femmes comme j'en ai souvent eu l'expérience à Buenos Aires où je demandais l'avis des femmes qui était toujours très fécond. Ce n'est donc pas la fonction qui compte mais le mode de penser, de voir les choses, des femmes. L'Eglise, enfin, est une femme. Ce n'est pas une femme citadelle, c'est une femme, épouse du Christ.»

Sur la question des diaconesses, l'étude de Mgr Aimé Georges Martimort (décédé en 2000), Les Diaconesses, fait autorité. Dans la postface de la réédition de 2002, on lit :

"Dans la conclusion de son “essai historique”, Martimort cherche à répondre à des questions importantes indispensables pour la réflexion systématique: (1) “ Qu’était‑ce donc que les diaconesses? ” (M 245‑247) (2) “ Étaient‑elles des diacres? ” (M 247‑251) (3) “ Quelle est l’appré­ciation des théologiens? ” (M 251‑254).

Sur le premier point, l’auteur en arrive à la conclusion que le mot “diaconesse” “ recouvre des réalités très différentes d’une Église à l’autre, et d’une époque à l’autre ” (M 246). Le diaconat féminin, en tant que ministère pastoral et liturgique, existe seulement à partir de la Didascalie, et il demeure circonscrit à certaines régions de l’Orient tant qu’il y a des baptêmes d’adultes. Dans les autres cas, les diaconesses deviennent plutôt un titre honorifique, moyennant “ une bénédiction plus ou moins solennelle ” (M 246‑247). Ces conclusions ont été soulignées par beaucoup d’auteurs de recensions de l’ouvrage de Martimort[1] , et aussi par nombre de partisans du diaconat sacramentel féminin[2].

Les diaconesses étaient‑elles des diacres? (M 247‑251) Il n’est pas possible d’identifier les diaconesses au diaconat masculin: certes, le diacre peut aussi manifester des visages différents, en fonction de contextes historiques nécessairement divers, mais il reste que son ministère s’inscrit dans une hiérarchie bien déterminée, et dans une continuité parfaite depuis les temps apostoliques. Martimort critique l’opinion, selon laquelle le diaconat féminin et masculin seraient seulement deux expressions du même ministère, en se basant surtout sur les “Constitutions apostoliques” et le rituel byzantin (Gryson, Vagaggini, Theodorou: M 247‑248). Cette thèse, réfutée par Martimort, trouve encore aujourd’hui nombre de partisans[3]. Toutefois même parmi les partisans d’un diaconat féminin sacramentel, les avis restent prudents au sujet du dossier historique. Le travail allemand de Reininger, qui va le plus loin dans cette direction, reconnaît, en conclusion, que la tradition seule ne constitue pas une base solide qui justifierait l’introduction du diaconat féminin[4]. Ce jugement prudent est fondé particulièrement sur l’étude magistrale de Martimort qui décrit non seulement les res­semblances entre les deux ministères, mais aussi leurs profondes différences; ainsi, par exemple, Martimort affirme: “ Jamais pour ordonner une diaconesse on n’a utilisé le même texte que pour le diacre, mais un texte différent. Enfin, il faut rappeler qu’à la diaconesse on ne laisse pas espérer, à la différence du diacre, la possibilité d’accéder à un degré supérieur ” (M 249‑250). L’opinion de Martimort affirmant que la tradition ne justifie pas l’or­di­nation sacramentelle des diaconesses, est partagée par bien des auteurs[1].

En ce qui concerne la réflexion systématique, on doit aussi ajouter les questions qui ont trait au sacerdoce féminin et à la spécificité du diaconat dans le sacrement de l’ordre. À propos du sacerdoce ministériel des femmes, Jean-Paul II a publié en 1994 la Lettre apostolique Ordinatio sacerdotalis, dans laquelle il affirme définitivement que l’Église n’a pas la faculté de conférer à des femmes l’ordination sacerdotale[2]. Cela signifie que les raisons empêchant de conférer le sacerdoce ministériel aux femmes ne peuvent pas être réduites simplement à des éléments appartenant à une culture du passé[3]. Cette observation vaut aussi pour le sacrement de l’ordre en général, y compris le diaconat. Le concile Vatican II décrit clairement le diaconat comme faisant partie intégrante du sacrement de l’ordre, lequel trouve lui-même sa plénitude dans l’épiscopat[4]."

[1] Pour exemple Cabié (R) 315; Dalmais (R); Evenou (R) 156; Hauke (R); Kleinheyer (R) 64; Lengeling (R) 229‑230; Moll (R) 275; Paparazzi (R) 474; Saxer (R) 413. – Kleinheyer (1984) 17‑18; Hauke (1987); (1996) 36‑39; (1998) 134‑136; Diaconato femminile (2001); Schönberger (1990; 1997); Bandera (1995) 331‑335; Faber (1995); Miralles (1996) 172; Müller, Empfänger (1999); (2000); Düren (2000); Giesen (2001) 59‑69; Lebrun (2001) 69.

[2] Voir Congregazione per la Dottrina della Fede (1996); Hauke (1995; 1996); Bandera (1995); Müller (1999; 2000).

[3] Ordinatio sacerdotalis, 2.

[4] Lumen gentium 18‑29.

[1] Par exemple Cabié (R) 314; Dalmais (R); Della Torre (R) 51; Evenou (R) 155; Leroy (R) 666; McManus (R) 596; Moll (R) 275; Paparazzi (R) 473; Saxer (R) 413.

[2] Comme Canon Law Society of America (1995) 15: “ The term ‘deaconess’ is certainly not a univocal concept ”. Cf. Fernandez (1995) 117‑118 etc.

[3] Comme Aubert (1987) (it. 122); Ansorge (1990) 49; Sorci (1991) 96; Thier­meyer (1993) 236; Ysebaert (1994) 149; Fernandez (1995) 113; Lochmann (1996) 225; Böttigheimer (1996) 262; Hünermann (1997) 104; Jensen (1997) 47; Marucci (1997) 792; Karidoyanes Fitzgerald (1998) 129.

[4] Reininger (1999) 123, note 469: “ Somit ist jenen Gegnern des Diakonats der Frau Recht zu geben, die urteilen, aus dem Traditionsbefund allein könne keine solide Basis für eine Einführung des Diakonats gewonnen werden ¼ ”. Cf. Olson (1992) 59; Hofrichter (1996) 156; Niewiadomski (1996) 342‑343; Grieser (1997) 190; Sattler (1997) 224; Borras/Pottier (1998) 173 (“ La question reste difficile à trancher ”). D’autre part, du moins selon Reininger (1999) la tradition ne serait pas contraire (126), une conclusion que nous ne partageons pas.

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