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L'Eglise : Vie de l'Eglise

De l’obéissance dans l’Eglise

Extrait d'un texte de Jean-Pierre Maugendre sur le sujet délicat de l'obéissance dans l'Eglise :

Images"[…] Les exemples abondent ainsi dans l’Histoire de l’Église de ces mesures législatives, verdicts judiciaires, sentences pénales, etc. qui, loin de protéger le dépôt de la foi, le mirent en péril de manière plus ou moins ouverte. Sur ordre de Clément VII, en 1535, le cardinal Quinonez réforma le bréviaire romain. A contrario en 1568, le pape Pie V fit formellement interdire ce bréviaire. En 1633, Galilée fut condamné, non pas au bûcher mais plus simplement à l’assignation à résidence dans une villa de Sienne par le Saint-Office et le pape Urbain VIII en raison de ses théories héliocentristes. Le 31 octobre 1992, le pape Jean-Paul II, dans un discours devant l’Académie Pontificale des Sciences, réhabilita la mémoire de celui qui était devenu, à son corps défendant, le symbole de l’obscurantisme de l’Église face aux progrès de la science. Le 3 avril 1969, le pape Paul VI publiait la Constitution apostolique Missale Romanum promulguant le nouveau missel romain. L’article 7 énonçait « La Cène du Seigneur ou messe est la synaxe sacrée ou le rassemblement du peuple de dieu sous la présidence du prêtre pour célébrer la mémoire du Seigneur. C’est pourquoi, vaut éminemment pour l’assemblée locale de la sainte Église la promesse du Christ : “Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je serai au milieu d’eux” ». Devant le tollé déclenché par cette définition protestante de la messe, n’évoquant en aucune manière son caractère sacrificiel, le Souverain pontife fit modifier cet article 7 pourtant régulièrement promulgué. Les faits sont là. Plus l’Église s’éloigne de l’enseignement direct de la foi, plus elle peut souffrir de défaillances humaines ! D’ailleurs, même dans le domaine de la foi, une défaillance quasi généralisée de l’épiscopat n’est pas impossible, ce dont témoigne la crise arienne – Arius niant la divinité du Christ – alors que quelques évêques seulement (Athanase d’Alexandrie, Hilaire de Poitiers, Basile de Césarée) maintenaient l’orthodoxie. Ce qui permit, à saint Jérôme, ce tragique constat : « Le monde entier, stupéfait, gémit d’être arien ».

De légitimes résistances à l’autorité défaillante

La résistance aux directives des autorités légitimes, qui ne servent pas la transmission ou la sauvegarde du dépôt de la foi, n’est jamais une révolte inspirée du libre examen protestant. Elle est une soumission réfléchie, intelligente et ferme au donné révélé dont l’autorité légitime est la gardienne et la servante, non la maîtresse. Le Christ lui-même le proclame : « La parole que vous entendez n’est pas de moi mais du Père qui m’a envoyé » (Jn XIV, 24).

Dans les années 1970, c’est à une véritable révolution doctrinale, liturgique et disciplinaire qu’assistèrent, incrédules, les laïcs du bout du banc, avant de massivement le déserter. Par voie d’autorité, les catéchismes traditionnels furent interdits au profit de parcours catéchétiques souvent hétérodoxes, toujours indigents. En 1983, le cardinal Ratzinger, alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, dans deux conférences prononcées l’une à Lyon, l’autre à Paris, dénonça « la tendance actuelle de subordonner la vérité à la praxis » qui aboutit à « un anthropocentrisme radical ». Il rappela « les quatre composantes classiques » de tout catéchisme : « Ce que le chrétien doit croire (Symbole), espérer (Notre Père), faire (Décalogue) et dans quel espace vital il doit l’accomplir (Sacrements et Église) ». Cela, alors que se multipliaient les parcours catéchétiques niant la Résurrection du Christ, son Ascension corporelle dans les cieux, la virginité perpétuelle de Marie, la réalité sacrificielle de la messe, etc. Ainsi, pendant des années, il fut enseigné comme définition de la messe dans le Nouveau missel des dimanches (bénéficiant du Nihil obstat et de l’Imprimatur épiscopal) : « Il s’agit simplement de faire mémoire de l’unique sacrifice déjà accompli ». Il ne s’agit plus là de la définition d’une messe catholique mais de celle d’une cène protestante. Il est un fait que la réforme liturgique a été imposée de manière particulièrement brutale. En quelques mois, l’usage du Nouvel Ordo devient obligatoire, prêtres et laïcs durent renoncer à ce qui était la trame de leur vie depuis des décennies. Des prêtres en moururent de chagrin, déchirés entre les exigences de la foi et celles de l’obéissance. Les plus chanceux obtinrent de leur curé ou de leur supérieur l’autorisation de célébrer la messe de leur ordination, sine populo, à 5 h du matin dans des cryptes glaciales. L’usage du latin fut supprimé, les autels retournés, la communion distribuée dans la main, la présence réelle reléguée, au mieux, dans une chapelle latérale, les absolutions collectives remplacèrent la confession auriculaire, etc. Les changements liturgiques apparurent à beaucoup comme la manifestation la plus visible d’un changement de religion. Les témoignages, sur ce sujet, des convertis du protestantisme sont implacables : « Je suis bien placé pour flairer la chose, le tour de passe-passe qui s’opère pour faire glisser la messe romaine sur le plan luthérien de manière que le fidèle peu éclairé et peu averti ne s’aperçoive pas de la subtilité. Mais vous savez que la caque sent toujours le hareng et, quand je vois à la télévision une église où se dit ce genre de messe, le hareng reconnaît la caque ». (Julien Green, Lettre au Père Dodin, 31 mars 1974). […]"

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