“L’amour pour sa ville exige qu’un évêque, en conscience, exprime son désaccord si nécessaire”

Dans le dernier numéro de La Nef, Pierre-Olivier Arduin nous fait découvrir l’engagement public exemplaire du nouvel archevêque de Florence, Mgr Giuseppe Betori :

Betori " Le 9 mars dernier, récupérant à des fins politiciennes l’émotion suscitée par l’affaire Eluana Englaro – cette jeune femme en état végétatif chronique euthanasiée par interruption de l’alimentation médicale à la demande insistante de son père –, le Conseil municipal socialiste de Florence décide d’attribuer à Giuseppe Englaro le titre de citoyen d’honneur « en tant que symbole de la défense de la laïcité de l’État ». Quelques heures plus tard, l’archevêque de la ville, Mgr Giuseppe Betori prend sa plume pour faire part de sa désapprobation au maire Eros Cruccolini : « Cette décision est offensante pour une partie non négligeable de la ville qui, au cours du drame d’Eluana, a exprimé des convictions bien différentes de celles dont M. Englaro et le groupe qui l’a soutenu étaient porteurs » . Accusé de contester la légitimité d’un processus démocratique légal, le prélat répond que « l’amour pour sa ville exige qu’un évêque, en conscience, exprime son désaccord si nécessaire ». Invité officiellement, il choisit de ne pas se rendre à la cérémonie. Depuis cette passe d’armes, plusieurs experts du catholicisme italien, dont le célèbre vaticaniste Sandro Magister, voient en Florence le laboratoire exemplaire d’une réconciliation entre la foi, la morale et la culture (…)

Giuseppe Betori sera nommé le 8 septembre 2008 par Benoît XVI comme nouvel archevêque de Florence. « Rien de ce qui est humain n’est étranger à l’Église : il y aura donc une parole de l’Église à propos de toute la vie de la ville », déclare-t-il aussitôt (…) Prenant la parole dans les médias alors que l’affaire Englaro bat son plein, présidant une veillée de prière en sa faveur, prêchant à de multiples reprises pour le respect de la « dignité intangible de l’être humain », il met progressivement en actes son programme pastoral. Fin octobre, lors d’un colloque de néonatalogie, l’hôpital pédiatrique de la ville invite Edward Verhagen, pédiatre hollandais controversé à l’origine du tristement célèbre protocole de Groningen, une procédure médicale justifiant l’euthanasie des nouveaux-nés malformés. Mgr Betori visite sur le champ les enfants malades de l’établissement et dénonce dans un communiqué l’orientation inquiétante du congrès.

Pour le professeur florentin Pietro De Marco, cette série de faits n’est pas anodine. Dans le sillage des pontificats de Jean-Paul II et Benoît XVI dont l’une des orientations phares est de montrer que les sphères civile et morale ne peuvent être arbitrairement disjointes, nous assistons à la renaissance d’une fonction oubliée de l’évêque dans son diocèse : celle de défenseur de la ville, defensor civitatis. Plus de Huns ou de Goths, les nouveaux barbares contestent le droit à la vie des plus fragiles ou répandent des idéologies qui méprisent la loi morale naturelle (…) Mgr Betori redonne toutes ses lettres de noblesse à l’antique mission civilisatrice de l’évêque, garant de la justice et protecteur des faibles dans les combats anthropologiques et bioéthiques actuels (…) "

3 réflexions au sujet de « “L’amour pour sa ville exige qu’un évêque, en conscience, exprime son désaccord si nécessaire” »

  1. Jean

    “Recherchez le bien de la ville où je vous ai menés en captivité, et priez l’Éternel en sa faveur, parce que votre bonheur dépend du sien” (Jérémie 29:7). A fortiori pour la ville où l’on n’est pas étranger…
    Effectivement, si les chrétiens ne se décident à résister dès maintenant à toute cette pollution idéologique, ce sera bien plus ardu quand elle aura étendu son voile partout et plus densément encore.
    Le courage de cet archevêque n’est pas sans rappeller celui du Lion de Münster sous le régime hitlérien, Clemens August von Galen ! Certains diront que les heures ne sont pas aussi sombres qu’à cette époque … pas si sûr quand on voit l’actuelle culture de la mort et de l’antifamille, et la difficulté est peut-être la même en raison de la bienpensance.

  2. ST

    Le rôle de defensor civitatis ou de defensor plebis est un des plus nobles qui ait échu aux Evêques lorsqu’il s’est agit de pallier l’effacement progressif de l’administration impériale romaine (les “nobles” refusant souvent la charge financière inhérente à ces postes… ou devenant Evêque!).. Bravo à Mgr Betori

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