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L'Eglise : Vie de l'Eglise

Daniel-Ange, un «prophète» pour la jeunesse ?

Daniel-Ange, un «prophète» pour la jeunesse ?

De notre envoyé spécial Antoine Bordier

Après onze années passées dans un ermitage situé dans les montagnes de l’arrière-pays de niçois, le père Daniel-Ange décide de revenir dans le monde et de répondre à la détresse de Martin, qui lui a parlé de suicide. Nous sommes en 1984. Le moine devenu ermite devient éducateur-évangélisateur. Il fonde l’école Jeunesse-Lumière. Deuxième partie de notre trilogie sur un homme de Dieu, que certains appellent « le prophète ».

Nous sommes toujours dans les hauteurs du monastère Notre-Dame de la Gloire-Dieu, entre Genève et Annecy. Les sœurs, ce matin, ont accueilli une colonie de Polonais : « Ils viennent nous aider à couper du bois pour l’hiver, qui sera rude cette année », dit l’une d’entre-elles. Après l’abbaye bénédictine Saint-Maurice et Saint-Maur de Clervaux, au Grand-Duché du Luxembourg où il entre à 18 ans. Après le Rwanda, où il vit pendant 12 ans. Après son temps de formation à Fribourg avec le cardinal Charles Journet, ses années d’ermite, et, la pause de son ordination à Lourdes, le 23 juillet 1981, le revoilà. Comme dans le Cantique des cantiques, il descend de la montagne. Il redescend pour servir la jeunesse de France abandonnée, délaissée, esseulée, au bord du suicide.

« J’ai été très heureux dans mon ermitage. Au début, j’étais vraiment seul. J’étais connecté à l’Eglise du Ciel et de la terre. Puis, une fois par mois, des jeunes montaient me voir. Et, un jour, il y a eu ce SOS de Martin. Dans sa lettre, il me parlait du suicide. »

Depuis qu’il est prêtre, Daniel-Ange sort de temps en temps de sa retraite. Il part en mission au Canada, en Pologne, au Liban.

Dans les années 80, l’ex-URSS devient un colosse au pied d’argile qui vacille. Et, les premiers signes ont lieu en Pologne. Il s’y rend l’année de son ordination, et, rencontre les héros de cette époque. Puis, il part au Liban, en pleine guerre civile, et, au Canada.

« C’est au Canada que j’ai rencontré la première école d’évangélisation catholique, dont on ne parle plus aujourd’hui. Elle a été fondée par un prêtre Trinitaire charismatique, le père Regimbal. A ce moment-là, il n’y avait que les évangéliques qui faisaient cela. »

Au retour, en 1984, il fonde une école avec un prêtre et trois couples, Georges et Marie-Josette Bonneval, Alex et Maud Lauriot-Prevost et Jean-Louis et Monique Fradon. Au début cette école de formation à l’évangélisation, qui n’a aucun précédent en France, est hébergée dans le foyer de charité de Roquefort les Pins.

Jeunesse-Lumière, une école de Feu 

Depuis 1987, l’école est installée dans le Tarn, à Pratlong, dans le diocèse de Mgr Jean Legrez. Pour lui, la présence de l’école est une grâce.

« Chaque année, je viens rencontrer les jeunes et je peux témoigner de la qualité de la formation qui leur est proposée. Je suis aussi frappé de constater l’évolution positive de chacun et l’acquisition d’une réelle maturité spirituelle, qui s’affermit au cours de leur année de présence à Pratlong. »

Il faut dire que l’évêque mouille la soutane pour ces jeunes qui viennent du monde entier, attiré par un charisme, une formation, une pédagogie, une équipe, une vie hors du commun.

« Nous avons formé, ici, plus de 1000 jeunes de 58 pays différents, explique Daniel-Ange. Il y a eu des jeunes de l’Azerbaïdjan, de l’Arménie, et, même, du Kazakhstan. Certains jeunes restent 3 ans chez nous. Mais la plupart font un an et repartent. C’est une école qui a perduré parce qu’elle est encadrée par des adultes, mais, surtout par des jeunes. Il ne faut pas que les adultes soient trop nombreux. Les secondes années sont responsables des premières années. Sur place, la vie est une alternance entre la vie monastique, la journée au désert, le silence, et, puis, la formation et l’évangélisation. »

A raison d’une fois par trimestre, la vingtaine de jeunes répond à un appel en mission d’un évêque pour son diocèse. Ils partent en mission auprès d’autres jeunes, en France et à l’étranger.

La formation reçue s’est musclée au fil du temps. La pédagogie y est innovante : elle alterne cours, prières, sans note et sans bulletin. L’année scolaire correspond à une année normale d’étudiant, avec un calendrier qui s’étend de septembre jusqu’au mois de juin. Parmi les intervenants venus de toute la France, il y a des prêtres, des religieux, mais, aussi, des laïcs. La théologie, la philosophie, l’anthropologie, l’écriture sainte, la spiritualité, l’histoire de l’Eglise, les religions, y sont enseignées.

Au fil des années, cette école, qui s’adresse aux jeunes, garçons et filles, de 18 à 30 ans, s’est installée patiemment dans le paysage ecclésial français. Mieux, elle a essaimé à l’étranger. « Nous avons fondé des écoles en Pologne, en Italie, au Bénin, au Cameroun. Et, dans un mois nous allons ouvrir en Hongrie. Nous avons des projets en Haïti et en Ukraine. » 

Des fruits par milliers

Dans cette deuxième partie de notre trilogie sur Daniel-Ange, « le prophète » ? il est bon de se replonger dans la Bible, dans le Nouveau Testament, et d’écouter saint Matthieu (chap.7, versets 15 à 20) qui dit :

« Méfiez-vous des faux prophètes qui viennent à vous déguisés en brebis, alors qu’au-dedans ce sont des loups voraces. C’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. Va-t-on cueillir du raisin sur des épines, ou des figues sur des chardons ? C’est ainsi que tout arbre bon donne de beaux fruits, et que l’arbre qui pourrit donne des fruits mauvais. Un arbre bon ne peut pas donner des fruits mauvais, ni un arbre qui pourrit donner de beaux fruits. Tout arbre qui ne donne pas de beaux fruits est coupé et jeté au feu. Donc, c’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. »

Cette mise en garde posée, il est vrai que des fruits, il y en a eu par millier. Pas de faux prophètes, ici. C’est, d’abord, le nombre d’apprentis-évangélisateurs venu se former à Pratlong qui parle. Des centaines d’anciens élèves sont devenus moines, moniales, prêtres, religieux, religieuses. A Pratlong, leur vocation est née ou est passée au creuset du feu de Dieu, qui parle au cœur de l’homme dans des lieux et des temps appropriés. Et, puis, il y a les fruits de ces dizaines de milliers de personnes évangélisées, qui ont rencontré Dieu, changé de vie, pour la consacrer à Dieu, se convertir, demander pardon…Combien sont-elles ces brebis égarées, qui ont été touchées dans leur âme, dans leur cœur, dans leur corps, dans leur humanité toute entière, et, qui sont revenues vers le Père ?

« Ce n’est pas facile de compter les fruits, explique le père. Mais, ils sont nombreux. Cela n’a pas été facile, non plus, de fonder Jeunesse-Lumière et d’essaimer. Il faut, d’abord, que les jeunes viennent vivre deux années avec nous, à Pratlong. Et, qu’ils soient encore disponibles pendant deux ans pour fonder l’école dans leur pays. »

De futurs saints heureux ?

Parmi les jeunes formés, la moitié, à peu près se sont mariés (plus de 400). Le père Daniel-Ange en est ravi, et, semble, en même temps, soucieux :

« Grâce à Dieu, nous avons très peu de divorces. Le divorce est un naufrage, celui de nos sociétés modernes construites sans Dieu, contre Dieu. Il y a des raisons d’espérer, car nous préparons les belles familles de demain. Elles ont toutes 4, 5, 6, 7 enfants. Elles adoptent des enfants orphelins, handicapés. »

La petite graine plantée en 1984 est devenue grande, très grande, mondiale. Elle a permis à de nombreuses communautés nouvelles de naître et/ou de se développer. De plus, ces centaines de jeunes semblent avoir répondu aux nombreux appels lancés par Jean-Paul II tout au long de son pontificat « Vous les jeunes, n’ayez pas peur d’être les saints du nouveau millénaire ! » C’était le 7 mai 2001, à Damas, en Syrie. Quelques années auparavant, au début de son pontificat, le 1er juin 1980, en embrassant la terre de France, il avait interrogé les millions de Français par ses quelques mots, au Bourget :

« France, Fille aînée de l’Eglise, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? Permettez-moi de vous demander : France, Fille de l’Eglise et éducatrice des peuples, es-tu fidèle, pour le bien de l’homme, à l’alliance avec la sagesse éternelle ? Pardonnez-moi cette question. Je l’ai posée comme le fait le ministre au moment du baptême. Je l’ai posée par sollicitude pour l’Eglise dont je suis le premier prêtre et le premier serviteur, et par amour pour l’homme dont la grandeur définitive est en Dieu, Père Fils et Saint-Esprit. »

Les jeunes sont en marche, non pas vers eux-mêmes, vers plus d’égoïsmes. Non, ils sont en marche vers Dieu et vers leur prochain. Ils donnent leur vie, un an, deux ans, trois ans. Toute leur vie. Les témoignages sont nombreux, ce sont des pépites vierges de toute impureté. Elles sont authentiques. Elles brillent dans cette nuit où les ténèbres semblent s’amonceler. Là-haut, tout en haut, naissent de nouvelles étoiles. Les jeunes témoignent de leur bonheur, comme Claire : « Oui, je suis heureuse d’avoir donné cette année. J’ai appris à aimer en vérité. » Pour Arnaud, cette année l’a fait grandir : « J’ai grandi dans ma soif de prière. J’ai grandi en douceur. Et, j’essaye de voir le monde et mes frères et sœurs avec le regard de Jésus, qui ne voit que le plus beau en nous. » Quant à Marie, son témoignage est une véritable symphonie : « J’ai l’impression d’avoir pris des racines, d’être devenue un arbre de vie. Et, je n’ai pas fini d’en voir les fruits ». Que du bonheur. Cela fait du bien en ces temps de pandémie, où la folie de quelques-uns domine.

Là-haut, dans l’ermitage que leur prête les sœurs de Bethléem, à près de 1 369 mètres d’altitude, la course de Daniel-Ange n’est pas terminée. Il sort de son ermitage fait de bois. Contemple la création. Puis, il entre et se dirige vers sa table de travail, remplie de papiers et de brouillons d’écriture. Il reprend sa plume…Et, prépare la fête de Notre-Dame des Douleurs…

Suite et fin dans la troisième partie de notre trilogie : Daniel-Ange, « le prophète » ?

Reportage réalisé par Antoine Bordier, consultant et journaliste indépendant

Copyright des photos A. Bordier et Jeunesse-Lumière

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