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Tribune libre

Contre les révolutions, par le R. P. Jean-François Thomas

Contre les révolutions, par le R. P. Jean-François Thomas

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La publication des Actes des colloques tenus, à l’occasion du bicentenaire de la naissance du comte de Chambord (1820-2020), à Vannes et à Paris, Le comte de Chambord et sa mission (sous la direction de Benoît Courtin et Philippe Montillet, Via Romana, Paris, 2022, 296 p.) est l’occasion, inspiré par quelques-unes des excellentes interventions, de s’arrêter sur ce que doit être l’action du catholique légitimiste dans un monde franchement hostile au fait religieux et à la réalité monarchiste, ou bien seulement profondément inculte et indifférent mais faisant le jeu de ceux qui tiennent impunément un pouvoir volé et qui occupent des sièges ne leur appartenant pas. Chaque année, le douloureux anniversaire de la mort de Louis XVI nous renvoie à l’espérance qui l’habitait lorsqu’il monta sur l’échafaud, sans haine pour ses bourreaux et avec la certitude que ses peuples reverraient un jour la lumière.

Philippe Pichot-Bravard, historien du droit, délivra une conférence éclairante sur la pensée politique du comte de Chambord, soulignant notamment ce qui devait être compris sous cette expression souvent employée : contre-révolution. Comme dans le domaine religieux, lorsque des dérives voient le jour, il ne suffit pas de s’opposer, encore faut-il agir pour essayer de contrer la décadence et d’aider à une reconstruction. Le 31 mars 1854, le comte de Chambord précisait que « la question révolutionnaire prime sur toutes les autres. » Il ne s’agissait pas là d’une simple référence historique d’un événement tragique passé entretenant depuis une nostalgie émotionnelle. Il parlait du principe révolutionnaire mis en place en 1789 et qui courait depuis, sous des formes diverses mais avec cette unique origine, en France et dans le monde. Il connut lui-même, enfant, la Révolution de Juillet qui poussa à l’exil son grand-père Charles X et il bénéficia des souvenirs de la duchesse d’Angoulême, seule rescapée de la famille royale martyre. Ses analyses rejoignent celles d’Alexis de Tocqueville quant à l’origine de la chute de la monarchie et à l’essence de l’esprit révolutionnaire. Ce dernier, député à la Chambre, prononça un discours devant Guizot, président du Conseil, le 27 janvier 1848, où il annonça l’approche d’une nouvelle révolution, ceci au spectacle de la corruption de la classe politique et du mépris de Louis-Philippe envers le peuple :

« Il y a […] dans le pays, des symptômes de malaise, un vague sentiment de crainte, ce je ne sais quoi qui annonce les révolutions, qui souvent les fait naître. Ce sentiment dangereux, je crois que c’est le gouvernement qui l’a fait naître et qui l’entretient. Ce que je vois dans la classe qui gouverne m’inquiète, les mœurs publiques s’y altèrent. […] L’ancien régime était plus fort que vous et cependant il est tombé. Ne croyez pas que ce soit le Jeu de Paume, Mirabeau, Lafayette qui l’ont fait tomber : mais il y a eu quelque chose de plus fort que tout cela contre l’ancien régime, c’est la dégradation des mœurs publiques et des mœurs privées. »

De telles paroles pourraient encore, plus que jamais, s’appliquer au régime qui nous gouverne, tout simplement parce que la Révolution de 1789 se poursuit, ayant semé dans tous les domaines de notre société, des ferments de violence, de décadence qui ne laissent rien d’intact. Le comte de Chambord fut un véritable contre-révolutionnaire, à la différence d’un Louis XVIII ou même d’un Charles X, car il rejeta partout et toujours toutes les expressions, toutes la variations d’un identique esprit révolutionnaire : anarchisme, césarisme, individualisme, libéralisme (y compris celui qui se prétendait catholique) ; Voilà pourquoi il affirmera avec force dans le Manifeste du 25 janvier 1875 : « Personne, sous aucun prétexte, n’obtiendra de moi que je consente à devenir le roi légitime de la révolution. » Quels sont donc les principes qui peuvent retourner l’habitude révolutionnaire française ? Pichot-Bravard note :

« Être Roi implique, à ses yeux, de cultiver les vertus qui couronnent l’homme de bien. Les écrits du prince témoignent de cette préoccupation. Le comte de Chambord honore la dévotion à l’égard de Dieu, la piété filiale, la fidélité, la loyauté, la franchise, la justice, la générosité, le courage, la bravoure, la force et la charité. »

La politique, pour Henri V, et ceci très justement fidèle à la tradition monarchique, ne peut être séparée de la morale. Ce prince n’est pas un admirateur du Prince de Machiavel, des ouvrages de Locke et de Montesquieu, mais revient au Miroir des Princes, rédigé à l’époque médiévale et inspiré par saint Augustin qui, dans La Cité de Dieu, écrivait :

« Ceux même qui commandent sont les serviteurs de ceux à qu’ils paraissent commander. Car ce n’est point par la passion de dominer qu’ils commandent, mais par la loi du dévouement, non par l’orgueil d’être le maître, mais par le devoir de la Providence. » (XIX, XIV)

Là encore, il est flagrant que nos systèmes politiques actuels, dans la plupart des pays du monde, sont bien les directs héritiers de la Révolution et de tous les monstrueux qu’elle engendra, notamment au XXe siècle. L’absence de transcendance, la revendication d’une entière liberté, d’une autonomie vis-à-vis de toute loi venant d’en haut sont des caractéristiques nées dans notre Révolution mais, depuis, présentes dans toute révolte, y compris la plus réactionnaire, comme celle du bourgeois Louis-Philippe. Les constants refrains républicains, assénés à grand renfort de campagnes publicitaires et de journalistes aux ordres, ne sont que des transcriptions des slogans révolutionnaires. Le compromis instauré au XIXe siècle est également un enfant de l’idéologie révolutionnaire. Le comte de Chambord a vu juste lorsqu’il est convaincu que « ce qui est révolutionnaire en France, c’est encore plus les idées que les hommes. » (Daniel de Montplaisir, Le comte de Chambord, dernier roi de France)

Dans ces Actes cités, Marie-Pauline Deswarte, universitaire émérite, analyse finement ce que doit être la résistance à l’idéologie républicaine, selon les conseils du comte de Chambord. Il faut nommer les causes du mal d’abord, puis, dans un second temps utiliser le remède de la politique naturelle. La cause essentielle du mal est l’esprit de révolte, fer de lance de la Révolution et de tous ses enfants. Notre société en souffre toujours profondément. Ce sont désormais ceux qui dirigent qui manipulent les foules pour leur indiquer ce contre quoi elles doivent se révolter. Le but, dès les premières années d’école républicaine, est de modeler l’esprit de révolte, toujours dirigé contre ce qui est beau, bon et vrai. D’où l’écroulement, de plus en plus rapide, de toute la morale naturelle. Lorsque le terme « République » remplace peu à peu celui du nom de « France », il est clair que l’objet du salut n’est plus le même et que toute l’organisation naturelle reçue de Dieu est rejetée. L’ennemi principal, « l’Infâme », l’Église catholique, devait être détruit, dans ses fondements et sa structure, afin que tout le reste s’écroulât à sa suite. Cette divine institution est également maintenant minée de l’intérieur par le même esprit de révolte qui se farde sous les atours de l’esprit de réforme. L’État omnipotent finit par dévorer ses « citoyens ». Le comte de Chambord, sans désespoir, considérait que l’ordre naturel légitime pouvait être de nouveau implanté dans nos mœurs et nos esprits. Il note dans son Journal :

« L’abandon des principes est la vraie cause de nos désastres. Une nation chrétienne ne peut pas impunément déchirer les pages séculaires de son histoire, rompre la chaîne de ses traditions, inscrire en tête de sa Constitution la négation des droits de Dieu, bannir toute pensée religieuse de ses codes et de son enseignement public. Dans ces conditions, elle ne fera jamais qu’une halte dans le désordre. » (8 mai 1871)

Pour défaire notre sac de nœuds, il faut résoudre les problèmes dans l’ordre. Croire que des lois et des mesures forgées par l’esprit révolutionnaire pourraient redonner à la France sa force et sa sagesse est un leurre, celui de la droite républicaine, pas différente dans ses principes de la gauche révolutionnaire. Rien ne peut être reconstruit sans, d’abord, retourner à une politique naturelle respectueuse de la morale naturelle et de la Loi divine. Tant que nous nous aveuglerons à ce sujet, nous continuerons à tourner en rond dans notre bourbier en nous persuadant que nous sommes les maîtres du monde. Le Roi ne pourra s’asseoir sur le Trône que si les cœurs et les esprits sont désireux de se convertir.

P. Jean-François Thomas, s. j.

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