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L'Eglise : Foi

Communion ecclésiale : L’unité, ce n’est pas l’uniformité

Communion ecclésiale : L’unité, ce n’est pas l’uniformité

Extrait du deuxième article de Claves sur la communion dans l’Eglise :

1  – L’ « ecclésiologie de communion » de Vatican II

Le concile Vatican II est connu pour être « le concile de l’ecclésiologie de communion ». Ces expressions sont toujours délicates à manier : le concile a-t-il proposé une nouvelle conception de l’ecclésiologie, différente des conceptions anciennes, ou bien a-t-il approfondi la conception que l’Église se fait d’elle-même en précisant la notion de communion ? Sur ce sujet comme sur tant d’autres, deux camps s’opposent, les partisans de la « rupture », et ceux de la « continuité ». Dans les discussions de ces derniers mois, nombreux sont ceux qui affirment que la liturgie traditionnelle véhicule une « ecclésiologie archaïsante » parce que « préconciliaire », radicalement différente de l’ecclésiologie du dernier concile[1]. Mais contre cela, il faut dire que la réflexion de l’Église fonctionne par approfondissement dans la continuité, et qu’il n’y a pas une ecclésiologie valable pour un temps, dépassée ensuite par une autre. Si le concile Vatican II proposait une ecclésiologie radicalement différente de celle du Concile de Trente, les conséquences en seraient dramatiques pour la foi.

Pour être tout à fait précis, il est vrai que certains thèmes liés à l’ecclésiologie de communion du concile Vatican II posent de réelles difficultés de lecture ; nous pensons spécialement aux réflexions sur l’œcuménisme et les « degrés » de communions imparfaites, ou sur les rapports entre églises particulières et Église universelle, qui ont d’ailleurs nécessité à plusieurs reprises l’intervention de la Congrégation pour la doctrine de la Foi, dont le cardinal J. Ratzinger était le préfet, afin d’écarter les erreurs d’interprétations que l’on en pourrait faire[2] ; mais là n’est pas notre sujet principal, et nous nous concentrerons uniquement sur ce qu’on appelle aujourd’hui la « communion parfaite » : que signifie, pour un catholique baptisé, être en communion avec l’Eglise ? Sur ce point précis, nous le verrons, le Concile Vatican II affirme avec clarté la doctrine traditionnelle.

2  – La communion, un thème traditionnel

N’allons pas croire que l’idée de « communion » soit une idée récente et « moderne », une nouveauté du dernier Concile[3]. Certes, Vatican II a beaucoup développé ce thème, mais déjà en son temps,  l’encyclique Satis Cognitum de Léon XIII décrivait l’Église comme une communauté (coetus) de fidèles (§ 22), ou comme un « peuple constitué en société, un par la communion de foi, de fin et de moyens » (§21). De même le prologue de la constitution Pastor Aeternus de Vatican I proposait « une sorte de condensé de la communion ecclésiale telle qu’elle résulte de la théologie la plus vénérable des Pères[4] ».

La théologie de saint Thomas d’Aquin (XIIIè siècle) a également approfondi le thème de la communion (communio), et manifeste que celle-ci est toujours fondée sur une communication (communicatio), c’est-à-dire un partage, un échange ou un don[5]. En effet, le thème de la communion puise ses racines dans la Révélation elle-même, comme participation à la communion trinitaire, qui nous est communiquée.

3 – La communion n’est pas l’uniformité

Ces précisions nécessaires étant faites, nous nous concentrerons uniquement sur la communion au sens de « communion parfaite », ou « communion plénière ». Que veut dire « être en communion », ou plutôt, dans cette première approche, qu’est ce que cela ne veut pas dire ?

Une remarque de vocabulaire apportera une première information, précieuse, sur la notion de communion. Les mots d’unité et de communion sont souvent pris l’un pour l’autre ; il convient cependant de les distinguer[6]. L’unité insiste particulièrement sur le caractère « indivisé » de l’Église ; la communion quant à elle insiste sur l’union de différentes parties, de soi multiples voire diverses entre elles, réunies autour d’un principe. Le pape Jean-Paul II propose ainsi une harmonisation de ces notions d’unité et de communion :

« L’universalité de l’Église entraîne d’une part la plus solide des unités et, d’autre part, une pluralité et une diversité, qui ne sont pas un obstacle pour l’unité, mais lui confèrent au contraire son caractère de “communion”[7]».

Ainsi on voit que l’unité de l’Église n’est pas un ensemble d’éléments identiques et uniformes : l’Église est un corps mystique, et ses parties sont diverses, avec des fonctions différentes, comme l’enseigne saint Paul :

Car, de même que nous avons plusieurs membres dans un seul corps, et que tous les membres n’ont pas la même fonction, ainsi, nous qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps dans le Christ, et nous sommes tous membres les uns des autres.  Puisque nous avons des dons différents, selon la grâce qui nous a été accordée[8]

Ainsi, on se tromperait lourdement en pensant que la communion dans l’Église consiste à être tous identiques, ou à faire tous la même chose ensemble : la diversité de missions, de grâces, de charismes dans l’Église n’est pas un obstacle à la communion, elle est au contraire nécessaire pour exprimer toute la richesse du Verbe Incarné dont elle est le prolongement, de même que la diversité multiforme des réalités créées est plus convenable que l’unicité pour exprimer la splendeur du Créateur selon saint Thomas[9].

Pour le cardinal Ratzinger, l’unité et la pluralité ont « leur fondement ultime dans le mystère même du Christ qui, tout en étant mystère de récapitulation[10] et de réconciliation universelles, déborde les possibilités d’expression de n’importe quelle époque de l’histoire, et par là se dérobe à toute systématisation exhaustive[11] ». En un mot : le Christ est trop grand pour être réduit à un langage ou à une façon de faire unique. Nous aurons l’occasion d’y revenir : mais l’Église a toujours reconnu dans la diversité des expressions de foi, de rites, de traditions, d’usages et de formes de vie ou d’apostolat non pas un obstacle à l’unité, mais au contraire un élément en faveur de la communion[12].

Ce n’est qu’un premier élément pour notre réflexion, mais il est de taille, et nous préserve de la confusion entre unité et unicité. Comme le disait un théologien récent qu’on ne pourra pas soupçonner de « traditionalisme » :

« Il n’y a rien de plus contraire à la véritable unité chrétienne que la recherche de l’unification. Celle-ci consiste toujours à vouloir rendre universelle une forme particulière, à enfermer la vie dans une de ses expressions[13]. »

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