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Culture de mort : Euthanasie / Pays : International

“C’est une illusion de croire qu’on peut contenir l’euthanasie”

Extraits d'interview d'Etienne Montero, docteur en droit, professeur et doyen de l'Université de Namur (Belgique) et auteur en 2013 d'un livre intitulé : « Rendez-vous avec la mort : dix ans d’euthanasie légale en Belgique ».

"Ses partisans déclarent que le cadre légal empêche toute dérive [de l'euthanasie], est-ce la réalité sur le terrain ? Quel est le bilan réel après dix ans de légalisation d’euthanasie en Belgique ?

Mon analyse est qu’il n’est pas possible de baliser l’euthanasie et d’en contrôler la pratique. L’euthanasie était envisagée comme une exception pour des cas limites et à des conditions très strictes. Aujourd’hui, on constate que les conditions sont appréciées très souplement par la Commission de contrôle. Là où est exigée une maladie grave et incurable, on se contente de « pathologies multiples », généralement liées au grand âge et dont aucune n’est en soi grave et incurable. La condition de souffrance physique ou psychique insupportable ne fait pas l’objet d’un vrai contrôle car, estime la Commission, la souffrance est une notion subjective. Dans les travaux préparatoires de la loi, on excluait l’euthanasie des malades psychiatriques, dépressifs et déments, alors que des euthanasies sont régulièrement avalisées par la Commission de contrôle dans de tels cas. On accepte que répond à la notion de souffrance, l’anticipation d’une souffrance future. On pourrait multiplier les exemples."

"Les derniers chiffres révélaient que le nombre de déclarations anticipées d’euthanasie avaient augmenté, n’y a-t-il pas un danger à faire une telle déclaration ?

Aujourd’hui, une telle déclaration anticipée, qui a une durée de validité de cinq ans, ne peut être exécutée que si le patient, devenu incapable, est affecté d’une maladie grave et incurable et est en situation de coma irréversible. Le législateur avait été prudent, pour ainsi dire. Mais il y a des projets de loi visant à conférer une validité illimitée à  la déclaration anticipée et à permettre qu’elle soit appliquée à des personnes démentes, qui perdent progressivement leurs facultés cognitives ou la conscience de soi. Cela signifie qu’on laisse à d’autres une importante faculté d’appréciation, ce qui est une manière de s’orienter vers la possibilité de demander l’euthanasie d’autrui. Sérieux glissement en perspective."

"Les politiques belges s’apprêtent à l’étendre pour que les mineurs puissent y avoir accès, n’est-ce pas une pente glissante et dangereuse ?

C’est très inquiétant. L’on sait que les douleurs physiques peuvent être adéquatement soulagées et rendues supportables aujourd’hui.  L’euthanasie est presque toujours demandée pour une souffrance d’ordre psychologique : lassitude de vivre, absence de perspectives… Croyez-vous vraiment que ce sont là des motivations d’un mineur ? S’il est correctement soigné, soutenu, accompagné, je ne crois pas qu’un mineur songe à demander qu’on le fasse mourir. Sauf à lui suggérer pareille issue. Je crains que l’offre crée la demande."

"Alors qu’en France, on tente de lancer le débat sur l’euthanasie et qu’on parle de suicide assisté, l’exemple belge ne devrait-il pas faire réfléchir ?

Certainement, entrouvrir une porte, c’est accepter l’idée qu’elle s’ouvrira toujours davantage, que l’on ira d’élargissement en élargissement. C’est une illusion de penser qu’on peut contenir l’euthanasie ou le suicide assisté dans des limites très strictes et en contrôler efficacement la pratique."

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11 commentaires

  1. Parallèle frappant avec “l’évolution” de l’avortement.

  2. « L’on sait que les douleurs physiques peuvent être adéquatement soulagées et rendues supportables aujourd’hui. »
    C’est malheureusement encore faux (même si globalement, c’est vrai).
    On m’a soumis un cas récemment (dans une clinique privée) où le médecin se propose de faire mourir un patient appareillé à la prochaine fausse route ou assimilée parce qu’il souffre (réellement) beaucoup et qu’on ne sait pas aujourd’hui soigner sa souffrance car on ne sait pas déterminer d’où elle vient (souffrance neurologique d’un patient en état d’éveil).
    Bref, les choses ne sont pas toujours simples non plus.
    Il est par contre très choquant que l’on propose cette solution plutôt que de tenter de faire des recherches pour trouver la cause des douleurs et y remédier (et c’est en cela que le médecin est à mon avis particulièrement odieux…).
    Pour information, le coût de ce patient est évidemment très lourd et est dans cet état depuis 3 ans (coût non supporté par la SS).
    Il n’y a aujourd’hui pas de structure pour accueillir ces malades (contrairement à ce que l’on dit).

  3. Ce qu'”ils” nomment “évolution” et “progrès” est en réalité “la Bête” qui se défait un à un de ses liens.

  4. C’est l’interdiction qui empêche toute dérive
    Ils veulent un cadre légal pour permettre les dérives…
    Je trouve plutôt singulier ces gens qui refusent la souffrance temporaire et s’acheminent inéluctablement vers la souffrance éternelle !

  5. C’est comme cela que progresse la culture de mort, par transgressions successives.
    Comme pour l’avortement.

  6. Mêmes procédés que pour l´IVG.
    A nous, en France, de démasquer ces manipulations en utilisant l´exemple de nos voisins et l´expérience acquise depuis la loi Veil…

  7. Pour soutenir le Roi des Belges et lui DIRE ce que nous pensons de l’Euthanasie, c’est ici :
    http://www.monarchie.be/fr/contact

  8. Qu’advient-il de Vincent LAMBERT ? Sera-t-il assassiné en douce par “ses bons médecins” qui sont sensés soigner et guérir?

  9. C’est évident, l’Etat nazi ne peut contenir l’euthanasie.

  10. On ne peut pas plus éradiquer l’euthanasie qu’on ne peut éradiquer le crime !
    Il faut seulement se battre toujours pour limiter au maximum sa nuisance !

  11. En tant que vétérinaire, je peux vous dire quelles sont les étapes suivantes, inéluctables:
    -l’euthanasie de convenance demandée par la famille “vous comprenez, Mamie n’a plus sa tête, on a du mal à s’en occuper, elle crie, et là nous partons en vacances, elle sera seule, et puis, après tout, elle a bien vécu… ”
    -l’euthanasie économique: ça coûte tellement moins cher, et ça demande tellement moins d’efforts, de tuer plutôt que de soigner! On commence déjà à trouver anormal que la sécu dépense de l’argent pour soigner des centenaires, qui après tout, vont bientôt mourir!
    Et tout ça deviendra la règle, comme ça l’est pour les animaux. Toujours sous couvert de bons sentiments, avec les trémolos et les larmes de rigueur. Et bien sûr l’argument imparable quand la personne commence à comprendre que ses raisons sont mauvaises: “de toute façon, nous avons pris notre décision, nous l’avons déjà annoncé aux enfants”.
    Mais ne nous voilons pas la face: la douleur insupportable est une réalité absolument anecdotique des euthanasies vétérinaires. Dans la pratique, si je suis honnête avec moi-même, l’immense majorité des euthanasies que je pratique ou vois pratiquer a pour véritable but de soulager non pas l’animal, mais le maître. Soulagement moral face à l’angoisse due à la déchéance présente ou anticipée de son animal; soulagement pratique face à des soins trop contraignants (et là je ne parle pas de traitement médical, mais de laver un incontinent, porter un impotent, ce genre de choses); ou soulagement financier bête et méchant.
    Et d’un point de vue purement médical, il est aberrant de prétendre que la mort supprime la souffrance. La mort supprime la vie, c’est tout!
    Quant aux douleurs vraiment insupportables, d’origine neurologique notamment, quand on prend un peu la peine de chercher dans les études récentes, quand on sort du carcan anti-inflammatoires/morphine, on trouve des solutions pour les prendre en charge. Ce n’est bien sûr pas une suppression à 100%, mais il y a toujours des choses à faire quand on agit dès le début. Par contre quand on laisse la douleur s’installer, c’est là qu’on finit par aboutir à des situations où elle devient ingérable.
    Bref, mieux vaut prévenir que guérir, et guérir qu’éliminer!

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