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L'Eglise : Vie de l'Eglise

Cardinal Sarah : “Certaines messes ne sont pas différentes d’une kermesse”

Dans son bulletin Aletheia, Yves Chiron revient sur l'ouvrage du cardinal Sarah, et écrit :

"Le cardinal Sarah, familier de Solesmes et du grégorien, a toujours accordé une grande attention au caractère sacré de la liturgie. Dans ce livre, il rapporte un souvenir douloureux qui remonte au début du concile, en 1962 ou 1963, alors que la constitution sur la liturgie (Sacrosanctum Concilium) n’était même pas encore promulguée. Déjà la révolution liturgique s’engageait de façon anarchique dans plusieurs pays, y compris en Afrique donc :

« La cathédrale de Conakry avait un chœur élégant et ouvragé, raconte le cardinal Sarah, avec une belle réplique du baldaquin du Bernin, entourée de très beaux anges. Au moment des premières discussions sur la réforme liturgique, Mgr Tchidimbo est revenu à Conakry en ordonnant la destruction du baldaquin et du maître-autel. Nous étions en colère, incrédules devant cette décision précipitée. Avec une certaine violence, nous passions sans aucune préparation d’une liturgie à une autre » (p. 120-121).

Plus loin, le nouveau préfet de la Congrégation pour le culte divin reconnaît qu’une fois la constitution conciliaire promulguée bien des errements se sont produits sans attendre les textes normatifs d’application en préparation :

« Malheureusement, aussitôt après le concile, la Constitution sur la liturgie ne fut pas comprise à partir du primat fondamental de l’adoration, de l’agenouillement humble de l’Église devant la grandeur de Dieu, mais plutôt comme un livre de recettes… Nous avons vu toutes sortes de créateurs ou d’animateurs qui cherchaient davantage à trouver des astuces pour présenter la liturgie de manière attrayante, plus communicative, en impliquant toujours plus de gens, mais en oubliant que la liturgie est faite pour Dieu. Si Dieu devient le grand absent, toutes les dérives sont possibles, des plus banales aux plus abjectes. […]

Si nous faisons la liturgie pour nous-mêmes, elle s’éloigne du divin ; elle devient un jeu théâtral ridicule, vulgaire et ennuyeux. Nous aboutissons à des liturgies qui ressemblent à des opérettes, à une fête dominicale pour se divertir ou se réjouir ensemble après une semaine de travail et de soucis de toutes sortes. Dès lors, les fidèles repartent chez eux, après la célébration eucharistique, sans avoir rencontré personnellement Dieu ni l’avoir écouté au plus intime de leur cœur. Il manque ce face-à-face contemplatif et silencieux avec Dieu qui nous transforme et nous redonne des énergies qui permettent de le révéler à un monde de plus en plus indifférent aux questions spirituelles. Le cœur du mystère eucharistique est la célébration de la Passion, de la mort tragique du Christ et de sa Résurrection ; si ce mystère est noyé dans de longues cérémonies bruyantes et chamarrées, le pire est à craindre. Certaines messes sont tellement agitées qu’elles ne sont pas différentes d’une kermesse populaire. Il nous faut redécouvrir que l’essence de la liturgie restera éternellement marquée par le souci de la recherche filiale de Dieu « (p. 150-151)."

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