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L'Eglise : L'Eglise en France

Bonne fête, sainte Marguerite-Marie Alacoque

Bonne fête, sainte Marguerite-Marie Alacoque

Elle a failli ne jamais être sainte. L’esprit du monde a brouillé les cartes alors qu’elle était adolescente. Les activités multiples, les amitiés toxiques, les bals effrénés, les fêtes endiablées, les soirées interminables, les mondanités argentées l’ont éloignée un temps de sa vocation. Un soir, alors qu’elle rentre d’un bal, elle a une vision du Christ flagellé. Dans la foulée, elle entre au couvent de la Visitation de Paray-le-Monial. Puis, le 27 décembre 1673, près de trois ans après, elle bénéficie d’une première apparition : celle du Sacré-Cœur de Jésus. Immersion à Paray-le-Monial, au cœur de l’Eglise, du Sacré-Cœur et de la sainte.

Parler de la sainte du Sacré-Cœur, de celle que le Christ a choisi pour être la fiancée, l’épouse, la messagère, la portière, la servante de Son cœur, et, ne pas se rendre à Paray-le-Monial est inimaginable. Le mieux c’est de s’y rendre, comme s’il s’agissait d’un pèlerinage. En voiture, de Notre-Dame de Paris, il faut 5 heures pour arriver dans cette petite ville de Bourgogne. Une première halte s’impose : celle de Nevers, dans le couvent où la jeune Bernadette, la voyante de Lourdes, la messagère de l’Immaculée Conception, a terminé ses jours. Là, chapelet à la main, vous revivez ces 18 apparitions mariales, qui ont eu lieu entre le 11 février et le 16 juillet 1858, au creux du rocher de Massabielle, qui a été reconstitué ici. C’est une introduction, un passage obligé, pour approcher de Paray-le-Monial. Il reste 1 heure et 33 minutes avant de rejoindre le couvent. Le temps d’égrener un deuxième chapelet, vous passez Moulins, la capitale historique du Bourbonnais. L’Allier vous ouvre ses bras, avec ses prairies verdoyantes, ses ruisseaux gorgés d’eau qui débordent sur les pâturages, ses élevages de bovins qui fleurent bon le lait cailleux, ses petits villages et ses fermettes toujours en activité. Vous vous signez devant les multiples calvaires, et, les petites églises, la plupart du temps fermées. En ouvrant la fenêtre de votre portière, un parfum de blé, de cuir, et, de crème s’engouffre dans la voiture. Vous entrez dans le Charolais. Il est midi, lorsque vous arrivez à Paray-le-Monial. Vous passez le pont et vous obliquez en direction du sanctuaire, de la basilique et du couvent. Vous vous arrêtez au parking. La ville de 9 233 habitants (au 13 octobre 2021) est pleine à craquer. C’est l’été, et, Paray-le-Monial accueille les congressistes venus, du monde entier, participer aux sessions organisées, chaque année, par la communauté de l’Emmanuel. Le père Benoît Guedas, du haut de son 1,90 m, vous reçoit avec son large sourire, entre deux célébrations, et, une confession.

Un recteur en mission

Alors qu’il vient de concélébrer la messe présidée par l’archevêque de Marseille, Mgr Jean-Marc Aveline, dans l’immense parc de la basilique, le recteur raconte qu’il est arrivé à Paray-le-Monial, il y a 7 ans, le 1er septembre 2014. Depuis, il connaît la région par cœur. Il évoque la célèbre abbaye de Cluny, qui se situe à 50 km de Paray-le-Monial, et ses 2 000 moines. Cette région est une vieille terre catholique, à n’en pas douter. Cet été, c’est ici que l’association Le Rocher, qui fêtera ses 20 ans en novembre prochain, a décidé de se retrouver. Ils sont près de 500, venus de toute la France, à avoir répondu à l’appel du directeur, Arnaud de Carmantrand. Dans les jardins, les chants, les danses, les conférences, les célébrations et les confessions rythment la journée. « Chaque année, nous avons habituellement, entre 20 et 25 000 personnes qui viennent à Paray, explique le recteur. Cette année, ils seront 12 000. Et, un tiers sont des nouveaux. Avec Le Rocher, beaucoup de personnes viennent des banlieues et ne sont pas forcément chrétiens. Le Rocher a été fondée par un membre de notre communauté, à son retour d’une mission de la Fidesco. »

Le recteur prend sa mission à cœur. Il a été ordonné prêtre, dans le diocèse de Paris, le 23 juin 2007. Il fait partie de la communauté de l’Emmanuel. Il parle de la vie monastique, se tourne vers la basilique et la pointe du doigt : « Ici, il y avait, aussi, une vie monastique qui a duré 1000 ans. Les moines étaient moins nombreux qu’à Cluny, C’étaient des bénédictins. » C’est certainement pour cette raison que les futurs saints François de Sale et Jeanne de Chantal décident d’essaimer et de fonder un de leurs monastères. L’Ordre de la Visitation Sainte-Marie a été fondé en 1610. Il a ouvert une vingtaine de monastères, dont celui de Paray-le-Monial en 1626.

« Ici, explique le recteur, notre mission est d’abord une action de grâces. Nous sommes dans l’action de grâces que le Seigneur vienne nous aider à nous convertir, car nous en avons tous besoin. Depuis les apparitions du Sacré-Cœur à sainte Marguerite-Marie, cette grâce de la présence divine continue. Nous avons une responsabilité importante : celle de la diffuser. »

Histoire d’une sainte

Marguerite-Marie, avant de devenir sainte, est d’abord une petite fille comme tout le monde ou presque. Marguerite est née le 22 juillet 1647, à Verosvres, un petit village situé à quelques kilomètres de Paray. Elle est la 5è d’une fratrie de 8 enfants. Très tôt, elle bénéficie de grâces exceptionnelles : elle est attirée par la présence eucharistique et le silence. Elle est très pieuse. À 5 ans, lors d’un séjour chez sa marraine, dont la fille est religieuse, elle fait sa première consécration en prononçant ces mots : « Ô mon Dieu, je vous consacre ma pureté et vous fais vœu de perpétuelle chasteté ». Elle a 8 ans lorsque son père décède atteint par un terrible coup de froid. Un an après, elle s’impose des mortifications sévères. Puis, pendant 4 ans, elle vit alitée, paralysée. Elle en guérit à la suite de sa consécration à la Vierge Marie.

A la mort de son père, sa mère et ses frères et sœurs sont recueillis par des tantes qui abusent de leur situation et les spolient de leurs biens. Toute son adolescence sera marquée par cette maltraitance familiale. Cette période, elle la transforme en temps de grâces et de prières intenses. Lors de sa confirmation, elle ajoute Marie à son prénom. Puis, elle reçoit des visions du Christ, qui lui apparaissait pendant Sa passion. Cette période de souffrance familiale se termine, enfin, vers l’âge de 17 ans. La famille retrouve ses biens et ses droits. Conséquence, sa mère la prépare à entrer dans la vie du monde. De bals en soirées, de frivolités en mondanités, Marguerite-Marie s’éloigne de Dieu. Une nuit, alors qu’elle revient d’un bal, elle bénéficie d’une vision du Christ pendant Sa flagellation. Il lui reproche son infidélité. Elle retrouve le sens de sa vocation. Le 20 juin 1671, après avoir visité de multiples monastères, elle entre à 24 ans au couvent de la Visitation de Paray-le-Monial. Jésus lui aurait dit : « C’est ici que Je te veux ». Deux ans après, le Sacré-Cœur lui apparaît.

La fiancée du Sacré-Cœur

Entre ces deux moments clés, elle se prépare à sa profession religieuse. Son amour du Cantique des cantiques lui fait vivre une intimité avec le Seigneur, qu’elle dénomme « les fiançailles mystiques ». Le 6 novembre 1672, elle fait sa profession. Elle s’y prépare par une retraite de dix jours sans interrompre son travail. Elle s’occupe de l’ânesse du monastère qu’elle doit garder avec son ânon. Un jour, sous un bosquet de noisetier, elle reçoit du Christ des lumières particulières sur le mystère de Sa Passion. Au cours de ses premières années de vie religieuse, elle reçoit de plus en plus de grâces mystiques. Comme si les vannes de la grâce céleste s’étaient grandes ouvertes depuis son entrée et sa prise d’habit. Le 1er juillet 1673, dans la chapelle de la Visitation, lors d’un office, une petite lumière divine vient reposer sur son bras sous « la forme d’un petit enfant ». Quelques mois plus tard, le 4 octobre, lors de la fête de saint François d’Assise, elle voit ce-dernier baigner dans une lumière céleste auprès du Seigneur Jésus, au-dessus des autres saints. Elle en fait son guide particulier « pour, écrit-elle, me conduire dans les peines et les souffrances qui m’arriveraient ».

Le 27 décembre 1673, l’Eglise fête saint Jean, l’apôtre bien-aimé qui reposait sur le cœur de Jésus au moment de la Cène. Dans la chapelle, lors de l’adoration, le Roi des rois vient en personne à la rencontre de la sœur. Il lui apparaît, avec Son Cœur débordant d’amour. A la suite de saint Jean, et, comme s’il lui passait le relais, comme s’il y avait une communion entre eux deux, sœur Marguerite-Marie repose à son tour sur « sa divine poitrine, où il me découvrit les merveilles de son amour et les secrets inexplicables de son Sacré-Cœur, qu’il m’avait toujours tenu cachés, jusqu’alors qu’il me l’ouvrit pour la première fois ». D’autres apparitions suivront, jusqu’en 1675. Cette année, Jésus lui apparaît et lui dit :

« Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes qu’il n’a rien épargné jusqu’à s’épuiser et se consommer pour leur témoigner son amour. Et pour reconnaissance je ne reçois de la plupart que des ingratitudes, par leurs irrévérences et leurs sacrilèges, et, par les froideurs et les mépris qu’ils ont pour moi dans ce Sacrement d’amour. Mais ce qui m’est encore le plus sensible est que ce sont des cœurs qui me sont consacrés qui en usent ainsi. »

Son arrière-arrière-arrière petite nièce

Après la conversation avec le recteur, plus loin dans le parc, sous une tente géante, Clémentine Beauvais est en pleine dédicace de son dernier livre : ‶Sainte Marguerite-Marie et moi ″. En avant-première, celle qui est l’auteur à succès d’une vingtaine de livres se définit comme « agnostique, féministe, et, végétarienne ». Mais elle a une particularité : sainte Marguerite-Marie Alacoque serait son aïeule. Clémentine vient pour la deuxième fois à Paray-le-Monial. « La première fois que je suis venue, c’était pour faire mes recherches sur mon aïeule », tient-elle à préciser. Elle se définit comme « autrice pour la jeunesse, depuis 2010. » Tout le monde a envie de lui poser cette question : Avez-vous ressenti la présence de la sainte au cours de l’écriture de cette biographie ? Elle répond :

« Quand j’ai découvert son écriture, j’ai été très emballé par ses Mémoires. Elle écrit vraiment très bien. Elle a une très grande force narrative. Elle a une manière d’écrire qui est très étonnante pour son époque. Elle réfléchit sur sa propre écriture, elle se met beaucoup en scène. Elle utilise des ellipses qui sont très intéressantes. »

Du haut de ses 32 ans, Clémentine est pétillante, elle déborde. Elle qui ne croit pas, vit en Angleterre depuis 15 ans, dans un pays multi-confessionnel. Elle écrit son livre quand elle est enceinte de son premier enfant. Et vit comme une « dynamique de la transmission ».

Sa grand-mère est la dernière Alacoque de l’arbre généalogique de la sainte. Cet arbre ne s’arrête pas pour autant, et, poursuit sa croissance grâce à la littérature. Même si les liens du sang s’estompent au fil du temps. Au fil de l’écriture, de l’encre et de la plume, ils reprennent vie, sous une autre forme, celle du papier. Clémentine en parle sans discontinuer. Impossible de l’arrêter dans sa description passionnante. Au final, une dernière question se pose : à la fin de l’écriture, Clémentine s’est-elle convertie ?

« Ma grand-mère s’appelle Anne-Claude, et Claude est le prénom du père de sainte Marguerite-Marie. Forcément, je ne suis plus la même. J’ai une nouvelle amie »

Elle ne s’est pas convertie, mais elle a fait un vrai travail de documentation et de recherches. Elle a cheminé avec son aïeule. Elle est entrée dans son intimité mystique. Elle a été témoin du Sacré-Cœur de Jésus. Mais, elle reste discrète sur les conséquences de sa proximité avec la sainte. Quoiqu’il en soit son livre est une biographie originale, qui a trouvé son public, en avant-première à Paray-le-Monial. Peut-être qu’un jour un scénariste l’adaptera pour le cinéma et qu’il deviendra un film ?

Saje le distributeur de films chrétiens

Un film, sa diffusion, et, sa production, c’est le nouveau métier d’Hubert de Torcy. A quelques mètres de la tente où se trouve Clémentine, une autre tente ne désemplit pas : la sienne, celle de Saje. Les enfants, par grappes successives, viennent y chercher des ballons. A 50 ans tout juste, Hubert semble avoir gardé cet esprit d’enfance. Marié et père de 4 enfants, il est très engagé dans la communauté de l’Emmanuel, depuis 1996. Il s’est investi dans l’évangélisation par les médias, et, a vécu une sorte de conversion à Paray-le-Monial.

« J’ai toujours eu la foi, mais j’ai fait cette expérience de Dieu qui a changé ma vie. J’avais 23 ans, et, je me trouvais dans la chapelle Saint-Claude la Colombière, le dimanche de Pâques 1994. »

Son chemin d’évangélisation est celui des médias, qu’il connaît par cœur. Avec un ami, il lance, d’abord, le célèbre journal L’1nvisible. Puis, avec la société Saje, il s’attaque, à la fin des années 2000, à la distribution de films. Il distribue le film à succès Cristeros, sur les martyrs du Mexique, lors de la révolution au début du siècle dernier. La communauté de l’Emmanuel est partie prenante de cette aventure cinématographique française où les chrétiens sont très peu présents. Hubert est en quelque sorte un pionnier. Depuis 2014, Saje a distribué une trentaine de films en salle, sur toute la France. Les coups de cœur d’Hubert vont vers La Passion du Christ, de Mel Gibson, L’île de Pavel Lounguine. « Mon plus gros coup de cœur est pour Fatima, de Marco Pontecorvo. » Sorti en salle le 6 octobre, le film cartonne.

Ce qui le lie encore plus à sainte Marguerite-Marie Alacoque c’est la diffusion du film Cœur Brûlant, d’Andrés Garrigo et de Antonio Guardi. Un documentaire-fiction qui a été diffusé en France le 19 juin 2020, lors de la solennité du Sacré-Cœur. A travers une enquête ce film vous fait voyager dans la vie de la sainte, à travers Paray-le-Monial, le Sacré-Cœur de Montmartre à Paris, et, les lieux où de nombreux miracles en découlent.

Hubert quitte sa tente pour se rendre à une conférence de présentation de Saje. La conversation se termine, trop vite. En sortant du parc de la basilique, et, en remontant la rue qui mène au couvent des Visitandines, le silence se fait présence. Comme s’il préparait à une rencontre. A l’intérieur de la chapelle du couvent, une grande fresque retrace la rencontre de sainte Marguerite-Marie avec le Sacré-Cœur. Sur la droite se trouve le corps visible de la sainte. Elle à l’abris dans son reliquaire, devant lequel saint Jean-Paul II a prié lors de sa venue en 1986. La sainte semble dormir.

Elle meurt le 17 octobre 1690. Son confesseur-conseiller était saint Claude La Colombière. L’endroit où elle se confessait est toujours existant, blotti dans une des pièces du couvent. Le 13 mai 1920, 3 ans après la première apparition de la Vierge Marie à Fatima, Marguerite-Marie Alacoque est canonisée par le pape Benoît XV.

Apparitions au pluriel 

La vie de cette sainte est incroyable. Comment la résumer ? Comment résumer les 3 principales apparitions du Sacré-Cœur de Jésus, dont elle a bénéficié ? Celles de 1673, de 1674, de 1675 ? En 1674, c’est sous le noisetier, qui existerait toujours, qu’elle rencontre le Christ. Il est dans un piteux état avec Sa couronne d’épines. Il pleure. Ses vêtements sont tâchés de sang. Un dialogue s’initie alors qu’elle se jette à ses pieds :

  • Seigneur, qu’est-ce qui vous cause tant de peine ?
  • Je suis venu pour sauver les hommes, mais ils se font sourds à mon appel et aveugles à mon visage.

Le Christ lui montre alors sa poitrine sur laquelle repose un cœur brûlant entouré d’une couronne d’épines, et surmonté d’une croix. À chaque battement, une douce chaleur s’émane de lui et Marguerite-Marie pleure de plus belle. Cette chaleur, incomparable à celle du soleil, c’est l’amour infini de Dieu pour les hommes, les justes comme les pécheurs, les sages comme les fous. C’est une chaleur qui donne de l’amour, de la confiance et de la vie.

  • Marguerite-Marie, continue le Christ devant le silence de son élue, toi qui as vu mon cœur et qui sais que jamais mon amour pour les hommes ne s’éteindra, je te confie cette mission : rappelle à la France, fille aînée de mon Église, que ce cœur l’attend. Aujourd’hui et jusqu’au jugement dernier.
  • Seigneur, vous savez que je suis votre humble servante. Mais les hommes écouteront-ils une petite religieuse ignorante ?
  • Raconte ce que je t’ai montré, fait part de mon message aux oreilles attentives et aux esprits aiguisés, et l’on t’écoutera.

En juin 1675, Jésus lui demande qu’une fête particulière, le vendredi après l’octave du Saint-Sacrement, soit instituée pour honorer son Cœur et réparer les outrages qu’il a reçus dans la sainte Eucharistie. Il promet des grâces abondantes à ceux qui lui rendront cet honneur.

L’orpheline de 8 ans a bien grandi. Elle fait partie des épouses que se choisit le Christ pour annoncer son retour. L’Epoux semble pourtant tarder. Et, puis, mystérieusement, 250 ans plus tard, c’est la vie de sainte Faustine, l’apôtre de la Miséricorde Divine, qui entre en résonnance significative avec celle de sainte Marguerite-Marie. Comme si, elle faisait partie de l’Arbre de vie généalogique mystique du Sacré-Cœur de Jésus, leur Epoux.

Reportage réalisé par Antoine Bordier, auteur, consultant et journaliste

Copyright photos A. Bordier

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