Blogs avec images

« Ils se demandent : qui est le pape en Chine ? Xi Jinping ou le pape Léon XIV ? »

Conformément à l’accord secret conclu entre le Vatican et la Chine, un nouvel évêque de Chongqing a été consacré, après avoir été élu par l’Église d’État en avril.

Andrea Ding Yang a été consacré ordinaire du siège de Chongqing. Il avait été élu par l’Association patriotique catholique chinoise (APCC) – l’Église d’État fidèle à Pékin et à l’idéologie communiste – le 15 avril, et nommé par le pape Léon XIV le 28 juillet. Le communiqué du Vatican précisait que le nouvel évêque avait été approuvé par le pape conformément à l’accord conclu entre le Vatican et la Chine concernant la nomination des évêques. Comme toujours, les informations communiquées par le CCPA ne mentionnaient pas la nomination de Yang par le pape Léon XIV, l’Église d’État ne reconnaissant pas l’autorité du Saint-Siège.

Autre constante : les versions divergentes des informations fournies par le Vatican et Pékin concernant le nouvel évêque. Yang, qui aura 45 ans la semaine prochaine, a été ordonné prêtre en mai 2007 après avoir étudié au séminaire national de Pékin. Selon le Vatican, il a passé un an à étudier à l’Université pontificale de la Sainte-Croix à Rome à partir de mars 2014 – un fait que le CCPA n’a pas mentionné.

Ce que le Vatican a omis de mentionner, c’est l’implication particulièrement étroite de Yang auprès de l’Église d’État qui ne reconnaît pas le pape. Le CCPA a noté que Yang occupe le poste de secrétaire général adjoint de la conférence épiscopale agréée par l’État, ainsi que celui de vice-président des « Deux Sessions » catholiques de Chongqing et de secrétaire général du Comité des affaires académiques.

Le nouvel évêque sera donc un homme parfaitement au fait de la politique de sinisation imposée par Pékin et mise en œuvre par le CCPA. Les spécialistes de la Chine avertissent que cette politique implique que « toutes les communautés religieuses soient dirigées par le Parti, contrôlées par le Parti et soutiennent le Parti » ; de ce fait, la sinisation conduit fondamentalement au rejet du catholicisme et à l’adoption des idéologies communistes.

Une autre divergence concerne le siège lui-même. La Chine ne reconnaît pas les archidiocèses métropolitains et ne reconnaît donc Chongqing que comme un diocèse. En revanche, le Saint-Siège l’a désigné comme un archidiocèse dans son propre communiqué de presse.

Le siège épiscopal de Chongqing a une histoire complexe et est vacant depuis de nombreuses années. Plusieurs évêques, fidèles uniquement à l’État et dont la consécration n’a pas été approuvée par Rome, s’y sont succédé. Son histoire épiscopale récente témoigne des tensions qui règnent entre l’Église officielle, qui exerce son pouvoir, et l’Église clandestine, qui lutte pour sa survie.

L’évêque Shi Mingliang a occupé le siège épiscopal de 1963 à 1978, ayant été consacré sans l’approbation du Vatican. Il a été remplacé par l’évêque Simon Liu Zongyu, consacré en 1981 également sans approbation papale. Vint ensuite l’évêque Peter Luo Beizhan, consacré en 1993 et ​​décédé en 2001. Un autre évêque est également mentionné, Joseph Hou Guoyang, consacré en 1989, mais dont la consécration aurait été invalidée par le Saint-Siège en raison de son mariage.

Les partisans de l’accord sino-vatican de 2018 considèrent donc la consécration d’aujourd’hui comme une avancée positive, puisqu’elle pourvoit un siège vacant de longue date, à la satisfaction de Rome et de Pékin. Pourvoir à de tels sièges était l’un des objectifs affichés de l’accord, bien que celui-ci soit resté officiellement secret.  

La consécration de Yang intervient quelques jours seulement après celle du père Paul Liu Honggang comme évêque du diocèse de Datong, après sa confirmation par le pape Léon en vertu des termes de l’accord sino-vatican. En effet, Léon XIV s’est montré particulièrement actif dans la nomination d’évêques conformément aux termes de l’accord. Le prochain examen n’étant prévu qu’en 2028, soit dix ans après la mise en place de l’accord, cette tendance devrait se poursuivre.  

Mais comme l’a récemment rapporté le Catholic Herald , l’Église clandestine a donné un signe notable de l’échec de l’accord sino-vatican. Des évêques sont consacrés secrètement pour cette communauté, et au moins dix évêques ont été consacrés dans la seule province du Fujian depuis la signature de l’accord. Selon nos informations, la plupart de ces consécrations ont eu lieu au cours de la dernière année.

Selon l’évêque clandestin qui a révélé l’existence de ces consécrations secrètes, cette initiative vise à protéger la foi. C’est en raison des craintes que l’intégrité de la foi catholique ne soit compromise par l’influence croissante des autorités communistes que ces consécrations secrètes ont eu lieu afin d’assurer la survie de l’Église en Chine.

Depuis que cette information a été révélée fin août, le Vatican n’a fait aucun commentaire public et n’a pas répondu à la demande de commentaires du Catholic Herald à ce sujet.  

L’évêque clandestin a averti que le Saint-Siège risquait de perdre son autorité morale au sein de l’Église clandestine, car les catholiques ne font plus confiance au Vatican pour agir dans leur intérêt : « Ils se demandent : qui est le pape en Chine ? Xi Jinping ou le pape Léon XIV ? »

Depuis la signature de l’accord en 2018, des experts de la Chine ont mis en garde contre ses failles, et des organisations de défense des droits humains ont constaté une recrudescence des persécutions contre les chrétiens, conséquence directe de cet accord. Malgré cela, le Vatican a maintenu son soutien indéfectible à l’accord.

Source : The Catholic Herald

De Léon XIII à Léon XIV : l’Eglise face aux défis politiques

Nous avons interrogé Benoît Dumoulin, directeur d’ICHTUS concernant le nouveau parcours de conférences 2026-2027, consacré à l’Eglise face aux défis politiques :

Pourquoi l’association Ichtus a-t-elle choisi de traiter le thème de l’Église face aux défis politiques pour sa session 2026-2027 des Mardis d’Ichtus ?

La question religieuse ne peut plus être évacuée d’un revers de main parce que Dieu – ou au minimum le fait religieux – est de retour dans l’histoire. D’une certaine manière, il ne l’avait jamais vraiment quittée mais beaucoup ont cru en France que le fait religieux était définitivement séparé du fait politique. Or nous voyons bien que, parmi les défis politiques les plus décisifs du moment, la question religieuse se pose à nouveau.

Pourquoi cette question religieuse se pose-t-elle à nouveau ?

D’une part en raison de la crise d’identité et de cohésion de notre nation, oublieuse de ses racines chrétiennes : la laïcité et les valeurs de la République ne suffisent pas, loin s’en faut, à offrir un ciment commun aux citoyens. D’autre part en raison de la progression de l’islam sur notre sol : celui-ci est en train de fournir une identité essentielle à de nombreux Français et il est clair que l’islam produit un fait religieux profondément politique et social. Enfin, il suffit de faire le diagnostic des maux qui touchent notre pays pour constater que la doctrine sociale de l’Église propose des principes dont la négation est un facteur important de notre état de dissociété et qui constituent pourtant un remède à ces maux. L’Église s’est toujours intéressée aux questions politiques et sociales et il nous semble important, dans le contexte que je viens de décrire, de comprendre comment l’Église, tout en s’inscrivant dans le temps long, sait proposer des réponses aux défis politiques de chaque temps de l’histoire. Il s’agit donc de revisiter cette inscription historique – de Léon XIII à Léon XIV – de l’Église face aux défis politiques et d’en tirer des leçons pour aujourd’hui.

Concrètement, comment se présente cette formation ?

Nous proposons neuf conférences chaque premier mardi du mois, en respectant la chronologie des papes successifs, de Léon XIII à Léon XIV, avec des intervenants particulièrement compétents sur chacun des pontificats, notamment Christophe Geffroy, Yves Chiron, Xavier Boniface, Frédéric Le Moal, Bernard Lecomte, Christophe Dickès, Jean-Marie Guénois et Jean-Baptiste Noé. Nous proposons une inscription sur l’année à l’ensemble du cycle de conférences, qui peut être suivi sur place chez Ichtus au 49 rue des Renaudes à Paris ou à distance par vidéo (en direct et en différé), individuellement ou en groupe. Par ailleurs, nous mettons à la disposition des inscrits une documentation spécifique pour chaque conférence et un abonnement d’un an à la revue trimestrielle Permanences.

Vous êtes l’auteur d’un livre paru en mars 2026 aux éditions Boleine et intitulé Quelle laïcité pour demain ?, préfacé par Matthieu Bock-Côté. Pourquoi est-il important de revisiter ce thème de la laïcité aujourd’hui ?

On a voulu faire de la laïcité une forme de religion civile destinée à remplacer en quelque sorte l’espace jadis occupé par le christianisme comment facteur de structuration de la vie sociale. Or la laïcité reste, en son essence, un principe fondamentalement négatif qui entend retrancher le religieux de l’espace commun pour supposément rendre ce dernier accessible à tous. Fruit de compromis fragiles, la laïcité doit toutefois demeurer une praxis fondée sur un jugement prudentiel qui vise le bien commun : elle est un moyen et non une fin. Si elle peut constituer, dans certains cas, une zone tampon au service de la paix civile, elle n’est plus un facteur de cohésion quand elle se mue en idéologie pour devenir à elle-même sa propre justification en même temps que sa propre fin. Dans ce livre, je remonte aux origines de la laïcité, fondée sur la distinction des pouvoirs temporel et spirituel, et en quelque fille de la scholastique médiévale, et je souligne la rupture des temps modernes, lesquels sont marqués par l’illusion du Salut par l’État. Bien sûr, j’aborde aussi les lois de 1901 et 1905, j’explique la différence entre laïciser l’État et la société et je propose un regard chrétien sur la laïcité.

Forbach : armé d’un couteau, il est interpellé dans l’église aux cris d’«Allah akbar»

Mardi 8 septembre, un homme a pénétré dans l’église Saint-Rémi de Forbach, en Moselle, aux cris d’« Allah akbar ». Il cherchait le prêtre de la paroisse, qui ne se trouvait pas dans l’édifice au moment des faits.

Alertés, les policiers sont rapidement intervenus et ont interpellé l’homme à l’intérieur de l’église. Celui-ci était porteur d’un couteau lors de son interpellation.

Âgé de 35 ans et de nationalité étrangère, l’individu est en situation régulière sur le territoire français. Il est inconnu du renseignement territorial, mais connu au Traitement des antécédents judiciaires (TAJ), qui répertorie les individus déjà mis en cause dans une procédure. L’homme a été placé en garde à vue.

Le procès d’un État irresponsable

De Guillaume de Thieulloy dans Les 4 Vérités :

Publié chez Fayard, Le Casse du siècle, premier livre de Sarah Knafo, se présente comme une enquête à charge contre un système public dont les dépenses sont devenues incontrôlables. Le titre donne le ton.

Sarah Knafo ne propose pas une énième méditation sur la « soutenabilité » de la dette. Elle parle de casse. Le mot est brutal, presque judiciaire. L’auteur revendique cette démarche: le lecteur doit entrer dans le livre en victime et en sortir en juge.

La force première du livre est pédagogique. Sarah Knafo s’attaque à un sujet dont la technicité sert trop souvent d’écran de fumée. Les questions budgétaires semblent réservées aux initiés. L’auteur ramène la question à l’échelle du citoyen.

Où va l’argent ? Qui le prélève? Que reçoit en retour celui qui travaille et paie? Et pourquoi l’augmentation de la dépense ne produit-elle pas nécessairement un service public à la hauteur des prélèvements ? L’idée la plus efficace du livre est de partir de la fiche de paie. Dans son entretien au JDD, Sarah Knafo prend l’exemple d’un salarié médian et compare le coût de son travail à ce qu’il perçoit effectivement. Elle veut rendre visible ce que les prélèvements successifs ont d’abstrait. L’intuition est claire: un impôt n’est jamais seulement une ligne comptable, c’est une part du travail d’un Français.

On pourra reprocher à Sarah Knafo le caractère maximaliste de son réquisitoire. Le risque est certainement de transformer une pathologie complexe en récit trop simple: d’un côté les Français qui paient, de l’autre un système qui gaspille.

Mais le mérite du livre est précisément de refuser la résignation. Là où tant d’essais constatent la dette ou le déficit avant de conclure qu’il faudrait « agir », Sarah Knafo entend descendre dans la mécanique des dépenses et proposer des économies. Le livre ne se contente donc pas d’un procès : il veut être un programme d’économies (130 milliards d’euros), et une méthode de gouvernement.

C’est ce qui donne au livre sa dimension politique. Il défend une certaine idée de l’État: moins prodigue, plus concentré sur ses missions essentielles, plus exigeant sur les résultats. La puissance publique ne se mesure pas au volume des crédits qu’elle distribue, mais à sa capacité à assurer effectivement ses missions.

Il faut donc lire ce livre moins comme un manuel de finances publiques que comme un acte d’accusation destiné à déplacer le débat. Ses chiffres appellent vérification, ses propositions discussion, et ses conclusions peuvent susciter des désaccords. C’est même la moindre des choses pour un ouvrage politique.

Mais l’essentiel demeure: Sarah Knafo pose une question que le débat public français préfère trop souvent occulter. Jusqu’à quand peut-on augmenter les prélèvements, multiplier les dispositifs, empiler les administrations et laisser croître la dette sans demander sérieusement ce que tout cela produit ?

La réponse exige des comptes, des comparaisons, des arbitrages et du courage. Le mérite de ce livre courageux et efficace est de rappeler qu’en matière d’argent public, la première vertu n’est peut-être ni la générosité ni la dépense: c’est la responsabilité.

Le problème de la liturgie et de la musique sacrée est aussi le problème des séminaires

D’Aurelio Porfiri, éditeur et écrivain catholique italien, pour le Salon beige:

Je suis engagé dans le domaine de la musique sacrée depuis plus de quarante ans. Malheureusement, je dois constater que la crise dont j’ai commencé à prendre conscience à l’adolescence n’est certainement pas résolue aujourd’hui, alors que je suis parvenu aux années de la pleine maturité. Les causes de cette situation sont diverses, mais l’une d’entre elles m’est toujours apparue très clairement : la connaissance insuffisante, de la part d’une grande partie du clergé, du rôle de la musique dans la liturgie et, disons-le clairement, leur ignorance musicale et liturgique. Il y a certes des exceptions, mais elles ne sont, précisément, que des exceptions.
La vie d’un musicien liturgique peut se résumer à une succession de luttes avec des prêtres qui ne disposent pas des instruments nécessaires pour comprendre l’importance de la musique dans la liturgie. Certes, il existe également des musiciens d’Église inadéquats, mais eux aussi sont le produit d’un clergé qui n’accorde pas à la liturgie l’importance qu’elle mériterait.
J’ai souri en regardant une vidéo du grand organiste français Jean Langlais (1907-1991), dans laquelle il racontait ses rencontres avec d’autres grands organistes français. À un moment donné, parlant de Louis Vierne (1870-1937), organiste de Notre-Dame de Paris, il racontait que ce dernier avait exprimé le souhait qu’après sa mort sa dépouille ne soit pas bénie par les prêtres de Notre-Dame. Non que Vierne fût une personne simple — bien au contraire —, mais il est vrai que, souvent, les prêtres n’aident pas les musiciens à développer leur potentiel au service du bien de la liturgie ; ils constituent plutôt un obstacle.
Le problème réside certainement en partie dans une société qui accorde très peu d’importance à l’éducation musicale, mais aussi dans la formation insuffisante que reçoivent aujourd’hui les prêtres dans les séminaires. Au moins durant ces années de formation, ils devraient être mis en contact avec la tradition musicale de l’Église, afin de former leur goût musical. Très souvent, cependant, ce n’est pas le cas. On leur enseigne une sorte de pseudo-musique liturgique, produit mal assimilé de l’atmosphère des années 1970. Et l’on continue malgré tout à refuser de voir le problème : on prétend réformer la liturgie sans fournir à ceux qui sont chargés de mettre cette réforme en œuvre les instruments nécessaires pour éviter de dégrader la liturgie et la musique sacrée.
Le problème est que l’on ne défend pas le bien de la liturgie, mais une approche idéologique de celle-ci, qui s’impose comme si elle était la volonté du Concile, alors qu’elle trahit au contraire le Concile lui-même sur de nombreux points. J’imagine que les paroles de Léon XIV, lors d’une audience il y a quelques semaines, lorsqu’il parlait du sixième chapitre de Sacrosanctum Concilium, celui consacré à la musique sacrée, auront résonné, aux oreilles de nombreux prêtres et de personnes auxquelles on permet d’être responsables de la musique dans la liturgie sans en avoir la compétence nécessaire, comme une langue inconnue résonne à nos oreilles : incompréhensibles.
Chant grégorien ? Orgue ? Polyphonie ? Patrimoine musical de l’Église ?
Certes, à ce stade, il faudrait véritablement avoir le courage d’aller au fond de cette question. Mais lorsque je regarde autour de moi, je ne vois guère de personnes ayant la volonté d’aller au-delà du mythe pour regarder en face la réalité de ce qu’est devenue la liturgie dans l’Église catholique.

La peine de mort : un cas de contradiction flagrante entre le Pape François et ses prédécesseurs

Suite à la publication de l’ouvrage Ce qu’enseigne vraiment l’Eglise sur la peine de mort, nous avons interrogé Matthieu Lavagna :

Pouvez-vous résumer quel a été l’enseignement bimillénaire de l’Eglise sur la peine de mort ?

On entend souvent dire que les chrétiens « ne peuvent pas être favorables » à la peine de mort pour des raisons de principes. Qu’il serait incohérent de se dire « pour la vie » dans le cas de l’avortement et à l’euthanasie mais « pour la mort » dans d’autres cas.

Or cette accusation n’a pas lieu d’être. Si le chrétien s’oppose à l’avortement par exemple, c’est parce que cette pratique consiste à tuer délibérément des êtres humains innocents. Au contraire dans le cas de la peine de mort, l’autorité civile met à mort un criminel gravement coupable des crimes les plus atroces. Ainsi, la position chrétienne traditionnelle n’est pas d’être « pour la vie » absolument parlant mais d’être pour la défense de la vie humaine innocente.

Certains objectent parfois que la Bible s’opposerait à toute forme d’homicide et qu’en conséquence, la peine de mort serait contraire au commandement : « tu ne tueras point ». Toutefois, la Loi de l’Ancien Testament est plus précise. Lorsque Dieu dit : « Tu ne commettras pas de meurtre » (Ex 20, 13), il ajoute aussitôt: « Qui frappe un homme à mort sera mis à mort » et « qui frappe son père ou sa mère sera mis à mort » (Ex 21, 12). En réalité, l’interdiction de tuer dans la Bible a toujours été comprise comme l’interdiction de tuer l’innocent. La preuve est que la Bible elle-même commande la peine de mort pour les meurtriers: “Celui qui verse le sang de l’homme, par l’homme son sang sera versé. Car Dieu a fait l’homme à son image.” (Gn 9,6). Sans même mentionner les nombreux passages de la loi Moïsiaque (aujourd’hui périmés) qui commandent la peine capitale, le Nouveau Testament confirme lui aussi cette légitimité morale.

Saint Jean affirme explicitement : « Si quelqu’un tue par l’épée, il faut qu’il soit tué par l’épée » (Ap 13,10). Saint Paul s’exclame quant à lui « Si j’ai commis quelque injustice, ou quelque crime digne de mort, je ne refuse pas de mourir » (Actes 25,11) et enseigne dans son épître aux Romains que « ce n’est pas en vain que [le magistrat] porte l’épée, étant serviteur de Dieu pour exercer la vengeance et punir celui qui fait le mal » (Rm 13,4).

Certains objectent que l’Evangile s’opposerait au principe même de la peine de mort puisque Jésus a sauvé la femme adultère de la lapidation. Mais ce passage n’est pas contradictoire avec l’enseignement de saint Paul car il ne prouve pas que la peine de mort n’est jamais légitime. A la limite on peut soutenir que Jésus s’oppose à l’application d’une méthode aussi barbare que la lapidation comme mode de mise à mort ou bien qu’il s’oppose à la peine de mort pour un péché comme l’adultère. Mais s’opposer à ce que l’on tue à coup de pierres une femme repentante pour un crime comme l’adultère, n’implique pas que l’on s’oppose à toute forme de peine capitale pour des crimes bien plus atroces.

D’ailleurs Jésus semble même donner une indication qu’il ne remet pas en cause la peine de mort lorsqu’il cite avec approbation le commandement: « Celui qui maudit son père ou sa mère, qu’il soit puni de mort » (Mt 15:4) ou encore lorsqu’il affirme que ceux qui s’attaquent aux petits enfants méritent la mort : « si quelqu’un scandalisait un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on suspendît à son cou une meule de moulin, et qu’on le jetât au fond de la mer » (Mt 18,6). Enfin, nous avons l’exemple du bon larron sur la croix qui reconnait la justesse de sa mise à mort: « pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, [Jésus] n’a rien fait de mal » (Luc 23,41). Et Jésus ne le corrige pas sur le fait qu’il mérite bien son châtiment. Au contraire, il accueille avec bonté le repentir du bon larron, lui annonçant qu’il sera sauvé le jour même parce qu’il accepte sa peine comme une expiation de ses péchés dont il s’est repenti.

Ainsi, nous sommes en droit de conclure que la Bible, à la fois dans l’Ancien et dans le Nouveau Testament, accepte le principe moral de la peine de mort implicitement dans certains passages (Luc 23,41; Actes 25,11 ; Mt 18,6 ; Jn 19,11) et explicitement dans d’autres (Gn 9,6 ; Rm 13,4 , Ap 13,10, Mt 15,4 Mc7,10).

Il se trouve qu’il existe aussi un consensus des Pères, des Docteurs et des théologiens de l’Eglise soutenant que l’Etat a en principe le droit d’exercer la peine capitale. Ce consensus ne porte pas sur le fait que la peine de mort doit être appliquée à chaque crime mais seulement sur le fait que l’État dispose du droit de mettre à mort les grands criminels dans certaines circonstances. Tous les Pères et Docteurs qui se sont prononcés sur la peine capitale reconnaissent sa légitimité de principe. Parmi les docteurs de l’Eglise les plus emblématiques, il nous faut évidemment citer Saint Thomas d’Aquin: « Le meurtre de l’homme est interdit dans le Décalogue dans la mesure où il s’agit un meurtre indu. […] Mais tuer les malfaiteurs ou les ennemis de la république, cela n’est pas indu. Par conséquent, cela ne contredit pas le précepte du Décalogue».

Pour saint Thomas, infliger la peine de mort est en réalité un acte de charité: « ce châtiment, le juge ne le porte point par haine, mais par l’amour de charité, qui fait passer le bien commun avant la vie d’une personne. Et pourtant, la mort infligée par le juge sert au pécheur, s’il se convertit, à l’expiation de sa faute, et s’il ne se convertit pas, elle met un terme à sa faute, en lui ôtant la possibilité de pécher davantage. »

Ainsi, d’après Thomas, la peine de mort est en un sens bénéfique et salutaire pour les grands criminels s’ils se repentent et l’acceptent comme une punition expiatoire de leur péchés. Elle favorise l’urgence de la conversion. Au contraire, quelqu’un qui serait condamné à la prison à vie ne ressentirait pas cette « urgence » de conversion.

Ajoutons enfin qu’il existe un consensus de l’enseignement des Papes en faveur de la licéité morale de la peine de mort dans certaines circonstances jusqu’à Benoît XVI.

Le Pape saint Pie V, affirme par exemple dans le Catéchisme du concile de Trente : « Il est une autre espèce d’homicide qui est également permise, ce sont les homicides ordonnés par les magistrats qui ont droit de vie et de mort pour sévir contre les criminels que les tribunaux condamnent, et pour protéger les innocents. Quand donc ils remplissent leurs fonctions avec équité, non seulement ils ne sont point coupables de meurtre, mais au contraire ils observent très fidèlement la Loi de Dieu qui le défend. Le but de cette loi est en effet de veiller à la conservation de la vie des hommes, par conséquent les châtiments infligés par les magistrats, qui sont les vengeurs légitimes du crime, ne tendent qu’à mettre notre vie en sûreté, en réprimant l’audace et l’injustice par les supplices. »

Saint Pie X se situe parfaitement dans cette lignée lui aussi dans son catéchisme : « Il est permis de tuer son prochain quand on combat dans une guerre juste ; quand, par ordre de l’autorité suprême, on exécute une condamnation à mort, châtiment de quelque crime, et en quand on est en cas de nécessaire et légitime défense contre un injuste agresseur ».

En 1952, le Pape Pie XII confirmait également: « Quand il s’agit de l’exécution d’un condamné à mort, […] il est réservé alors au pouvoir public de priver le condamné du bien de la vie, en expiation de sa faute, après que, par son crime, il s’est déjà dépossédé de son droit à la vie. »

Même saint Jean Paul II qui était personnellement favorable à une abolition pratique de la peine capitale reconnaissait néanmoins dans le Catéchisme de l’Eglise catholique que « L’enseignement traditionnel de l’Eglise n’exclut pas, quand l’identité et la responsabilité du coupable sont pleinement vérifiées, le recours à la peine de mort » (n°2267).

Le cardinal Ratzinger concluait en 2004 que les catholiques pouvaient avoir des avis différents sur l’application prudentielle de la peine de mort: « il peut être permis de prendre les armes pour repousser un agresseur ou d’avoir recours à la peine capitale. Les catholiques peuvent légitimement avoir des opinions différentes sur la guerre ou la peine de mort, mais en aucun cas sur l’avortement et l’euthanasie. » (Consignes pour recevoir les sainte communion, 2004).

Il est donc erroné de dire que les catholiques ne peuvent pas être favorables à la peine de mort. L’Ecriture Sainte, le consensus des Pères, le consensus des Docteurs, et des Papes jusqu’à Benoit XVI enseignent que la peine de mort n’est pas intrinsèquement immorale et qu’elle peut être permise dans certaines circonstances. Ce sujet est donc une question prudentielle qui peut-être débattue chez les catholiques.

Le Pape François a-t-il contredit ses prédécesseurs sur le sujet ?

Il est difficile de réconcilier les propos du Pape François sur ce sujet avec l’Ecriture Sainte, la Tradition et ce qu’ont enseigné l’ensemble de ses prédécesseurs dans leur magistère.

Dans son Message-vidéo au VIe Congrès mondial contre la peine de mort, le 21 juin 2016 le Pape s’exclamait : «Le commandement « tu ne tueras point » a une valeur absolue et inclut aussi bien l’innocent que le coupable. »

Notons la contradiction flagrante avec les propos de Jean-Paul II qui restreignaient la valeur absolue du 5è commandement aux innocents « Si l’on doit accorder une attention aussi grande au respect de toute vie, même de celle du coupable et de l’injuste agresseur, le commandement « tu ne tueras pas » a une valeur absolue quand il se réfère à la personne innocente. » (Evangelium Vitae 57)

Cette première contradiction est passée presque inaperçue dans la presse mais les autres déclarations successives de François sur la peine de mort ont clarifié son opposition à ses prédécesseurs.

Dans son Discours aux Participants à la Rencontre organisée par le Conseil Pontifical pour la Promotion de la Nouvelle Évangélisation, 11 octobre 2017 ) François a enseigné que la peine de mort semble être intrinsèquement immorale en elle-même puisqu’elle est une « mesure inhumaine qui blesse la dignité personnelle, quel que soit son mode opératoire» qui « attente à l’inviolabilité et à la dignité de la personne » et qui est « par elle-même contraire à l’Evangile ».

Il fit aussi modifier en 2018 le n° 2267 du Catéchisme de l’Eglise catholique en incluant les mots suivants :

« Pendant longtemps, le recours à la peine de mort de la part de l’autorité légitime, après un procès régulier, fut considéré comme une réponse adaptée à la gravité de certains délits, et un moyen acceptable, bien qu’extrême, pour la sauvegarde du bien commun. Aujourd’hui on est de plus en plus conscient que la personne ne perd pas sa dignité, même après avoir commis des crimes très graves. […]l’Église enseigne, à la lumière de l’Évangile, que « la peine de mort est inadmissible car elle attente à l’inviolabilité et à la dignité de la personne » et elle s’engage de façon déterminée, en vue de son abolition partout dans le monde. » (CEC 2267)

Quelques mois plus tard, dans un Discours à une délégation de la Commission internationale contre la peine de mort, 17 décembre 2018 François remarque : « La réforme du texte du Catéchisme au point consacré à la peine de mort n’implique aucune contradiction avec l’enseignement du passé, car l’Eglise a toujours défendu la dignité de la vie humaine. Toutefois, le développement harmonieux de la doctrine impose la nécessité de refléter dans le Catéchisme le fait que, même si demeure la gravité du délit commis, l’Eglise enseigne, à la lumière de l’Evangile, que la peine de mort est toujours inadmissible car elle porte atteinte à l’inviolabilité et à la dignité de la personne.»

Au fil des années suivantes, François n’a cessé de répéter dans ses discours que la peine de mort était en soi un péché : « Venons-en au concret. Aujourd’hui, posséder des bombes atomiques est un péché  ; la peine de mort est un péché, elle ne peut être pratiquée» « La peine capitale suppose une grave violation du droit à la vie que toute personne possède.»

Dans son livre Un temps pour changer publié le 2 décembre 2020, le Pape François comparaît même la peine de mort à l’euthanasie et à l’avortement, ce qui ne laisse aucun doute sur le fait qu’il pense qu’elle est intrinsèquement immorale : « Si tu penses que l’avortement, l’euthanasie et la peine de mort sont acceptables, ton cœur aura du mal à se soucier de la contamination des rivières et de la destruction de la forêt tropicale. »

Dans son encyclique Fratelli Tutti, le Pape François va même plus loin et enseigne que tous les hommes de bonne volonté sont non seulement appelés à abolir la peine de mort mais aussi appelés à abolir la prison à perpétuité ! Autrement dit, d’après François, on ne peut pas être chrétien et favorable à la prison à vie : « Tous les chrétiens et les hommes de bonne volonté sont donc appelés […] à lutter non seulement pour l’abolition de la peine de mort, légale ou illégale, et sous toutes ses formes, mais aussi afin d’améliorer les conditions carcérales, dans le respect de la dignité humaine des personnes privées de la liberté. Et cela, je le relie à la prison à perpétuité. […] La prison à perpétuité est une peine de mort cachée » (Fratelli tutti 268)

Enfin, environ un an avant sa mort, le Pape François a approuvé la déclaration Dignitas Infinita, publiée par le Dicastère pour la Doctrine de la Foi (DDF), qui enseigne elle aussi que la peine capitale est en elle-même intrinsèquement immorale au même titre que l’avortement, l’euthanasie et autres pratiques contraires à la dignité humaine :

« Il faut reconnaître que s’oppose à la dignité humaine « tout ce qui s’oppose à la vie elle-même, comme toute espèce d’homicide, le génocide, l’avortement, l’euthanasie et même le suicide délibéré ». Porte également atteinte à notre dignité « tout ce qui constitue une violation de l’intégrité de la personne humaine, comme les mutilations, la torture physique ou morale, les contraintes psychologiques ». […] Le sujet de la peine de mort doit également être mentionné ici : la peine de mort, elle aussi, viole la dignité de tout être humain, inaliénable en toutes circonstances. » (Dignitas infinita 34)

Ainsi le Pape François enseigne bien que la peine de mort est immorale en toutes circonstances. En effet, étant donné que la peine de mort, selon lui « viole la dignité de tout être humain, inaliénable en toutes circonstances » (n°34) et que « indépendamment de tout changement culturel » cette dignité humaine est « inviolable en toute époque de l’histoire et [que] personne ne peut se sentir autorisé par les circonstances à nier cette conviction » (n°6) il s’ensuit logiquement que la peine de mort est immorale en toutes circonstances à toute époque de l’histoire, c’est-à-dire qu’elle est intrinsèquement mauvaise. Contradiction formelle avec l’enseignement traditionnel de l’Eglise catholique et avec tous ses prédécesseurs.

Reste alors une question : si l’Eglise a pu faillir à ce point pendant 2000 ans avec tous ses Pères, ses Docteurs, ses théologiens et ses Papes, qu’est-ce qui permet de garantir que le Pape François nous enseigne la vérité aujourd’hui ?

Dans la Lettre aux évêques de la Congrégation pour la doctrine de la foi à propos de la nouvelle formulation à propos du catéchisme, document approuvé par François, le cardinal Ladaria écrit : « La nouvelle formulation du n.2267 du Catéchisme de l’Église Catholique, approuvée par le Pape François, se situe dans la continuité du Magistère précédent et atteste un développement cohérent de la doctrine catholique » Cette phrase renvoie à une note déclarant que « la Commission Biblique Pontificale a parlé d’un «affinement» des positions morales de l’Église » Vous évoquez pourtant une rupture dans l’enseignement de l’Eglise. Alors qui croire ?

Il est une chose d’affirmer qu’il n’y a pas de contradiction, mais il en est une autre de prouver qu’il n’y a pas de contradiction ! Evidemment on ne doit pas s’attendre à ce qu’un document officiel publié par le Vatican dise haut et fort : «Oui tout le monde s’est trompé avant le Pape François. L’Eglise fut dans l’erreur morale pendant 2000 ans au sujet de la peine de mort mais rassurez-vous : le Pape François a enfin compris que le peine de mort est en contradiction avec le 5ieme commandement et qu’elle est par elle-même contraire à l’Evangile ». Il est évident que le Vatican ne fera jamais une telle déclaration ne serait-ce que pour préserver sa crédibilité.

La question n’est donc pas de savoir si le Vatican admet publiquement la rupture, mais de savoir si les propos (non-infaillibles) du Pape François sont formellement réconciliables avec l’enseignement du magistère constant de l’Eglise. Or nous avons vu précédemment qu’il ne s’agit pas là d’un « affinement » des positions morales de l’Eglise mais bien d’une contradiction formelle. Selon François, la peine de mort serait « toujours inadmissible » non pas pour des raisons prudentielles ou pratiques mais pour une raison doctrinale : il s’agirait d’une violation pure et simple de la dignité de la personne.

En conséquence, les deux propositions suivantes sont logiquement incompatibles :

1) « L’enseignement traditionnel de l’Église n’exclut pas, quand l’identité et la responsabilité du coupable sont pleinement vérifiées, le recours à la peine de mort » (Jean-Paul II, CEC, § 2267 de 1997)

2) « L’Eglise enseigne, à la lumière de l’Evangile, que la peine de mort est toujours inadmissible car elle porte atteinte à l’inviolabilité et à la dignité de la personne.» (François, Discours à la Commission internationale contre la peine de mort, 17 décembre 2018)

Ces deux propositions sont formellement contradictoires puisque la première implique que la peine de mort peut-être permise dans certaines circonstances et que l’État a le droit de l’appliquer tandis que la deuxième affirme que cette peine de mort n’est permise en aucune circonstance (« toujours inadmissible ») et que, en conséquence, l’Etat n’a pas jamais droit de l’appliquer. Ainsi, du point de vue de la stricte logique formelle, l’adhésion à l’une de ces propositions revient nécessairement à rejeter l’autre. Toute personne qui adhère aux propos du Pape François sera alors contrainte de rejeter l’enseignement de Jean Paul II (et vice versa).

Comme le remarque le théologien Brian Harrison: “je soupçonne que n’importe quel élève de 4ième doté d’une intelligence moyenne est capable de comprendre que la proposition (P) « La peine capitale est toujours contraire à l’Évangile », contredit la proposition P1 : « La peine capitale n’est pas toujours contraire à l’Évangile ».

En 2020, dans l’encyclique Fratelli Tutti, le pape François est revenu sur la peine de mort, et au 265 rattache son immoralité à la Tradition de l’Eglise. La nouvelle formulation du CEC est-elle donc vraiment en rupture avec la Tradition de l’Eglise ?

En effet dans Fratteli Tutti, le Pape fait appel à Lactance, saint Augustin et au Pape saint Nicolas Ier pour justifier son changement de doctrine sur la peine de mort. Il écrit : « Dès les premiers siècles de l’Église, certains se sont clairement déclarés contraires à la peine capitale. Par exemple, Lactance soutenait qu’« il ne fallait faire aucune distinction : tuer un homme sera toujours un crime ». Le Pape Nicolas Ier exhortait : « Tâchez de délivrer de la peine de mort non seulement les innocents mais aussi tous les coupables ». À l’occasion d’un procès contre des meurtriers qui avaient assassiné deux prêtres, saint Augustin a demandé au juge de ne pas leur ôter la vie. »

Sans vouloir se prononcer sur les intentions du Pape, nous avons là une véritable falsification des données historiques pour faire dire à ces auteurs ce qu’ils ne disent pas.

Bien qu’à une occasion précise, saint Augustin a demandé au juge de ne pas ôter la vie à deux prêtres, ce dernier enseigne dans la Cité de Dieu que la peine de mort est en soi parfaitement légitime : « Dieu lui-même a fait quelques exceptions à la défense de tuer l’homme, tantôt par un commandement général, tantôt par un ordre temporaire et personnel. En pareil cas, celui qui tue ne fait que prêter son ministère à un ordre supérieur ; il est comme un glaive entre les mains de celui qui frappe, et par conséquent il ne faut pas croire que ceux-là aient violé le précepte: « Tu ne tueras point », qui ont entrepris des guerres par l’inspiration de Dieu, ou qui, revêtus du caractère de la puissance publique et obéissant aux lois de l’Etat, c’est-à-dire à des lois très justes et très raisonnables, ont puni de mort les malfaiteurs.” (AUGUSTIN, La Cité de Dieu , I, XXI)

Certes, il est vrai que saint Nicolas conseillait de s’abstenir des condamnations à mort en pratique mais il affirme néanmoins que les lois qui punissent de mort ces personnes ne sont pas intrinsèquement mauvaises puisqu’il les désigne comme « respectables » : « Quant à ceux qui ont trucidé leur prochain, c’est-à-dire leur consanguin […] que les lois respectables trouvent leur application. Mais si les coupables se sont réfugiés à l’église, qu’ils soient arrachés à la mort promise par les lois. » (cap 26)

Lactance quant à lui soutient que la peine de mort est en principe légitime et s’insurge contre « l’impardonnable erreur » de ceux qui accusent « d’inclémence ou de méchanceté la justice de Dieu ou des hommes […], qui punissent de mort ceux qu’ils ont convaincus de crimes […] Le juge qui frappe les crimes n’en est pas moins un juge intègre et juste, car il veille au salut des bons en châtiant les pervers » (De la colère de Dieu, 17). Le spécialiste Christian Brugger conclut que « l’interdiction absolue de tuer que Lactance défend dans Les Institutions divines (texte auquel fait référence François)  « s’applique uniquement aux membres de la communauté chrétienne » et ne reflète aucun jugement selon lequel la peine capitale serait en soi immorale.

Précisions ici une chose importante. Le « consensus patristique » dont nous parlons ne porte pas sur le fait que la peine de mort doit être appliquée à chaque crime mais seulement sur le fait que l’État dispose du droit de mettre à mort les grands criminels dans certaines circonstances. Ainsi, même parmi les (rares) Pères qui étaient opposés en pratique à la peine capitale, tous ont considéré que celle-ci était en principe moralement légitime (c’est-à-dire non-intrinsèquement mauvaise).

Même Brugger (totalement opposé à la peine de mort) se voit obligé d’admettre: « Tout au long de la période patristique, comme nous l’avons vu, les textes qui remettent en question la prérogative de l’autorité civile d’exercer la peine de mort sont notablement absents. Dans les récits qui abordent directement la question, nous trouvons une acceptation presque unanime de cette autorité. Lorsque des raisons sont élaborées, cette acceptation est invariablement fondée sur un appel à l’Écriture, en particulier à Romains 13. […] Compte tenu de tout cela, il semble qu’il y ait des raisons suffisantes pour parler d’un consensus patristique.»

Le Pape François ne peut donc pas prétendre s’appuyer sur la Tradition de l’Eglise pour défendre sa position selon laquelle la peine de mort « viole la dignité humaine en toutes circonstances »

Savez-vous s’il existe d’autre cas de contradictions flagrantes entre le Pape François et ses prédécesseurs ?

Oui, François n’a pas hésité à contredire ses prédécesseurs sur d’autres sujets, mais rarement dans le cadre de son magistère.

Lors de la conférence de presse donnée pendant son vol de retour de Bratislava, le 15 septembre 2021, François a afirmé : « Le Seigneur est bon et il sauvera tout le monde. Cela, ne le dites pas à voix haute [il rit]» Le texte italien officiel affirme bien : « Il Signore è buono e salverà tutti ». Le verbe salverà est au futur de l’indicatif : littéralement, « il sauvera tout le monde». Prise dans son sens naturel et absolu, cette phrase ne se contente donc pas d’affirmer que Dieu veut le salut de tous ; elle semble annoncer que tous seront effectivement sauvés.

Cela est cohérent avec son discours auprès des Jeunes de Singapour le 13 Septembre 2024 dans lequel il semblait refuser la hiérarchie des religions « Toutes les religions sont un chemin vers Dieu. Elles sont – je fais une comparaison – comme des langues différentes, des idiomes différents, pour y parvenir. Mais Dieu est Dieu pour tous. Et parce que Dieu est Dieu pour tous, nous sommes tous fils de Dieu. […] Il n’y a qu’un seul Dieu, et nous, nos religions sont des langues, des chemins vers Dieu. Certains sont sikhs, d’autres musulmans, d’autres hindous, d’autres chrétiens, mais ce sont des chemins différents. »

Or l’idée que toutes les religions permettent de parvenir à Dieu est formellement condamnée par de nombreux Papes à travers l’histoire. Le Pape Pie IX disait dans Singulari quadam en 1854 « Notre charge apostolique, nous voulons exciter votre sollicitude et votre vigilance épiscopale, afin, que vous vous efforciez autant qu’il est en vous, d’arracher de l’esprit des hommes cette opinion aussi impie que funeste, qui affirme que l’on peut trouver la voie du salut éternel dans n’importe quelle religion.».

Le Pape Saint Jean Paul II lui-même a approuvé la publication de Dominus Iesus qui affirme « il serait clairement contraire à la foi catholique de considérer l’Église comme un chemin de salut parmi d’autres.»

Fort heureusement ces déclarations du Pape François ne font pas partie du magistère de l’Eglise et n’ont aucune autorité sur les catholiques. La problématique est plus forte sur la question de la peine de mort car l’enseignement fait désormais partie du magistère non infaillible de l’Eglise.

Néanmoins, l’instruction Donum Veritatis précise :

« La volonté d’acquiescement loyal à cet enseignement du Magistère en matière de soi non-irréformable doit être la règle. Il peut cependant arriver que le théologien se pose des questions portant, selon les cas, sur l’opportunité, sur la forme ou même le contenu d’une intervention. […] Dans ce domaine des interventions d’ordre prudentiel, il est arrivé que des documents magistériels ne soient pas exempts de déficiences. Les Pasteurs n’ont pas toujours perçu aussitôt tous les aspects ou toute la complexité d’une question. Mais il serait contraire à la vérité de conclure, à partir de certains cas déterminés, que le Magistère de l’Église puisse se tromper habituellement dans ses jugements prudentiels, ou qu’il ne jouisse pas de l’assistance divine dans l’exercice intégral de sa mission. » (Donum Vertitatis 24)

Autrement dit, il est possible, par définition, que le magistère non-infaillible du Pape puisse se tromper ponctuellement sur tel ou tel enseignement, même si cela ne devrait pas arriver habituellement sur une grande quantité de sujets divers. Les théologiens reconnus par l’Eglise pour leur enseignement doctrinal confirment d’ailleurs cette possibilité de refuser de donner son assentiment au magistère non-infaillible pour des raisons grave :

Franciscus Diekamp, grand théologien catholique allemand (1864-1943), professeur de théologie dogmatique à Münster écrivait par exemple dans son manuel de théologie dogmatique : « Ces actes non-infaillibles du magistère du pontife romain n’obligent pas à croire, et ne postulent pas une soumission absolue et définitive. Mais il est du devoir de chacun d’adhérer d’un assentiment religieux et intérieur à de telles décisions, en tant qu’elles constituent des actes du magistère suprême de l’Eglise, et sont fondées sur de solides raisons naturelles et surnaturelles. L’obligation d’y adhérer ne pourrait prendre fin que dans le cas, rarissime, où un homme, apte à juger cette question, après une analyse répétée et très fouillée de tous les arguments, parvient à la conviction qu’une erreur s’est glissée dans la décision » (Diekamp, Theol. dogm. man., vol. I, p. 72)

Ludwig Ott, Théologien catholique allemand, professeur à Eichstätt, auteur du manuel incontournable « Fundamentals of Catholic Dogma » conclut de manière similaire : « En ce qui concerne l’enseignement doctrinal de l’Église, il faut bien noter que toutes les affirmations de l’Autorité enseignante de l’Église sur les questions de foi et de morale ne sont pas infaillibles et, par conséquent, irrévocables. Ne sont infaillibles que celles qui émanent des conciles généraux représentant l’épiscopat tout entier, ainsi que les décisions pontificales ex cathedra… La forme ordinaire et habituelle de l’activité enseignante du pape n’est pas infaillible. En outre, les décisions des congrégations romaines (Saint-Office, Commission biblique) ne sont pas infaillibles. Néanmoins, elles doivent normalement être acceptées avec un assentiment intérieur fondé sur la haute autorité surnaturelle du Saint-Siège… Le silentium obsequiosum, c’est-à-dire le « silence respectueux », ne suffit généralement pas.

Par exception, l’obligation d’un assentiment intérieur peut cesser si un expert compétent, après un examen scientifique renouvelé de tous les fondements, en vient à la conviction positive que la décision repose sur une erreur. »(Fundamentals of Catholic Dogma, p. 10)

Après 5 ans, 7 ministres et 10 réformes, la France enregistre les plus mauvais résultats depuis le lancement du classement PISA

Le classement PISA 2026 est catastrophique pour l’Education nationale. Il ne suffit pas de donner des cours sexuels ou sur le vivre-ensemble, ni de faire la guerre à la liberté scolaire,  pour que les écoliers sachent lire, écrire et compter. En mathématiques, la France arrive en 34e position sur 91 pays. En compréhension, elle se situe au 28e rang. Ce sont ses plus bas résultats enregistrés en plus de 20 ans.

Après 5 ans, 7 ministres et 10 réformes…, la France enregistre les plus mauvais résultats depuis le lancement du classement PISA.

En mathématiques, la France accuse une baisse de 16 points – contre 9 points de moins en moyenne pour les pays de l’OCDE – en passant de 474 à 458 points, avec moins de bons élèves et 36% d’élèves en difficulté – elle était de 29% en 2022). De manière générale, le nombre des mauvais élèves augmente et celui des très bons diminue.

La Fondation pour l’école souligne : ­

Des réformes de bon sens s’imposent donc pour redonner à l’école ses marges de manœuvre. Certaines étaient d’ailleurs déjà évoquées dans la précédente enquête PISA en 2022 ; citons par exemple la limitation du numérique à l’école (proposition 4), le renforcement de la collaboration avec les parents (proposition 5), ou le déploiement de l’autonomie des établissements scolaires (proposition 10). Autant de pistes soutenues par la Fondation pour l’école dans son plaidoyer – et largement appliquées dans les établissements hors contrat.

Limitation des écrans, petits effectifs, autonomie de l’établissement : c’est en effet le quotidien des 2 156 écoles libres hors contrat de France. Et c’est ce qui leur permet de déployer une pédagogie ancrée dans le réel, une approche expérimentale et des cours centrés sur les fondamentaux. Le tout en faisant économiser 1.3 Milliards d’euros à l’Etat, là où le « bouquet de réformes » proposé par le Conseil d’analyse économique suite à la conférence de rentrée du ministre coûte plus de 4 milliards d’euros (une somme énorme à l’heure des restrictions budgétaires qui s’annoncent). Les parents ne s’y trompent pas : le succès des écoles libres ne s’est jamais démenti.

Racisme anti-blanc : l’AGRIF engage des poursuites contre Jean-Luc Mélenchon et Imane Hamel

Communiqué de Yann Baly, Président de l’AGRIF

Le jeudi 16 octobre 2025 se tenait à Clichy-sous-Bois une réunion de La France Insoumise (LFI) au cours de laquelle Imane Hamel, co-animatrice d’un groupe thématique de LFI dédié à l’antiracisme, déclarait : « Par une réécriture de l’histoire, le peuple français est réduit à une lignée de sang à la culture sclérosée » puis « Nous ne sommes pas moins français que celui dont la seule gloire malheureuse est d’être né blanc »

Une vidéo était par la suite en ligne, accompagnée du texte suivant : « Nous ne sommes pas moins français que celui dont la seule gloire est d’être né blanc. Jamais le peuple français ne sera réduit à une lignée de sang à la culture sclérosée. Nous sommes chez nous. »

Le mercredi 18 mars 2026 se tenait une conférence de Jean-Luc Mélechon, fondateur de LFI, rediffusée en direct sur la chaîne YouTube « JEAN-LUC MÉLENCHON ».

Après de longues démonstrations où le candidat à l’élection présidentielle vantait ce qu’il nomme « la nouvelle France », ce dernier déclarait : « Je veux dire, il a quand même bien fallu qu’il y en ait un jour un ou une qui se mette debout sur ses pattes à l’autre bout du continent africain pour qu’à la fin ici vous soyez en train de faire les malins tout blancs, tout moches que vous êtes. »

Dans un climat où explose le nombre d’agressions verbales et physiques marquées par la haine anti-française et anti blanche, ces propos contribuent à jeter de l’huile sur le feu et peuvent constituer une incitation au passage à l’acte.

C’est pourquoi l’AGRIF a déposé plainte contre Imane Hamel et Jean-Luc Mélenchon pour injures publiques envers un groupe de personnes en raison de l’appartenance à la race.

Rappelons également que, ce vendredi 11 septembre 2026, se tiendra le procès intenté par l’AGRIF contre Majid Messaoudene, militant indigéniste, proche du maire de Saint Denis Bally Bagayoko, qui écrivait sur son compte Twitter le 18 juin 2020 : « Nous sommes antiracistes contre tous les racismes », précisant : « Sauf contre le racisme anti-blanc évidemment ».

Comme l’AGRIF le répète depuis sa fondation : leur soi-disant anti-racisme est un racisme en sens contraire.

17e pèlerinage Nuestra Señora de la Cristiandad

Vidéo officielle du pèlerinage Notre-Dame de Chrétienté espagnol, qui a eu lieu au mois de juillet :

« Nous ne pouvons plus nous contenter des textes ambigus de Vatican II. Nous devons les corriger afin qu’ils soient parfaitement clairs »

Mgr Schneider a été interrogé sur AdVaticanum. Extraits :

Vous avez écrit que si le Saint-Siège prenait au sérieux la position de la FSSPX et reconnaissait les « ambiguïtés objectives » de certaines déclarations de Vatican II et du rite de la nouvelle messe, cela marquerait « le début de la fin du projet moderniste au sein de l’Église ». Que devrait contenir cette reconnaissance pour être plus qu’une simple formule de politesse ? Et voyez-vous, sous le pontificat de Léon XIV, un signe que Rome soit disposée à nommer ces ambiguïtés comme telles ?

Au contraire. La déclaration du cardinal Fernández en février, après sa rencontre avec F. Pagliarani, a réaffirmé que le concile Vatican II ne devait pas être discuté et que ses textes étaient irréfutables. Même s’ils ne constituent pas formellement des enseignements définitifs – comme l’a déclaré Paul VI en janvier 1966 –, les textes de Vatican II ne sont ni infaillibles ni définitifs au sein de l’Église. Je parle ici de l’enseignement propre du Concile. Bien sûr, lorsque le Concile a cité des dogmes – et il en a cité de nombreux –, ceux-ci demeurent des dogmes. Là n’est pas la question. La question porte sur l’enseignement propre du Concile.

Ainsi, si ces textes ne sont pas définitifs, s’ils ne sont pas établis ex cathedra , pourquoi ne pourraient-ils pas être amendés, améliorés, voire corrigés ? L’histoire de l’Église en a connu des exemples. Au concile de Florence, des déclarations doctrinales – non strictement disciplinaires – n’avaient pas vocation à être infaillibles. L’une d’elles concernait la matière ( materia ) du sacrement d’ordination : la remise des calices, les instruments, et non l’imposition des mains.

Mais cela allait à l’encontre de la longue tradition de l’Église car, durant tout le premier millénaire, en Orient comme en Occident, la remise des instruments n’était pas encore pratiquée. Elle n’apparut que plus tard, peut-être à la fin du premier millénaire. Pendant longtemps, l’Église utilisa uniquement l’imposition des mains. Et puis, à l’époque de Florence, près de la moitié de l’Église – les Églises orientales – pratiquait encore uniquement l’imposition des mains. Or, il s’agit d’une seule Église avec un seul sacrement. Par conséquent, certains théologiens trouvèrent étrange cette déclaration du Concile. Elle manquait d’équilibre. C’était objectivement une erreur. Mais le Saint-Siège, à cette époque, se montra assez tolérant et n’interdit pas aux théologiens d’en discuter, ni même de formuler des objections à cette formulation.

Pendant des siècles, la majorité des théologiens ont soutenu que la question se limitait à l’imposition des mains. La question a mûri, elle est devenue pertinente, et puis le pape Pie XII, dans un document solennel, a affirmé de manière définitive que la question se résumait – il a insisté sur le mot « seulement » – à l’imposition des mains. Ainsi, formellement, il a corrigé un concile œcuménique sur un point de doctrine.

Le Saint-Siège était plus tolérant à ces siècles-là qu’aujourd’hui. Aujourd’hui, il interdit toute discussion, correction ou modification de certaines déclarations pastorales et doctrinales – liberté religieuse, œcuménisme, collégialité : ces deux ou trois points essentiels pour la Fraternité Saint-Pie-X. Il faut s’y soumettre sans réserve, faire un effort intellectuel, une gymnastique mentale, et ensuite tout est en ordre. Ce n’est pas honnête.

Le point suivant : ce même concile a déclaré que toute personne non baptisée, enfant ou adulte, qui meurt sans avoir été baptisée, est vouée directement à l’enfer. Une telle affirmation est très déséquilibrée. Par la suite, des théologiens ont estimé qu’elle était incomplète ; elle n’était pas tout à fait exacte. L’Église a autorisé le débat jusqu’au XIXe siècle. Pie IX a publié deux encycliques dans lesquelles il aborde cette question et corrige la doctrine de Florence, affirmant que lorsque des personnes non baptisées meurent dans une ignorance prétendument invincible, elles peuvent être sauvées par des voies que Dieu seul connaît.

Vous voyez, nous avons déjà des exemples. Pourquoi ne pas faire preuve de plus de tolérance et dire : « Très bien, discutons-en ; ces trois points sont peut-être plus importants ; laissons la parole à chacun » ? Pourquoi ne pas proposer des amendements, voire des modifications ou des corrections, afin que ces textes ne soient plus ambigus ?

Un autre exemple historique est celui du pape Honorius Ier au VIIe siècle. Il écrivit deux lettres, relevant de son magistère pontifical authentique, au patriarche de Constantinople au sujet de la christologie. Ces lettres étaient d’une grande obscurité, d’une grande ambiguïté. Elles n’étaient ni ouvertement hérétiques, ni ouvertement erronées, mais néanmoins très ambiguës. Ces deux lettres ambiguës incitèrent le patriarche hérétique de Constantinople et d’Orient à poursuivre la propagation de l’hérésie. Ils se fondaient sur le pape Honorius pour répandre l’hérésie.

Le successeur immédiat d’Honorius – car le premier successeur n’est resté en fonction que quelques mois – fut Jean IV. Il tenta de redresser la situation et de défendre Honorius, en appliquant ce que nous appellerions aujourd’hui l’herméneutique de la continuité. Mais les successeurs suivants d’Honorius au cours du même siècle, ainsi que le troisième concile de Constantinople, rejetèrent l’herméneutique de Jean IV. Ils déclarèrent : « Non, votre explication n’est pas acceptable », non pas parce qu’elle était hérétique, mais parce qu’elle manquait de clarté ; elle était ambiguë. C’est pourquoi ils le condamnèrent solennellement. Le pape saint Léon II, qui confirma le concile œcuménique, condamna lui aussi son prédécesseur pour cause d’ambiguïté.

Par conséquent, nous ne pouvons plus nous contenter des textes ambigus de Vatican II. Nous devons les corriger afin qu’ils soient parfaitement clairs sur l’œcuménisme et la liberté religieuse, sans aucune incitation à des interprétations ambiguës – comme cela s’est déjà produit au cours de ces soixante dernières années. Nous subissons aujourd’hui les conséquences de ces textes ambigus : un œcuménisme erroné, un système de dialogue interreligieux défaillant, fondamentalement relativiste, qui sape la seule vérité et la seule vraie religion, l’Église catholique fondée par Dieu. Et cette Église est irrémédiablement compromise.

Si vous vous rendez dans les séminaires et les facultés de théologie de ces soixante dernières années, si vous les interrogez aujourd’hui, la majorité des prêtres et séminaristes du Novus Ordo, dans les facultés de théologie actuelles de l’Église catholique, vous répondront : « Oui, les différentes communautés chrétiennes cheminent toutes vers Dieu, vers le Christ, et nous pouvons coexister. La conversion n’est pas une obligation. » Et cela s’étend même aux non-chrétiens. Cette conception est de plus en plus répandue et enseignée dans les facultés, prêchée par des prêtres et même des évêques. 

Votre Excellence, vous avez décrit les consécrations d’Écône comme un choix entre la préservation de la clarté de la Foi et la reconnaissance par le Pape, car Rome exigerait de la FSSPX qu’elle accepte certaines nouvelles ambiguïtés et la légitimité de la Nouvelle Messe. Vous-même évêque en pleine communion, vous avez souvent souligné ces mêmes problèmes. Avez-vous accepté ces conditions ? Dans le cas contraire, pourquoi ce dilemme ne concerne-t-il que la Fraternité ?

Eh bien, lorsque je suis devenu évêque, je n’en avais pas encore pleinement conscience. Je dois être honnête. Cela fait maintenant vingt ans que je suis évêque. Je suis spécialiste de la patristique. J’ai étudié la situation de plus en plus en profondeur : les textes du Concile, son histoire, les débats. J’ai lu le Concile attentivement. Et j’ai donc une meilleure compréhension de l’ambiguïté de ces textes. Nous ne pouvons accepter de telles ambiguïtés.

Quant au Novus Ordo, plus j’étudie les textes et les témoignages, plus je me rends compte de son erreur. On ne peut affirmer que le Novus Ordo – autrement dit, sa justesse ou sa légitimité – ne nécessite aucune correction. Nous ne pouvons perpétuer un rite liturgique aussi ambigu, qui compromet la clarté du caractère sacrificiel de la Messe. J’en suis désormais plus conscient. Et c’est pourquoi je comprends mieux la Fraternité, qui ne peut souscrire aux déclarations du Concile ni à la justesse de la Messe nouvelle.

J’étais l’un des visiteurs apostoliques de la Fraternité il y a dix ans, et j’en suis conscient. L’un des derniers documents que le cardinal Müller leur a présentés, en 2017, dont je possède le texte, leur demandait de reconnaître non seulement la validité de la Nouvelle Messe et des nouveaux sacrements, ce qu’ils étaient prêts à faire, mais aussi, comme je le disais, la reconnaissance de la légitimité de la Nouvelle Messe et des nouveaux sacrements par le Saint-Siège. J’avais alors déclaré au Saint-Siège : « Je vous en prie, contentez-vous de cette reconnaissance. » Mais le Saint-Siège ne s’en est pas contenté. Il a adopté une approche maximaliste et a exigé davantage de la Fraternité. Je lui ai alors dit : « Je vous en prie, adoptez une approche minimaliste, pour des raisons pastorales et historiques. »

La FSSPX a refusé la proposition de reconnaître la bonté, la légitimité et la justesse de la messe, et non seulement sa validité. Elle a également refusé d’admettre que, d’un point de vue général, les enseignements de Vatican II font partie de la tradition de l’Église.

En février dernier, le cardinal Fernández a réaffirmé les exigences. Pour avoir des évêques, il faut accepter ces conditions. Des débats théologiques sont nécessaires, mais la Fraternité en connaît déjà l’issue, tout comme le Saint-Siège : accepter ces déclarations ambiguës, accepter la bonté de la Nouvelle Messe.

Dernière question concernant la Fraternité : si vous aviez l’occasion de rencontrer à nouveau Sa Sainteté et de vous entretenir avec le cardinal Fernández au Saint-Office, que leur diriez-vous ? Comment leur présenteriez-vous la cause de la Fraternité ?

Je leur dirais : « Ne commettez pas une grave erreur historique, de peur que l’Église n’ait à se repentir après votre mort – de peur que les pontifes suivants n’aient à se repentir. » Pourquoi ? Parce qu’à cette époque, en 2026, l’Église était si rigide et incapable de résoudre un problème pastoral – certes, avec certains éléments doctrinaux, mais il ne s’agit pas de discuter directement d’un dogme de foi. Il s’agit plutôt des explications pastorales du Concile.

Il nous faut une approche et une solution empreintes de magnanimité, véritablement pastorales, voire synodales : davantage d’ouverture et d’esprit synodal. Nous devrions dire : « Oui, nous leur accordons cela maintenant », puis permettre l’ordination des évêques – ou les reconnaître après leur ordination – afin d’instaurer un climat de confiance mutuelle.

Puisque le Saint-Siège est plus fort, ceux qui le sont doivent faire preuve de plus d’ouverture que ceux qui sont plus faibles et qui n’ont pas autant de pouvoir. Ainsi, les puissants se retrouvent face aux impuissants. La Fraternité est, canoniquement parlant, impuissante. Le Saint-Siège est puissant. Tout le pouvoir est entre ses mains. Alors, pourquoi ne pas, vous qui êtes puissants, vous pencher un peu, faire une concession pastorale, et créer ainsi un climat de confiance mutuelle, un climat psychologique propice ? Intégrez-les un peu plus à la vie normale de l’Église, et nous aurons alors des éléments plus positifs et féconds, ainsi qu’un cadre pour mener les discussions nécessaires.

Mais cela peut prendre du temps. Cela peut prendre beaucoup de temps. L’Église a toujours fait preuve de patience et de tolérance dans la discussion de certaines questions pendant de très nombreuses années. Il faut d’abord les intégrer progressivement.

Je dirais au Saint-Père : « Vous êtes le seul à pouvoir résoudre ce problème, avec une grande charité paternelle et une grande magnanimité. »

Le 26 août, le pape Léon XIV a clôturé son cycle de conférences du mercredi sur Sacrosanctum Concilium . Il a présenté la réforme post-conciliaire comme ancrée dans la tradition vivante et visant une participation consciente et active plutôt qu’une attitude de « spectateurs silencieux ». Vous avez évoqué une « imprécision doctrinale et rituelle » dans la nouvelle messe et une rupture avec le rite romain traditionnel. Qu’avez-vous entendu lors de cette dernière catéchèse ? Le Novus Ordo, tel qu’il est communément célébré, est-il compatible avec les demandes du Concile, ou seulement avec un esprit de réforme postérieur qui a dépassé le texte ?

Ce discours ne saisit pas la véritable nature du Novus Ordo et l’engouement qu’il suscite à travers le monde. Il se contente de ne pas l’affirmer, de ne pas l’accepter, de ne pas percevoir la réalité. Il s’agit davantage d’un discours théorique qui ne correspond pas à la pratique.

Le Novus Ordo, tel qu’il est pratiqué, ne correspond pas à l’intention des Pères de l’Église, des Pères conciliaires. Le Pape doit le reconnaître, car nous disposons de nombreux témoins de cette époque. À commencer par le cardinal Ratzinger, professeur Ratzinger. Il a écrit une lettre célèbre au professeur Waldstein en 1976, dans laquelle il affirmait – ayant participé à toutes les discussions du Concile en tant que peritus – : « De par ma participation et ma présence aux débats sur la liturgie durant le Concile, je peux affirmer avec certitude que le Novus Ordo, tel que nous le connaissons, n’est pas conforme à la volonté des Pères conciliaires. » Ce témoignage est d’une importance capitale.

Nous avons ensuite le témoignage du cardinal Antonelli, qui participa au concile puis à la commission Bugnini. Dans ses mémoires, le cardinal Antonelli critique le travail de Bugnini sur le Novus Ordo, qu’il jugeait contraire aux souhaits du concile.

Puis, le célèbre liturgiste et théologien Louis Bouyer. Il fut également membre du Concile, d’abord comme peritus, puis au sein de la Commission Bugnini. Dans ses mémoires, il critique vivement l’œuvre idéologique de Bugnini concernant le Novus Ordo. Enfin, l’archimandrite Boniface Luykx, dans son ouvrage récent intitulé « Une vision plus large de Vatican II » , démontre de manière convaincante, à partir de sa propre participation au Concile et à la commission, que la messe de Paul VI ne correspond pas aux intentions des Pères conciliaires.

Ce sont des faits. On ne peut les nier. Il me semblait qu’il suffisait de fermer les yeux et de continuer à répéter des formules rhétoriques, qui peuvent être vraies en elles-mêmes, certes, mais qui ne correspondent ni à la réalité ni à l’histoire.

Un autre point important : je recommanderais vivement au Saint-Père et à ses conseillers de lire attentivement l’intégralité des débats du Concile concernant la liturgie. Un ouvrage publié il y a de nombreuses années à Rome rassemble tous les débats des Pères conciliaires sur ce sujet. Je l’ai lu deux fois, mais il est en latin. Et il est révélateur. À sa lecture, on se dit : « Les Pères conciliaires étaient si hésitants, si prudents face à tout changement radical. » Tout le débat portait essentiellement sur la langue, la langue vernaculaire ou le latin.

Mais même dans Sacrosanctum Concilium — et je suis surpris que le pape Léon XIV ne l’ait pas remarqué —, deux articles stipulent que la langue latine doit être conservée : non seulement elle peut l’être, mais elle doit l’être dans le rite latin. C’est une obligation. Un autre article précise que les évêques doivent veiller à ce que les fidèles puissent connaître l’ Ordinarium de la messe en latin. Cela comprend le Kyrie, le Gloria, le Credo, l’Agnus Dei et le Sanctus.

Et dans plus de 90 % des cas où le Novus Ordo est en vigueur, ce principe n’est absolument pas appliqué. Cela contrevient donc à un mandat explicite du Concile, dont le Saint-Père devrait tenir compte lorsqu’il s’exprime sur ce sujet.

Et puis, par exemple, lors du Concile, pendant le débat sur la liturgie, un évêque s’est levé et a déclaré : « Je ne propose pas cela ; je suis contre ces propositions d’élargissement de la langue vernaculaire, car si nous l’élargissons », a dit ce père conciliaire, « alors, à terme, la messe sera célébrée entièrement en langue vernaculaire. » Et alors, presque tout le Concile s’est mis à rire, car c’était impossible.

Alors le président du comité se leva et déclara : « Votre Excellence, nous vous assurons que cela est impossible. Il n’arrivera jamais que la messe entière soit célébrée en langue vernaculaire. » On perçoit ainsi l’atmosphère qui régnait durant le Concile : la majorité des Pères conciliaires n’imaginait pas que la messe puisse être célébrée entièrement en langue vernaculaire.

Mais aujourd’hui, plus de 90 % des messes du Novus Ordo sont célébrées en langue vernaculaire. Et il existe même des diocèses où, lorsque des prêtres souhaitent célébrer le Novus Ordo en latin, ils sont punis et interdits. C’est absurde.

Certaines personnes souhaitent observer le silence pendant la messe, pour se recueillir. La contemplation est possible durant la messe. Bien sûr, il ne s’agit pas d’un silence absolu pour toute la communauté. Ce n’est pas l’idéal. L’idéal serait que les fidèles répondent au prêtre. Mais nous devons aussi rester ouverts à ceux qui préfèrent contempler.

Il peut aussi y avoir une participation active qui est stérile car il n’y a aucune participation intérieure.

Un autre point important : le premier missel, conforme aux normes de Sacrosanctum Concilium, a été publié par le Saint-Siège en 1965. Il ne faut pas oublier ce missel de 1965, qui constituait déjà la première réforme liturgique du concile Vatican II. Ce n’était pas en 1969, mais au début de 1965.

Puis, lorsque les Pères conciliaires revinrent pour leur dernière session en septembre 1965, ils célébrèrent déjà la messe réformée. Tous étaient ravis et s’exclamèrent : « Voilà ce que nous voulions dire ! » En quoi consistait cette réforme de 1965 ? Il s’agissait essentiellement d’une réforme très progressive et organique, comme l’exigeait le Concile, de sorte que la messe traditionnelle dans son intégralité était conservée, à deux modifications près : le psaume 42 et le dernier évangile furent supprimés. Or, dans l’ancien rite, le psaume 42 était également omis lors de chaque messe de requiem pour les défunts. Et durant les deux dernières semaines avant Pâques, pendant le temps de la Passion, le psaume 42 était également omis. Ce n’était donc pas une nouveauté.

Quelle fut la grande réforme visible de 1965 ? Il s’agissait, comme l’avaient proposé les Pères conciliaires, d’un usage plus large et plus répandu de la langue vernaculaire. Ainsi, la première partie de la messe, jusqu’à la préface, était en langue vernaculaire. Et après le canon, de même. Donc, de la préface jusqu’à la fin du canon, tout était en latin. Il était obligatoire que ces parties soient en latin.

Lors de la messe de 1965, le canon était silencieux. C’était une réforme très réfléchie, et les Pères conciliaires s’en félicitaient. Puis, en 1967, au premier synode des évêques, Bugnini présenta le projet de la nouvelle messe qui devait entrer en vigueur en 1969. Il l’avait déjà rédigé en 1967, mais la majorité des Pères synodaux l’avaient rejeté.

Vous voyez donc : une majorité des Pères synodaux en 1967, qui étaient encore Pères conciliaires deux ans auparavant, n’ont pas approuvé la messe de 1969.

J’aurais souhaité que le pape Léon ait étudié cela avant de prononcer son discours à ce sujet : qu’il étudie tous ces éléments historiques et factuels, qu’il lise les débats et qu’il écoute les témoins.

Revenir au magistère

De l’abbé Claude Barthe sur Res Novae :

Humanæ vitæ, en 1968, avait représenté un événement insolite au milieu du climat libéral établi par Vatican II. Il souleva d’ailleurs une contestation intense. Alors que ce concile, présidé par Paul VI, avait ouvert l’ecclésiologie au catholicisme libéral (œcuménisme, liberté religieuse, dialogue avec les religions), le même Paul VI, à l’étonnement général, s’était refusé à libéraliser la doctrine du mariage et avait condamné la contraception. Ce qu’on a appelé la « restauration » des pontificats de Jean-Paul II et de Benoît XVI, selon le terme employé par Joseph Ratzinger dans son Entretien sur la foi, qui était une tentative d’interprétation modérée du Concile, s’est ainsi cristallisée sur cette relative résistance de l’enseignement moral (Veritatis splendor en 1993). Résistance fragile, qui se croyait obligée de lâcher du lest (la théologie du corps de Jean-Paul II) et surtout qui se refusait à s’appuyer sur le magistère infaillible : malgré des requêtes répétées, jamais l’enseignement d’Humanæ vitæ n’a été donné comme définitif, l’horizon « pastoral » du Concile restant indépassable.

Quoi qu’il en soit, Amoris lætitia, en 2016, a fait sauter ce barrage moral et s’est ouverte une nouvelle phase du post-Concile. Ce qui comporte d’ailleurs un aspect positif : le temps des demi-mesures est passé.

Le chapitre VIII d’Amoris lætitia

Avec Amoris lætitia, du 19 mars 2016, le pape Bergoglio a en quelque sorte dépénalisé l’adultère, les relations propres au mariage avec un autre que son conjoint, sous certaines conditions. Le VIIIème chapitre de l’exhortation apostolique, « Accompagner, discerner et intégrer la fragilité », traite concrètement de la « fragilité » de ceux qui brisent le lien matrimonial et contractent un second mariage. Le pape François y procédait en trois étapes :

  • Il invitait à une pastorale d’« accompagnement » des divorcés remariés fondée sur la gradualité, distinguant l’idéal que représente la norme morale et ce que peuvent concrètement accomplir nombre de chrétiens et qu’il faut prendre en charge par un itinéraire d’accompagnement et de discernement qui « oriente ces fidèles à la prise de conscience de leur situation devant Dieu » [1]. Cet accompagnement se met en place par un « colloque avec le prêtre, dans le for interne, [qui] concourt à la formation d’un jugement correct sur ce qui entrave la possibilité d’une participation plus entière à la vie de l’Église et sur les étapes à accomplir pour la favoriser et la faire grandir » (n. 300).
  • Le pape François exposait ensuite sa proposition doctrinale nouvelle : « Il n’est plus possible de dire que tous ceux qui se trouvent dans une certaine situation dite “irrégulière” vivent dans une situation de péché mortel, privés de la grâce sanctifiante. Les limites n’ont pas à voir uniquement avec une éventuelle méconnaissance de la norme. Un sujet, même connaissant bien la norme, peut avoir une grande difficulté à saisir les “valeurs comprises dans la norme” ou peut se trouver dans des conditions concrètes qui ne lui permettent pas d’agir différemment et de prendre d’autres décisions sans une nouvelle faute » (n. 301). C’est le cœur de la nouvelle doctrine morale, qui s’oppose frontalement à l’adage de saint Augustin (Confessions, l. X, c. 29) qu’avait repris le concile de Trente (Dz 1536) : « Dieu ne commande pas de choses impossibles, mais en commandant il t’invite à faire ce que tu peux et à demander ce que tu ne peux pas », adage qui signifie que Dieu donne toujours la grâce nécessaire pour accomplir ce qu’il demande, en l’espèce la fidélité dans le mariage.
  • Le pape François tirait les conséquences de cette affirmation en ce qui concerne la pratique sacramentelle : la fameuse communion accordée aux divorcés remariés, objet de toutes les pressions de la gauche théologique. « À cause des conditionnements ou des facteurs atténuants, il est possible que, dans une situation objective de péché – qui n’est pas subjectivement imputable ou qui ne l’est pas pleinement – l’on puisse vivre dans la grâce de Dieu, qu’on puisse aimer, et qu’on puisse également grandir dans la vie de la grâce et dans la charité, en recevant à cet effet l’aide de l’Église » (n. 305).

Sur quoi une note (la note 351) précise que, tout en restant dans l’adultère, on peut éventuellement recevoir l’absolution sacramentelle et l’Eucharistie : « Dans certains cas, il peut s’agir aussi de l’aide des sacrements. Voilà pourquoi, “aux prêtres je rappelle que le confessionnal ne doit pas être une salle de torture mais un lieu de la miséricorde du Seigneur” (Evangelii gaudium, n. 44). Je souligne également que l’Eucharistie “n’est pas un prix destiné aux parfaits, mais un généreux remède et un aliment pour les faibles” (ibid., n. 47). »

Questions de foi sans réponse  

Quatre cardinaux – Raymond L. Burke, Walter Brandmüller, Carlo Caffara et Joachim Meisner[2] – ont alors présenté au pape François cinq dubia, des questions adressées aux autorités romaines, jadis rédigées de telle sorte qu’elles aient à répondre par oui ou par non, positive ou negative – « que votre oui soit oui et votre non soit non » (Matthieu 5, 37) – quitte à donner une explication sur la réponse. Le principal dubium des cardinaux était : « Après Amoris lætitia n. 301, est-il encore possible d’affirmer qu’une personne qui vit habituellement en contradiction avec un commandement de la loi de Dieu, comme par exemple celui qui interdit l’adultère (cf. Mt 19, 3-9), se trouve dans une situation objective de péché grave habituel (cf. Conseil pontifical pour les textes législatifs, Déclaration du 24 juin 2000) ? »

La Déclaration du Conseil pour les Textes législatifs visée par les cardinaux disait en effet : « Recevoir le Corps du Christ en étant publiquement indigne constitue un dommage objectif pour la communion ecclésiale ; c’est un comportement qui attente aux droits de l’Église et de tous les fidèles à vivre en cohérence avec les exigences de cette communion. Dans le cas concret de l’admission à la sainte communion des fidèles divorcés remariés, le scandale, entendu comme une action qui pousse les autres vers le mal, concerne à la fois le sacrement de l’Eucharistie et l’indissolubilité du mariage. […] Le ministre de la distribution de la communion doit se refuser de la donner à qui en est publiquement indigne. »

Auparavant, alors que le pontificat bergoglien avait commencé et que se dessinait un retournement doctrinal, nous avions posé la même question, mais concernant le sacrement de pénitence, à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi : « Un confesseur peut-il donner l’absolution à un pénitent qui, ayant été marié religieusement, a contracté une seconde union après divorce ? » Il s’agissait de permettre à la Congrégation (dont le Préfet était le cardinal Müller et le Secrétaire Mgr Ladaria) d’affirmer que l’enseignement de Familiaris consortio, que nous citerons plus bas, était toujours valable. La Congrégation nous avait répondu le 22 octobre 2014 : « On ne peut absoudre validement un divorcé remarié qui ne prend pas la ferme résolution de ne plus “pécher à l’avenir” et donc de s’abstenir des actes propres aux conjoints, et en faisant dans ce sens tout ce qui est en son pouvoir. »

Mais après Amoris lætitia, ni le pape, ni la Congrégation pour la Doctrine de la Foi n’ont jugé utile de répondre aux interrogations des cardinaux concernant le retournement opéré.

Une occasion de poser à nouveau la question va se présenter. Le 19 mars 2026, dixième anniversaire de l’exhortation apostolique, le pape Léon XIV a tenu à célébrer le « message lumineux d’espérance concernant l’amour conjugal et familial » constitué par l’exhortation apostolique, et à « rendre grâce au Seigneur pour l’élan donné à l’étude et à la conversion pastorale de l’Église » apporté par elle, lui demandant « le courage de poursuivre le chemin, en accueillant toujours à nouveau l’Évangile. » Et il a annoncé qu’il allait réunir du 7 au 14 octobre les Présidents des Conférences épiscopales du monde entier « afin de procéder, dans l’écoute réciproque, à un discernement synodal sur les mesures à prendre pour annoncer l’Évangile aux familles aujourd’hui, à la lumière d’Amoris lætitia et en tenant compte de ce qui se réalise dans les Églises locales. »

Pour préparer les travaux de l’assemblée, un parcours thématique a été publié le 6 juillet dernier par le Secrétariat du Synode et le Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie dont le quatrième point (« Face aux difficultés de la vie : accompagner et soutenir ; cheminer avec les familles dans des situations complexes ») recoupe le sujet du chapitre VIII d’Amoris lætitia. Selon toutes les apparences il avalise le changement doctrinal opéré par l’Exhortation: « Une attention particulière est portée aux couples et aux familles qui rencontrent, à toutes les étapes de la vie conjugale, des situations de difficulté relationnelle, sociale ou spirituelle […]. Quelles démarches ont été entreprises pour soutenir ceux qui vivent des situations de fragilité ou de difficulté ? Quelles résistances apparaissent ? Comment bâtir des communautés chrétiennes où ceux qui ont fait l’expérience de la souffrance, de l’abandon, de la séparation et du divorce puissent se sentir réellement écoutés, pleinement intégrés et coresponsables ? Quelles expériences concrètes révèlent, dès aujourd’hui, le visage d’une Église toujours plus capable de proximité, de discernement, d’accompagnement et de valorisation, aidant les personnes et les familles à retrouver confiance, à se reconnaître membres de la communauté et à faire l’expérience de la miséricorde de Dieu ? »

Le texte aussi peu limpide que possible évoque bien ceux « qui ont fait l’expérience du divorce », qui doivent « se sentir réellement écoutés » dans une Église « plus capable » d’aider à « faire l’expérience de la miséricorde ».  On remarquera qu’il est question par euphémisme de « situations de fragilité » pour éviter le mot péché (comme le fait d’ailleurs l’encyclique Magnifica humanitas).

Une thèse irrecevable

On s’apprête assurément à une reconduction de la nouvelle doctrine, en insistant sur l’accueil dans l’Église des personnes divorcées remariées, accueil qui, au reste, n’a jamais été remis en cause : on a toujours dit qu’un pécheur faisait toujours partie de l’Église, mais qui dans la pastorale nouvelle devient un accueil sacramentel.

Cette réunion pourrait cependant être une occasion providentielle pour un certain nombre de pasteurs courageux de faire souligner le dommage considérable causé par l’exhortation apostolique à la morale naturelle et catholique, et par le fait au salut des âmes. Il est au reste plus facile de contester Amoris lætitia que tel ou tel texte problématique du Concile.

  • D’une part, en effet, on peut en effet s’appuyer ici sur l’enseignement d’un pape postconciliaire, Jean-Paul II, qui a maintenu sur ce point la doctrine pérenne :
    • Sur la pénitence : « La réconciliation par le sacrement de pénitence – qui ouvrirait la voie au sacrement de l’Eucharistie – ne peut être accordée qu’à ceux qui se sont repentis d’avoir violé le signe de l’Alliance et de la fidélité au Christ, et sont sincèrement disposés à une forme de vie qui ne soit plus en contradiction avec l’indissolubilité du mariage (Familiaris consortio, n. 84).
    • Sur la communion : « L’Église, cependant, réaffirme sa discipline, fondée sur l’Écriture Sainte, selon laquelle elle ne peut admettre à la communion eucharistique les divorcés remariés. Ils se sont rendus eux-mêmes incapables d’y être admis car leur état et leur condition de vie est en contradiction objective avec la communion d’amour entre le Christ et l’Église, telle qu’elle s’exprime et est rendue présente dans l’Eucharistie. » (ibid.)

À moins que les personnes en cette situation irrégulière « prennent l’engagement de vivre en complète continence, c’est-à-dire en s’abstenant des actes réservés aux époux[3] », et tout scandale étant écarté auprès de ceux qui les voient communier.

  • D’autre part, les ruptures dans l’enseignement moral sont plus aisément appréhendables par tous que celles intervenues dans l’ecclésiologie. En l’espèce, le retournement opéré par Amoris lætitia est saisissant. Aux termes du n. 301, des « conditions concrètes » (un nouveau « mariage », l’existence d’enfants de cette nouvelle union) feraient que la rupture de cette nouvelle union – se séparer de ce conjoint illégitime ou vivre avec lui comme frère et sœur – pourrait être « une nouvelle faute », on suppose en raison du dommage causé à la seconde épouse, et aux éventuels enfants de la seconde union. (Bien entendu, il n’est pas contestable que les conséquences de l’adultère doivent être assumées, notamment en ce qui concerne les enfants nés de cette union illégitime, mais sans préjudice de ce qui doit être rendu en justice à l’épouse légitime et aux enfants de l’union légitime, que l’Exhortation n’envisage pas). Ainsi le raisonnement d’Amoris lætitia va jusqu’au bout de sa logique : dans le cas où rester dans l’adultère public n’est pas pécher, quitter cette situation devient une faute. Il est des cas, selon Amoris lætitia où l’adultère est méritoire !

La théologie et le magistère aimaient jadis condenser leurs propos en thèses ou en propositions claires et ramassées, notamment quand il s’agissait de les condamner (les 85 propositions issues du synode de Pistoie, condamnées par la bulle Auctorem fidei de Pie VI en 1794). La thèse irrecevable d’Amoris lætitia pourrait ainsi se formuler : Certains de ceux qui vivent dans l’adultère public, alors même qu’ils connaissent la norme qu’ils transgressent, peuvent n’être pas considérés comme étant en état de péché mortel. Cette proposition est-elle ou non condamnable au regard de la foi catholique ? Ou inversement, le fait de tenir cette thèse pour irrecevable est-il condamnable ?

Fermer la parenthèse de l’enseignement « pastoral »

Il est de la fonction du pape et des évêques de répondre à des questions sur la foi et les mœurs que se posent et leur posent les fidèles du Christ. Leur rôle premier est de dire la foi, de transmettre le message l’Évangile. « Les évêques, rappelle Lumen Gentium (n. 25), sont, en effet, les hérauts de la foi, amenant au Christ de nouveaux disciples, et les docteurs authentiques, c’est-à-dire pourvus de l’autorité du Christ, prêchant au peuple qui leur est confié la foi qui doit régler leur pensée et leur conduite, faisant rayonner cette foi sous la lumière de l’Esprit Saint, dégageant du trésor de la Révélation le neuf et l’ancien (cf. Mt 13, 52), faisant fructifier la foi, attentifs à écarter toutes les erreurs qui menacent leur troupeau (cf. 2 Tm 4, 1-4). »

Quant au pontife romain, il est d’abord le suprême docteur de la foi. Il se distingue des autres évêques non par un pouvoir sacramentel supérieur mais par une juridiction plénière et souveraine sur toute l’Église, d’abord en ce qui touche l’enseignement de la foi et des mœurs (Vatican I, Pastor Æternus, Dz 3064).

Ce que l’Église attend donc aujourd’hui de ses pasteurs, c’est qu’ils sortent du « pastoral » au sens nouveau donné à ce terme, celui d’un enseignement de seconde qualité déconnecté du rapport à la tradition, pour revenir au pastoral au sens évangélique, au soin que les pasteurs doivent déployer pour conduire au salut les âmes des brebis, en premier lieu par l’annonce de la vérité.

En l’espèce, l’Église attend qu’ils rappellent le commandement : « Tu ne commettras point d’adultère » (Exode 20, 14 ; Deutéronome 5, 18 ; Matthieu 5, 27), qu’ils prêchent avec patience la pénitence aux pécheurs en les guidant dans la voie du repentir envers Dieu et de la réparation envers l’époux ou l’épouse trahi, et envers les enfants profondément malmenés, sans oublier bien sûr d’assumer les conséquences de la faute commise, notamment vis-à-vis des enfants de la seconde union.

Au fond, l’Église attend un retour au magistère comme tel ou comme référence directe de son discours.

L’abbé Claude Barthe

L’AFD, un parti « ouvertement néo-nazi » ? Fake news

Natacha Polony estime que l’AfD « assume son positionnement néo-nazi », Bruno Le Maire que c’est un parti « ouvertement néo-nazi », Valérie Hayer la qualifie d’«extrême droite nostalgique du IIIe Reich » et Jean-Noël Barrot souligne que son programme consiste au « placement des étrangers dans des camps ». Sic.

Dans son éditorial pour Liberté Politique, Olivier Frèrejacques remet les pendules à l’heure :

Qu’est-ce que l’AfD ? Que propose ce parti ?

Le parti nationaliste AfD est avant tout libéral, ce qui le différencie du NSDAP, qui était foncièrement hybride, empruntant au socialisme comme au libéralisme dans une doctrine économique finalement assez opportuniste.

La patronne de ce parti est une femme lesbienne, ancienne de Goldman Sachs, en couple avec une Sri-Lankaise ; elle est pacifique là où la droite allemande « classique » entend remilitariser le pays (ce qui peut se défendre d’un point de vue allemand).

Le parti est par ailleurs largement philosémite, dispose d’une organisation juive interne et soutient l’État d’Israël. Mais s’il faut chercher la raison des levées de boucliers contre l’AfD, c’est plutôt du côté de sa russophilie assumée, qui pourrait être susceptible de bousculer les équilibres existants en cas de succès électoral « total », si l’on peut se permettre l’expression.

L’AfD est un parti qui défend en outre une sortie de l’UE et le retour au Deutsche Mark ou, à défaut, une fracturation de la zone euro en blocs, ce qui inquiète certains de ses voisins sans être hautement révolutionnaire. […]

La grande mosquée de Metz proche des Frères musulmans

Alors que le Pape vient à Metz ces prochains jours pour aborder spécifiquement le dialogue inter-religieux et la (dé)construction européenne, il est éclairant de savoir qui sont les responsables musulmans locaux qui seront probablement dans l’auditoire. Décryptage du Centre méditerranéen de recherche sur l’islamisme :

[…] L’Union des associations cultuelles et culturelles des musulmans de Metz (UACM) a gagné son pari. Son projet de grande mosquée va enfin pouvoir se concrétiser sur un terrain municipal de 12 000m2 loué pour seulement 15 euros par an. Le maire socialiste Dominique Gros, soutenu à l’époque par l’UMP, s’était pleinement engagé en 2013 avec la réalisation de ce bail qui est un énorme cadeau à l’association. Aussi, une dérogation spéciale de la mairie permet au minaret de culminer à 35 mètres malgré un plan d’urbanisme ne permettant pas de dépasser 17 mètres. Un budget colossal de 15 millions d’euros, grâce à des donateurs étrangers dont les identités n’ont pas été dévoilées. D’autant que les frais de fonctionnement annuels couteront 1,5 million.

Le Républicain Lorrain du 10 février 2018 présente la grandiloquence du lieu :

« Le projet se décompose en trois pôles. Le pôle cultuel et ses annexes avec sa grande salle de prière ; le pôle éducatif avec une salle de cours et de formation (350 élèves pourront être accueillis simultanément pour, entre autres, un apprentissage de l’arabe, du soutien scolaire ou des cours de calligraphie), une bibliothèque et un musée ; un pôle service avec restaurant et hammam. « Les deux derniers pôles ont pour but d’aider à l’autofinancement du projet », explique Raymond Beller, président. « Nous voulons organiser des conférences, événements, kermesses, fêtes religieuses, colloques à caractères variés. Par exemple, comme toutes les religions, nous avons des réponses à apporter sur certaines questions sociétales. Nous pourrions faire venir des chercheurs, dans tous les domaines, pour faciliter le dialogue, rompre les méconnaissances, s’informer. »

L’UACM est une fédération d’ associations créée spécialement pour mettre sur pied ce projet de grande mosquée, regroupant cinq associations islamiques de la ville, dont deux sont turques, l’une L’Amicale turc et français dépendant du DITIB, ministère islamique de la Turquie, l’autre, le Millî Görüs, mouvement islamiste partenaire des Frères Musulmans sur la scène mondiale, œuvrant aussi pour un califat politique. D’ailleurs, sur la page officielle Facebook de la grande mosquée, celle-ci remercie le Millî Görüs (CIMG) pour avoir aidé à l’organisation de sa kermesse de l’été 2019. […]

L’ex imâm de la mosquée, Mohamed Hicham-Joudat organisait ses séminaires dans la mosquée UOIF de Woippy en attendant la fin des travaux[1]. Il souhaite l’extension du concordat d’Alsace-Moselle à l’islam afin d’obtenir les mêmes avantages que les autres confessions : professeurs d’islam dans les écoles publiques payés par les contribuables, mosquées construites sur fonds publics et imâms rémunérés de la même façon[2]. Mohamed Hicham-Joudat a fondé en parallèle le Conseil Lorrain des Imâms, aumôniers et prédicateurs, dont les séminaires sont présentés[3]par les Frères Musulmans Ahmed Miktar de la mosquée UOIF de Villeneuve d’Ascq et Azzedine Gaci de Villeurbanne.

Les liens sont d’autant plus clairs avec les Frères que l’UACM avait son stand au salon annuel du Bourget de l’UOIF (rebaptisé Musulmans de France) en 2017. Salon où nos confrères de l’Observatoire de l’islamisation avaient constaté l’abondante littérature djihadiste des Frères Musulmans.

L’UACM participe aussi activement dans la déclinaison régionale du salon islamiste à Mulhouse, comme lors du 26 novembre 2017 où on retrouvait en conférencier Ahmed Jaballah (ex président de l’UOIF) et Hassan Iquioussen. […]

10 000 militants pro-vie dans les rues de Londres et 15 évêques

Alors qu’en France, les évêques sont les grands absents des Marche pour la vie, Londres a vu la participation record de 15 évêques catholiques pour accompagner les 10 000 militants pro-vie qui ont défilé samedi dans les rues de Londres pour la Marche pour la vie annuelle.

Défilant dans les rues de Londres, de l’Emmanuel Centre à Parliament Square, la Marche pour la Vie 2026 au Royaume-Uni a rassemblé des personnes de tous âges et de tous horizons. Les images témoignent du sentiment général des participants : une présence joyeuse et pacifique des militants pro-vie dans la capitale. 

Des participants venus de tout le pays ont manifesté leur soutien public à la cause pro-vie.

« Nous voulons affirmer aujourd’hui que la vie humaine compte, que chaque vie compte, des premiers instants de la conception à la mort naturelle, et nous le faisons avec joie, une grande confiance et un grand amour », a déclaré l’archevêque de Southwark, John Wilson.

Comme toujours, la journée a débuté par un grand rassemblement au Centre Emmanuel, avec des conférences et des ateliers pour tous les âges, notamment des forums consacrés à l’idéologie pro-avortement du point de vue des mères et des pères. Un premier Sommet de la jeunesse s’est également tenu avant la Marche, attirant de nombreux jeunes pour leur première Marche pour la Vie. Sara Spencer, chargée de communication de la Marche pour la Vie, a déclaré au Catholic Herald :

« Ils m’ont confié avoir récemment pris conscience de l’humanité de l’enfant à naître et s’être passionnés pour la cause pro-vie. »

La foi occupait également une place centrale lors de la Marche. Pour les participants protestants, une célébration a eu lieu à l’église St Andrew’s Holborn pour débuter la journée, tandis qu’à la cathédrale de Westminster, l’archevêque Richard Moth concélébrait la messe avec quatorze autres évêques catholiques. Le nombre record d’évêques présents cette année témoignait du dynamisme qui anime la Marche, un sentiment partagé par de nombreux participants. Plusieurs évêques diocésains de rite latin se sont joints à Richard Moth, ainsi que l’évêque des Forces armées, Mgr David Waller de l’Ordinariat, et Mgr Kenneth Nowakowski de l’éparchie catholique ukrainienne. Le pape Léon XIV a également adressé un message de soutien et d’encouragement à la Marche, lu sur la place Westminster par Mgr John Keenan, évêque du diocèse de Paisley.

« Il y a ici des grands-parents, des jeunes, des parents, des membres du clergé, des religieuses, des personnes de tous horizons », a déclaré l’archevêque Wilson. « Nombreux sont ceux qui partagent ma foi, d’autres non, mais nous sommes unis par une conviction : la dignité de la vie humaine est primordiale. Sans une approche respectueuse de la dignité humaine, sur quel fondement peut-on fonder une société civilisée ? »

Pour l’équipe de médias catholiques écossaise familiale Sancta Familia Media, c’était une première participation à la Marche pour la Vie. Ils ont été impressionnés par l’organisation logistique et l’ambiance. « Cela donne à réfléchir », a déclaré John Mallon, cofondateur de Sancta, qui a souligné l’atmosphère joyeuse et empreinte de recueillement qui régnait sur place.

« Si nous voulons inverser la culture de mort, nous devons témoigner de la vie et rappeler que ce débat est loin d’être clos. »

« L’objectif de la Marche pour la Vie a été pleinement atteint », a déclaré Spencer. « Nous avons défilé à 10 000 dans le calme et la prière pour protester contre l’injustice de l’avortement. Nous avons rappelé au public britannique l’ampleur et la force du mouvement pro-vie au Royaume-Uni, et nous nous sommes rappelés les uns aux autres que nous ne sommes pas seuls dans ce combat. »

Compte tenu de son ampleur et de son importance, la Marche pour la Vie attire désormais régulièrement des contre-manifestations de la part de partisans du droit à l’avortement. Des membres d’un groupe transgenre pro-avortement ont fait irruption dans la cathédrale de Westminster pour perturber la messe du matin, brandissant des banderoles devant l’édifice et scandant des slogans avant d’être escortés hors des lieux par la sécurité. Les images de leur manifestation à l’intérieur de la cathédrale sont rapidement devenues virales et ont suscité de vives inquiétudes quant à l’application incohérente de la loi par la police. « Si ces manifestants ne sont pas inculpés, alors la Grande-Bretagne vit bel et bien dans un système à deux vitesses », ont écrit les organisateurs de la Marche pour la vie, qui ont fermement condamné publiquement les actions des contre-manifestants tout au long de la journée.

Des manifestants pro-avortement étaient également actifs à l’arrivée de la marche, sur Westminster Square, et ont eu recours à des échauffourées et à des actes de violence lors de leurs affrontements avec certains participants.  

Hope Spencer a déclaré au Herald que le contraste entre les deux groupes était « vraiment saisissant ». « Alors que la Marche pour la Vie était rythmée par des chants et des échanges, la contre-manifestation était un vacarme incessant de klaxons, de sifflets, de sirènes et de cris », a-t-elle expliqué. L’objectif des contre-manifestants semblait être de « perturber et de déstabiliser », tandis que la Marche pour la Vie emplissait les rues de « chants, de rires, de prières et de chaleur humaine ».

Lorsque certains participants à la marche ont tenté d’engager le dialogue avec les manifestants anti-avortement,

« ils ont été accueillis à plusieurs reprises par des cris, des sifflets et des mégaphones hurlants. Les journalistes indépendants qui couvraient la marche se sont vu brandir des parapluies et des pancartes de protestation sous le nez et ont parfois été victimes de violence. »

Revenant sur la marche, Eden McCourt – fondatrice du groupe pro-vie Abortion Resistance – a déclaré au Herald :

« S’il y a une chose que ce week-end m’a fait comprendre, c’est que nous devons être plus bruyants, plus audacieux et plus actifs que jamais dans notre refus de nous soumettre à une société qui considère la vie humaine à naître comme jetable. »  

Les lois du pays sur l’avortement sont « barbares » et « archaïques », a-t-elle déclaré, et être « pro-avortement, c’est être contre l’égalité. Et cette idéologie n’a pas sa place dans une société civilisée. »

McCourt a exhorté les jeunes, en particulier, à s’engager dans le militantisme anti-avortement : « Il ne suffit plus d’être passivement pro-vie, nous devons être activement anti-avortement et œuvrer pour la promotion de la culture de vie au quotidien. » Elle les a encouragés à contacter Abortion Resistance pour obtenir de l’aide, soulignant que la culture de l’avortement a « manipulé des femmes rationnelles et les a rejetées comme négationnistes de la science et adversaires de l’égalité ».

L’archevêque Wilson a souligné l’importance du témoignage public pour les catholiques, faisant remarquer que

« témoigner de la vie, c’est témoigner du Christ, car Jésus a dit : “Je suis le chemin, la vérité et la vie”. Il est venu nous apporter la vie par sa résurrection. Nous sommes donc le peuple de la vie, car Jésus est ressuscité des morts et nous a fait le don précieux de la vie, que nous voulons vivre pleinement. »

Bien que les manifestants pro-avortement isolés attirent probablement l’attention des médias, ces éléments n’ont constitué qu’un aspect mineur de la journée. Les organisateurs de la Marche pour la Vie ont salué l’événement comme « une marche spéciale où de nombreuses personnes ont témoigné et se sont mobilisées pour le droit à la vie et la protection de l’enfant à naître ».

« L’Affaire Epstein » : le livre explosif pour comprendre, pour réclamer la vérité et la justice !

La véritable affaire Epstein commence bien plus tôt, dans l’univers des services de renseignement…

Trop de gens croient connaître « l’Affaire Epsein » en imaginant qu’elle se réduit à un scandale de « ballets roses » organisés par un riche homme d’affaires appelé Jeffrey Epstein. Certes cette affaire contient un important dossier « mœurs », aspect très médiatisé. Mais l’Affaire est à multiples facettes. Vous avez ici toutes les clés pour comprendre qui nous gouverne et comment nous sommes gouvernés à travers le récit complet de l’Affaire Epstein sous toutes ses profils et sur tous les continents.

Cette affaire relie des rois, des princesses, des sultans, des émirs, des présidents, des ministres, des diplomates, des banquiers, des scientifiques, des vedettes du cinéma et de la chanson. Cette affaire concerne des histoires abominables de trafic sexuel et de pédo-satanisme mais aussi de spéculation financière, des méthodes de services de renseignement, la préparation de pandémies et de vaccins, des projets fous transhumanistes et eugénistes, de l’influence géopolitique au service d’Israël, du chantage et même les cryptomonnaies.

L’affaire Epstein a fait au bas mot, des milliers de victimes, la plupart inconnues. Les dossiers Epstein contiennent des milliers de noms de personnalités qui fréquentaient Jeffrey Epstein. Bien entendu, toutes n’ont pas commis de crime, mais combien ont au moins fait l’objet d’une enquête ? A l’heure où l’auteur terminait la rédaction de ce livre, il n’y a, hormis Ghislaine Maxwell, toujours aucune personne condamnée dans cette affaire, ni même aucune inculpée, sauf une poignée d’individus qui ne le sont que « corruption aggravée ». Plusieurs personnalités du premier plan ont simplement démissionné de leurs fonctions ou pris leur retraite.

L’exemple français est symptomatique. Rien ne bouge depuis la perquisition faire en septembre 2019 dans l’appartement d’Epstein avenue Foch à Paris. C’est seulement en 2026 que la presse a signalé qu’Epstein et Maxwell avaient d’ailleurs d’autres propriétés en France.
« D’autres exemples : les Etats-Unis protègent Peter Mandelson.
– Au Royaume-Uni, l’enquête criminelle visant la transmission par Peter Mandelson d’informations confidentielles du gouvernement à Jeffrey Epstein risque de s’effondrer. La raison ? Le département américain de la Justice (DoJ) refuse de remettre aux enquêteurs britanniques de Scotland Yard la copie des dossiers Epstein non expurgés nécessaires pour inculper l’ancien ministre travailliste du délit d’inconduite dans la fonction publique. Selon les enquêteurs britanniques, ni le DoJ ni le FBI n’ont daigné répondre à la demande de la Police métropolitaine faite dans le cadre d’un accord informel de partage d’informations entre les forces de l’ordre.
Pour protéger surtout Donald Trump : selon le journal britannique Telegraph, cette impasse est la conséquence du fait que l’administration américaine ne souhaite pas publier des dossiers susceptibles de nuire à la réputation de Donald Trump et de créer un précédent pour d’autres affaires qui pourraient relancer le scandale de l’Affaire Epstein. Il faut bien comprendre que les dossiers Epstein originaux – et donc non expurgés- sont considérés comme cruciaux pour toute poursuite, car les avocats de Lord Mandelson pourraient faire valoir que les courriels partiellement expurgés publiés en ligne par le ministère de la Justice sont dépourvus de contexte et ne racontent pas toute l’histoire.
Peter Mandelson a été limogé de son poste d’ambassadeur aux États-Unis l’année dernière en raison de sa relation continue avec Jeffrey Epstein. Mandelson a démissionné du Parti travailliste et a quitté la Chambre des Lords en février lorsqu’il est apparu qu’il avait divulgué des informations à Epstein alors qu’il était ministre sous Gordon Brown.
AUCUNE ENQUÊTE N’ABOUTIT : comme d’autres liées à l’Affaire Epstein, cette enquête visant un délit précis de Peter Mandelson risque donc d’être bientôt entièrement abandonnée. »

Une bombe à retardement ou à fragmentation plutôt ! Cela va éclater – il le faut- et ce sera mortel. Ce livre n’est pas censuré et contient des documents jamais publiés. C’est le résultat d’un travail titanesque de recherches et sélections, parmi des millions de courriers électroniques, textos, photos, vidéos, et document divers mis en ligne sur le site du ministère de la justice des Etats Unis. Une investigation inédite, informée, intégrale.
Il est de notre devoir de ne pas laisser » l’affaire Epstein » finir aux oubliettes de l’Histoire. Réclamons la vérité et la justice !

Plus d’informations, recensions sur LIVRES EN FAMILLE :
https://www.livresenfamille.fr/franc-maconnerie-forces-occultes/30882-l-affaire-epstein-du-mossad-a-satan.html
L’Affaire Epstein, Alan Escada, The Book Editions, 336 pages, 25€

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

250 000 avortements chaque année, cela ne leur suffit pas

Selon nos avortueurs, il y a encore trop de bébés qui naissent en France.

Le 7 septembre, le ministère de la Santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées a rendu publique sa feuille de route en matière de santé sexuelle, qui propose « 22 actions pour renforcer la prévention et l’accès aux droits et aux soins ».

Alors que l’avortement est désormais inscrit dans la Constitution française, il figure parmi les 5 « grandes priorités » et est concerné par plusieurs des 22 actions listées.

Le gouvernement entend

  • « lutter contre la désinformation en santé sexuelle » et prévoit à cette fin une « campagne nationale d’information ».
  • « améliorer l’accès à l’IVG ». Les délais ont pourtant été plusieurs fois repoussés, le délai de réflexion supprimé et les sages-femmes sont désormais autorisées à pratiquer des avortements.
  • « assouplir les conditions de conventionnement requis pour l’activité d’IVG hors établissements de santé autorisés à la gynécologie obstétrique ou à la chirurgie »,
  • « assouplir la prise en charge des complications d’une IVG médicamenteuse réalisée à domicile en permettant à tout établissement autorisé en gynécologie-obstétrique ou en chirurgie d’intervenir, sans obligation pour la patiente de se rendre dans l’établissement signataire de la convention »,
  • « engager les travaux de modernisation des forfaits afférents à l’IVG »
  • « soutenir la montée en charge des centres de santé dans le champ de l’IVG instrumentale ».
  • « engager les travaux permettant la prescription des médicaments abortifs pour une délivrance directe en officine en dehors du seul cadre de la téléconsultation »
  • « supprimer le délai de carence en cas d’arrêt de travail lié à une IVG »
  • « permettre la prise en charge des transports lorsqu’il n’existe pas de structure de proximité réalisant la méthode d’IVG choisie par la patiente ».
  • « outiller les établissements de santé pour l’établissement de protocoles / procédures facilitant la prise en charge des profils particuliers de femme (femmes approchant la fin de délai légal de recours, mineures, femmes sans droits ouverts, femmes éloignées de l’offre, etc.) ».

L’Exécutif veut aussi faire évoluer la loi :

« Malgré sa constitutionnalisation en 2024, l’IVG est encore marquée par une stigmatisation persistante, nourrie notamment par l’existence d’une clause de conscience spécifique et par des délais d’accès plus restrictifs que dans plusieurs pays européens (Pays Bas, Espagne, Royaume-Uni) ».

Ainsi, que les médecins exercent leur liberté de conscience serait « stigmatiser » les femmes. Et il faudrait s’aligner sur les délais en vigueur chez certains de nos voisins européens.

« La réévaluation du cadre légal apparaît nécessaire pour garantir pleinement l’effectivité du droit à l’IVG, notamment concernant les délais de recours et la clause de conscience spécifique »

Le ministère de la Santé prévoit, à l’horizon 2027-2028, de saisir le Conseil national consultatif d’éthique et de

« proposer au législateur l’extension du délai légal d’accès à l’IVG et la suppression de la clause de conscience spécifique à l’IVG au regard de la constitutionnalisation récente de la liberté de recourir à l’IVG et en vue d’harmoniser la législation française avec celle des voisins européens »

Récemment, on homme a été condamné pour avoir forcé sa compagne à avorter. Que prévoit le ministère pour garantir une vraie liberté d’accueillir un enfant ?

Source : Gènéthique

« Les évêques sont des pasteurs des âmes », pas des gardiens de la démocratie

Suite à la victoire de l’AFD, les principales Églises chrétiennes d’Allemagne ont publié une déclaration commune, signée par la présidente du Conseil de l’Église évangélique d’Allemagne, Mgr Heiner Wilmer, président de la Conférence des évêques allemands, et Christopher Easthill, président de l’ACK, l’instance œcuménique qui rassemble les Églises chrétiennes du pays. Dans leur déclaration, les responsables religieux reconnaissent le résultat des élections et affirment qu’il doit être respecté. Ils ajoutent que le succès de l’AfD confirme leurs « très sérieuses inquiétudes » et appellent les vainqueurs à défendre sans réserve la Constitution de Saxe-Anhalt, la Loi fondamentale de l’Allemagne et la dignité de chaque personne, quelles que soient son origine, sa religion, son mode de vie ou sa situation sociale.

Ils affirment également qu’elles examineront de près les actions du prochain gouvernement de l’État et prendront la parole publiquement si la dignité humaine, l’ordre démocratique ou l’état de droit sont menacés.

Le cardinal Gerhard Ludwig Müller, préfet émérite de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, a remis en question les interventions de certains évêques allemands concernant le vote en faveur de Alternative pour l’Allemagne (AfD) et a défendu que l’autorité spirituelle des pasteurs ne peut être utilisée pour favoriser ou nuire à un parti politique.

Dans un article publié ce lundi par Kath.net sous le titre Exhortation à la neutralité politique, le cardinal Müller écrit que

Certaines déclarations étranges faites par des évêques allemands à l’occasion des élections fédérales, régionales et locales nécessitent des éclaircissements d’un point de vue théologique.

Il est important de se rappeler que les apôtres et leurs successeurs aux fonctions épiscopales et sacerdotales ont été désignés par Jésus pour proclamer l’Évangile de la volonté universelle de Dieu de sauver tous les hommes par la puissance du Saint-Esprit, pour appeler les pécheurs à la conversion et pour leur communiquer une vie nouvelle dans la grâce de Dieu par le baptême et les autres sacrements. 

Ils ne doivent donc en aucun cas utiliser leur autorité spirituelle dans la lutte légitime pour obtenir la majorité des voix dans un État démocratique et constitutionnel, tel que l’est incontestablement la République fédérale d’Allemagne selon sa constitution, en faveur ou contre un parti politique en particulier. 

Ce serait un abus d’autorité spirituelle à des fins politiques. 

Historiquement, l’influence politique des évêques, au détriment de leur autorité spirituelle, a toujours occulté la véritable mission de l’Église : le salut éternel et l’accès de chaque personne à une communion personnelle et directe avec Dieu. L’Église ne se préoccupe pas du pouvoir politique, mais de la grâce et de la vérité de Dieu, comme le démontre indéniablement la scène du jugement de Jésus par Pilate. 

Il convient de distinguer l’ingérence illégitime dans la campagne électorale de l’application nécessaire des principes moraux à la politique, fondée sur la vérité fondamentale que l’État existe pour les citoyens et non l’inverse. Avant tout, les évêques et les prêtres, mais aussi tous les chrétiens, sont appelés par leur conscience à défendre les droits humains fondamentaux contre les idéologies athées et antihumanistes et les abus de pouvoir de dirigeants fanatiques. 

L’Église est aussi défenseur des intérêts de l’humanité qui dépassent la raison d’État (paix, justice sociale, dignité humaine). Elle doit affirmer clairement que l’humanité forme une seule famille de nations et que chaque personne est créée à l’image et à la ressemblance de Dieu, ou, comme l’a dit Emmanuel Kant, que l’humanité est toujours une fin en soi et ne doit jamais être instrumentalisée au service d’autres peuples ou d’un collectif.

Par conséquent, se fondant sur la révélation divine en Jésus-Christ, l’Église rejette fondamentalement toute classification des personnes en ordres, classes, castes et races, qu’elle soit basée sur une supériorité ou une infériorité. Toutefois, accuser un parti et ses électeurs d’entretenir une idéologie raciste est une allégation non fondée. Il est difficile, voire impossible, de concevoir que des millions de nos concitoyens allemands aient pu adhérer à une idéologie aussi pernicieuse, qui viole de façon flagrante la loi morale naturelle et la conception chrétienne de l’humanité. 

Si cela était vrai, ce serait également une accusation contre l’Église (dans les familles, les paroisses et l’enseignement religieux) qu’elle aurait gravement failli à sa mission spirituelle de former les consciences.

Un évêque catholique, qui doit non seulement connaître les enseignements de l’Église mais aussi être capable de les présenter correctement, ne doit donc en aucun cas accepter la « perte des électeurs de l’AfD » qui, du fait de ses suppositions purement hypothétiques, se sentiraient incompris, trahis et repoussés par l’Église, qui est leur mère dans la foi. 

L’Église est la communauté de ceux qui croient en Jésus-Christ, le Fils de Dieu, qui s’est fait homme pour nous tous et qui, par sa mort sur la croix et sa résurrection, nous a unis pour toujours au Dieu trinitaire de vérité et d’amour. On devient chrétien par la foi en Jésus-Christ et par le baptême au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Par le baptême, nous sommes incorporés au Corps du Christ, qui est l’Église, Peuple de Dieu et Temple du Saint-Esprit. 

L’Église catholique, dans son magistère, a assurément le droit et le devoir d’avertir un croyant qu’il met en péril son salut s’il renie des vérités essentielles de la foi révélée ou s’il enfreint gravement les commandements de Dieu. (Il en serait de même si des étrangers, même ceux en situation irrégulière, étaient traités illégalement et inhumainement.) 

Cette autorité spirituelle ne s’étend cependant pas au comportement électoral des citoyens catholiques qui s’écartent simplement des préférences politiques d’un autre catholique qui, bien qu’évêque et prêtre dans la fonction spirituelle, est son berger et son pasteur, mais qui est un citoyen égal en politique et lors d’élections libres.

Lors d’une élection démocratique, chaque catholique a le droit de voter pour le parti qu’il juge le plus apte à résoudre les problèmes du pays, à condition que le gouvernement démocratiquement élu ne recoure pas à des moyens immoraux ni ne flirte avec ces derniers. 

Un évêque de l’Église catholique se doit d’être un bon pasteur, soucieux que les fidèles confiés à sa charge atteignent le salut éternel par une vie à l’exemple du Christ. Il doit laisser aux électeurs le soin de décider du parti majoritaire et aux autorités étatiques compétentes la responsabilité de protéger la démocratie. 

La Cour constitutionnelle fédérale est la gardienne de la démocratie au nom du peuple, tandis que les évêques, au nom du Christ, sont les pasteurs des âmes et des exemples pour le troupeau de Dieu (cf. 1 Pierre 2, 25 ; 5, 2-5). Il leur incombe également d’exhorter les parties adverses à ne pas se considérer comme des ennemis, mais à se respecter mutuellement comme des êtres humains, afin que le consensus fondamental de la société démocratique ne soit pas compromis. 

Afin de préserver le pouvoir d’un gouvernement élu pour un mandat limité ou les prétentions de pouvoir des partis et des alliances de partis, un évêque ne doit jamais mettre en péril le salut éternel des catholiques qui ne votent pas comme il le souhaiterait. 

Il est profondément agaçant de voir des évêques et des prêtres, des associations et des institutions catholiques, apparaître ou même être mentionnés au même titre que des agitateurs politico-idéologiques, car l’Église se présente alors comme un acteur politique et trahit ainsi sa mission d’être le sacrement de la volonté universelle de Dieu pour le salut. 

Le Concile Vatican II a donc adressé cet avertissement aux évêques et aux associations ecclésiastiques engagés politiquement :

« Ainsi, l’Église, bien qu’ayant besoin de moyens humains pour accomplir sa mission, n’a pas été fondée pour rechercher la gloire terrestre (c’est-à-dire le pouvoir politique), mais pour répandre l’humilité et le renoncement à soi-même, notamment par son exemple. Le Christ a été envoyé par le Père « pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres, pour guérir les cœurs affligés » (Lc 4, 18), « pour rechercher et sauver ce qui était perdu » (Lc 19, 10). De même, l’Église entoure de son amour tous ceux qui sont affligés par la faiblesse humaine ; en effet, dans les pauvres et les souffrants, elle reconnaît l’image de celui qui l’a fondée et qui fut lui-même pauvre et souffrant. Elle s’efforce de soulager leur détresse et cherche à servir le Christ en eux. » (Constitution dogmatique sur l’Église « Lumen Gentium », 8).

Simone de Beauvoir, icône de l’émancipation féminine : derrière la légende, un abus de pouvoir moral et sexuel implacable

Trouvé sur Linkedin :

La mère du féminisme moderne utilisait son autorité de professeur pour séduire ses jeunes élèves et les livrer à Jean-Paul Sartre.

L’Histoire a fait de Simone de Beauvoir l’icône absolue de l’émancipation féminine. La philosophe qui a appris aux femmes à se libérer de la domination des hommes.

Mais derrière la légende se cache un abus de pouvoir moral et sexuel implacable.

Dans les années 1930, Beauvoir enseigne la philosophie. Elle cible notamment Bianca Bienenfeld, une élève âgée de seulement 16 ans. Elle entame une relation intime avec l’adolescente, l’isole psychologiquement, puis l’introduit dans le lit de son compagnon, Jean-Paul Sartre.

La mécanique est destructrice : Beauvoir séduit, Sartre consomme.

Dans leurs correspondances privées publiées à titre posthume en 1990, le cynisme du couple donne la nausée. Les jeunes filles y sont déshumanisées, affublées de pseudonymes comme Louise Védrine pour Bianca.

Beauvoir écrit noir sur blanc la gestion clinique de ses lycéennes. Elle raconte à Sartre les nuits passées avec elles, décrivant la naïveté et la soumission de ses élèves avec la froideur d’un entomologiste.

Dans ses lettres, elle s’amuse ouvertement de l’emprise totale qu’elle exerce. Elle décrit ses proies en larmes, sanglotant de jalousie ou d’angoisse, tout en coordonnant l’emploi du temps avec Sartre pour se les repasser sans que l’une ne croise l’autre.

Sartre lui répond sur le même ton glacial, réclamant des détails intimes ou se plaignant du fardeau émotionnel que ces jeunes filles leur imposent. Le couple mythique gère la vie intime de ses élèves comme un contrat logistique, réduisant ces adolescentes à l’état de jouets jetables.

L’impunité vacille avec le cas de Nathalie Sorokine. En décembre 1941, la mère de la jeune fille dépose une plainte officielle contre Beauvoir pour détournement et corruption de mineure.

L’enquête administrative confirme le comportement manipulateur de la philosophe. En juin 1943, l’Éducation nationale relève Beauvoir de ses fonctions pour conduite incompatible avec le métier d’enseignante.

Ses défenseurs utilisent systématiquement le contexte de l’Occupation pour réduire cette affaire à une simple persécution politique menée par le régime de Vichy. Beauvoir sera d’ailleurs formellement réintégrée à la Libération en juillet 1945, bien qu’elle ne remettra plus jamais les pieds dans un lycée.

Mais le paravent politique de Vichy ne tient pas.

Les preuves les plus accablantes ne viennent pas des archives pétainistes. Elles viennent de l’encre même de Simone de Beauvoir et des mémoires publiés en 1993 par Bianca Bienenfeld, qui décrira cette emprise comme un traumatisme absolu.

Le mythe s’effondre. L’icône du progressisme a consciemment utilisé son prestige intellectuel pour manipuler et détruire de très jeunes femmes au seul profit de son couple.

Plusieurs organisations s’inquiètent des pistes d’économies sur les politiques familiales proposées dans un rapport commandé par le gouvernement

Plusieurs organisations familiales s’inquiètent des pistes d’économies sur les politiques familiales proposées dans un rapport commandé par le gouvernement, estimant qu’elles pénaliseraient les familles, notamment de classes moyennes, dans un contexte de recul persistant de la natalité. Ces propositions interviennent alors que la branche Famille de la Sécurité sociale a dégagé un excédent de 1,2 milliard d’euros en 2025, son cinquième exercice excédentaire consécutif.

Parmi les mesures, le remplacement de la majoration de retraite de 10% accordée aux parents d’au moins trois enfants par un forfait de 125 euros, permettrait une économie de 1,1 milliard d’euros.

Les Associations familiales catholiques (AFC) ont souligné :

« Le gouvernement a malheureusement des idées fantastiques pour faire les poches des familles alors que les naissances ont chuté de 24% depuis 2010 ». « Cette mesure pénalise lourdement les familles nombreuses de la classe moyenne, qui ont sacrifié une partie de leur carrière et de leur pouvoir d’achat pour élever trois enfants ou plus ».

Le rapport préconise également

  • la suppression de la réduction d’impôt pour frais de scolarité dans l’enseignement secondaire et supérieur que touchent 2,4 millions de ménages. Une mesure qui générerait 450 millions d’euros de recettes fiscales supplémentaires.
  • la prise en compte les revenus des parents dans le calcul des aides personnalisées au logement (APL) des étudiants, quand ils restent rattachés au foyer fiscal. La mesure réduirait les APL pour « 310.000 foyers (soit 44%), dont 200.000 (soit 29%) » en seraient totalement privés, selon le rapport.
  • La réduction des allocations familiales « de 20% les seuils d’accès aux deuxième et troisième tranches ». Pour les 591.000 ménages affectés, cette mesure se traduirait par une perte mensuelle moyenne de 75 euros.

La fédération nationale Familles de France estime que ces mesures toucheraient particulièrement les familles nombreuses et les classes moyennes.

« Un revenu de 2.500 ou 3.000 euros par mois ne représente pas le même niveau de vie selon que l’on a un, deux, trois ou quatre enfants à charge ».

Au-delà des mesures, les organisations familiales contestent la philosophie générale de cette « revue de dépenses relative à l’efficacité des politiques familiales ». Elles accusent ses auteurs de privilégier une logique de « redistribution verticale », des plus aisés vers les plus modestes, au détriment de la « redistribution horizontale », destinée à compenser le coût des enfants pour l’ensemble des familles.

« Réduire les politiques familiales à un filet de sécurité sociale réservé aux plus pauvres, c’est transformer une politique universelle en politique caritative ».

« La politique familiale a vocation à accompagner toutes les familles, et non uniquement les plus pauvres. Élever un enfant représente une charge et un investissement collectif pour les retraites de demain, pour la vitalité du pays que la société doit reconnaître quel que soit le niveau de vie des parents ».

« La famille est indispensable à la survie du modèle social français, qui repose sur l’équilibre démographique. Moins d’enfants aujourd’hui, c’est moins de pensions de retraite et de remboursements de santé demain ».

Diplômes universitaires : une quête sans avenir professionnel ?

Depuis son ouverture au grand public en 2022, les capacités des intelligences artificielles génératives n’ont cessé de croître. Tandis que des illuminés prédisaient sans cesse un mur de performance toujours plus proche, celui-ci se faisait de plus en plus incertain.

Quelles qu’aient été nos opinions passées, nous devons l’admettre aujourd’hui, et moi le premier ; nous sommes dépassés. Et ce sont précisément ceux qui se croyaient protégés par leurs diplômes que cette obsolescence va atteindre en premier.

Cet été, le modèle Fable 5 a mis fin à un débat mathématique vieux de plus d’un demi-siècle autour de la conjecture jacobienne. En 5 lignes de démonstration. Efficace.¹

De grands mathématiciens qui travaillent des années sur des problèmes insolubles voient des chatbots trouver la réponse en quelques minutes. Jared Lichtman a travaillé 7 ans sur le Problème d’Erdős n°1196, puis, un lundi matin, un jeune de 23 ans a copié-collé l’énoncé du problème dans ChatGPT 5.4 Pro. 80 minutes plus tard, le modèle avait trouvé la solution.³

The model spent approximately 80 minutes reasoning through the problem… I call it possibly the first AI “Book proof” for an Erdős problem.

(« Le modèle a passé environ 80 minutes à raisonner sur le problème… Je qualifie cela de première “preuve issue du Livre” générée par une IA pour un problème d’Erdős.² »)

Les IA sont intelligentes. C’est un fait. Il faut pour cela comprendre que l’intelligence est la faculté d’abstraction, qui permet notamment la découverte de nouveaux patterns logiques (ce que mesurent les tests de QI avec des suites de formes ou chiffres). Chez l’humain se place par-dessus une couche de conscience. Ce que l’humain nomme intuition, c’est l’apparition brutale d’une conclusion formidable dont le processus de recherche a échappé à la conscience. L’IA, elle, reste perpétuellement dans ce niveau d’intuition, dans ce niveau de réflexe inconscient.

L’IA n’est qu’un tas de probabilités, oui. Mais nos synapses aussi fonctionnent sur ce principe. Les LLM sont directement inspirés du cerveau humain sur la base de la computation, bien que de nombreuses choses divergent.

Mais passons, si l’IA est techniquement à même de remplacer toutes les tâches cognitives, que va-t-il en être réellement dans les entreprises ?

Il faut nous plonger dans la théorie des jeux. Formalisée en 1944 par John von Neumann et Oskar Morgenstern, cette discipline modélise les interactions entre agents rationnels. Son postulat est froid : dans un système concurrentiel, chaque acteur est contraint d’optimiser sa position pour assurer sa survie sociale ou économique. Ce n’est pas une question de cupidité, mais de mécanique : celui qui ne s’adapte pas à la vitesse du groupe est marginalisé, voire exclu.

On l’observe très bien avec l’évolution de la guerre en Ukraine. Les rapports techniques montrent une compression brutale du temps de décision.⁴ En 2022, la boucle « capteur-tireur » — le temps entre la détection d’une cible et la frappe — prenait encore 15 à 20 minutes, le temps de valider l’information humainement.

Aujourd’hui, grâce à l’intégration de l’IA dans des systèmes comme Delta, cette même boucle s’exécute en moins de 60 secondes. L’IA ne se contente pas d’aider : elle impose son rythme. Un commandant qui tenterait de garder un processus de validation purement humain serait mathématiquement éliminé avant même d’avoir fini sa phrase. C’est une accélération subie, une course aux armements où la lenteur est synonyme de mort. Ce qui se joue sur un champ de bataille se rejoue, à une autre échelle, dans chaque entreprise. Et ceux qui en paieront le prix ne sont pas ceux qu’on croit.

Or, l’économie capitaliste repose sur l’équilibre de Nash, du fait du système basé sur la concurrence. Si dans un ensemble Ω d’entreprises travaillant dans un même secteur, une entreprise B décide d’utiliser une innovation que les autres se refusaient d’utiliser jusqu’ici, celle-ci va se démarquer trop nettement des autres, et va absorber leurs parts du marché, les réduisant à néant s’ils n’avaient aucune réaction de leur part. Il n’y a alors pas d’autre choix pour les entreprises, si elles veulent assurer leur survie, que d’adopter ladite innovation amorale.

« Now, here, you see, it takes all the running you can do, to keep in the same place. If you want to get somewhere else, you must run at least twice as fast as that! »

(Ici, voyez-vous, il faut courir aussi vite que possible pour rester à la même place. Si vous voulez aller ailleurs, il vous faut courir au moins deux fois plus vite !)

Lewis Carroll, extrait de De l’autre côté du miroir (chapitre 2)

Or, aujourd’hui, la question ce n’est pas « va-t-on utiliser l’IA dans l’entreprise », mais « va-t-on remettre l’entreprise dans les mains de l’IA sans supervision humaine bloquante ? »

Ce n’est pas de la fiction, le 9 juin 2026, Stripe a confié à Claude Fable 5 (modèle d’Anthropic) une base de code Ruby⁵ de 50 millions de lignes, et lui a fait exécuter une migration à l’échelle de tout le codebase. Laissé 24 h sur le serveur, Claude a effectué le travail de 10 semaines pour une équipe d’ingénieurs. Sans fautes, sans supervision.⁶

Car la plus grande force des entreprises a toujours été l’organisation et la division du travail, la plus grande force de l’IA, ce sont les systèmes multi-agents (agentic-workflow). Oui, une IA conversationnelle classique ne pourrait pas gérer une entreprise. Mais un système d’agents coordonnés ?

Le principe est simple : vous envoyez votre requête à un agent général — le « PDG » du système — qui la décompose en sous-tâches. Celui-ci lance des sous-agents spécialisés (juridique, technique, client, finance) qui analysent la demande, identifient les besoins implicites, et coordonnent leurs actions. Chaque agent peut lui-même déléguer à d’autres agents, créant une hiérarchie fluide et auto-organisante.

Là où un agent conversationnel seul demanderait un humain pour guider tout le long de la réalisation, on se contente d’une demande classique. Ce n’est plus de l’automatisation de tâches : c’est l’automatisation de l’organisation elle-même.

Anthropic a révélé que ses ingénieurs livrent désormais 8 fois plus de code par trimestre qu’au cours de leur période de référence (2021-2025).⁷ Pourtant, les études indépendantes, telles que le rapport DX (Developer Experience, 2026), démontrent un gain n’excédant pas les 10 %.⁸

Coup de marketing ? Pas seulement. Ce qu’ont également relevé ces études, c’est que les développeurs ayant peu de gain de temps — voire des pertes pour certains — arrêtent l’IA trop tôt et reprennent le code pour corriger eux-mêmes les erreurs. Ils traitent l’IA comme un générateur de premier jet, là où les ingénieurs d’Anthropic la laissent itérer en boucle autonome, affiner, tester, et corriger ses propres sorties avant toute intervention humaine.

Ainsi, dès lors qu’une entreprise décidera de dire « chiche » à la sécurité, aux problèmes de responsabilité, et à la supervision humaine, les lois immuables de l’économie sociale ne laisseront qu’un seul choix aux autres : franchir le pas à leur tour, ou couler.

Ce n’est plus une question d’éthique, mais de physique économique : nous bâtissons une machine capable de fonctionner en vase clos, où l’humain n’est plus le moteur, mais une friction.

La machine est lancée. Qu’il le veuille ou non, l’humain perd mécaniquement sa place centrale dans ce système, par la seule force de ses règles internes. L’économie capitaliste n’est pas conçue pour l’humain, mais pour la performance.

Tout cela converge donc vers le futur vers un revenu universel de base ou équivalent, de manière mécanique, et non pas décisionnelle. Mais revenons aux étudiants.

Le système d’étude actuel mesure et valorise une chose principale : la capacité à mémoriser et à appliquer des règles. Le système est peu centré sur la capacité d’apprentissage. En sortie d’étude, le diplôme est la certification « ce bonhomme a su apprendre et maîtriser x quantité et complexité de connaissances dans x domaine ». Ensuite, à l’entreprise de le former sur sa spécificité.

Ce modèle est mort. Les chiffres de 2026 ne laissent place à aucune ambiguïté :

Droit : au Royaume-Uni, les offres d’emploi de paralegal ont chuté de plus de 60 % depuis 2023 (-21 % sur la seule dernière année), et celles de legal secretary de 41 % sur la même période — une contraction environ trois fois plus rapide que l’ensemble du marché de l’emploi britannique.⁹

Marketing : un responsable marketing sur trois déclare que son organisation réduit actuellement ses embauches de niveau débutant.¹⁰

Audit & Finance : chez les Big Four britanniques, les offres d’emploi liées à l’IA dépassent désormais celles liées à l’audit (7 % contre 3 % des annonces en 2025, contre moins de 2 % pour l’IA en 2022) ; le ratio candidatures/offres a par ailleurs doublé en deux ans pour les diplômés visant la finance, le conseil et la tech.¹¹

Développement informatique : au Royaume-Uni, les offres d’emploi tech pour jeunes diplômés ont chuté de 46 % en 2024, avec un nouveau recul de 53 % anticipé pour 2026 ; aux États-Unis, l’emploi des développeurs de 22 à 25 ans se situe désormais 19 % en dessous de la trajectoire qu’il aurait dû suivre s’il avait progressé au même rythme que celui des travailleurs plus expérimentés — un écart concentré presque entièrement sur les embauches, pas sur les licenciements.¹²

L’échelon d’entrée a disparu. Pas progressivement. Pas doucement. Il a été rasé.

Pourquoi une entreprise paierait-elle un jeune diplômé 2 000 € par mois pour rédiger des rapports, nettoyer du code ou analyser des contrats, quand un système multi-agents le fait pour 50 € avec une qualité supérieure, sans congés payés, sans formation, et sans jamais se plaindre ?

La réponse est simple : elle ne le fera plus. Posez devant vous le CV d’un jeune ingénieur diplômé, et à côté le benchmark d’un modèle d’IA frontier. L’un réclame 3000 € par mois, pas plus de 40 h par semaine, 2 jours de congés, et en plus il écrit et pense à moins de 50 tokens par seconde. L’autre abat en 24 h le travail qui aurait demandé un trimestre à une équipe entière d’ingénieurs, soit moins de 10 000 € de tokens, non imposables… Si on ajoute à cela la vitesse de progression exponentielle des performances de l’IA, le choix est vite fait.

Faut-il pour autant abandonner les études ? Non. Mais il faut cesser de les voir comme un investissement de carrière. Dans le monde qui vient, la majorité des diplômés subiront une précarisation de leur condition. Ce n’est pas une hypothèse, c’est une conséquence mécanique de ce que nous venons de démontrer. Tous ne deviendront pas entrepreneurs, tous ne trouveront pas refuge dans l’artisanat. Le marché du travail intellectuel va se contracter, et la compétition pour les rares postes restants sera féroce.

Cependant, il reste un intérêt rationnel — et même vital — à continuer à se former. Mais cet intérêt n’a plus rien à voir avec l’employabilité. Il s’agit de ne pas devenir dépendant de l’outil au point de ne plus savoir juger sans lui.

Continuer à étudier les mathématiques, le droit, la philosophie ou les sciences, ce n’est plus accumuler des savoirs que l’IA possède déjà. C’est muscler sa capacité de jugement. C’est s’entraîner à résoudre des problèmes complexes sans aide extérieure, pour développer cette souveraineté cognitive qui vous permettra de dire : « Je comprends ce que l’IA me propose, et je décide si c’est pertinent. »

Mais pour cela, il faut adapter le système éducatif. Certes, le système actuel ne forme pas des idiots. Il forme des exécutants cognitifs de haut niveau, capables d’appliquer des protocoles complexes avec une rigueur exemplaire dans des environnements stables. C’était l’excellence d’hier.

Le problème, c’est que cette excellence est désormais automatisable. L’éducation traditionnelle forme pour un métier, c’est-à-dire pour l’application répétée de savoirs validés. Elle ne forme pas des hommes réfléchis capables de penser par eux-mêmes face à l’inédit.

J’entends bien « penser par soi-même » non pas comme une vague aspiration humaniste, mais comme une nécessité de survie cognitive : la capacité à ne pas se choisir un maître à suivre peinardement. Car dans un monde saturé de réponses générées par l’IA, le plus grand risque n’est pas l’ignorance, mais la soumission intellectuelle. Si vous n’avez pas développé votre propre boussole intérieure, votre propre capacité à juger sans filet, vous ne ferez que déléguer vos choix — professionnels, éthiques, existentiels — à l’algorithme qui vous semblera le plus convaincant. D’ailleurs, le problème n’est pas tant l’algorithme que la filiation aveugle à n’importe quelle source de conseils et d’information, IA ou non.

L’école doit cesser de former des bibliothèques vivantes pour former des architectes du jugement. Il ne s’agit plus de savoir quoi penser, mais de savoir comment rester libre de sa pensée quand tout autour de vous est optimisé pour vous dicter la réponse.

Si c’était déjà vrai hier, cela l’est encore plus aujourd’hui pour ne pas sombrer dans une pensée unique qui résulterait d’une confiance aveugle en la génération de l’IA. Trop de gens tombent actuellement dans le mirage peut-être égoïste de vouloir conserver leur savoir-faire professionnel manuel face à l’IA. Quelle liberté gagne-t-on à s’échiner à faire une tâche automatisable plutôt que de concentrer nos capacités cognitives dans la compréhension et l’anticipation du monde dans la globalité, avec les enjeux moraux qui y sont liés ? Lorsqu’on est pressé par une concurrence automatisée, il n’est plus possible de faire les deux.

Ils subiront la vague de reconversion massive des métiers intellectuels. L’artisanat n’a, en réalité, ni la taille ni la vitesse pour jouer ce rôle de refuge qu’on lui prête complaisamment.

Faisons les comptes, puisque c’est la seule chose qui compte ici. Le travail manuel véritablement qualifié en France — celui qui exige un jugement technique et non un geste répété, du BTP à l’usinage en passant par l’artisanat indépendant — représente entre 4,4 et 6,5 millions de personnes, soit 15 à 23 % des actifs occupés. En face, la population à dominante cognitive, cadres et professions intermédiaires confondus, pèse environ 14 millions de personnes. Le rapport de force est déjà défavorable, de un pour deux à un pour trois. Mais peu importe la taille du stock : personne ne va libérer plusieurs millions de postes manuels d’un coup. La vraie contrainte, c’est le flux — le nombre de postes qui se vident réellement chaque année, par les départs en retraite et les créations nettes. Et ce flux, malgré une pénurie déjà chronique, ne dépasse pas 150 000 à 250 000 postes non pourvus par an dans l’ensemble du secteur manuel qualifié, BTP et industrie confondus. Rapporté aux 14 millions de travailleurs intellectuels, ce chiffre représente à peine 1 à 2 % de cette population, chaque année.

On ne forme pas un maçon, un chaudronnier ou un plombier-chauffagiste qualifié en un trimestre de reconversion : il faut, selon les métiers, entre trois et sept ans d’apprentissage pour atteindre le niveau qui distingue précisément le travail manuel complexe du geste automatisable. Un cadre licencié à trente-cinq ans qui se tourne vers l’artisanat n’entre pas dans un poste vacant, il entre dans une file d’attente de plusieurs années, pour un nombre de places qui ne croît pas avec la demande. L’artisanat ne sera donc pas la soupape de sécurité qu’on imagine : au mieux une sortie de secours pour quelques dizaines de milliers d’entre eux chaque année, pendant que les autres devront se rendre à l’évidence — dans ce monde qui vient, la seule ressource qui reste vraiment rare, ce n’est plus le savoir-faire, manuel ou intellectuel. C’est le jugement lui-même.

Le fait que cet engrenage existe à cause du capitalisme ne vous a sans doute pas échappé. Cependant, ne sautons pas à la conclusion hâtive que le communisme (façon URSS) nous préserverait de tous ces maux. Car rappelons-le, l’équilibre de Nash s’applique dès que plusieurs organisations agissant de manière rationnelle entrent en concurrence. Pour nous préserver de cette mécanique économique avec le communisme, il faudrait soit une hégémonie communiste mondiale, ayant autant de pouvoir de régulation que l’URSS, soit qu’un pays communiste accepte de vivre en parfaite autarcie, tout en observant le monde avancer technologiquement sans lui. Si sur le plan mécanique le communisme résout ce problème, il faudrait encore avoir la capacité de mettre en place un tel régime — et n’oublions pas que régler le problème de cette manière apporterait d’autres problèmes intrinsèques au communisme. D’ailleurs, supprimer la concurrence supprime la pression mécanique à adopter l’IA par nécessité économique, mais pas l’intérêt d’un tel régime à l’adopter pour d’autres raisons — contrôle social, surveillance, projection de puissance militaire. Un pouvoir disposant d’une capacité de régulation aussi totale que l’URSS aurait au contraire tout intérêt à déployer cette technologie à ces fins, sans avoir besoin de concurrence pour cela.


Notes

  1. En juillet 2026, le chercheur Anthropic Levent Alpöge a utilisé Fable 5 pour produire un contre-exemple à la conjecture jacobienne, un problème vieux de 87 ans, vérifié indépendamment par des mathématiciens du monde entier en quelques heures. Source : Finance BigGo — Scholze confirme la percée sur la conjecture jacobienne.

  2. Paul Erdős, mathématicien hongrois légendaire, avait pour coutume de dire que Dieu possédait un « Livre » contenant les preuves mathématiques les plus élégantes et parfaites. Une « preuve issue du Livre » désigne une démonstration d’une simplicité et d’une beauté telles qu’elle semble évidente et inévitable, sans artifice inutile. Qualifier la solution de l’IA de « Book proof » signifie qu’elle a atteint ce niveau d’élégance mathématique.

  3. Liam Price, 23 ans, sans formation mathématique avancée, a soumis le problème à ChatGPT et obtenu une solution en environ 80 minutes, sur un problème que le mathématicien d’Oxford Jared Lichtman avait tenté sans succès pendant sept ans. Source : BuildFastWithAI — GPT-5.4 solved a 60-year math problem.

  4. Le RAND Corporation rapporte que le cycle moyen capteur-tireur pour les frappes d’artillerie est passé de 30 minutes en 2022 à moins d’une minute en 2024, et jusqu’à 30 secondes pour les frappes assistées par drones FPV. Source : Ashley Ruiz, « The Future of War: Kill-Chain Supremacy and Ukraine’s Lessons », Journal of Strategic Security, vol. 18, n° 4 (2025), p. 53-63, University of South Florida — Digital Commons ; voir aussi Weekly Report AI — The AI Arsenal.

  5. Le code Ruby de Stripe cumule deux difficultés pour un système d’IA. D’une part, c’est un langage à typage dynamique fortement porté sur la métaprogrammation — method_missing, define_method, monkey-patching, DSL internes — ce qui complique considérablement l’analyse statique et le suivi des dépendances par rapport à un langage typé comme Java ou TypeScript. D’autre part, Ruby reste nettement sous-représenté dans les corpus d’entraînement des grands modèles par rapport à Python ou JavaScript, ce qui limite d’ordinaire l’exposition du modèle à ses idiomes. C’est la combinaison de ces deux facteurs qui rend la performance de Fable 5 sur cette migration particulièrement significative.

  6. Stripe a utilisé Fable 5 pour migrer une base de code Ruby de 50 millions de lignes en une journée, un travail estimé à plus de deux mois pour une équipe d’ingénieurs. Source : ClaudeAINews — Stripe Ran a Two-Month Migration in a Single Day.

  7. Citation directe d’Anthropic : « Anthropic engineers on average ship 8x as much code per quarter as they did compared to 2021-2025. » Source : VentureBeat — Anthropic says 80% of its new production code is now authored by Claude.

  8. Le rapport DX mesure une hausse de l’usage de l’IA de 65 % pour seulement 7,76 % de gain de débit de livraison (pull requests), la plupart des organisations se situant entre 5 et 15 % de gain réel. Source : DX — AI productivity gains are 10%, not 10x.

  9. Analyse des offres d’emploi Adzuna, Reed et LinkedIn par la lawtech GenieAI. Source : The Global Recruiter — AI Reduces Entry-Level Legal Hiring.

  10. Enquête Content Marketing Institute, perspectives de carrière 2026. Source : Content Marketing Institute — The Missing Generation: How AI Is Reshaping Content and Marketing Roles.

  11. Analyse du Financial Times portant sur plus de 50 000 offres d’emploi chez Deloitte, EY, KPMG et PwC dans les pays anglophones (2020-2026) ; le doublement du ratio candidatures/offres pour la finance, le conseil et la tech provient du rapport Handshake Campus to Career 2026. Sources : The Irish Times / Financial Times — Big Four firms post more job ads for AI specialists than auditors ; Handshake — 2026 Campus to Career Report.

  12. La baisse de 46 % des offres tech pour diplômés britanniques (avec 53 % de recul supplémentaire anticipé pour 2026) provient d’un rapport de l’Institute of Student Employers relayé par la presse. L’écart de 19 % sur l’emploi des développeurs américains de 22-25 ans provient de l’étude Brynjolfsson, Chandar & Chen, Canaries in the Coal Mine? Six Facts about the Recent Employment Effects of Artificial Intelligence, Stanford Digital Economy Lab. Sources : TechRadar — Tech industry stalling as AI takes over ; Stanford Digital Economy Lab.

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

Bayrou s’inquiète du port du voile… catholique

Interrogé sur CNews/Europe 1, François Bayrou (ancien Premier ministre) est contre l’interdiction du port du voile islamique dans l’espace public français tout en affirmant qu’il y a une résurgence du « port du voile catholique ».

Mathieu Bock-Côté n’en croit pas ses oreilles « vous êtes vraiment sérieux ?!»

Election régionale en Saxe-Anhalt : l’AFD obtient 44%

Dans ce Land d’ex-RDA, le parti créé en 2013 était crédité de plus de 40% dans les sondages. Selon de premières estimations, il aurait obtenu 43,8% des voix.

Avant que Merkel n’ouvre grand les vannes de l’immigration en 2015, l’AfD plafonnait entre 4 et 7 %. À l’époque, France Télévisions louait cette ouverture. Dix ans plus tard, les mêmes s’indignent de la poussée de l’AfD…

À l’issue d’une journée marquée par un taux de participation très élevé, l’AFD obtiendrait 43,8% des voix, les conservateurs de la CDU 17,2%, l’extrême gauche die Linke 9,3%, les Verts 8,6%, les sociaux-démocrates du SPD 9,3%. Le BSW, parti issu de la gauche radicale, obtient 5,3%, ce qui lui permet d’être représenté au Parlement régional.

En l’absence d’une majorité absolue, l’AfD pourrait ne pas pouvoir gouverner la Saxe-Anhalt. Seule la formation de gauche radicale BSW a laissé la porte ouverte à une alliance, sans formaliser un soutien. Le reste des partis a exclu de s’allier avec les troupes d’Ulrich Siegmund. 

En France, réaction d’Eric Zemmour :

 

De son côté, le RN avait rompu avec l’AFD. Jean-Philippe Tanguy (RN), député de la Somme, a rappelé que le Rassemblement national a rompu avec l’AfD, disant « prend[re] acte d’un vote populaire de ras-le-bol face à des partis du système qui ne gèrent pas l’immigration, l’économie, les prix de l’énergie ».

Succès de la Marche pour la vie à Londres

Samedi 5 septembre avait lieu la Marche pour la vie à Londres. Le thème de cette année, « Les droits humains pour tous les êtres humains », souligne combien de droits sont affectés par la légalisation de l’avortement, notamment ceux de l’enfant à naître, de la mère, des professionnels de santé et même de ceux qui adhèrent ou expriment des convictions pro-vie.

La journée a débuté par le « LifeFest » au Centre Emmanuel, qui comprenait :

  • Un sommet pro-vie sur les droits humains
  • Des stands d’un large éventail d’organisations pro-vie
  • Séances pour enfants de tous âges

Une marche à travers le centre de Londres dans l’après-midi.

Parmi les principaux intervenants de l’événement figuraient :

  • Carla Lockhart, député – membre du Parlement et fervent défenseur des enfants à naître.
  • Sara Spencer – Une mère de quatre enfants et étudiante sage-femme écossaise qui a été suspendue de sa formation après avoir exprimé des convictions pro-vie dans un groupe Facebook privé.
  • Isabel Vaughan-Spruce – Fait actuellement l’objet d’une troisième enquête pour avoir prié en silence près d’un centre d’avortement.
  • Josiah Presley – Un survivant d’une tentative d’avortement chirurgical.

La marche a vu également la participation d’un large éventail de dirigeants chrétiens, notamment :

    • Sept évêques catholiques
    • Deux évêques anglicans
    • Prêtres de l’Église orthodoxe
    • Des dirigeants évangéliques, dont Glen Scrivener, PDG de  Speak Life , et Andrea Williams, PDG de  Christian Concern, ont exprimé leur soutien à cette cause.

Ben Thatcher, codirecteur de March for Life UK, a commenté :

« Cette année a été cruciale pour le mouvement pro-vie, marquée par la pression en faveur de la légalisation de l’avortement jusqu’à la naissance et la censure de nombreux militants pro-vie pour leurs prières silencieuses ou leurs propositions de dialogue consensuel. Il est plus important que jamais de nous unir pour défendre toutes les personnes touchées par la grave injustice de l’avortement. »

Aupravant une messe s’était tenue en la cathédrale de Westminster :

 

Des militants pro-avortement ont tenté de perturber la messe mais leur voix a été couverte par l’organiste :

Voici la foule qui défile surenviron une demi-heure :

La correction fraternelle

A midi lors de l’Angelus, le pape Léon XIV a évoqué la correction fraternelle :

C’est un art délicat et trop souvent oublié, qui exige franchise et progressivité. Se parler sincèrement – d’abord en tête-à-tête, puis si nécessaire à deux ou à trois, et enfin, quand il le faut, avec toute la communauté – c’est affronter la réalité et transformer les problèmes et les conflits en étapes de croissance. Les plaintes et les médisances sont faciles, mais elles ne mènent à rien et paralysent bien des situations. L’Évangile, en revanche, nous éduque à la liberté, dans la charité.

 

Pour tout comprendre de la devise du voyage de Léon XIV en France : « pour que le monde ait la vie »

À l’approche du voyage de Léon XIV en France, En quête d’esprit s’intéresse à l’étape de Lourdes, qui devrait constituer le cœur spirituel de cette visite. L’émission interroge le sens chrétien de la vie, de la guérison et de l’espérance avec

    • l’abbé Henri Lefer, chapelain au Sanctuaire de Lourdes et prêtre de la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre,
    • Grégor Puppinck, juriste et directeur général du Centre européen pour le droit et la justice,
    • Petite Sœur Marie-Foucauld Dufouleur, médecin généraliste et religieuse des Petites Sœurs des Maternités Catholiques

EVARS: un bilan globalement négatif

Le 6 septembre, Terres de mission reçoit Louis Stagire, président de l’association Renaissance Famille, Education, pour tirer un premier bilan du programme EVARS (devenu obligatoire l’année dernière).

Puis Christophe Foltzenlogel, chercheur au Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ), présente le livre collectif des Juristes pour l’enfance auquel il a participé: « Les parents ont-ils encore le droit d’éduquer leurs enfants? » (Artège).

Enfin, Guillaume de Thieulloy présente brièvement quelques piste de lectures: « Léon XIV » d’Elise Anne Allen (Artège); « La foi chrétienne pour les curieux et les débutants » (Artège) – livre collectif d’apologétique – et « Saint Ambroise » d’Anne Bernet (Clovis).

Est-il encore possible d’être favorable à la peine capitale ?

C’est une oeuvre salutaire que réalise Matthieu Lavagna en étudiant Ce qu’enseigne vraiment l’Église sur la peine de mort, suite à la réécriture du Catéchisme de l’Eglise catholique sur ce sujet sous le pape François.

La peine de mort demeure l’un des points les plus sensibles du débat moral actuel, y compris dans le monde catholique. Certains estiment qu’elle est inconciliable avec l’Évangile. D’autres rappellent qu’elle fut longtemps tenue pour moralement possible, selon des circonstances précises.

Dans cette analyse rigoureuse et sans a priori de l’enseignement bimillénaire de l’Église sur la peine capitale, l’auteur reprend l’ensemble de la Tradition sur cette question : Écriture sainte, Pères de l’Église, théologiens, papes, aucun n’a condamné la peine de mort.

Alors comment concilier l’ancien § 2267 du Catéchisme de l’Eglise catholique (CEC)

« L’enseignement traditionnel de l’Eglise n’exclut pas, quand l’identité et la responsabilité du coupable sont pleinement vérifiés, le recours à la peine de mort »

avec le nouveau :

2267 Pendant longtemps, le recours à la peine de mort de la part de l’autorité légitime, après un procès régulier, fut considéré comme une réponse adaptée a la gravité de certains délits, et un moyen acceptable, bien qu’extrême, pour la sauvegarde du bien commun.

Aujourd’hui on est de plus en plus conscient que la personne ne perd pas sa dignité, même après avoir commis des crimes très graves. En outre, s’est répandue une nouvelle compréhension du sens de sanctions pénales de la part de l’État. On a également mis au point des systèmes de détention plus efficaces pour garantir la sécurité à laquelle les citoyens ont droit, et qui n’enlèvent pas définitivement au coupable la possibilité de se repentir.

C’est pourquoi l’Église enseigne, à la lumière de l’Évangile, que « la peine de mort est inadmissible car elle attente à l’inviolabilité et à la dignité de la personne » [François, Discours aux Participants à la Rencontre organisée par le Conseil Pontifical pour la Promotion de la Nouvelle Évangélisation, 11 octobre 2017.] et elle s’engage de façon déterminée, en vue de son abolition partout dans le monde.

Le pape François a même ajouté dans ses discours que la peine de mort est en soi un péché, la comparant même à l’euthanasie et à l’avortement, ce qui est encore en contradiction avec ce que déclarait le cardinal Ratzinger, lequel, bien que personnellement défavorable à la peine de mort, rappelait la légitime diversité des opinions des catholiques en matière de peine capitale, soulignant :

Tous les problèmes moraux n’ont pas le même poids que l’avortement ou l’euthanasie. Par exemple, si un catholique venait à être en opposition avec le Saint Père sur la peine capital ou sur une décision de mener une guerre, il ne serait pas, pour cette raison, considéré comme indigne de se présenter à la Sainte Communion. Bien que l’Eglise exhorte les autorités civiles à rechercher la paix et non la guerre et d’user avec discrétion et pitié dans l’application de la peine capitale aux criminels, il reste néanmoins possible de prendre les armes pour repousser un agresseur et d’avoir recours à la peine capitale. Il peut y avoir une légitime diversité d’opinion parmi les catholique sur l’opportunité de mener une guerre ou de recourir à la peine capitale mais pas sur l’avortement et l’euthanasie.

Dans la postface de ce livre, Mgr Christophe J. Kruijen, docteur en théologie dogmatique, ancien collaborateur de la Congrégation pour la doctrine de la foi (2008-2016), fait remarquer que la modification du CEC en 2018 fut décidée par un simple rescrit pontifical, dont on relève le caractère autoréférentiel puisque la seule source citée est un discours du pape François. Alors que le projet de rédaction du CEC fit l’objet d’une vaste consultation de tous les évêques. Mgr Kruijen souligne l’imprécision théologique du terme « inadmissible », le caractère disruptif de ce néo-Magistère pontifical, qui fragilise la crédibilité et la cohérence de tout le Magistère. Ce qui permet de conclure que ce passage du CEC ne fait pas partie du Magistère infaillible.

Matthieu Lavagna répond également à un certain nombre d’objections, notamment croire qu’il serait incohérent d’être hostile à l’avortement et à l’euthanasie tout en étant favorable à la peine de mort, ce qui rejoint l’article récent de Guillaume de Thieulloy ; l’objection selon laquelle seul Dieu est maître de la vie et de la mort ; ou encore celle du père Basile Valuet, moine au Barroux, qui considère qu’il n’y a pas de contradiction entre l’ancienne et la nouvelle rédaction, le pape François enseignant que la peine de mort est inadmissible aujourd’hui, compte tenu des circonstances actuelles, et non qu’elle est immorale en tous temps et en tous lieux. Le père Basile n’a visiblement pas bien lu le pape François, qui a approuvé la déclaration de la Doctrine de la foi dans Dignitas infinita :

 la peine de mort, elle aussi, viole la dignité de tout être humain, inaliénable en toutes circonstances.

Il est même hostile à la prison à perpétuité :

La prison à perpétuité est une peine de mort cachée [Fratelli Tutti n°268]

Au regard de l’enseignement historique de l’Eglise, Matthieu Lavagna interroge :

Doit-on vraiment croire que notre Eglise indéfectible a approuvé une sorte de meurtre contraire au 5e commandement pendant presque deux mille ans jusqu’à ce que la lumière de la vérité illumine enfin l’intellect de François pour rectifier l’affaire ? Non, une telle hypothèse n’est pas crédible et remettrait d’ailleurs en cause l’indéfectibilité de l’Eglise dans son enseignement moral.

Le recours à la peine de mort demeure une question d’ordre prudentielle, légitime, à laquelle il est possible pour un chrétien d’être favorable. A titre personnel, je suis défavorable à sa légalisation dans la France d’aujourd’hui, compte tenu des circonstances politiques, ne voulant pas mettre cet outil judiciaire entre les mains d’un ministre mélenchoniste ou de juges gauchistes, parfois plus sévères avec les honnêtes citoyens en situation de légitime défense qu’avec les criminels.

12 septembre : Pèlerinage pour les vocations à Chalon-sur-Saône (Bourgogne)

De l’abbé Jean-Antoine Kegelin :

Nous marcherons et prierons tout particulièrement pour nos prêtres, qui nous donnent les sacrements au quotidien, et pour l’éclosion de saintes vocations sacerdotales.

Le pape Benoît XVI nous rappelait avec tant de justesse la beauté de cette mission :

« « Là où l’on prie pour les vocations, elles fleurissent. […] Le prêtre n’est pas simplement quelqu’un qui détient une fonction […]. Il fait ce qu’aucun être humain ne peut faire de lui-même : il prononce au nom de Christ la parole d’absolution de nos péchés, il change ainsi l’état de notre vie. »

Venir à ce pèlerinage, c’est offrir un soutien spirituel concret à nos pasteurs et ouvrir les cœurs des jeunes générations à l’appel du Seigneur.

« La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. » (Luc 10, 2)

 

Informations pratiques :

Samedi 12 septembre, fête du saint Nom de Marie

Dépose des voitures jusqu’à 9h30.

Messe solennelle chantée par le séminaire saint-Pierre dans la cathédrale restaurée de Chalon-sur-Saône à 10h

15km de marche praticables en poussette

Repas tiré du sac

16h : Vêpres solennelles

Inscription nécessaire sur le site fssp-saone-et-loire.com (lien direct vers la page d’inscription : https://www.fssp-saone-et-loire.com/pelerinage-de-rentree-2026/

Quinzième dimanche après la Pentecôte : la résurrection du fils de la veuve de Naïm

Nous remercions l’association Una Voce de nous autoriser à publier des extraits des excellents commentaires des cinq pièces grégoriennes du dimanche ou de la fête à venir.
Vous aurez la totalité des textes sur le site et nous ne pouvons que vous encourager à vous abonner à la newsletter hebdomadaire en cochant dans la case adéquate sur la page d’accueil.

L’Évangile nous relate l’épisode touchant de la résurrection du fils de la veuve de Naïm et donne son nom à ce Quinzième dimanche après la Pentecôte. La scène est reproduite ci-dessus dans une œuvre de Pierre Bouillon (1776-1831) que l’on peut admirer au Musée de Tessé au Mans.
Nous remercions le musée manceau de nous avoir autorisés à illustrer cette page de ce beau tableau.

L’épisode si touchant de la veuve de Naïm donne aujourd’hui son nom au quinzième dimanche après la Pentecôte. L’Introït nous présente la forme des prières que nous devons adresser au Seigneur dans tous nos besoins. L’Homme-Dieu a promis, dimanche dernier, d’y pourvoir toujours, à la condition d’être servi par nous fidèlement dans la recherche de son royaume. En lui adressant nos supplications, montrons-nous confiants dans sa parole, comme il est juste de l’être, et nous serons exaucés.
Dom Guéranger L’Année Liturgique

► Introït : Inclina Domine

Comme les dimanches précédents, les chants du propre de la messe du quinzième dimanche après la Pentecôte sont tirés des psaumes sauf la Communion, et ils expriment les sentiments de supplication, de confiance, de louange et d’action de grâces qui doivent animer les chrétiens durant leur séjour sur la terre. Mais ils présentent aujourd’hui une particularité qui les oppose à ceux des dimanches précédents. Les alléluias des dix derniers dimanches, du cinquième au quatorzième après la Pentecôte, avaient tous pour texte le premier verset d’un psaume. Mais ce ne sera pas le cas cette fois-ci ; ce seront au contraire les autres pièces, Introït, Graduel et Offertoire, qui auront pour texte le premier verset d’un psaume.
Le texte de l’Introït est le début du psaume 85, un des nombreux psaumes où David, qui se sent humainement perdu devant la puissance de ses ennemis, lance un appel suppliant vers Dieu pour qu’Il le délivre.

Inclina, Domine, aurem tuam ad me, et exaudi me : salvum fac servum tuum, Deus meus, sperantem in te : miserere mihi, Domine, quoniam ad te clamavi tota die.
Seigneur, tendez l’oreille vers moi, écoutez-moi, sauvez votre serviteur qui espère en vous, mon Dieu ; ayez pitié de moi, Seigneur, car je crie vers vous tout le jour.

Chacun de nous peut faire sienne cette prière dans les épreuves et les tentations au milieu desquelles nous nous débattons. La mélodie est une des plus belles et des plus expressives du répertoire. Elle commence par une intonation qui s’élève en un grand élan, franchissant d’un bon toute l’octave pour culminer sur le mot Domine ; puis elle redescend et la phrase s’achève dans le grave sur exaudi me, prière plus humble mais tout aussi suppliante. La deuxième phrase, celle de l’espérance, est plus assurée, les mots Deus meus sont vraiment pleins de confiance. On retrouve dans la troisième phrase une supplication presque angoissée, s’enfonçant dans le grave puis se reprenant pour remonter sur le mot clamavi, qui est vraiment un cri lancé du fond de notre misère. Si les mots de profundis ne sont pas dans le texte, ils sont dans la mélodie. On entendra ensuite comme verset psalmodié la suite du psaume.

Lætifica animam servi tui : quoniam ad te, Domine, animam meam levavi.
Donnez la joie à l’âme de votre serviteur car j’élève vers vous mon âme Seigneur.

► Graduel : Bonum est confiteri

Comme celui de l’Introït le texte du Graduel du quinzième dimanche après la Pentecôte est formé du début d’un psaume, cette fois le psaume 91. Après la supplication du fond de notre misère, voici la louange à Dieu pour sa justice et sa bonté infinie, et ces premiers versets chantent le bonheur que nous procure cette louange qui ne doit jamais cesser. On notera le passage de la deuxième à la troisième personne qui est assez fréquent dans les psaumes.

Bonum est confiteri Domino : et psallere nomini tuo, Altissime. Ad annuntiandum mane misericordiam tuam, et veritatem tuam per noctem.
Qu’il est bon de louer le Seigneur et de chanter un psaume à votre nom ô Très-Haut, pour annoncer dès le matin votre miséricorde et votre vérité durant la nuit.

Ce Graduel commence par les mêmes mots que celui de dimanche dernier Bonum est, et avec la même intonation, mais la suite est totalement différente. Après une courte cadence au grave, la mélodie s’élève soudain dans l’aigu avec hardiesse et enthousiasme, et elle s’y tiendra jusqu’à la fin, revenant sans cesse sur la même note avec une insistance que rien ne semble lasser. On retrouvera dans la deuxième partie de grandes vocalises déjà souvent rencontrées, puis la finale reprend exactement la même mélodie que celle de la première partie.

► Alléluia : Quoniam Deus

Contrairement aux autres chants de cette messe et contrairement aux Alléluias des dimanches précédents, le texte de l’Alléluia du quinzième dimanche après la Pentecôte n’est pas le premier verset d’un psaume, mais c’est tout simplement la suite de celui de dimanche dernier, au début du psaume 94, qui disait :

Venite exsultemus Domino : jubilemus Deo salutari nostro.
Venez exultons pour le Seigneur, poussons des cris de joie pour Dieu notre Sauveur.

Et nous continuons aujourd’hui :

Quoniam Deus magnus Dominus et rex magnus super omnem terram.
Car le Seigneur est un grand Dieu et un grand roi au-dessus de toute la terre.

Il y a bien un verset entre les deux qui a été sauté, mais il dit la même chose que le précédent. C’est l’acclamation de la majesté divine qui continue, et la mélodie ressemble aussi à celle de dimanche dernier ainsi qu’à celle de tous les Alléluias de louange et d’action de grâces des dimanches précédents. Elle est très développée avec de grandes vocalises éclatantes, surtout dans le verset.

► Offertoire : Exspectans exspectavi

Cous retrouvons dans le chant de l’Offertoire du quinzième dimanche après la Pentecôte le début d’un psaume, le psaume 39.
Après la supplication, la louange et l’acclamation, voici l’action de grâces et de reconnaissance pour les bienfaits reçus.

Exspectans exspectavi Dominum, et respexit me : et exaudivit deprecationem meam, et immisit in os meum canticum novum, hymnum Deo nostro.

D’un grand espoir j’ai espéré dans le Seigneur et il a jeté les yeux sur moi et a exaucé ma prière. Il a mis dans ma bouche un cantique nouveau, une hymne à notre Dieu.

Un verset de psaume a été sauté entre les deux phrases, dans lequel David, auquel le psaume est attribué, précisait : il m’a arraché à la mort. Ce psaume est ainsi considéré comme messianique et David, figure du Christ, y prophétise la résurrection. C’est donc pour le grand bienfait de la Rédemption et toutes les grâces qui en ont découlé pour nous que nous chantons ce cantique nouveau mis en notre bouche par l’Église. Ces paroles s’appliquent, plus qu’à tout autre, au chant grégorien.
La mélodie exprime notre reconnaissance pour ces grâces espérées et reçues, d’une manière calme et douce, peu développée, se tenant toujours sur les mêmes notes dans le climat de vie intérieure et de contemplation qui est habituellement celui des Offertoires. Cependant la cadence finale surprend, venant se poser au grave sur une note qu’on n’avait jamais entendue auparavant, comme s’il ne s’agissait que d’une déposition passagère dont la suite se perd dans le silence.

► Communion : Panis quem ego

Comme celle du dimanche précédent, la Communion du quinzième dimanche après la Pentecôte est tirée de l’Évangile, mais il ne s’agit pas cette fois de l’Évangile du jour. C’est un passage du discours sur le pain de vie, au chapitre VI de l’Évangile de saint Jean, dont nous avions entendu un autre extrait à la Communion du neuvième dimanche :

Panis quem ego dedero caro mea est pro sæculi vita.
Le pain que je donnerai c’est ma chair pour la vie du monde.

Ces paroles, qui ont tellement scandalisé les auditeurs de Notre Seigneur, nous sont maintenant familières. Elles conviennent particulièrement bien au moment de la communion, alors que nous recevons ce pain devenu la chair du Christ. C’est Lui qui parle ici d’une voix très douce avec de belles vocalises mélodieuses et expressives.

Pie VI, le pape martyr de la Révolution dite française

Dans l’émission Les Belles figures de l’Histoire, désormais animée par Véronique Jacquier, le père Jean-François Thomas évoque le martyr du pape Pie VI :

https://www.dailymotion.com/video/xb20y2y