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Culture de mort : Avortement

Avortement : témoignage d’une ex-employée du Planned Parenthood (2)

Suite du témoignage d’une ex-employée du Planned Parenthood (le début est ici) :

“J’éprouvais des sentiments contradictoires, comme de la trahison, mais en même temps du soulagement d’être débarrassée de ce problème. Mais j’ai ressenti aussi quelque chose de très bizarre, quelque chose comme un vide dans le ventre. Mais bon, je me suis dit que j’allais enterrer cela au plus profond de moi, que j’allais l’oublier et continuer comme la femme que j’étais avant.

J’ai appelé mon fiancé, et je lui ai dit : « Qu’est-ce que tu crois ? Ce matin, je me suis sentie mal et nous avons perdu le bébé. Je suis passée voir la gynécologue et voilà, on a perdu le bébé ! », comme ça, froidement. Et quand je l’ai entendu pleurer, pleurer, et pleurer la « perte » de ce bébé, et s’en trouver si affecté, je me suis dit : comment est-ce possible que lui, un homme, puisse pleurer, et que moi, la femme qui a avorté, ne puisse même pas verser une larme ? Je me suis sentie tellement coupable, mais pas triste, c’est cela qui est bizarre, comme si j’étais bloquée. J’ai commencé à me sentir coupable, mais j’ai dit : bon, c’est tout, je ne suis plus enceinte, moi et mon fiancé, on va continuer comme avant, on va oublier tout cela.

Mais nous n’avons pas pu l’oublier : je me sentais anxieuse, je faisais des cauchemars, je regardais des enfants, et ça me faisait mal d’entendre leurs cris. Mon fiancé pleurait et me disait : « Patricia, je rêve d’une petite fille qui m’appelle « Papa, papa ! ». Il devenait triste, il souffrait lui aussi du syndrome post-avortement : mon pauvre fiancé ne s’est pas rendu compte que j’avais avorté mais il en souffrait tout de même les conséquences. Et moi, je me mettais en colère quand il me parlait de cette petite fille. Je lui disais : tais-toi maintenant, parce que tu deviens triste. Je me sentais si coupable, je m’arrachais encore davantage les cheveux, mon fiancé me dégoûtait, mes sentiments envers lui ont commencé à changer, je ne comprenais pas ce qui se passait. Et lui me disait «  Patricia, pourquoi tu te fâches tout le temps, tu as des crises de colère, tu es triste, tu pleures pour un rien, tu n’es plus la même qu’avant ». Et je ne comprenais pas ce qui m’arrivait et je ne faisais pas le lien avec l’avortement.

Mais j’ai continué à avoir des relations sexuelles avec lui, à pratiquer les « rapports protégés », moi, une femme responsable, je prenais ma pilule tous les jours… et je suis retombée enceinte pour la deuxième fois, six mois après le premier avortement. J’ai dit : comment est-ce possible que je me retrouve enceinte encore une fois, alors que je fais attention et que j’ai un comportement responsable ? Je ne comprenais pas. Mais cette fois, j’ai dit : qu’importe ! Je suis à peine à un mois de grossesse, c’est un amas de cellules, ce n’est rien ! Mais j’aurais trop de honte de devoir revenir à la même clinique ! Comment pourrais-je revenir et me montrer, moi qui venais d’avorter six mois auparavant ! Je suis donc allée à la clinique du Planning Familial. Je suis entrée dans les mêmes dispositions : je ne sentirai rien, je vais rester calme, cela ne me perturbera pas, je vais surmonter cet avortement, cela ne va pas me traumatiser…

La seule chose que je me rappelle de cette doctoresse du Planning, c’est qu’elle a commencé à m’applaudir : « Félicitations, Patricia, je n’arrive pas à croire que tu ne pleures même pas, que tu ne gigotes pas et que tu ne me poses pas de problème ! C’est une femme courageuse que j’ai vu pendant cet avortement, tu es la meilleure patiente que j’aie eu ! – Vraiment ? – Mais regarde, tu ne bouges même pas, tout a été rapide, et pour moi c’est très bien ! Félicitations, tu es une femme courageuse ! »

Et moi, je me suis vraiment sentie comme LA femme courageuse, la meilleure de celles qui avaient avorté au Planning. Elles (NB : les infirmières) m’emmènent ensuite dans une petite salle derrière la clinique, m’habillent avec une petite robe de chambre, des chaussettes bien chaudes, me font un massage, m’offrent des petits gâteaux, un thé, tout en me disant : « Félicitations, on nous a dit que tu t’es très bien comportée », et moi, j’étais reconnaissante envers le spa et les services du Planning. Et à nouveau, je suis sortie de là avec ma pochette de préservatifs et mes pilules contraceptives, pour continuer à pratiquer les « rapports protégés ».

Ce qui me fascinait au Planning, c’est que, quand ils téléphonaient chez mon père, ils changeaient leur nom pour que mon père ne sache pas que je venais chez eux. Quand ils m’envoyaient des résultats d’examens par courrier, ils ne mettaient jamais leur logo sur l’enveloppe pour que mon père ne sache pas que j’allais à cette clinique du Planning. Et jamais on ne me facturait les contraceptifs… Donc les gens du Planning étaient pour moi des dieux, c’étaient mes sauveurs. Je pouvais faire ce que je voulais avec mon fiancé, et eux me soutenaient. J’en pensais le plus grand bien.

J’ai continué avec mon fiancé, mais les choses ont empiré après ce deuxième avortement. On m’avait dit la même chose : « Des coliques, voici des pilules, c’est la seule chose que tu vas ressentir ». Mais j’avais envie de me tuer, je me sentais si angoissée, si vide, je m’arrachais toujours plus les cheveux. Je me regardais dans le miroir : avant, comme j’étais vaniteuse, je voyais une princesse. Maintenant, je voyais une personne tellement dégoûtante, l’estime que j’avais de moi-même a commencé à baisser, je me voyais très grosse alors que je ne l’étais pas, j’étais très élancée. J’ai commencé à faire de l’anorexie, des troubles mentaux, je ne pouvais plus dormir, je me sentais coupable, et je ne comprenais toujours pas pourquoi tout ça m’arrivait. Mon fiancé me dégoûtait encore plus, (sentimentalement) je m’éloignais beaucoup de lui : 90 % des couples qui vivent un avortement finissent par se séparer ou divorcer, c’est une statistique vérifiée.

Je prenais de plus en plus mes distances mais je restais pourtant avec lui même si je ne comprenais pas ce qui se passait, même s’il me dégoûtait énormément. On continuait à utiliser la pilule, en ayant des relations sexuelles de manière « responsable », et je suis tombée enceinte pour la troisième fois. Comment ça se fait ? Et moi j’étais furieuse, mais POURQUOI est-ce que je tombe enceinte, je ne le comprends pas !

Cette fois, je ne veux pas avorter seule et me sentir coupable. Je veux que lui aussi se sente coupable, et qu’il vive aussi la misère que je vis moi. Alors, ce que je vais faire, je vais lui dire que je suis enceinte, il va être content, mais je vais devoir le manipuler pour qu’il m’accompagne à la clinique pour avorter.

Je me rappelle l’avoir appelé, et il est devenu si heureux… Quand je l’ai entendu si content, je lui ai dit : – Non, non, non ! Ne t’enflamme pas, cette grossesse ne peut arriver à son terme, on ne peut pas devenir parents si jeunes. Écoute, ce n’est pas le moment.

Je pense que beaucoup de gens disent « ce n’est pas le moment », le moment ne leur convient pas.

– On va d’abord se marier et former une famille !

Et quand il m’a dit : « Patricia, vraiment, tu veux m’épouser ? » je n’ai répondu que des mensonges, je ne le supportais plus ! J’ai dit : mais bien sûr que je veux me marier avec toi. Et lui me répond : « Patricia, je veux bien te faire plaisir, mais moi, je ne veux pas de cet avortement ». Et quand il m’a dit ça, je suis devenue une lionne, ça m’a donné un de ces courages ! Je lui réponds : Et toi, quel droit as-tu sur MON corps ? C’est MON corps. C’est à MOI que mon père ne parlera plus ! JE vais devoir abandonner mes études, mon travail, c’est MOI qui vais devoir me charger de tout ces malheurs, MA vie va se terminer. Toi, ta vie ne changera pas beaucoup, tes parents ne vont pas arrêter de te parler, tu continueras à étudier, à travailler… C’est MON corps, c’est MON droit ! Et tu sais quoi ? Je me fiche de ce qui se passera, je vais avorter, tu n’as pas voix au chapitre !

Imaginez-vous ! Je lui ai enlevé le droit d’être papa ! Il en est resté sans voix, là tout (ce que j’ai dit) était mauvais. Moi dans ma tête je pensais : quelle personne irréfléchie ! Lui, peu lui importe que ma vie tourne au désastre, comme il est égoïste de ne pas vouloir voir comme je vais souffrir ! C’était mon état d’esprit.

Alors, nous sommes allés à la clinique, une clinique très bizarre. Tout se faisait en groupe. On formait un groupe de femmes qui allaient avorter, avant l’avortement on les examinait en groupe, les avortements, nous les subissions par petits groupes, pour qu’on se sente accueillis, pour qu’on sente que l’on éprouvait de l’amitié, pour qu’on sente du soutien. Leur manière de faire est très bizarre dans cette clinique.

Je me rappelle que lorsque j’étais allongée sur la table, ils ont pris la machine aspirante, qui est un gros aspirateur très puissant, 28 fois plus puissant qu’un aspirateur domestique. J’ai entendu ce bruit très fort, je le connaissais déjà, mais je voulais voir la réaction de mon fiancé. Et quand je l’ai regardé, jamais de ma vie je n’avais vu un visage aussi mort de peur, aussi terrifié. Ses lèvres tressautaient nerveusement, sa main me serrait très fort. Et pendant l’avortement, j’ai senti ses larmes mouiller (litt : baigner) mon visage. Quand je sentais ces larmes m’inonder, je me sentais si coupable, je me disais en mon cœur : mais pourquoi lui peut-il pleurer à cause de l’avortement et que moi, je ne peux pas même verser une larme, je ne me sens pas triste, coupable, oui, mais pas triste. Lui, il pleure lors d’un avortement et c’est un homme ! Qu’arrive-t-il à mon cœur ? Mon cœur était dur. Je me rappelle avoir pensé : jamais je ne raconterai à quiconque ces trois avortements. Lui, il pense que c’est mon premier, alors qu’en réalité c’est mon troisième en un an et demi, et personne, personne ne saura ce qui s’est passé, je voulais l’enterrer au plus profond de mon être car je me sentais infiniment honteuse durant cet avortement, honteuse envers lui, une honte immense, je ne pouvais plus le regarder en face après. Alors, me suis-je dit, je le quitte, j’oublie les avortements, j’ai besoin de changer de vie parce que j’ai envie de me tuer, je me sens désespérée. Je pensais que j’avais besoin de changer d’air.

Je déménage alors dans la capitale de l’État de Californie, Sacramento, et je vois une annonce urgente du Planning Familial qui recherchait une infirmière parlant l’espagnol. Et moi, je me dis, bon, je ne suis pas infirmière, mais peut-être ont-ils seulement besoin d’une personne qui parle deux langues. Et pendant mon entretien, la responsable me dit : « Ne t’en fais pas si tu n’est pas infirmière, nous, ici, on peut te former ». Je voyais cela comme une opportunité, a part que je trouvais bizarre le fait qu’ils allaient m’embaucher sans les diplômes requis. Manipuler des aiguilles, des instruments, il faut avoir fait des études pour ça. Mais « ne t’en fais pas, tu t’entraîneras ici même ! Voir beaucoup de sang, ça te dérange ? – Non. – Bien. Ici, on fait 25 avortement le mercredi, et 25 le vendredi, soit 50 au total. A peu près 45 d’entre eux sont pratiqués sur des femmes hispaniques, sans papiers d’immigration, et elles ne parlent pas un seul mot d’anglais. C’est pour ça qu’on a besoin de quelqu’un comme toi, qui travaillera avec nous».

Ils me payaient le triple de ce que je gagnais à mon précédent travail. Je me demandais pourquoi le personnel était constitué entièrement de jeunes, au Planning. Maintenant j’ai compris : le planning attrape des jeunes innocents et leur donne beaucoup d’argent pour qu’ils restent travailler là-bas. Ce qu’ils font, c’est qu’ils les trompent et les gardent là-bas. Moi, j’étais contente d’être dans une entreprise qui réussit, et j’aime la réussite. Je pensai monter en grade, faire carrière à cet endroit.

Lorsque j’arrive le lundi au Planning, la responsable me fait entrer de suite dans son bureau, et me dit : « OK Patricia, tu vas donner 50 consultations à partir d’aujourd’hui, tu vas préparer ces filles pour leur avortement le mercredi et le vendredi. Et si tu en vois une qui a très peur d’avorter, tu dois user de toute ton influence, peser de tout ton poids pour qu’elle ne soit pas angoissée. Tu vas leur dire que tu as subi trois avortements, que tu vas bien et qu’elles iront bien aussi. Tu ne dois pas apporter ici une photo de ta famille, de tes cousins, de tes neveux, parce que si une femme entre et voit la photo d’une famille, ça peut la traumatiser et elle va s’en aller. Et si elle s’en va, ce sera ta faute ».

Dans cette clinique, on ne prononce pas les mots bébé, il, elle, maman ou papa. « Tu diras toujours : amas de cellules, tu n’utiliseras pas non plus le mot fœtus ici. Le plus important dans cette clinique est de ne jamais laisser une femme voir l’écran, même si elle l’exige, même si elle le demande en pleurant, ça ne nous intéresse pas ». Seule une infirmière regarde l’écran et cet écran doit être tourné vers elle, ni toi ni les autres employés ne pourront voir l’écran. C’est bien compris ?”

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