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Aux instituteurs : “Vous êtes l’auxiliaire et, à certains égards, le suppléant du père de famille”

Mais ça c'était avant, quand Jules Ferry, certes contestable par ailleurs, écrivait aux instituteurs en 1883 : 

"J'ai dit que votre rôle en matière d'éducation morale est très limité. Vous n'avez à enseigner à proprement parler rien de nouveau, rien qui ne vous soit familier comme à tous les honnêtes gens. Et quand on vous parle de mission et d'apostolat, vous n'allez pas vous y méprendre : vous n'êtes point l'apôtre d'un nouvel évangile ; le législateur n'a voulu faire de vous ni un philosophe, ni un théologien improvisé. Il ne vous demande rien qu'on ne puisse demander à tout homme de cœur et de sens. Il est impossible que vous voyiez chaque jour tous ces enfants qui se pressent autour de vous, écoutant vos leçons, observant votre conduite, s'inspirant de vos exemples, à l'âge où l'esprit s'éveille, où le cœur s'ouvre, où la mémoire s'enrichit, sans que l'idée vous vienne aussitôt de profiter de cette docilité, de cette confiance, pour leur transmettre, avec les connaissances scolaires proprement dites, les principes mêmes de la morale, j'entends simplement de cette bonne et antique morale que nous avons reçue de nos pères et que nous nous honorons tous de suivre dans les relations de la vie sans nous mettre en peine d'en discuter les bases philosophiques.

Vous êtes l'auxiliaire et, à certains égards, le suppléant du père de famille ; parlez donc à son enfant comme vous voudriez que l'on parlât au vôtre ; avec force et autorité, toutes les fois qu'il s'agit d'une vérité incontestée, d'un précepte de la morale commune ; avec la plus grande réserve, dès que vous risquez d'effleurer un sentiment religieux dont vous n'êtes pas juge.

Si parfois vous étiez embarrassé pour savoir jusqu'où il vous est permis d'aller dans votre enseignement moral, voici une règle pratique à laquelle vous pourrez vous tenir : avant de proposer à vos élèves un précepte, une maxime quelconque, demandez-vous s'il se trouve, à votre connaissance, un seul honnête homme qui puisse être froissé de ce que vous allez dire. Demandez-vous si un père de famille, je dis un seul, présent à votre classe et vous écoutant, pourrait de bonne foi refuser son assentiment à ce qu'il vous entendrait dire. Si oui, abstenez-vous de le dire ; sinon, parlez hardiment, car ce que vous allez communiquer à l'enfant, ce n'est pas votre propre sagesse, c'est la sagesse du genre humain, c'est une de ces idées d'ordre universel que plusieurs siècles de civilisation ont fait entrer dans le patrimoine de l'humanité. Si étroit que vous semble, peut-être, un cercle d'action ainsi tracé, faites-vous un devoir d'honneur de n'en jamais sortir, restez en deçà de cette limite plutôt que de vous exposer à la franchir : vous ne toucherez jamais avec trop de scrupule à cette chose délicate et sacrée, qui est la conscience de l'enfant.

Mais une fois que vous vous êtes ainsi loyalement enfermé dans l'humble et sûre région de la morale usuelle, que vous demande-t-on ? Des discours ? Des dissertations savantes ? De brillants exposés, un docte enseignement ? Non, la famille et la société vous demandent de les aider à bien élever leurs enfants, à en faire des honnêtes gens. C'est dire qu'elles attendent de vous non des paroles, mais des actes, non pas un enseignement de plus à inscrire au programme, mais un service tout pratique que vous pourrez rendre au pays plutôt encore comme homme que comme professeur".

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9 commentaires

  1. Il faut lire “Jules l’imposteur” de François Brigneau (ed. FB) pour comprendre que Jules Ferry, malgré les apparences trompeuses, est à l’origine de ce qui se passe 100 ans après. Selon le principe de la grenouille plongée dans l’eau tiède D’ABORD.
    Le livre de F. B. est TRES instructif et bouleversant, son père ayant été instituteur de la “laïque”.

  2. Bravissimo !!!

  3. Le problème, c’est qu’à l’époque, il y avait, malgré les oppositions religieuses, un certain consensus sur le bien et le mal : même incroyant, un “homme de cœur et de sens” pouvait accueillir ce que l’Église dit de la famille, de ce qui convient à l’équilibre d’un enfant, tout simplement parce que “l’homme de cœur et de sens” savait qu’il se situait dans une transmission. Aujourd’hui nos idéologues du gender n’ont d’autre mot à la bouche que “déconstruction”, concept qui refuse à priori ce qui ce transmet parce que cela cimente la famille et la société.
    Tous nos anticléricaux de la IIIe République seraient atterrés de ce que leurs prétendus héritiers promeuvent au nom de cet héritage.

  4. Ce texte c’est du bon sens et le respect de la dignité des enfants et de leurs familles. On mesure à quel point on en est éloigné aujourd’hui.

  5. Rien qu’à la syntaxe, au style, on voit qu’il n’était pas un illettré comme nos gouvernants.

  6. Quand on abandonne Dieu, la morale s’effondre ensuite, même plusieurs générations après. C’est le même mouvement. C’est comme après le mariage gay, il y a la GPA etc…

  7. Excellent. De quoi devenir républicain… Je blague à peine. La dérive des opinions est largement méconnue.
    Le général De Gaulle, par exemple, dont se réclament la plupart des anti-libéraux de droite comme de gauche aujourd’hui (et ça fait du monde…), était probablement plus libéral que l’UMP d’aujourd’hui.

  8. Toute l’ambiguité de:
    “Demandez-vous si un père de famille, je dis un seul, présent à votre classe et vous écoutant, pourrait de bonne foi refuser son assentiment à ce qu’il vous entendrait dire. Si oui, abstenez-vous de le dire”
    si un seul père de famille refuse qu’on parle de Dieu à son gamin… il faudra se taire?
    Etc.
    Le livre de Brigneau est à lire, pour éviter d’encenser Jules Ferry.

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