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France : Politique en France

Affaire Cassez : “le petit caprice émotionnel du Tout-Paris”

Très bonne analyse que nous livre Aymeric Chauprade :

Ac "Le président de la République et sa ministre des Affaires étrangères ont choisi de sacrifier ala relation entre la France et l’un des pays les plus importants d’Amérique Latine, le Mexique, officiellement au nom de « l’innocence d’une Française », en réalité au nom d’une pitoyable stratégie de communication émotionnelle à usage purement intérieur.

L’instrumentalisation du sentiment s’est désormais complètement substituée, dans tous les domaines (sécurité, justice, économie…), à la vraie politique, laquelle consisterait à traiter en profondeur la racine des problèmes. Nos gouvernants ne savent plus que larmoyer, devant des micros, tout en s’agrippant aux caméras des familles de victimes.

Attardons-nous un instant sur le fond de cette lamentable affaire Cassez. En décembre 2005, l’arrestation d’Israel Vallarta Cisneros et de sa compagne française, Florence Cassez, sonne le glas d’un terrible gang de kidnappeurs, « Los Zodiacos » lequel s’est rendu coupable de dizaines d’enlèvements, d’assassinats, de tortures et de viols. Plusieurs victimes, hommes, femmes et enfants témoignent et accusent Florence Valdez d’avoir participé aux séquestrations d’otage (qui se passaient dans le ranch où elle vivait avec son compagnon) (…)

Il semble donc que dans notre pays, il y a des théories du complot autorisées et d’autres qui ne le sont pas. Il est par exemple autorisé et même encouragé de penser (reprenez les chroniques de pseudo-experts de la Russie après le récent attentat de l’aéroport de Moscou) que les Russes s’infligent des attentats tout seul, comme il est manifestement souhaitable de penser qu’une Française puisse être victime d’un gigantesque complot hier dominicain, aujourd’hui mexicain. Décidément, ne sont pas forcément xénophobes ceux que l’on croit. A lire la presse aujourd’hui, l’Amérique Latine c’est Tintin chez les Picaros ou l’Oreille cassée, au choix. Ah ces Mexicains, tous des « sergents Garcia » corrompus !

Je pense aussi à l’affaire Cesare Battisti, ce terroriste italien d’extrême-gauche, que les médias français s’étaient mis en tête de faire libérer, au mépris de la justice italienne et des relations avec ce pays ami. On y a retrouvé les traditionnelles leçons de morale française, le mépris pour nos voisins et amis, le déni de justice et de souveraineté d’un partenaire de l’Union européenne.

Je pense aussi à la gestion de l’affaire Bettancourt (la première, celle d’Ingrid), qui fut lamentable pour nos relations avec la Colombie.

Nous avons tout faux dans ces affaires ! Non seulement, à chaque fois, il est beaucoup plus probable que nous nous préoccupions de coupables que d’innocents, mais qui plus est, nous affichons devant le monde entier une arrogance sans nom, un mépris pour la justice et la souveraineté de ces pays, comme si d’ailleurs notre justice et notre démocratie étaient exemplaires !

En définitive, le problème fondamental de notre diplomatie en Amérique Latine ne tient-il pas au fait que nos gouvernants n’y aient aucune habitude de vacances ? S’ils avaient des villas en Colombie, ou s’ils se doraient sur les plages du Mexique, plutôt qu’en Tunisie ou en Egypte, peut-être feraient-ils preuve de moins d’arrogance ? (…)

Ces opérations médiatiques à usage intérieur, qui visent ici, notamment pour la Ministre des affaires étrangères, à se refaire à bon compte une image émotionnelle positive après l’affaire de Tunisie, ne sont pas dignes du gouvernement de la France. Cette politique émotionnelle, « du coup médiatique », qui contamine jusqu’à notre politique étrangère, est devenue absolument insupportable ; elle finira d’ailleurs pas se montrer contre-productive pour ceux qui en usent. Car si les Français ont des émotions et peuvent tomber dans ce genre de piège, ils comprennent par ailleurs de plus en plus que le pays est gouverné dans l’instant, sans vision stratégique, et que sa tête se pose de moins en moins la question du Bien commun".

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6 commentaires

  1. En bon Français, j’aurais parlé de “SON” ministre des affaires étrangère, et non de “SA” ministre… Ce détail mis à part, la pertinence de l’analyse saute aux yeux, même si le phénomène du tout-émotionnel et de la COM’ en politique est malheureusement bien antérieur à l’avênement de notre président actuel.

  2. coquille au 3e paragraphe, non?
    “Plusieurs victimes, hommes, femmes et enfants témoignent et accusent Florence Valdez d’avoir participé aux séquestrations d’otage”
    Il me semble que Mme Valdez était plutôt séquestrée.

  3. Je n’étais pas loin de penser comme vous, ne pouvant imaginer que le pays tout entier – le Mexique – soit “délinquant”.
    Mais il semble qu’il y ait des incohérences dans l’accusation et que l’Eglise du Mexique soutienne Florence CASSEZ…
    Je suis donc assez perplexe.

  4. Complot dominicain, M; Sarkozy non ? Complot colombien, M. Sarkozy non ? Complor Italien, M. Sarkozy non ? complot mexicain, M. Sarkozy non ?
    Quant aux séjours de vacances, M. Sarkozy n’avait-il pas été hébergé gratos par un proche de M. Calderon lié à la mafia. Mais bon ! le Mexique c’est plus loin.

  5. Excellent article, je suis tout à fait d’accord, une remarque néanmoins : nos ministre et autres ont beau passer leurs vacances en Afrique du Nord, ils ne doivent pas trop vivre avec la base, peut-être auraient-il venir les révoltes ?
    Ils feraient pareil en Amérique latine;

  6. @ Marc Abrais
    Supposé soutien de l’église mexicaine à Florence Cassez: C’est effectivement ce que certains blogs français ont fait circuler comme information en reprenant les déclarations du secrétaire adjoint à la pastorale pénitentiaire, le Père Pedro Arellano qui s’est engagé au nom de la position de la Conférence des Evêques Mexicains et de l’Église catholique!
    Cela ne semble pas être tout à fait la réalité.J’ai écouté la déclaration du porte parole de l’archevêché de Mexico et primature du Mexique:Le père Hugo Waldmar interrogé par le journaliste Leon Krauze ( ici entretien http://www.wradio.com.mx/programa.aspx?id=735013&au=1427575) au cours d’une émission sur les difonctionnements de la justice mexicaine. Le Porte parole de l’archevêché du Mexique a bien dit en parlant d’Arellano : « […, ce n’est pas l’épiscopat, il ne parle pas au nom de l’épiscopat mexicain, pour cela il faudrait qu’il soit un évêque. Ce n’est pas la position de l’Église catholique en général… ce qu’il a dit. Le Père Hugo a aussi ajouté que ce n’est pas aux médias de déclarer qui est coupable ou qui est innocent.
    L’Eglise catholique mexicaine est en première ligne dans la lutte contre les narcos et les prises d’otages et elle en est aussi victime. Dans son action elle a le soutien des Mexicains qui pourtant savent que la justice mexicaine, comme d’autres (et je ne crois pas qu’en France compte tenu de la différence entre les deux pays, la situation est à montrer en exemple) n’est pas parfaite.

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